Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 87 : L’Assistant

1309 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/03/2026 22:15

Le matin venait tout juste de se lever lorsque Sophia Dalrymple fit demander Lavinia dans son bureau. Le château s’éveillait lentement, les couloirs résonnaient des premiers pas d’élèves, et une brume légère s’accrochait encore aux fenêtres comme un voile hésitant, comme si la nuit refusait de céder entièrement sa place au jour. Lavinia traversa les escaliers en colimaçon d’un pas mesuré, son visage parfaitement calme, mais son esprit déjà en alerte, tendu comme une corde prête à rompre. Elle savait pourquoi Sophia l’avait convoquée, elle savait ce que contenait la lettre arrivée la veille, elle savait ce que cela signifiait. Ce n’était pas un simple choix administratif. Ce n’était pas un hasard. C’était une pièce de plus dans un jeu qu’elle n’avait pas choisi.


Elle frappa doucement.


— Entrez, dit la voix glaciale de Sophia.


Lavinia poussa la porte. La directrice se tenait debout près de son bureau, une enveloppe ouverte à la main. Son visage était grave, mais ce n’était pas une gravité humaine : c’était une gravité figée, mécanique, comme si chaque émotion avait été remplacée par une imitation imparfaite.


— Merci d’être venue si tôt, dit-elle avec un sourire fatigué qui ne touchait pas ses yeux.


— Bien sûr, répondit Lavinia avec douceur.


Sophia inspira profondément, comme si elle cherchait à ordonner ses pensées — mais l’Imperium brouillait tout, lissait tout, effaçait tout.


— J’ai reçu la réponse du conseil d’administration hier soir. Sebastian Blackwell a été retenu.


Lavinia inclina légèrement la tête, parfaitement neutre.


— Je vois.


Elle ne laissa rien paraître. Elle savait déjà. Son mari dirigeait le conseil. Son mari, loyal à la Rose Noire. Son mari, qui avait toujours considéré Sebastian comme un atout.


Sophia poursuivit :


— Pas pour le poste de professeur cependant. Pour celui d’assistant. L’actuel part à la retraite l’an prochain. Je leur ai dit que je ne pouvais pas le faire partir maintenant.


Lavinia sentit un frisson lui parcourir l’échine, un frisson long, froid, presque douloureux. La Rose Noire n’aimerait pas ça. Sebastian non plus.


— C’est une bonne décision, dit-elle calmement.


Sophia hocha la tête.


— Il a du potentiel, mais je ne peux pas faire partir l’actuel maintenant. Cela serait injuste.


Un mot étrange dans sa bouche. Injuste. Elle qui avait humilié Lily sans un battement de cil. Elle qui ne se souvenait même plus de l’avoir fait.


— Je vous comprends parfaitement, répondit Lavinia d’une voix douce. On ne peut faire partir quelqu’un comme ça.


Un sourire discret étira ses lèvres. Un sourire parfaitement maîtrisé. Un sourire qui cachait tout.


— Je lui ai donné rendez-vous cet après-midi pour finaliser son contrat, ajouta Sophia. J’aimerais que vous soyez présente.


— Bien sûr.


— Vous avez été très… pertinente hier. Vous m’avez bien aidée pour donner ma décision au conseil.


— Je suis heureuse d’avoir été utile.


Sophia hésita, puis demanda :


— Vous le connaissiez vraiment, à l’époque ?


— Nous étions dans la même maison, répondit Lavinia sans hésiter. Il était brillant. Il excellait dans toutes les matières.


Un mensonge parfait. Un mensonge nécessaire. Un mensonge vital.


Sophia sembla rassurée.


— Alors nous avons fait le bon choix. Je suis sûre que nous deviendrons la meilleure école de sorcellerie.


— J’en suis sûre, répondit Lavinia.


Sophia rit doucement, comme si la tension s’était dissipée. Mais elle ne s’était pas dissipée. Elle s’était simplement déplacée.


— Très bien. Je vous laisse vous préparer pour vos cours. Et merci encore, Lavinia.


— C’est normal.


Lavinia s’inclina légèrement, puis quitta le bureau. Dans le couloir, elle s’arrêta. Le silence du château semblait soudain plus dense, plus lourd, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Quelque chose clochait. Sophia n’était plus Sophia. Et Sebastian arrivait.


Assistant.

Présent dans les couloirs.

Présent dans les salles.

Présent dans les ombres.


Il n’avait pas obtenu le poste principal. Mais il avait obtenu exactement ce dont il avait besoin : une entrée. Un rôle discret. Un accès. Lavinia savait. Elle savait que ce n’était pas un hasard. Elle savait que la Rose Noire l’avait envoyé ici. Elle savait que Sebastian n’obéissait qu’à elle. Elle savait que c’était lui qui avait poussé Scorpius vers Vaseras. Elle savait que c’était lui qui avait ouvert la porte de l’ombre.


Elle inspira profondément.


— Très bien, murmura-t-elle. Le jeu commence.


L’après-midi tomba sur Poudlard avec une lumière pâle, presque blanche, qui filtrait à travers les vitraux du bureau de la directrice. Lavinia se tenait debout près de la fenêtre, les mains jointes devant elle, parfaitement immobile. Elle avait appris à attendre sans impatience, à respirer lentement, à effacer toute émotion. Sophia, elle, faisait les cent pas : une femme froide, une femme changée, une femme qui ne savait même pas qu’elle n’était plus elle-même.


— Je ne sais pas pourquoi je suis nerveuse, murmura-t-elle. Ce n’est qu’un assistant.


— C’est normal, répondit Lavinia d’une voix douce. Chaque nouveau membre du personnel change un peu l’équilibre de l’école. Mais vous avez fait le bon choix.


Sophia sourit, soulagée.


— Merci, Lavinia. Votre avis compte beaucoup pour moi.


Lavinia hocha la tête. Elle savait exactement ce qu’elle faisait.

On frappa à la porte. Un seul coup. Sec. Mesuré.


— Entrez, dit Sophia.


La porte s’ouvrit. Sebastian Blackwell entra. Toujours cette robe sombre. Toujours cette allure parfaitement maîtrisée. Toujours cette présence qui semblait absorber la lumière.

Il s’inclina devant Sophia, puis tourna la tête vers Lavinia.


— Madame Malefoy.


— Monsieur Blackwell.


Sophia, ravie de leur politesse, ne vit rien. Elle ne vit pas la tension invisible. Elle ne vit pas l’ombre du passé. Elle ne vit pas la menace. Elle ne vit pas que c’était lui, l’inconnu qui l’avait brisée.


— Merci d’être venu, dit-elle. Vous êtes retenu pour le poste d’assistant en Défense contre les Forces du Mal. Le professeur actuel part à la retraite dans un an. Vous serez titulaire ensuite.


Sebastian sourit. Un sourire parfaitement contrôlé.


— Je suis honoré.


Sophia lui tendit le contrat. Il signa d’un geste fluide, trop fluide.


— Bienvenue à Poudlard, Monsieur Blackwell.


— Merci, Madame la Directrice.


Il se tourna vers Lavinia.


— Je suis certain que nous travaillerons très bien ensemble.


— Je n’en doute pas un seul instant.


Un mensonge parfait. Un mensonge nécessaire. Sophia sourit, ravie.


— Lavinia vous montrera vos quartiers.


— Avec plaisir, répondit Sebastian.


Sophia se détourna pour ranger quelques documents. Sebastian murmura, assez bas pour que seule Lavinia entende :


— Je suis heureux d’être ici. Les choses vont enfin pouvoir commencer.


Lavinia répondit sans détourner le regard :


— Je suis sûre que vous ferez un excellent travail.


Un mensonge parfait. Un mensonge nécessaire.


Sophia revint vers eux.


— Très bien. Lavinia, je vous laisse l’accompagner.


— Bien sûr.


Elle ouvrit la porte. Sebastian passa devant elle. Elle le suivit. Dans le couloir, leurs pas résonnèrent en écho. Il ne parla pas. Elle non plus. Mais elle sentit son regard sur elle, un regard qui disait : Je sais pourquoi tu es là. Je sais ce que tu caches. Et je sais que tu ne peux rien faire.


Lavinia inspira profondément. Elle devait rester calme. Elle devait rester invisible. Elle devait rester parfaite.

Elle devait survivre.

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