Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Scorpius transplana devant le domaine de la Rose Noire avec une crispation au ventre qu’il n’avait pas ressentie depuis des années, une tension sourde qui lui rappelait les premières missions, celles où il n’était encore qu’un pion docile persuadé qu’il pouvait survivre à tout tant qu’il restait utile. Mais cette fois, il n’était pas seul. Cette fois, la petite main d’Orion était serrée dans la sienne, chaude, confiante, inconsciente du gouffre dans lequel ils s’avançaient. Il avait déjà menti, trahi, manipulé, risqué sa vie pour elle, mais jamais encore il n’avait franchi ces portes avec son fils à ses côtés, et rien que cette pensée suffisait à lui glacer le sang.
Orion marchait près de lui, étonnamment calme, comme si l’enfant avait instinctivement compris que ce soir, il n’avait pas le droit à l’erreur. Scorpius lui avait répété encore et encore qu’il devait rester silencieux, obéissant, invisible, mais même ainsi, il savait que rien ne pourrait vraiment le protéger si la Rose Noire décidait de s’intéresser à lui. Et elle s’intéressait toujours à ce qu’elle ne devait pas toucher.
Ils franchirent le hall principal, où les légionnaires en armure sombre se tenaient immobiles comme des statues, silhouettes menaçantes dont les casques reflétaient la lumière verte des torches. Scorpius demanda à l’un d’eux de prévenir la Maîtresse de sa présence. Le légionnaire s’inclina, disparut, puis revint quelques minutes plus tard.
— Elle vous attend. Suivez-moi.
Mais au lieu de le conduire vers la salle habituelle, celle où il recevait ses ordres, celle où l’air semblait toujours chargé de menace, le légionnaire emprunta un couloir qu’il n’avait jamais vu ouvert. Un couloir plus clair, presque chaleureux, éclairé par des torches vertes et argentées qui projetaient des reflets mouvants sur les murs. Scorpius sentit son cœur accélérer. Elle ne changeait jamais ses habitudes. Jamais. Si elle l’avait déplacé ailleurs, c’était volontaire. Calculé. Dangereux.
Ils arrivèrent devant une grande porte sculptée. Le légionnaire l’ouvrit. La pièce qui s’offrit à eux n’avait rien à voir avec les salles froides et austères du domaine. C’était un salon richement décoré, aux couleurs vert et argent, mais étrangement chaleureux : tapis épais, fauteuils confortables, cheminée allumée, une grande table où reposaient des fruits, des livres, et… des sucreries. Orion écarquilla les yeux. Scorpius sentit son estomac se nouer davantage.
Puis il la vit.
La Rose Noire était assise dans un fauteuil, parfaitement immobile, comme une reine sur son trône. Ses yeux sombres se posèrent d’abord sur Scorpius… puis glissèrent lentement vers Orion. Un sourire étira ses lèvres. Un sourire trop doux. Trop lent. Trop calculé.
Scorpius s’inclina immédiatement, tirant Orion avec lui.
— Maîtresse, dit-il d’une voix qu’il espérait stable. Je suis venu comme vous l’avez demandé.
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle ne cligna même pas des yeux. Elle observait Orion. Longuement. Trop longuement. Avec une attention qui, de loin, aurait pu passer pour de la douceur… mais qui, de près, avait quelque chose d’avidement calculé, comme si elle évaluait la valeur d’un objet rare, comme si elle jaugeait la résistance d’un matériau avant de le façonner.
Scorpius connaissait ce regard. Ce n’était pas celui d’une femme. Ni celui d’une mère. C’était celui d’un prédateur qui découvre une proie qu’il n’avait pas prévue, mais qu’il trouve soudain… fascinante.
— Approche, Scorpius, dit-elle enfin, d’une voix si douce qu’elle en devenait inquiétante. Et amène-moi ton fils.
Chaque mot glissa dans l’air comme une caresse empoisonnée, un murmure qui promettait autant qu’il menaçait. Scorpius obéit, le cœur battant à tout rompre, chaque pas résonnant comme un compte à rebours. Orion, lui, restait silencieux, les yeux grands ouverts, comme si son instinct d’enfant lui soufflait que la moindre parole pourrait déclencher quelque chose d’irréversible.
La Rose Noire tendit la main. Dans sa paume reposait un petit bonbon rouge, brillant, parfaitement rond, presque trop parfait pour être réel. Un rouge profond, hypnotique, qui semblait absorber la lumière.
— Tiens, petit, dit-elle d’une voix douce, presque chantante. C’est pour toi.
Scorpius sentit son sang se glacer. Il fit un pas en avant, comme pour intercepter la main de son fils.
— Maîtresse… ce n’est pas nécessaire, il…
— Chut, Scorpius, murmura-t-elle sans même tourner la tête vers lui.
Un murmure qui claqua comme un ordre.
— Laisse-moi faire connaissance avec ton fils.
Orion regarda son père, cherchant une approbation, un repère, une permission. Scorpius hocha la tête, très légèrement, incapable de faire autrement, incapable de défier ce regard noir qui le transperçait. L’enfant prit le bonbon, le porta à sa bouche, et sourit timidement.
La Rose Noire sourit aussi. Un sourire lent, satisfait, presque carnassier, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux mais les rendait plus sombres encore.
— Il est adorable. Et tellement sage. Un enfant comme on en voit rarement.
Elle se pencha légèrement, comme pour mieux l’observer.
— Il a quelque chose… quelque chose de précieux.
Scorpius sentit une sueur froide couler dans son dos. Il devait détourner son attention. Il devait la ramener à ce qu’il avait apporté.
— Si je suis là, Maîtresse, c’est parce que j’ai réussi la mission, dit-il, espérant briser ce lien invisible qui semblait se tisser entre elle et son fils.
Elle leva enfin les yeux vers lui. Un regard lent, glacial, qui lui donna l’impression d’être mis à nu.
— Vraiment ? Alors prouve-le.
Il sortit les documents qu’il avait copiés au Ministère. Ses mains tremblaient légèrement, mais il tenta de les stabiliser. Il les lui tendit. Elle les prit sans un mot, les parcourut lentement, ses yeux brillant d’une lueur dangereuse, presque extatique. Chaque page tournée semblait nourrir quelque chose en elle.
Puis elle éclata d’un rire léger, presque musical, un rire qui aurait pu être beau s’il n’avait pas été si terrifiant.
— Magnifique. Prodigieux. Je savais que mon bras droit ne me décevrait pas. Désormais, nous tenons l’arme infaillible qui viendra détruire la famille Potter.
Elle se tourna vers Orion.
— Comme quoi… menacer la vie de ton fils t’a rendu plus efficace que jamais.
Scorpius sentit son cœur se serrer.
— Mon fils ne craint plus rien, n’est-ce pas, Maîtresse ?
Elle referma les documents, les posa sur la table, puis se pencha légèrement vers Orion, qui la regardait avec une curiosité innocente.
— Concernant sa vie, non, en effet. Ta famille ne craint désormais plus rien… tant que tu continues à m’obéir.
Elle effleura la joue d’Orion du bout des doigts. Un geste lent. Trop lent. Un geste qui fit frissonner Scorpius jusqu’à la moelle.
— Mais, ajouta-t-elle, il va jouer un rôle important dans mon plan. Un rôle… essentiel.
Scorpius sentit son sang se figer.
— Je… je ne comprends pas, Maîtresse. Quel genre de rôle va-t-il avoir ?
Elle sourit. Un sourire lent, cruel, presque tendre, un sourire qui donnait l’impression qu’elle savourait déjà la suite.
— Il remplira une partie de mon plan. Mais rassure-toi, il ne sera pas mis en danger.
Elle marqua une pause.
— Pas physiquement, du moins.
Scorpius sentit ses jambes trembler.
— Maîtresse… je vous en supplie… dites-moi…
— Chut, Scorpius.
Elle posa un doigt sur ses lèvres, comme si elle faisait taire un enfant.
— Tu sauras en temps voulu. Pour l’instant, j’ai une autre requête.
Elle se redressa, croisa les jambes, et son regard devint tranchant comme une lame.
— Ta femme. Elle est femme au foyer, n’est-ce pas ?
— O… oui, Maîtresse.
— Très bien. Tu vas faire en sorte qu’elle trouve un poste à Poudlard.
Scorpius cligna des yeux.
— À… Poudlard ?
— Oui.
Elle sourit, un sourire lent, presque satisfait.
— Pas n’importe quel poste. Je veux qu’elle intègre le corps enseignant. Un poste stable. Visible. Incontournable. Quelque chose qui lui donne accès aux élèves, aux couloirs, aux secrets, aux mouvements internes de l’école. Quelque chose qui lui permette d’être présente… partout où j’ai besoin qu’elle soit.
Scorpius sentit son estomac se contracter.
— Vous… vous voulez qu’elle devienne professeur ?
— Exactement. Et pas dans n’importe quelle matière. Je veux qu’elle prenne la tête d’un enseignement stratégique. Potions serait idéal. Une discipline exigeante, respectée, indispensable. Une matière où l’on manipule des substances qui peuvent soigner… ou détruire. Une matière où un professeur peut voir, entendre, comprendre beaucoup plus qu’on ne le croit.
Elle marqua une pause, laissant ses mots s’infiltrer dans l’esprit de Scorpius comme un poison lent.
— Poudlard est un nid. Un nid où se trouvent les enfants de ceux qui me résistent. Les héritiers de ceux qui me défient. Les futurs sorciers qui pourraient devenir des alliés… ou des obstacles. Et ta femme sera au cœur de tout cela.
Scorpius sentit une sueur froide couler dans son dos.
— Maîtresse… pourquoi elle ?
— Parce qu’elle est intelligente. Parce qu’elle est discrète. Parce qu’elle est loyale à sa famille. Et parce que personne ne se méfiera d’elle. Une femme douce, une mère aimante, une épouse dévouée… qui deviendra, sans même le savoir, l’un de mes atouts les plus précieux.
Elle posa une main sur la tête d’Orion, ses doigts glissant lentement dans ses cheveux.
— Ton fils est précieux, Scorpius. Très précieux.
Elle se pencha, murmura presque à l’oreille de l’enfant :
— Tu es un petit trésor, n’est-ce pas ?
Scorpius sentit son cœur se déchirer.
— Maintenant, ajouta-t-elle en se tournant vers la porte, vous pouvez partir.
Il s’inclina, prit Orion dans ses bras, et quitta la pièce sans se retourner, de peur que son regard ne croise à nouveau celui de la Rose Noire. Mais alors qu’il franchissait le seuil, il entendit sa voix, douce comme du velours, terrifiante comme un sortilège interdit :
— Quel enfant délicieux… il fera parfaitement l’affaire.
Scorpius sentit son sang se glacer. Et il sut, à cet instant précis, qu’il venait de livrer son fils à un destin dont il ne comprenait pas encore l’ampleur