Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Scorpius sortit du domaine de la Rose Noire avec la sensation d’avoir laissé une partie de lui derrière ces murs, comme si quelque chose d’essentiel avait été arraché de son âme sans qu’il puisse encore comprendre exactement quoi. L’air froid lui fouetta le visage, mais n’apaisa rien ; ses mains tremblaient encore, ses pensées tournaient en spirale, et son cœur battait trop vite, trop fort, comme s’il tentait de lui rappeler qu’il était encore vivant malgré la terreur qui lui comprimait la poitrine. Maintenant qu’il avait vu la Rose Noire avec Orion à ses côtés, maintenant qu’il avait senti son regard glisser sur son fils comme sur un objet précieux, comme sur une pièce rare qu’elle venait de découvrir et qu’elle comptait garder, il comprenait enfin ce que son père avait essayé de lui dire depuis des semaines. Il était piégé. Et en voulant sauver sa famille, il avait peut‑être contribué à la détruire.
Il transplana chez lui.
La maison était silencieuse. Un silence trop propre, trop lisse, trop tendu, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle, comme si la demeure entière savait que quelque chose venait de basculer. Il fit monter Orion dans sa chambre, l’aida à retirer sa robe noire, et lui dit qu’il pouvait retourner jouer. L’enfant hocha la tête, déjà absorbé par ses jouets, inconscient du gouffre dans lequel son père venait de marcher, inconscient de la main glacée qui s’était refermée sur son destin.
Scorpius resta dans l’embrasure de la porte, observant son fils qui s’asseyait au sol, alignant ses figurines comme si rien n’avait changé. Son cœur se serra. Il avait mis son fils en danger. Rien ne pourrait effacer cela. Il referma la porte un peu trop brusquement ; le claquement résonna dans le couloir comme un coup de tonnerre. Il inspira, tenta de calmer la brûlure dans sa gorge, mais rien n’y fit. La panique restait là, tapie sous sa peau.
En descendant, l’elfe de maison apparut dans un petit pop inquiet et l’informa que son père était arrivé et se trouvait dans le salon avec Lavinia. Bien sûr qu’elle l’avait appelé. Elle avait eu peur. Et lui… il allait devoir affronter leurs regards.
Il entre dans le salon. Lavinia et Drago se levèrent aussitôt. L’ambiance n’était pas explosive, mais lourde, chargée d’une inquiétude presque palpable, comme si l’air lui-même était devenu trop dense pour être respiré. Ils virent son visage. Et ils comprirent que la situation était grave. Lavinia s’approcha la première. Pas de colère dans ses yeux. Juste une fatigue immense, une peur profonde, une douleur qu’elle ne cherchait même plus à masquer.
— Scorpius… qu’a‑t-elle dit ?
Il baissa les yeux, incapable de soutenir son regard, incapable de supporter l’idée de lui infliger encore une blessure.
— Elle a été satisfaite des informations que je lui ai données sur Elizabeth Potter… mais elle a exigé davantage.
Lavinia pâlit. Drago se raidit, son visage se fermant comme une porte de pierre.
— Quoi… qu’a-t-elle demandé ? murmura Lavinia, la voix tremblante.
Scorpius inspira, cherchant le courage de prononcer ces mots qui lui brûlaient la gorge.
— Orion ne risque plus rien. Nous non plus. Mais… elle exige que Lavinia obtienne un poste à Poudlard. Cela fait partie de son plan.
Un silence tomba. Pas un silence de colère. Un silence de peur. Un silence qui vibrait comme une corde prête à rompre.
Lavinia recula d’un pas, comme si la nouvelle l’avait frappée en plein cœur.
— Poudlard… elle veut que j’y retourne… moi.
Elle passa une main sur son visage, comme pour chasser un souvenir trop lourd, trop douloureux, trop ancré.
— Je ne suis pas prête à remettre les pieds là‑bas… pas comme ça.
Scorpius hocha la tête, honteux, écrasé par la culpabilité.
— Je suis désolé… tellement désolé. Je n’ai pas réussi à refuser. Je ne pouvais pas. Elle aurait…
Lavinia posa une main sur son bras, l’interrompant. Son geste était tremblant, mais tendre, comme si elle tentait de retenir quelque chose qui menaçait de se briser en elle.
— Je t’en veux de l’avoir mis en danger… mais j’ai compris que tu as fait ce que tu pouvais. Et surtout qu’elle ne t’a pas laissé de choix.
Elle inspira profondément, comme si elle tentait de rassembler ses forces.
— Je suis terrifiée de ce que cela va signifier pour la suite. Et si je prends ce poste… qui va surveiller Orion ? Il est bien trop jeune pour rester seul.
Drago s’avança. Son visage n’était pas glacial. Il était grave, inquiet, marqué par une tension qu’il ne cherchait plus à dissimuler. Et, l’espace d’un battement, Scorpius vit une fissure dans son masque : une peur brute, presque animale, qu’il n’avait jamais vue chez son père depuis la mort d’Astoria.
— Elle s’immisce dans notre famille, dit-il calmement. Elle veut nous tenir tous.
Il posa une main ferme sur l’épaule de son fils, un geste rare, presque solennel.
— Mais écoute-moi bien : tu n’es pas seul. On va trouver une solution. Elle ne nous aura pas. Quant à Orion, je m’en chargerai. Je suis à la retraite. Je le protégerai. Cela vous fera un stress en moins.
Scorpius sentit sa gorge se serrer. Il n’avait pas entendu son père parler ainsi depuis longtemps. Depuis qu’il avait dû apprendre à vivre seul, Drago avait rarement laissé paraître ses émotions. Mais ce soir, il n’était plus seulement un Malefoy. Il était un grand‑père prêt à tout. Lavinia essuya une larme qui menaçait de tomber.
— Je ne veux pas que tu te mettes en danger pour nous…
— Je suis déjà en danger, répondit Drago. Autant l’être ensemble.
Scorpius sentit quelque chose se fissurer en lui. Une barrière. Une armure. Une solitude qu’il portait depuis trop longtemps. Il s’effondra presque sur le canapé, les mains tremblantes.
— Je ne voulais pas… je ne voulais pas que ça arrive. Je pensais pouvoir la contrôler. Je pensais pouvoir la tenir à distance. Je pensais pouvoir protéger Orion sans vous impliquer…
Drago s’agenouilla devant lui, geste qu’il n’avait jamais fait depuis que Scorpius était adulte.
— Tu as fait ce que tu pouvais. Et tu as tenu plus longtemps que n’importe qui. Mais maintenant, c’est à nous de prendre le relais.
Lavinia s’assit à côté de Scorpius et prit sa main.
— On va s’en sortir, dit-elle d’une voix douce mais déterminée. Tu n’es plus seul. Je ne te laisserai plus porter ça seul.
Scorpius ferma les yeux. Une larme glissa sur sa joue.
— Je suis tellement désolée…
— Tu n’as pas à t’excuser, répondit Lavinia. Tu as fait ce qu’un père ferait. Tu as protégé ton fils. Maintenant, c’est à nous de protéger le nôtre.
Drago hocha la tête.
— Si elle touche à Orion… alors elle découvrira ce que signifie vraiment provoquer un Malefoy.
Et dans ce salon où la peur flottait encore, quelque chose changea. La famille Malefoy — Drago, Scorpius, Lavinia et Orion — au lieu de se déchirer, se resserra. Ils n’étaient plus seuls face à la Rose Noire. Ils étaient unis. Et pour la première fois depuis longtemps, Scorpius sentit que, malgré l’ombre qui s’étendait sur eux, malgré la menace qui pesait sur leur avenir, malgré la terreur qui lui rongeait encore le cœur… Il n’était plus seul.