Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 84 : Le duel des potions

1286 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/02/2026 17:58

La salle de potions était plongée dans une pénombre lourde, presque visqueuse, comme si les murs eux‑mêmes retenaient leur souffle en attendant que quelque chose se produise, comme si les pierres, saturées de décennies d’expériences, de fumées, de cris étouffés et de réussites silencieuses, savaient qu’un affrontement d’un autre genre allait s’y jouer. Lavinia entra la première, ses pas résonnant faiblement sur les dalles froides, chaque écho se perdant dans un silence trop dense pour être naturel. L’air y était saturé d’odeurs familières : la poussière des herbes séchées, l’acidité des décoctions anciennes, la trace persistante de potions qui avaient bouilli ici pendant des générations, comme si chaque effluve contenait un fragment de mémoire. Elle s’arrêta au centre de la pièce, laissant son regard glisser sur les étagères, les fioles, les chaudrons alignés comme des soldats immobiles, témoins silencieux de générations d’élèves qui avaient tremblé devant eux. Cet endroit lui rappelait toutes sortes de souvenirs, des bons comme des mauvais, mais surtout celui — amer, tenace — du jour où elle avait compris que Lily et elle seraient rivales, pas seulement rivales professionnelles : rivales tout court.


Il y avait un fait que Lavinia n’avait jamais révélé à personne. Bien avant que Lily ne sorte avec son futur époux, Lavinia avait éprouvé pour lui un intérêt sincère, discret, presque timide. Et Lily, elle, avait flirté ouvertement avec lui devant elle, comme si elle cherchait à lui rappeler ce qu’elle n’aurait jamais. Cette humiliation, minuscule en apparence, avait laissé en elle une amertume profonde, un goût de défaite qu’elle n’avait jamais digéré. Elle n’aurait jamais pensé remettre un jour les pieds à Poudlard, mais elle y avait été contrainte, forcée par des circonstances qu’elle ne contrôlait pas, et refuser aurait mis son fils en danger. Personne ne touche à son fils. Tout ce qu’elle faisait aujourd’hui, elle le faisait pour lui… et pour se venger de Lily. Elle savait déjà comment elle allait gagner. Tous les moyens étaient bons. Et personne ne la verrait faire.


La porte s’ouvrit derrière elle dans un grincement sec, presque agressif. Lily Potter‑Shacklebolt entra, droite, élégante, les cheveux roux tirés en une queue haute qui accentuait la dureté de ses traits. Elle avançait avec cette assurance tranquille de ceux qui savent qu’ils sont à leur place, qu’ils ont travaillé pour y être, qu’ils n’ont rien à prouver. Elle ne salua pas, ne sourit pas, se contenta de fixer Lavinia avec un mélange de méfiance, de froideur et d’incompréhension, comme si elle cherchait à deviner ce qui avait poussé cette femme à revenir ici, à oser défier l’ordre établi.


— Je ne sais pas ce que tu recherches exactement, Lavinia, mais je ferai tout pour que tu n’obtiennes pas ce que tu veux.


— Je ne cherche que ce que j’ai demandé.


— Mon poste.


— Mon avenir.


La tension entre elles était presque palpable, comme une corde trop tendue prête à se rompre. La directrice Sophia Dalrymple entra à son tour. Son regard n’était pas le sien. Il n’avait plus rien de chaleureux, plus rien de juste. Elle avançait avec une rigidité inhabituelle, une sévérité glacée qui ne lui ressemblait pas. Elle était sous l’effet de l’Imperium. Et l’intrus qui la contrôlait se trouvait dans la salle, invisible, silencieux, observant, vérifiant que le sort tenait.


— Mesdames, dit-elle d’une voix sèche. Vous connaissez les règles. Une potion chacune. Même recette. Même durée. Je jugerai sur la précision, la stabilité et la qualité finale.


Elle fit un geste de la main. Deux chaudrons identiques apparurent devant elles, accompagnés d’un plateau d’ingrédients soigneusement préparés.


— Vous préparerez une potion de Felix Felicis. Vous avez trente minutes.


Lavinia sourit intérieurement. Elle savait que cette potion était capricieuse. C’était un excellent choix.


— Vous pouvez commencer, dit Sophia.


Lily se mit immédiatement au travail, concentrée, méthodique. Lavinia prit quelques secondes de plus, préparant ses ingrédients avec une précision presque chirurgicale : œuf de Serpencendre, raifort, tentacules de Murlap, thym, coquille d’Occamy, poudre de Ruta. Elle jetait parfois un coup d’œil à Lily. Elle savait que Lily réussirait. Mais elle savait aussi qu’elle pouvait faire mieux.


La salle se remplit de bruits subtils : le cliquetis des couteaux, le frémissement des chaudrons, le chuchotement des flammes. Lily avançait avec une assurance presque arrogante. Lavinia avançait avec une précision inquiétante. À mi‑parcours, le moment critique arriva. Lavinia fit son geste. Infime. Invisible. Décisif. Une seconde pincée de raifort, ajoutée au moment exact. Sophia fronça légèrement les sourcils. Elle avait vu. Elle avait compris. Mais elle ne pouvait rien dire.


Puis, presque simultanément, les deux femmes éteignirent leurs flammes. Lily se redressa, fière. Sa potion était d’un or homogène, mais légèrement terne. Lavinia se redressa à son tour. Sa potion était d’un or identique… mais plus lumineux, plus stable. Sophia s’approcha, examina, huma, observa. Son visage resta impassible, mais son regard s’attarda une fraction de seconde de plus sur la potion de Lavinia.


— Je donnerai mon verdict dans un instant.


Lily serra les dents.


— Tu crois que tu peux me prendre ainsi ma place ?


— Je fais ce que je dois faire.


Sophia revint. Le verdict tomba.


— La gagnante est Lavinia Malefoy.


Lily blêmit.


— Ce n’est pas possible… je ne peux pas y croire…


— Votre potion est excellente, dit Sophia. Mais celle de Madame Malefoy est irréprochable.


Lily fit un pas en avant.


— Vous ne pouvez pas me retirer mon poste pour une seule potion. J’ai enseigné ici pendant vingt ans. J’ai formé des générations d’élèves. J’ai—


— Assez, coupa Sophia.


Le ton ne souffrait aucune contestation.


— Vous prendrez le poste de soins aux créatures magiques. Le professeur actuel part à la retraite dans un an. Vous commencerez comme Assistante. Et dois‑je vous rappeler que vous avez souvent été absente à cause de vos grossesses ?


Lily ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Elle recula, puis quitta la salle, la tête haute, les épaules tremblantes. Le silence retomba. Sophia se tourna vers Lavinia.


— Vous commencerez demain. Je vous enverrai les documents nécessaires.


— Merci, Madame la Directrice.


— Grâce à votre travail, vous allez relever le niveau académique de cette matière.


— Je ne vous décevrai pas.


Lavinia resta seule dans la salle. Le silence était lourd, presque étouffant. Elle s’approcha de son chaudron, observa la surface lisse de la potion, et un frisson lui parcourut l’échine. Elle avait gagné. Elle avait obtenu ce qu’elle était venue chercher. Elle avait pris la place de Lily. Mais ce n’était pas une victoire. C’était un avertissement. Elle posa une main sur le chaudron, ferma les yeux. Elle savait que ce n’était que le début. Que ce poste n’était pas un refuge. Que ce château n’était pas un sanctuaire. Que ce duel n’était qu’un prélude. La Rose Noire observait. Scorpius attendait. Orion grandissait. Les ombres se refermaient.


— Pour toi, Orion.


Puis elle quitta la salle, laissant derrière elle la potion encore tiède, brillante, parfaite, comme un serment silencieux.

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