Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 81 : Le choix de Lavinia

1116 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/02/2026 11:00

Lavinia Malefoy n’avait jamais connu une peur pareille. Pas une inquiétude diffuse, pas une appréhension raisonnable, mais une terreur brute, viscérale, qui lui comprimait la poitrine et lui donnait l’impression que le monde se resserrait autour d’elle. Elle avait toujours cru pouvoir tenir la Rose Noire à distance, qu’elle pourrait protéger son foyer de cette ombre qui suivait Scorpius depuis des années. Elle avait accepté ses silences, ses absences, ses secrets, persuadée qu’il saurait maintenir une frontière entre leur famille et ce monde obscur. Mais ce soir, cette frontière avait explosé. La menace avait un nom, une intention, et elle visait Orion.


Elle se tenait au milieu du salon, immobile, les doigts crispés sur le dossier d’un fauteuil. Scorpius, à quelques pas, la regardait sans oser bouger. Il semblait prêt à parler, mais chaque mot mourait sur ses lèvres. Lavinia inspira un souffle tremblant qui lui déchira la poitrine.


— Je vais accepter.


Scorpius ferma brièvement les yeux. Pas de surprise. Pas de soulagement. Une résignation douloureuse qu’elle ne remarqua pas, trop absorbée par la tempête qui grondait en elle.


— Je ne le fais pas pour elle, dit-elle d’une voix basse mais ferme. Je le fais pour Orion. Elle n’aurait jamais dû croire que j’allais rester immobile pendant qu’elle posait ses griffes sur lui.


Elle parlait de la Rose Noire comme d’une entité lointaine, abstraite. Elle ignorait encore que cette entité avait déjà anticipé sa réaction, qu’elle avait voulu exactement cela, qu’elle avait poussé Scorpius à la mettre devant ce choix impossible. Elle croyait encore qu’elle décidait. Elle croyait encore qu’elle avait une marge de liberté.


Scorpius fit un pas vers elle, hésitant.


— Lavinia… Je suis loyal envers elle, oui. Mais elle a fait une erreur en s’en prenant à notre enfant.


Elle le fixa, les yeux brillants d’une détermination farouche.


— Oui. Et à cause de ça, un autre enfant doit en payer le prix.


Sa voix se fissura. Scorpius s’agenouilla devant elle, prit ses mains dans les siennes.


— Je sais… murmura-t-il. Ne pas savoir ce qu’il adviendra de cet enfant… c’est insupportable.


Une larme glissa sur la joue de Lavinia. Il la rattrapa du bout des doigts, un geste tendre, presque désespéré. Il aurait voulu lui dire la vérité : qu’elle n’avait pas réellement le choix, que la Rose Noire avait déjà décidé, que tout cela — la menace, la peur, la mission — n’était qu’un moyen de la pousser là où elle devait aller. Mais il n’en eut pas la force. Il n’avait pas le droit de briser l’illusion fragile qui la tenait debout. Lavinia releva la tête, ignorant tout de cette manipulation.


— Je veux choisir mon poste.


Scorpius tressaillit. Il savait que ce “choix” n’en était pas un. Il savait que la Rose Noire voulait précisément qu’elle prenne ce poste. Il savait qu’elle avait été désignée depuis des mois. Mais Lavinia, elle, croyait encore qu’elle pouvait décider.


— Si je dois aller à Poudlard, ce sera en tant que professeure de potions.


— Le poste est déjà pris, répondit-il faiblement.


Elle eut un sourire amer.


— Alors je le prendrai. Je me battrai pour. Je ne laisserai personne décider à ma place. Pas elle. Pas le Ministère. Pas Poudlard.


Elle inspira profondément.


— Et certainement pas Lily Potter.


Le nom claqua dans l’air comme un sortilège. Scorpius releva la tête, déstabilisé.


— Lily… ?


Lavinia eut un rire sans joie.


— Tu sais très bien ce que je pense d’elle. À Poudlard, elle me détestait. Elle me regardait comme si j’étais une erreur dans le décor. Comme si je n’avais pas ma place dans son monde parfait. Elle n’a jamais supporté que je sois meilleure qu’elle en potions. Plus brillante. Plus disciplinée. Plus ambitieuse.


Elle serra les poings.


— Et moi… je la détestais tout autant. Elle incarnait tout ce que je méprisais : la facilité, la popularité, l’arrogance Potter. Elle n’a jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Et maintenant, elle a le poste que je veux.


Scorpius resta silencieux. Il savait que Lavinia ne comprenait pas encore. Qu’elle croyait se battre contre Lily, contre le Ministère, contre le destin. Alors qu’en réalité, elle se battait contre une force qui avait déjà tout prévu.


— Je suis meilleure qu’elle, dit-elle d’une voix froide. Et je le lui prouverai. Je le prouverai à tout le monde.


Elle posa une main sur son ventre, un geste instinctif, protecteur.


— Je suis une Malefoy. Et une mère. Je ne laisserai personne toucher à mon fils.


Scorpius l’attira contre lui, la serrant si fort qu’elle en eut le souffle coupé. Elle enfouit son visage dans son cou, ses doigts agrippant sa chemise comme si elle avait peur qu’il disparaisse.


— Je suis désolé, murmura-t-il. Je suis tellement désolé de t’avoir entraînée là-dedans…


Elle secoua la tête.


— Tu as essayé de protéger Orion. Et maintenant, c’est à mon tour. À Poudlard, je pourrai le protéger autrement. Je pourrai surveiller ce qui se trame. Je pourrai anticiper. Je pourrai agir.


Il ferma les yeux, la serrant encore plus fort, comme s’il pouvait la garder à l’abri du monde entier.


— J’ai peur pour toi, avoua-t-il.


Elle posa sa main sur sa joue, son pouce caressant doucement sa peau.


— Moi aussi. Mais je préfère avoir peur en me battant… qu’en restant immobile.


Leurs fronts se touchèrent. Leurs respirations se mêlèrent.


— Demain, dit-elle, j’irai voir la directrice. Je demanderai le poste de potions. Et si elle refuse… je lui proposerai un défi. Elle ne pourra pas reculer.


Scorpius hocha la tête, incapable de parler. Il savait que la directrice ne refuserait pas. Il savait que tout était déjà décidé. Il savait que Lavinia marchait droit dans un piège qu’elle croyait avoir choisi. Il la serra une dernière fois, longuement, comme pour graver ce moment dans sa mémoire. Parce que demain, tout changerait. Parce que demain, Lavinia entrerait dans un monde où il ne pourrait plus la protéger. Parce que demain, elle deviendrait une pièce sur l’échiquier de la Rose Noire. Et qu’elle ne savait pas encore qu’elle n’avait jamais eu la moindre liberté dans cette partie.

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