Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 86 : L’entretien de Sébastien Blackwell

1738 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/02/2026 19:18

La salle commune de Serpentard baignait dans une lumière verte et mouvante, projetée par les flammes de l’âtre qui se reflétaient sur les murs de pierre humide, et les élèves, massés en demi‑cercle, observaient Lavinia Malefoy avec une attention presque prédatrice, comme si chacun d’eux tentait déjà de deviner quel genre de directrice de maison elle serait, et comment il faudrait se positionner face à elle. Sophia Dalrymple se tenait à ses côtés, droite, immobile, le visage parfaitement lisse, mais Lavinia, qui avait appris à lire les micro‑tensions chez les gens, perçut immédiatement quelque chose d’étrange dans la posture de la directrice, une rigidité inhabituelle, une crispation presque imperceptible dans la mâchoire, comme si elle retenait un frisson ou une pensée qu’elle ne voulait pas laisser transparaître.


Sophia leva la main pour réclamer le silence, et la salle se figea instantanément.


— Élèves de Serpentard, j’ai une annonce importante à vous faire.


Un murmure parcourut la salle, un frémissement d’excitation mêlé d’appréhension, et Lavinia sentit plusieurs regards glisser sur elle, certains admiratifs, d’autres méfiants, d’autres encore calculés, comme si chacun évaluait déjà les conséquences de ce changement.


— À partir d’aujourd’hui, Lavinia Malefoy devient officiellement la directrice de votre maison, ainsi que votre nouvelle professeure de potions.


Les murmures se turent d’un coup, remplacés par un silence dense, presque lourd, un silence qui n’était pas de la surprise — ils s’y attendaient — mais de l’évaluation. Puis les chuchotements reprirent, plus bas, plus serrés, comme des serpents qui se frôlent dans l’ombre.


Sophia poursuivit, mais Lavinia remarqua que sa voix avait une infime vibration, presque imperceptible, comme si elle parlait à travers un voile invisible.


— Elle a démontré ses compétences, sa maîtrise, et sa capacité à représenter les valeurs de votre maison. Je compte sur vous pour lui accorder le respect qu’elle mérite.


Lavinia sentit alors quelque chose d’étrange : Sophia ne la regardait pas vraiment. Elle fixait un point légèrement à côté d’elle, comme si ses yeux glissaient sur une présence que Lavinia ne percevait pas. Un détail infime, mais suffisant pour faire naître une inquiétude sourde dans sa poitrine.


Elle s’avança d’un pas, consciente que tous les regards étaient braqués sur elle.


— Je vous remercie. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous guider et vous soutenir. La maison Serpentard mérite excellence et ambition, et je veillerai à ce que chacun d’entre vous puisse atteindre son plein potentiel.


Quelques élèves hochèrent la tête, d’autres échangèrent des regards rapides, et Lavinia sentit le poids de leurs attentes se poser sur ses épaules comme une cape lourde et froide. Mais ce n’était pas cela qui la troublait.C’était Sophia. La directrice se tenait légèrement en retrait, les bras croisés, le regard fixé sur les flammes vertes, comme si elle écoutait quelque chose que personne d’autre n’entendait. Elle ne souriait pas. Elle ne semblait même pas satisfaite. Elle semblait… ailleurs.


Lavinia s’approcha légèrement.


— Tout va bien ?


Sophia tourna la tête vers elle, trop lentement, comme si elle revenait d’un endroit lointain.


— Parfaitement.


Mais Lavinia vit l’ombre dans ses yeux, une ombre qu’elle n’avait jamais vue lors de son propre entretien, une ombre qui n’avait rien à voir avec la fatigue ou le stress. Quelque chose avait changé. Quelque chose en Sophia n’était plus tout à fait… aligné. Elle n’en dit rien. Elle ne devait rien dire.


Sophia reprit la parole, d’un ton plus sec.


— Nous devons y aller. Il y a… une autre affaire urgente.


— Maintenant ?


— Oui.


Lavinia sentit les regards des élèves se tourner vers elle, curieux, avides, mais elle suivit Sophia hors de la salle commune, laissant derrière elle les murmures qui enflaient déjà, et la porte se referma dans un souffle humide, comme si les murs eux-mêmes tentaient de retenir quelque chose.


Elles traversèrent les couloirs du château dans un silence pesant, un silence qui n’avait rien de confortable ; il était tendu, chargé, presque électrique, comme si quelque chose d’invisible marchait à leurs côtés. Sophia jetait parfois un regard furtif par-dessus son épaule, comme si elle s’attendait à voir quelqu’un les suivre, ou comme si elle percevait une présence que Lavinia ne voyait pas encore.


— Vous vouliez me parler de quoi exactement ?


— Pas ici. Et pas dans les couloirs.


Elles arrivèrent devant le bureau de la directrice. Sophia posa la main sur la poignée, mais ne l’ouvrit pas immédiatement ; elle resta immobile, comme si elle hésitait à franchir le seuil, comme si elle savait que ce qui les attendait à l’intérieur n’était pas simplement administratif.


— J’ai un entretien à mener. Un candidat pour le poste de Défense contre les Forces du Mal. Je veux que vous observiez.


— Observiez quoi ?


— Je ne sais pas encore.


Elle ouvrit la porte. Le bureau baignait dans une lumière tamisée, filtrée par les hautes fenêtres, et l’air y était différent, plus dense, plus froid, comme si la pièce avait été occupée par quelque chose — ou quelqu’un — juste avant leur arrivée. Lavinia sentit immédiatement une tension sourde lui glisser le long de la nuque, une sensation qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps, pas depuis…Sophia s’avança de quelques pas, puis se tourna vers elle.


— Si quelque chose vous semble anormal, vous me le direz après.


Lavinia acquiesça, même si elle sentait déjà que quelque chose était anormal, que quelque chose approchait, que quelque chose avait été mis en mouvement bien avant qu’elle ne franchisse cette porte.


On frappa. Un seul coup. Sec. Mesuré. Parfaitement contrôlé.


— Entrez.


La porte s’ouvrit dans un silence presque trop parfait. Et Lavinia le vit. Sébastien Blackwell.


Il entra dans la pièce avec une lenteur calculée, comme s’il possédait déjà les lieux, comme si chaque pas était une affirmation silencieuse de son pouvoir. Il n’avait presque pas changé depuis Poudlard : silhouette élancée, allure impeccable, cette manière de se mouvoir sans bruit, cette aura glacée qui semblait absorber la lumière autour d’elle. Ses yeux — d’un bleu acier presque translucide — se posèrent d’abord sur Sophia, puis glissèrent vers Lavinia.


Leurs regards se croisèrent. Et Lavinia comprit. Pas comment. Pas pourquoi. Mais elle comprit. Ce n’était pas un hasard.


— Lavinia.


— Cela fait longtemps.


Sophia se tourna brusquement vers elle.


— Vous vous connaissez ?


Lavinia hésita une fraction de seconde, trop longue, trop visible. Sébastien répondit à sa place.


— Nous sommes de la même famille. Enfin… par alliance.


Il sourit. Un sourire lent, calculé, qui n’atteignait jamais ses yeux.


— Une époque… mémorable.


Sophia, intriguée mais professionnelle, reprit le contrôle.


— Très bien. Commençons.


Elle fit apparaître un mannequin d’entraînement au centre de la pièce. Sébastien s’en approcha avec une précision presque clinique, comme s’il évaluait déjà des angles d’attaque invisibles.


— Nous allons commencer par une simulation de cours. Imaginez que vous êtes face à une classe de cinquième année. Le mannequin représente une menace simple.


— Avec plaisir.


Il leva sa baguette, un geste simple, fluide, d’une élégance presque dérangeante, puis lança un Expelliarmus parfaitement exécuté, propre, précis, qui fit reculer le mannequin d’un pas. Rien d’illégal. Rien d’excessif. Et pourtant, Lavinia sentit son estomac se nouer : ce n’était pas un sort de professeur, mais celui d’un duelliste.


Sophia hocha la tête.


— Très bien. Et si la menace persistait ?


— Je montrerais une alternative non offensive. Les élèves doivent apprendre à contrôler sans blesser.


Il lança un Immobulus impeccable, puis s’approcha du mannequin figé, posa deux doigts sur le bois, comme pour vérifier quelque chose que personne d’autre ne percevait.


— L’immobilisation doit être totale. Un élève pourrait croire que le sort a fonctionné alors qu’il reste une marge de mouvement. Et c’est dans cette marge que l’on meurt.


Sophia cligna des yeux.


— C’est une approche très… rigoureuse.


— Les élèves doivent comprendre la réalité. Je ne leur mentirai jamais.


— Cela suffira.


Ils s’assirent. Sophia ouvrit un dossier.


— Monsieur Blackwell, merci d’être venu. Comme vous le savez, le poste de Défense contre les Forces du Mal est essentiel à Poudlard…


L’entretien se déroula avec une politesse glacée, chaque réponse de Sébastien parfaitement calibrée, chaque mot pesé, chaque sourire trop lent pour être sincère. Lavinia observait, silencieuse, attentive, consciente que tout ce qu’il disait était vrai — et pourtant terriblement faux.


À la fin, Sébastien se leva, s’inclina devant Sophia, puis se tourna vers Lavinia.


— C’était un plaisir de vous revoir.


— Le plaisir est partagé.


Un mensonge parfait. Il quitta la pièce. La porte se referma dans un silence trop précis pour être naturel. Sophia se tourna immédiatement vers Lavinia.


— Alors ? Vous le connaissez vraiment ?


— Il est le cousin de mon mari.


— Oh. Je n’avais pas fait le lien.


— C’est un sorcier très talentueux. Ses méthodes fonctionnent. Il a un caractère… particulier, mais il est quelqu’un sur qui on peut compter.


Un autre mensonge. Un mensonge vital.


— Vous pensez qu’il ferait un bon professeur ?


— Je pense qu’il serait… efficace.


Sophia hocha lentement la tête.


— Très bien. Je vais réfléchir.


— Prenez votre temps.


Mais Lavinia savait déjà que la décision était prise. Pas par Sophia. Pas par elle. Par quelqu’un d’autre.


Quelqu’un qui tirait les ficelles depuis longtemps. Quelqu’un qui avait décidé que Sébastien Blackwell devait être ici.


Elle sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine. Le véritable danger venait d’entrer à Poudlard.


Et ce danger portait son nom.

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