Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
La nuit était tombée sur Poudlard comme un voile épais, étouffant, presque palpable. Les couloirs s’étaient vidés peu à peu, les rires des élèves s’étaient dissipés, les portes s’étaient refermées, et le château avait retrouvé cette respiration lente et profonde qu’il n’offrait qu’aux heures tardives, lorsque seuls les fantômes et les secrets circulent encore entre ses murs. Lavinia marchait d’un pas mesuré, ses pas résonnant faiblement sur les dalles froides, comme si elle craignait de réveiller quelque chose qui dormait sous la pierre. Elle venait de quitter la salle de potions, où elle avait rangé ses affaires, nettoyé son espace de travail, et tenté de calmer le tumulte qui grondait encore en elle. Elle avait gagné. Elle avait pris la place de Lily. Elle avait obtenu ce qu’elle était venue chercher. Et pourtant, elle ne ressentait aucune satisfaction, aucune fierté, aucun soulagement — seulement un poids, lourd et dense, qui s’était installé dans sa poitrine comme une pierre froide et qui ne la quittait plus depuis qu’elle avait franchi les portes du château.
Elle traverse un couloir désert, éclairé seulement par quelques torches dont les flammes vacillent paresseusement. Les portraits la suivaient du regard, certains avec curiosité, d’autres avec méfiance, d’autres encore avec une forme de reconnaissance silencieuse — comme s’ils savaient déjà qu’elle n’était pas une simple professeur, qu’elle n’était pas une simple mère, qu’elle n’était pas une simple femme. Elle s’arrêta devant une fenêtre donnant sur la cour intérieure. La lune était haute, ronde, d’un blanc presque spectral. Le vent soufflait doucement, faisant frémir les arbres du parc comme des silhouettes inquiètes. Elle posa une main contre la vitre froide. Elle pensa à Orion, à Scorpius, à ce qu’elle avait laissé derrière elle, à ce qu’elle avait accepté de devenir. Elle pensa surtout à la Rose Noire. Un frisson lui parcourut l’échine. Elle n’avait pas le droit de faiblir. Pas maintenant. Pas ici.
Lorsqu’elle arriva dans ses appartements, elle trouva Scorpius assis dans un fauteuil, les mains jointes, le regard perdu dans le vide. Il leva les yeux lorsqu’elle entra, et elle vit aussitôt qu’il savait, qu’il avait compris, qu’il avait senti, d’une manière ou d’une autre, que quelque chose venait de basculer.
— Alors ? demanda-t-il d’une voix basse.
— J’ai gagné.
Scorpius hocha la tête, mais il ne sourit pas, ne la félicita pas, ne sembla même pas soulagé.
— Et Lily ?
— Elle prendra le poste d'Assistante de soins aux créatures magiques.
Un silence lourd s’installa entre eux. Scorpius passa une main sur son visage, comme s’il tentait d’effacer une fatigue trop profonde pour être simplement physique.
— Tu sais ce que cela signifie.
— Oui.
Elle s’assit en face de lui, observant les flammes de la cheminée danser dans l’âtre, projetant des ombres mouvantes sur les murs, des ombres qui semblaient s’étirer, se déformer, se rapprocher d’eux comme des mains invisibles.
— Le château n’est plus un refuge, murmura-t-elle. C’est un champ de bataille.
— Je n’aurais jamais dû te laisser venir ici.
— Tu n’avais pas le choix.
Il rouvrit les yeux, et elle vit une détresse qu’elle n’avait jamais vue auparavant.
— Lavinia… la Rose Noire ne te laissera pas tranquille. Elle ne nous laissera pas tranquille. Elle ne laissera pas Orion tranquille.
— Je sais.
Elle posa une main sur la sienne, un geste simple, fragile, qui pourtant semblait contenir toute la force qu’elle avait encore.
— Mais je suis ici maintenant. Et je ferai ce qu’il faut.
— Tu n’es pas seule.
— Je sais.
Mais au fond d’elle, elle savait aussi que certaines batailles se livraient seule, dans le silence, dans l’ombre, dans la peur.
Plus tard dans la nuit, alors que Scorpius dormait enfin, Lavinia se leva, incapable de trouver le sommeil. Elle marcha jusqu’à la fenêtre, observa la lune, les arbres, les ombres qui glissaient sur le sol comme des serpents silencieux. Elle sentit quelque chose : une présence, un frisson, un souffle. Elle se retourna brusquement. Le couloir derrière la porte était vide. Mais elle savait. Quelqu’un l’observait. Quelqu’un attendait. Quelqu’un approchait. Et ce quelqu’un n’était pas un élève, ni un professeur, ni un fantôme. C’était autre chose. Quelqu’un d’extérieur. Quelqu’un qui connaissait ces murs. Quelqu’un qui connaissait Scorpius. Quelqu’un qui connaissait la Rose Noire.
Elle posa une main sur la poignée de la porte, hésita, puis recula. Pas ce soir. Pas maintenant. Elle retourna à son bureau, mais ses mains tremblaient. Alors qu’elle rangeait les derniers parchemins, un hibou massif frappa à la fenêtre. Elle sursauta. Le battement d’ailes résonna dans la pièce comme un présage. Elle ouvrit la fenêtre. L’oiseau entra, déposa une enveloppe scellée du sceau de Poudlard, puis repartit aussitôt, sans un cri, sans un souffle.
Lavinia resta un instant immobile, la lettre dans la main, le cœur battant trop vite. Elle reconnut le sceau. Elle reconnut l’écriture. Elle brisa la cire.
Madame Malefoy,
Suite à votre nomination au poste de professeur de potions,
et conformément aux traditions de l’école,
Vous êtes également nommée Directrice de la Maison Serpentard.
Votre présence est requise demain matin pour la cérémonie d’intronisation.
Sophia Dalrymple
Lavinia sentit un frisson lui parcourir l’échine. Elle s’assit lentement, comme si ses jambes venaient de céder sous elle. Directrice de Serpentard. Le titre résonna dans son esprit comme une cloche lourde, profonde, impossible à ignorer. Elle avait grandi dans cette maison. Elle y avait appris la prudence, la ruse, la maîtrise. Elle y avait laissé des souvenirs, des cicatrices, des ombres. Et maintenant, elle en prenait la tête.
Elle pensa à Lily, à son regard blessé, à sa colère silencieuse. Elle pensa aux élèves qui la verraient entrer dans la salle commune, à leurs murmures, à leurs jugements. Elle pensa à Orion, qui rejoindrait un jour cette maison. Elle pensa à la Rose Noire, qui devait déjà sourire quelque part dans l’obscurité.
Scorpius entra à cet instant, attiré par le silence trop lourd.
— Lavinia… qu’est-ce que c’est ?
Elle lui tendit la lettre. Il la lut. Son visage se décomposa.
— Directrice de Serpentard… Lavinia, c’est… c’est exactement ce qu’elle voulait.
— Je sais.
— Tu comprends ce que cela implique ?
— Oui.
Être directrice de Serpentard, c’était être au cœur de la maison la plus surveillée, la plus convoitée, la plus dangereuse. C’était être placée là où la Rose Noire voulait qu’elle soit. C’était être exposé. C’était être utile. C’était être piégée.
Elle rouvrit les yeux, déterminée.
— Alors je jouerai à son jeu. Mais à ma manière.
— Tu n’es pas seule.
— Je sais. Mais certaines batailles… je devrais les mener dans l’ombre.
Elle posa la lettre sur la table. Directrice de Serpentard. Un titre. Un fardeau. Une arme.
— Demain, murmura-t-elle. Demain, tout commence vraiment.
Et dans le couloir, derrière la porte close, un pas discret s’éloigna. Un pas silencieux. Un pas calculé. Quelqu’un venait d’apprendre la nouvelle. Et dans l’ombre, ce quelqu’un souriait.