Liaisons chez les Gryffondors
e soir-là, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Mon esprit tournait en boucle, prisonnier des problèmes dans lesquels je m’étais fourrée. Impossible de rester allongée là, les yeux rivés au plafond du dortoir.
Alors, sans bruit, je sortis de mon lit, enfilai un pull et quittai discrètement le dortoir. La salle commune était plongée dans une pénombre paisible, éclairée seulement par les braises mourantes dans la cheminée. Je passai la porte sur la pointe des pieds et me dirigeai vers la tour la plus proche.
Je gravis les marches lentement, veillant à ne pas faire de bruit. Le couvre-feu était passé depuis longtemps, mais j’avais besoin d’être seule. Rusard ne m’avait jamais surprise hors du dortoir, et j’étais plutôt douée pour me fondre dans l’ombre.
Arrivée en haut, je poussai doucement la porte donnant sur le petit balcon de pierre et m’approchai du bord. L’air de la nuit fouetta doucement mon visage, atténuant la brûlure de la coupure encore fraîche sur ma joue gauche. Je fermai les yeux. Enfin un peu de paix.
Je restai là un moment, immobile, à écouter le souffle du vent dans les arbres au loin. Peu à peu, je sentis la tension se relâcher dans mes épaules.
Puis une voix familière rompit le silence.
— Tu n’arrives pas à dormir ?
Je sursautai à peine. Je la connaissais trop bien, cette voix. Grave et douce à la fois. Nicolas.
— Non… J’avais besoin de m’aérer un peu les idées, répondis-je en gardant les yeux tournés vers le ciel. Et toi ? Tu penses encore au match ?
— Non. À autre chose. Plutôt à quelqu’un d’autre, dit-il en s’approchant doucement.
Il s’installa à ma droite, à une distance prudente, et laissa le vent frais caresser son visage lui aussi. Je le sentis me jeter un coup d’œil du coin de l’œil.
— À quoi tu penses, toi ? Demanda-t-il doucement après un moment.
Ce n’était pas dans mes plans de lui parler de nouveau. J’aurais dû le fuir, faire comme s'il n'existait pas, mais sa voix avait ce ton… ce ton calme et sincère qui me donnait envie de me confier, malgré moi.
— Je pense à ce que serait Poudlard… sans toi.
Il éclata d’un rire doux, surpris.
— Je ne pensais pas te poser autant de problèmes.
Je haussai les épaules, esquissant un sourire.
— Tu n’es pas le problème, Nicolas. C’est tout ce qui tourne autour de toi.
Je le regardai du coin de l'œil, le vent jouait doucement dans ses cheveux, et dans la pénombre, son visage semblait plus tranquille, plus doux que d’habitude.
— Tu sais, dit-il finalement, ce n’est pas toujours facile d’être le capitaine. Tout le monde attend tellement de moi, mais parfois, j’ai l’impression que je joue un rôle.
— Et avec Lysandra ? demandai-je, un peu trop vite peut-être.
Il ne répondit pas tout de suite. Son regard s'était perdu quelque part au-delà de la rambarde, là où le ciel se confondait avec la cime des arbres. Puis il soupira, comme s'il déposait un poids invisible.
— C'était le choix de la facilité, dit-il simplement. Elle est belle, populaire, tout le monde s'attendait à ce qu’on finisse ensemble. Je n’ai jamais vraiment remis ça en question.
Il marqua une pause.
— Au fond, j’ai laissé les autres choisir pour moi. Et c’est peut-être ça, la vraie lâcheté.
Je me tournai lentement vers lui, touchée malgré moi par cette lucidité. Pendant un instant, je vis un garçon, pas une image. Pas le capitaine parfait, mais quelqu’un de réel, qui doutait.
Ses yeux glissèrent vers moi, et il fronça soudain les sourcils.
— Qu’est-ce que… ta joue ?
Il se pencha un peu, le regard inquiet.
— C’est elle, pas vrai ? dit-il, la voix plus grave. Elle t’a fait ça ?
Je ne répondis pas. Je n’avais pas envie créer d'autres problèmes, j'en avais déjà bien assez. Mais le silence parlait pour moi.
— Mince, Elina…
Il tendit la main, comme pour toucher la coupure, puis s’arrêta à quelques centimètres, hésitant. Son geste resta en suspens.
— Je suis désolé. Je… je ne pensais pas qu’elle pouvait faire ça.
Je haussai les épaules, gardant ma voix aussi neutre que possible.
— Elle pensait que je voulais lui voler ce qui lui appartenait.
— Je n’appartiens à personne, dit-il aussitôt. Et sûrement pas à quelqu’un qui blesse les autres pour se rassurer.
Cette fois, c’est moi qui restai sans voix. Je ne m’attendais pas à autant de franchise. Ni à cette colère sourde dans sa voix — pas contre moi, pas contre elle, contre lui-même peut-être.
Il reprit plus doucement :
— Tu aurais dû me le dire.
— À quoi bon ? Tu aurais pris sa défense. Ou tu aurais dit que ce n’était pas ton problème.
— Je ne suis pas aussi insensible que tu le penses, Elina.
Il ne disait plus rien, mais ses yeux restaient ancrés aux miens, plus sombres, plus intenses que je ne les avais jamais vus. Le silence entre nous était électrique.
Lentement, presque imperceptiblement, il se rapprocha. Pas d’un geste brusque, juste un mouvement naturel, comme attiré malgré lui. Son regard descendit un instant vers ma bouche, puis revint à mes yeux.
Je sentis mon cœur s’accélérer. Une alarme silencieuse dans ma tête, mais mes jambes refusaient de bouger. Il leva la main, cette fois pour de bon, et effleura ma joue du bout des doigts — là où la coupure rougissait encore la peau.
— Je suis désolé qu’elle t’ait fait ça, murmura-t-il. Tu mérites mieux que ça. Mieux qu’elle. Mieux que moi, peut-être.
Avant que je ne trouve quoi répondre, il se pencha. Son souffle chaud effleura ma peau. Ses lèvres frôlèrent les miennes. Léger, hésitant, comme s’il me laissait le temps de reculer.
Je ne reculais pas.
Mais quand il m’embrassa, un court instant, quelque chose en moi se crispa. Mon cœur battait la chamade, mes pensées s’embrouillaient. Et pourtant, quelque chose sonnait faux. Pas dans le baiser — dans le contexte.
Je me détachai doucement, posant ma main sur son torse pour créer une distance.
— On peut pas faire ça, dis-je à voix basse.
Il resta figé, le souffle suspendu.
— Pas tant que tu es avec elle.
Il recula à peine, mais ses yeux ne me quittèrent pas.
— Alors je vais la quitter.
Il le dit sans trembler, sans hésiter. Juste cette certitude dans la voix, comme s’il avait enfin compris quelque chose.
— Demain, ajouta-t-il. Je te le promets.
Il y eut un moment de silence, suspendu dans la fraîcheur de la nuit. Je le fixais, tentant de lire au fond de ses yeux s’il croyait vraiment à ce qu’il venait de dire… ou s’il disait simplement ce que je voulais entendre. Mais il ne détourna pas le regard.
Puis il ajouta, d’une voix plus douce, presque timide :
— Rejoins-moi ici, demain soir. À onze heures. On pourra vraiment s’embrasser. Pour de vrai. Sans rien ni personne entre nous.
Je baissai un peu les yeux, troublée. C’était insensé. Et pourtant, une part de moi en avait envie d'y croire. Besoin, même.
— D’accord, dis-je finalement. Mais si tu ne viens pas…
— Je viendrai.
Il recula d’un pas, comme pour rompre le charme de l’instant, et m’offrit un dernier regard avant de tourner les talons. Je restai là un moment, seule à nouveau dans la tour, à écouter ses pas s’éloigner dans les escaliers.
Demain, onze heures.
Je ne savais pas ce qui m’attendait. S’il allait vraiment la quitter. S’il allait vraiment revenir.
Mais au moins, maintenant, j’avais une promesse. Et une heure.
Le lendemain, tout semblait un peu flou. Pas comme un rêve, non — plutôt comme ces journées où le monde tourne sans toi, où tu marches sans vraiment toucher le sol. Le réveil avait été brutal. Pas à cause d’un cauchemar, ni d’un bruit, mais à cause de cette sensation oppressante dans ma poitrine. Comme un compte à rebours silencieux.
Onze heures.
Le chiffre résonnait déjà, dès l’ouverture de mes yeux.
Je m’étais retournée dans mon lit, les rideaux tirés autour de mon espace, espérant pouvoir m’y cacher encore un peu. Mais le dortoir s’éveillait lentement, les filles murmuraient, se préparaient, riaient même, pour certaines. Moi, j’étais restée là un long moment, les yeux ouverts, fixant le tissu sombre juste au-dessus de moi.
Le visage de Nicolas, son regard juste avant de partir, revenait sans cesse dans ma mémoire. Il avait dit qu’il la quitterait. Mais ce genre de promesses, est-ce qu’on peut vraiment y croire ? Ce n’était qu’un garçon, après tout. Un garçon populaire, désiré, et lié à une fille plus belle et plus expérimentée.
Et moi, j’étais... moi.
Pas brillante. Trop réservé. Pas particulièrement jolie non plus. Juste quelqu’un de banal avec un cœur qui battait trop fort au mauvais moment.
Je finis par sortir du lit, les jambes encore engourdies. La matinée débuta comme toutes les autres, en apparence. Les couloirs étaient bruyants, les conversations fusaient, mais je ne les entendais que de loin. Une fine tension me serrait les tempes.
Je scrutais chaque recoin en entrant dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Peut-être qu’il serait là. Peut-être qu’il me lancerait un regard, qu’il m’adresserait un signe.
Mais non il n'était pas et Lysandra non plus.
Pendant les cours, je faisais tout pour paraître attentive, pour ne pas éveiller les soupçons. Mais je répondais à côté des questions, et je sursautais à chaque fois que quelqu’un prononçait son prénom.
Mathilde finit par me jeter un regard appuyé pendant le cours d’Arithmancie. Elle ne dit rien, pas tout de suite, mais je savais qu’elle voyait clair dans mon petit manège.
À midi, je ne touchai presque pas à mon assiette. Le potage fumait encore quand je me levai de table, sous le regard surpris de mes camarades.
— Élina, appela Mathilde en me rattrapant dans le hall. Tu n'as pas dit un mot de la matinée. Tu vas me dire ce qu’il se passe ou tu veux que je devine ?
Je me mordis la lèvre. J’avais envie de tout lui raconter. Mais une part de moi voulait garder ce moment de la nuit dernière rien qu’à moi, encore un peu. Comme une étincelle fragile qui risquait de s’éteindre dès qu’on en parlerait trop fort.
— Je suis juste fatiguée. C’est rien, dis-je avec un petit sourire qui sonnait faux.
— Mouais. Si tu veux. Mais si t’as besoin, je suis là.
Je hochai la tête, reconnaissante, mais incapable de lui dire ce que j’avais sur le cœur.
L’après-midi s’étira lentement. J’eus l’impression de vivre chaque minute deux fois. Les mots des professeurs passaient au-dessus de ma tête. Mes pensées s’égaraient sans cesse. Je ne cessais de guetter un signe, une preuve, quelque chose. Mais ni Nicolas ni Lysandra n’étaient nulle part.
Est-ce qu’ils s’étaient disputés ? Est-ce qu’il avait renoncé ?
Quand le dîner arriva, je ne pus avaler que quelques bouchées. La lumière du jour commençait déjà à décliner au-delà des fenêtres de la Grande Salle. Mon cœur s’accélérait.
Il restait une heure.
Je montai dans le dortoir bien avant les autres. Je m’assis sur mon lit, les mains crispées sur mes genoux. Une demi-heure. Puis vingt minutes. Puis dix. À ce moment-là, j’avais presque envie de ne pas y aller. De rester là, de faire semblant que rien ne s’était passé. De me protéger.
Mais il y avait cette voix en moi — la sienne, la veille, dans la tour :
“Je viendrai”
Alors je me levai. J’enfilai ma cape, glissai ma baguette dans ma poche, nouai mes cheveux à la va-vite. Je descendis les escaliers sans un bruit, traversai la salle commune vide, puis les couloirs de pierre, à pas rapides et discrets.
La nuit était tombée.
Et moi, j’allais découvrir s’il avait tenu sa promesse.
J’arrivai à la tour à l’heure exacte.
Onze heures.
Pas une minute de plus. Pas une de moins.
Le vent soufflait doucement dans les hauteurs, glissant entre les pierres, soulevant parfois un pan de ma cape. La nuit était claire, percée d’étoiles. Le ciel semblait paisible, comme si rien n’était en train de se jouer.
Mais moi, j’attendais.
Mes mains étaient jointes contre le rebord froid de la pierre. Je regardais l’obscurité. Le moindre bruit me faisait me retourner. Un pas ? Un souffle ? Un chuchotement ? Non… seulement mon imagination.
Dix minutes passèrent.
Puis vingt.
Je m’obligeai à ne pas penser. Juste respirer. Être là. Attendre.
Il va venir. Il a dit qu’il viendrait. Il a promis.
Mais la promesse résonnait de plus en plus creux dans ma tête.
Une heure passa. Le vent s’était levé, plus vif, plus dur. Mes doigts étaient engourdis, mes jambes fatiguées. Je m’étais assise sur le rebord, la cape enroulée autour de moi, les yeux perdus dans la nuit.
Rien.
Pas un bruit de pas dans les escaliers. Pas un murmure.
Une heure trente. Puis deux heures.
J’avais cessé de croire qu’il allait apparaître depuis un moment déjà, mais je restais là. Comme si rester suffisait à donner un sens à ce qui s’était passé. Comme si mon attente valait quelque chose.
Je finis par me lever, lentement, les jambes raides.
Je m’approchai une dernière fois du bord de la tour, là où nous nous étions parlé la veille. Là où il avait prononcé ces mots.
— Tu n’es pas venu, murmurais-je dans le vide.
Je ne savais pas si j’étais en colère, triste, ou simplement vidée.
Je tournai les talons, traversai la tour sans me retourner, et descendis les escaliers avec ce silence glacé au fond du ventre.
Il avait dit : Je viendrai
Mais toutes les promesses ne tiennent pas.
Je longeai les couloirs sombres, les torches faiblement allumées projetant des ombres longues sur les murs de pierre. Mes pas étaient lents, mes pensées plus lourdes que jamais.
Quand j’arrivai à la salle commune, elle était vide, baignée d’une lumière rougeoyante vacillante. J’eus un instant d’espoir absurde. Peut-être qu’il m’y attendait. Qu’il n’avait pas osé venir à la tour. Qu’il avait changé d’avis.
Mais non.
Il n’était pas là non plus. Le canapé était vide. Le feu crépitait doucement dans l’âtre, indifférent à mes espoirs brûlés.
Je restai un instant debout au milieu de la pièce, sans savoir quoi faire, sans envie d’aller nulle part.
Puis je montai lentement les marches jusqu’au dortoir. Je me glissai sous mes couvertures sans un mot, sans un bruit. Je tournai le dos à la pièce, au monde, à la nuit.
Et cette fois, encore, Nicolas m'empêchait de trouver le sommeil.
Le lendemain, je m’étais réveillée avec une étrange sensation dans le ventre. Ni tout à fait de la colère, ni totalement de la tristesse. Plutôt cette attente creuse, ce besoin idiot de comprendre.
Peut-être s’était-il passé quelque chose. Peut-être avait-il une raison. Peut-être qu’il allait venir me parler aujourd’hui.
Je me détestais un peu d’y croire encore.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher.
Toute la matinée, mes yeux le cherchèrent sans vraiment l’admettre. Dans les couloirs, dans les reflets des vitres, dans la foule bruyante entre deux cours. Je faisais semblant de ne pas y penser, mais mon regard revenait sans cesse vers les mêmes endroits.
Il était introuvable.
Pas de trace de lui au petit-déjeuner.
Une part de moi se disait : il m’évite.
Une autre murmurait : il a honte.
À midi, je m’étais installée à l’extrémité de la table des Gryffondor, dos à la plupart des élèves, la tête penchée sur mon assiette à peine entamée. Mathilde, assise à côté de moi, parlait avec enthousiasme de son nouveau copain, Eliot.
— Il est tellement drôle, tu sais, il me fait beaucoup rire, racontait-elle avec des étoiles dans les yeux. Et puis, il est gentil, vraiment attentionné. Hier, il m’a envoyé un hibou pour me souhaiter bonne chance pour notre examen de sortilèges.
J’écoutais distraitement, un sourire poli aux lèvres, mais mes pensées étaient ailleurs. Chaque mot de Mathilde sonnait creux, comme un écho lointain dans ma tête. J’essayais de me concentrer, mais mon esprit revenait sans cesse à Nicolas.
Je hochai la tête, murmurant quelques réponses sans conviction, tandis que Mathilde continuait de parler, heureuse et insouciante, sans savoir que, pour moi, le monde semblait s’effondrer doucement.
Et puis il y eut un silence autour de moi. Une cassure dans le brouhaha habituel. Je relevai les yeux.
Il était là.
Juste de l’autre côté de la salle.
Avec elle.
Elle avait ses mains autour de son cou. Lui, ses bras à sa taille. Leurs lèvres se cherchaient dans une familiarité que je ne pouvais plus nier. Ils avaient l’air heureux, comme si ce moment leur appartenait depuis toujours. Ce n’était pas un baiser volé. C’était un geste qu’ils avaient dû répéter mille fois. Une évidence.
Tout mon corps s’était figé.
Je ne sentais plus rien. Ni ma fourchette dans mes doigts, ni le goût du pain que j’avais à peine mâché.
Je n’avais plus de questions à poser.
Il avait fait son choix.
Et cette fois, je l’avais vu de mes propres yeux.
Quelques jours s’étaient écoulés, mais rien n’avait changé. Chaque fois que je croisais Nicolas, il était là, collé à Lysandra, comme si j’étais invisible. Leur complicité était devenue insupportable, presque cruelle. Je les voyais dans les couloirs, riant à ses blagues, se chuchotant des choses que je n’entendrais jamais, échangeant des regards lourds de promesses que je n’avais pas. Ils semblaient faits pour être ensemble, et moi, je n’étais qu’une ombre qu’on repousse doucement.
J’avais décidé de l’éviter autant que possible. Éviter ses couloirs, éviter ses regards, éviter la douleur sourde qui me tenaillait chaque fois que je le voyais avec elle. J’essayais de me convaincre que c’était la meilleure chose à faire, que je n’avais rien à gagner en restant près de lui.
Ce jour-là, je traversais les couloirs d’un pas rapide, la tête baissée, les joues brûlantes. Je voulais juste disparaître dans la foule, qu’il ne me voie pas.
— Élina, attends !
Sa voix brisa le tumulte autour de moi. Mon cœur s’emballa, et malgré moi, je me mis à courir plus vite, cherchant désespérément à lui échapper.
Je tournai brusquement dans un couloir désert, espérant qu’il abandonnerait. Mais il était là, juste derrière moi, posant doucement une main sur mon bras pour me retenir.
— Lâche-moi, murmurai-je, glaciale, sans même daigner le regarder.
— Pas avant que tu m’écoutes, insista-t-il, la voix pleine d’une sincérité qui me déchirait.
Je levai les yeux vers lui, mon regard plein de rancune et de douleur.
— Tu as eu ta chance, Nicolas. Tu l’as gâchée.
Il baissa la tête, ses traits marqués par le regret.
— Ce n’est pas aussi simple, Élina, dit-il doucement.
— Si, c’est simple, répondis-je, la voix tremblante mais ferme. Tu sors avec Lysandra, tu l’embrasses en public, tu lui tiens la main, et pourtant tu m’as fait des promesses. Des promesses que tu n’as pas tenues.
Je sentis sa main trembler sur mon bras.
— Je voulais rompre avec elle, j’étais prêt, murmura-t-il avec un souffle brisé.
Je secouai la tête, les larmes me montant aux yeux.
— Et pourtant, tu ne l’as pas fait. Tu sais ce que ça fait, Nicolas ? Ça fait de moi celle qu’on cache. Je vaux mieux que ça. Je mérite mieux que ça.
Il détourna le regard, incapable de soutenir la tempête dans mes yeux. Je retirai lentement mon bras de sa prise, le cœur lourd et brisé, puis je m’éloignai sans me retourner.
Cette fois, il ne tenta même pas de me retenir.