Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 95 : L’Ordre de Minuit

1459 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/03/2026 19:10

Le manoir de la Rose Noire semblait respirer avec elle. Dans la pénombre, les murs vibraient d’une magie ancienne, presque organique, comme si la demeure entière n’était qu’une extension de sa volonté. Les flammes du foyer projetaient des ombres mouvantes sur les tapisseries, dessinant des silhouettes qui semblaient s’incliner devant elle à chaque oscillation. La Rose était assise dans son fauteuil, immobile, drapée dans un silence qui n’appartenait qu’à elle. Elle veillait. Elle observait. Elle attendait que les fils qu’elle avait tissés depuis des années se resserrent enfin autour de ceux qu’elle avait choisis. Elle n’avait pas besoin d’être à Poudlard pour savoir ce qui s’y passait. Elle n’y avait jamais eu besoin. 


Sebastian Blackwell avait accompli sa tâche avec une précision presque dévotionnelle. Le jour où il avait placé Sophia sous Imperium, il avait glissé un objet de surveillance sous le bureau de la directrice, dans un recoin du bois, là où personne ne poserait jamais les yeux. L’objet s’était incrusté dans la matière comme une écharde métallique, fusionnant avec le bois, invisible même pour un œil exercé. 


Depuis trois semaines, il enregistrait tout. Chaque mot. Chaque souffle. Chaque hésitation. Et la Rose écoutait. Elle savait que l’Imperium avait des limites. Elle savait que Sophia finirait par lutter, par résister, par se fissurer. Elle savait qu’il faudrait bientôt renforcer l’emprise. Elle avait déjà prévu comment. Ce soir encore, elle écoutait. La conversation l’intéressait : Lily Potter avait démissionné. Enfin. Une pièce venait de quitter l’échiquier, exactement comme elle l’avait anticipé. 


Elle allait couper l’écoute lorsque quelque chose la fit se redresser lentement, comme un serpent qui perçoit une vibration dans le sol. Sophia venait de prononcer une phrase qui n’était pas dans le plan. Une phrase qui n’aurait jamais dû exister. Elle avait désinscrit les enfants de Lily et Alexis. Ceux d’Albus et Alice. Et — pire que tout — la fille de James et Savannah. La Rose Noire se figea. Le silence devint glacial. Une colère froide, méthodique, s’insinua dans ses veines. Elle n’éleva pas la voix. Elle n’en avait pas besoin.


 — Fais venir Scorpius, Lavinia et Orion Malefoy. Ainsi que Sebastian et Ayden Blackwell. C’est un ordre. Je me moque qu’il soit minuit. Je les veux ici. Maintenant.


Le légion s’inclina profondément, presque jusqu’au sol.


— Bien, Maîtresse.


Il disparut aussitôt, avalé par les ombres du manoir. Le silence retomba, lourd, étouffant, seulement troublé par le crépitement du feu. La Rose attendit, immobile, les doigts posés sur l’accoudoir, comme une reine attendant ses sujets. Quelques minutes plus tard, les invités forcés furent amenés dans la grande salle. L’air y était dense, saturé d’une magie ancienne, presque suffocante. Scorpius et Lavinia étaient encore en tenue de nuit, Orion et Lysander à moitié endormis, Sebastian parfaitement impassible. La Rose ne leur laissa pas le temps de respirer.


— Toi, dit-elle à un légion, amène les enfants près de moi.


Orion et Ayden sont tirés en avant. Scorpius fit un pas, Lavinia tendit la main, mais deux légions les retinrent sans effort.


— Vous les reverrez, dit la Rose d’un ton presque doux. Dès que nous aurons terminé.


Elle se leva lentement. Son ombre s’étira sur le sol comme une bête prête à bondir.


— Vous croyez vraiment que je n’allais pas m’apercevoir de ce que Sophia a fait ? Vous croyez que je n’allais pas intervenir ?


Scorpius blêmit. Lavinia sentit son cœur se serrer. Sebastian resta immobile, mais son regard se durcit.


— Maîtresse, dit-il, nous n’avons pas été informés. Comment pouvons-nous réparer cela ?


La Rose sourit. Un sourire sans chaleur.


— Sophia a commis une erreur. Une erreur grave. Elle a désinscrit des enfants essentiels à mon plan. Elle a touché à des pièces que je n’avais pas encore déplacées. Cela, je ne peux pas le tolérer.


Elle se tourna vers Lavinia.


— Tu vas réparer cela.


Lavinia sentit ses jambes se dérober.


— Comment… Maîtresse ?


— Par un serment inviolable. Entre toi et Sebastian.


Lavinia pâlit. Sebastian ne broncha pas.


— Tu vas recevoir de Sebastian une potion d’asservissement. Une potion bien plus puissante que l’Imperium. Une potion qui fera de Sophia un pantin parfait, incapable de la moindre initiative.


Elle marqua une pause, savourant leur terreur.


— Tu l’inviteras à prendre le thé. Tu glisseras la potion dans sa tasse. Sebastian sera invisible, prêt à intervenir si tu échoues.


Lavinia sentit son cœur battre trop vite. Elle pensa à Orion. Elle pensa à Scorpius. Elle pensa à ce qu’elle allait devenir.


— Ensuite, continua la Rose, vous lui ferez modifier légèrement sa décision. Elle restaurera l’inscription d’Elizabeth, de Harry II et de Milena. Cela passera mieux auprès du Ministère. Cela évitera les soupçons.


Elle se tourna vers Scorpius.


— Quant à toi… tu vas faire en sorte que la décision de Sophia ne soit pas contestable. Tu vas la défendre. Tu vas la justifier. Tu vas la rendre légitime.


Elle plissa les yeux.


— Mais méfie-toi du Ministre. Il cherchera à vous atteindre. Il cherchera à vous briser. Il cherchera à comprendre.


Elle s’approcha de lui, si près qu’il sentit son souffle.


— Ne lui en laisse pas l’occasion.


Scorpius baissa la tête. Il n’avait plus le choix. Aucun d’eux n’en avait. La Rose sourit.

— Bien. Maintenant… agenouillez-vous.


Les légions s’avancèrent. Les ombres se resserrèrent. Et tous comprirent que la nuit ne faisait que commencer.


Un silence épais retomba, presque palpable, comme si l’air lui-même hésitait à circuler en présence de la Rose. Elle les observa un long moment, sans un mot, sans un geste, laissant la peur s’installer, s’enraciner, se transformer en docilité. La pierre froide sous leurs genoux semblait aspirer la chaleur de leurs corps, les clouant davantage à leur vulnérabilité.


Enfin, elle parla.


— Ce soir, vous scellez votre loyauté. Pas de serment creux. Pas de faux semblants. Vous agirez comme une seule volonté. La mienne.


Sa voix n’était ni forte ni menaçante. Elle était calme, presque douce, et c’était précisément ce calme qui fit frissonner Scorpius. Lavinia baissa les yeux, incapable de soutenir ce regard qui disséquait tout. Sebastian, lui, demeurait immobile, mais une tension imperceptible crispait la ligne de ses épaules.


La Rose fit quelques pas, lentement, comme si elle savourait chaque seconde de leur soumission. Les flammes du foyer projetaient son ombre sur les murs, une ombre démesurée, mouvante, qui semblait respirer avec elle.


— Vous avez été choisis pour une raison, reprit-elle. Pas pour vos noms. Pas pour vos ambitions. Pour votre utilité. Et ce soir, vous allez me prouver que vous la comprenez.


Elle s’arrêta devant Lavinia.


La jeune femme sentit son cœur cogner contre sa cage thoracique, trop vite, trop fort.


— Tu accompliras ta tâche, dit la Rose Noire. Tu n’auras pas le droit à l’erreur. Pas cette fois.


Lavinia hocha la tête, incapable de parler. Elle pensa à Sophia. À la potion. À la tasse de thé. À ce qu’elle deviendrait si elle échouait.


La Rose se détourna d’elle comme on referme un dossier déjà réglé, puis s’approcha de Scorpius. Il soutint son regard, mais ses doigts tremblaient légèrement, trahissant ce qu’il tentait de dissimuler.


— Tu défendras la décision de Sophia, dit-elle. Tu la rendras légitime. Indiscutable. Le Ministre cherchera à te piéger. Il cherchera la faille. Ne lui en laisse aucune.


Scorpius inclina la tête, la mâchoire serrée.


— Je n’en laisserai aucune.


— Bien.


Elle se tourna enfin vers Sebastian. Il ne cilla pas. Il ne cillait jamais.


— Tu superviseras tout. Tu interviendras si nécessaire. Tu sais ce que j’attends de toi.


— Oui, Maîtresse.


Elle hocha la tête, satisfaite, puis leva la main. Les légions s’inclinèrent d’un même mouvement, comme un seul corps, une seule ombre.


— Le monde croit encore que la lumière protège ses enfants, murmura-t-elle. Ils ne comprennent pas que la nuit les a déjà avalés.


Elle abaissa la main. Les ombres se resserrèrent autour d’eux, prêtes à sceller ce qui devait l’être.


— Maintenant… prêtez serment.


Et la nuit, docile, se referma sur eux.

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