Liaisons chez les Gryffondors

Chapitre 4 : Révélation et chantage

2427 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 31/05/2026 14:05

Le feu crépitait doucement dans la cheminée, projetant sur les murs de la salle commune des ombres dansantes. J’étais recroquevillée dans mon fauteuil préféré, un vieux roman posé sur mes genoux. Je tentais de m’évader entre les lignes, mais mes yeux revenaient toujours au même endroit.

Nicolas.

Il était là, de l’autre côté de la pièce, assis avec ses amis. Mais il ne riait pas, ne parlait presque pas. Il me regardait. Et chaque fois que je levais furtivement les yeux, je croisais son regard, fixe, brûlant, silencieux. Mon cœur battait plus vite. Je détestais ce que ça me faisait. Je détestais ne pas être capable de détourner les yeux à temps.

Je m’étais pourtant promis de l’éviter. Mais il était partout. Et moi, j’étais incapable de faire semblant.

Je rabaissai les yeux sur mon livre, les lettres dansaient. Impossible de me concentrer.

— Tiens donc… souffla une voix derrière moi, glaciale, venimeuse.

Mon estomac se noua. Je n’eus pas le temps de me retourner.

Une lumière verte jaillit à ma droite. Le monde se figea. Une brûlure atroce me traversa le visage. Le livre glissa de mes genoux dans un bruit sourd. Je portai instinctivement ma main à ma joue, mais ce que je sentis me glaça le sang : ma peau… n’était plus lisse. Elle semblait boursouflée, gonflée, comme tordue.

Et puis, le silence.

Un court instant de flottement.

Avant que n’éclatent les rires.

Pas un, ni deux. Plusieurs. Épars, nerveux pour certains, franchement moqueurs pour d’autres. Des rires qui me vrillèrent les tympans, me transpercèrent le cœur. Je relevai à peine les yeux et je vis les visages. Certains riaient, d’autres détournaient le regard, mais personne ne faisait rien.

Sauf lui.

— Ça suffit ! hurla Nicolas.

Les rires s’éteignirent d’un coup. Il s’était levé si brusquement que sa chaise avait basculé en arrière. Ses yeux lançaient des éclairs en direction de Lysandra, sa baguette déjà sortie.

Elle le regarda sans ciller, un sourire en coin, glacial, presque amusé.

— Pose cette baguette, Nicolas, murmura-t-elle. Tu n’as pas envie que je parle, je te rappelle.

Un silence pesant tomba dans la pièce. Il ne bougeait pas, les poings serrés, la mâchoire contractée. Ses doigts tremblèrent légèrement. Il baissa lentement sa baguette et resta silencieux.

Il ne me regarda même pas.

J’ai senti quelque chose se briser en moi, une fois encore. Une lame froide dans le ventre. Il savait. Il savait ce qu’elle avait fait, ce qu’elle pouvait faire. Et il avait choisi de se taire.

Je n’avais plus rien à faire ici.

Sans un mot, je me levai. La douleur me lançait toujours au visage, mais ce n’était rien comparé à celle dans ma poitrine. Je sortis de la salle commune, titubant presque, aveuglée par les larmes. Personne ne tenta de m’arrêter.

Pas même lui.





L’infirmerie était déserte à cette heure-là. Seule Madame Pomfresh rangeait tranquillement des potions sur les étagères, dans le silence feutré de la pièce.

— Mon Dieu… Élina, que t’est-il arrivé ? s’exclama-t-elle en se précipitant vers moi.

Je ne répondis pas. Les mots étaient coincés dans ma gorge, étouffés par la honte, la rage, la douleur. Elle sembla comprendre que je n’étais pas prête. Elle posa simplement une main douce sur mon épaule, son regard rempli d’inquiétude.

— Va t’allonger, je reviens tout de suite.

Je hochai la tête et m’allongeai dans le premier lit venu, la tête tournée vers le mur, les larmes continuant de couler en silence. Quelques instants plus tard, elle revint avec un petit flacon d’où s’échappait une vapeur bleu pâle.

— Bois ça. Lentement. Ça va calmer la douleur et atténuer les effets du sort.

Je pris la potion entre mes mains tremblantes. Le liquide était amer, mais dès les premières gorgées, une chaleur douce se propagea dans tout mon visage. La brûlure se fit moins vive. Comme si, au moins à l’extérieur, les choses commençaient à se réparer.

J’étais encore en train d’essuyer mes larmes quand la porte s’ouvrit.

— Élina ! s’écria une voix inquiète.

Mathilde entra d’un pas rapide, suivie de près par Éliot. Son visage était tendu, inquiet. Elle vint s’asseoir près de moi, posant une main sur la mienne.

— J’ai entendu ce qui s’est passé... Je suis désolée. Je n’aurais pas dû te laisser seule. J’aurais dû rester avec toi...

Je secouai la tête. Je n’avais pas la force de lui en vouloir. Pas à elle.

— Qu’est-ce qu’elle t’a fait ? demanda-t-elle à voix basse. Raconte-moi.

Je baissai les yeux. Rien ne sortait.

— Je ne peux pas, murmurai-je.

Mathilde échangea un regard avec Éliot, qui comprit immédiatement.

— Je vais vous laisser un moment, dit-il doucement, en reculant vers la porte. Je suis juste là si tu as besoin, d’accord ?

Je hochai la tête sans lever les yeux. Il sortit sans bruit, refermant la porte derrière lui.

Mathilde se rapprocha un peu plus, ses yeux brillants de colère et d’inquiétude.

— Maintenant dis-moi. Je suis là. Juste toi et moi.

Et là, enfin, les mots commencèrent à sortir.

Je pris une profonde inspiration, cherchant un peu de courage dans le calme apaisant de l’infirmerie. Mes mots sortirent lentement, tremblants, mais sincères.

— On s’est embrassés, Nicolas et moi… Il m’a dit qu’il voulait rompre avec elle, mais il ne l’a jamais fait. C’est pour ça que j’étais bizarre ces derniers jours… J’avais honte d’avoir cru à ses promesses.

Je laissai ma voix se briser un instant.

— Et puis il y a Lysandra… Elle m’a jeté un sort. Elle voulait me faire mal, devant tout le monde. Et ils riaient.

Je baissai les yeux, incapable de soutenir le regard de Mathilde.

— Nicolas a essayé de me défendre, pourtant. Mais elle l’a menacé. Elle lui a dit qu’elle avait quelque chose sur lui… un secret, je crois. Alors il n’a rien dit. Il a baissé sa baguette et il m’a laissée là.

Je relevai enfin les yeux, croisant ceux de Mathilde. Elle me regardait avec une intensité douce, sans juger, juste là.

Mathilde me serra alors dans ses bras, doucement.

— Tu n’es pas seule, Élina. Je suis là, d’accord ? On va trouver une solution, ensemble.

Ses mots étaient comme un baume fragile sur mes blessures ouvertes. Pour la première fois depuis longtemps, j’osai croire que je n’étais plus seule dans cette tempête.

La porte de l’infirmerie s’ouvrit soudain, laissant entrer une silhouette familière. Nicolas.

Son regard se posa sur moi, hésitant, rempli d’une douleur que je ne savais pas comment interpréter.

— Élina, je… je peux entrer ? demanda-t-il doucement.

Mathilde se leva d’un bond, se plaçant immédiatement entre lui et moi.

— Non. Ce n’est pas le moment. Tu devrais partir.

— Non, je dois parler avec elle, insista Nicolas, la voix ferme. C’est important.

Je levai la main pour calmer Mathilde.

— Laisse-le, dis-je d’une voix plus assurée que je ne le sentais. Je veux l’entendre.

Mathilde me lança un regard inquiet, mais elle s’éloigna lentement vers la porte.

— Très bien. Mais je reste juste derrière la porte. Si tu as besoin, j’interviendrai.

Je lui fis un petit signe de tête.

Nicolas s’approcha et s’assit au bord du lit, évitant soigneusement mon regard.

— Je… je sais que j’ai tout gâché, commença-t-il, la voix cassée. Mais je veux que tu comprennes. Ce n’est pas ce que tu crois.

Je me redressai, prête à écouter.

— Je suis prête à écouter.

Je le regardais intensément, cherchant dans ses yeux la vérité qu’il semblait peiner à exprimer. Nicolas prit une profonde inspiration, comme pour rassembler tout son courage avant de se confier.

— Élina, je te jure que j’ai vraiment essayé de rompre avec Lysandra, comme je te l’avais promis, murmura-t-il, la voix pleine de fatigue et de frustration. Mais elle… elle me fait chanter.

Il baissa les yeux, les poings crispés.

— J’ai fait une erreur l’an dernier, commença-t-il d’une voix tendue. J’ai été faible… j’ai cédé à la pression. Lors du dernier match contre Poufsouffle, je voulais absolument gagner.

Il inspira, les épaules raides.

— J’ai pris une potion interdite. Une potion de performance.

Le silence tomba entre nous.

Cette fois, je ne répondis pas tout de suite.

Je le fixai, mais mon regard avait changé. Moins dur. Plus attentif.

— Tu l’as prise parce que tu voulais gagner… ou parce qu’on attendait de toi que tu gagnes ?

Il resta figé une seconde. Cette question semblait le désarmer plus que tout le reste.

Ses yeux se baissèrent.

— Les deux, finit-il par dire. Mais surtout… parce que j’avais l’impression que je n’avais pas le droit de perdre.

Un nœud se serra dans ma poitrine.

Je comprenais.

Je comprenais trop bien, en réalité.

— Et après ? demandai-je plus doucement.

— Après… j’ai arrêté. Mais c’était déjà fait. J’avais écrit la formule, mes notes, tout. Je pensais que ça ne sortirait jamais de moi.

Il passa une main sur son visage, comme s’il essayait d’effacer quelque chose d’invisible.

— Je ne voulais pas devenir ce type-là, Élina. Celui qui triche. Mais quand tu es capitaine, quand tout le monde attend que tu sois parfait… tu commences à croire que tu n’as pas le droit d’être normal.

Je restai silencieuse.

Cette fois, ce n’était plus une confession.

C’était une chute.

— Et Lysandra a trouvé ça, soufflai-je.

Il hocha la tête.

— Oui. Et maintenant, ce n’est plus une erreur. C’est une arme.

Je sentis ma gorge se serrer.

Je baissai les yeux un instant, puis je soufflai lentement.

— Je comprends.

Il releva la tête, surpris.

— Tu comprends ?

Je hochai doucement la tête.

— Pas la potion elle-même… mais la pression. Le fait de te dire que tu n’as pas le droit d’échouer, même une seule fois.

Je marquai une pause.

— Et le pire… c’est que tu as dû te retrouver seul avec ça.

Mon regard se posa sur lui, plus calme.

— Je ne dis pas que c’est bien. Mais je comprends pourquoi tu as fait cette erreur.

— Élina, je t’assure, j’ai vraiment essayé de régler ça.

Il releva les yeux vers moi, plus rapide, comme s’il craignait que je l’interrompe.

— J’ai fouillé dans ses affaires, dans son sac, mais elle ne doit pas le garder sur elle.

Sa voix se fit plus basse.

— J’ai passé des heures à la bibliothèque aussi. À chercher un sort pour récupérer ce genre de document à distance. J’ai même tenté un Accio sur le parchemin… mais ça n’a rien donné.

Je fronçai les sourcils, intriguée.

— Pourquoi ça n’a pas marché ?

— Pour qu’Accio fonctionne, il faut visualiser précisément l’objet que tu veux faire venir, expliqua-t-il. Et il faut que l’objet soit accessible, pas caché derrière d’autres choses. Là, je ne sais même pas où Lysandra l’a caché, donc je ne peux pas le visualiser clairement. Il est sûrement dans son dortoir, enfermé dans une boîte ou autre, sous d’autres affaires. Le sort ne peut pas traverser tout ça.

Je hochai la tête, comprenant mieux.

— Et tu ne peux pas y aller toi-même ?

— Non, c’est impossible, pour moi en tout cas, répondit-il. J’ai essayé pendant que tout le monde mangeait, mais les marches ont disparu brusquement, et un bruit de klaxon a retenti dans les escaliers. Et Lysandra est arrivée à ce moment-là. Depuis, j’ai l’impression que le dortoir n’est jamais vide. Elle a demandé à des premières années de faire le guet, de surveiller les allées et venues. Et elle me suit absolument partout, elle ne me laisse plus seul.

Son regard trahissait son désespoir, comme si cette situation l’écrasait.

— Je suis coincé, Élina.

Je serrai doucement sa main, déterminée.

— Alors on va trouver une solution. Ensemble.

Il posa son autre main sur ma joue, son geste empreint d’une tendresse que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Son regard cherchait le mien, plein de regrets et de promesses muettes. Un instant, le silence sembla suspendre le temps.

C’est à ce moment-là que la porte s’ouvrit à nouveau.

— Tout va bien ? demanda Mathilde, le souffle un peu court, les yeux passant de Nicolas à moi.

Je me redressai légèrement, sans lâcher la main de Nicolas.

— Oui, entre. On a parlé… et on a décidé qu’il était temps de ne plus fuir. On va avoir besoin de ton aide.

Un sourire déterminé se dessina sur son visage. Elle s’approcha d’un pas vif, presque enthousiaste, l’énergie revenue dans chacun de ses gestes.

— Dis-moi tout, dit-elle en s’asseyant près de moi, les yeux brillants d’une curiosité protectrice.

Je lui racontai. Nicolas resta silencieux pendant mon récit, mais sa main n’avait pas quitté la mienne, ses doigts traçant de légers cercles sur ma peau, comme pour me dire qu’il était encore là, vraiment là cette fois.

Lorsque j’eus terminé, Mathilde resta silencieuse un instant, visiblement en train de réfléchir. Puis un sourire rusé étira ses lèvres.

— Très bien. Alors demain, on se retrouve à la bibliothèque. On va monter un plan. Et crois-moi, Lysandra n’aura aucune chance face à nous.

Un éclat de complicité passa entre nous. Pour la première fois depuis longtemps, je sentis une chaleur sincère m’envahir, un sentiment oublié : l’espoir.

Je posai la tête contre l’oreiller, un léger sourire aux lèvres.

Cette fois, je n’étais plus seule.

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