Les fondateurs, la genèse

Chapitre 3 : Salazar

1919 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 11/12/2025 13:07

Le silence qui régnait dans la bibliothèque du Château des Serpentard n’était pas un simple vide, c’était une volonté, un bouclier érigé contre le vacarme d’un monde imparfait. Salazar, héritier de la lignée des gardiens, traça la dernière rune sur le sol en pierre. Sa main ne tremblait pas, elle n’avait jamais tremblé. Il utilisait un pinceau fin, trempé non pas dans de l’encre, mais dans une solution de sang de kelpie distillé et de vif-argent. Salazar était d’un calme plat car le moindre écart, le moindre soupir de trop, et le confinement runique s’effondrerait. La magie qu’il s’apprêtait à invoquer, une simple flamme de test pour ses recherches, pourrait alors percer les murs de pierre comme du simple papier. Il se releva,ses bottes en cuir ne produisant aucun son sur le sol. Grand, la peau pâle de ceux qui préfèrent l’ombre à la lumière, Salazar avait des yeux d’un vert si sombre qu’ils en paraissaient presque noirs. 

- “Parva Flamma” murmura-t-il.

Au centre du cercle de runes, une petite flamme apparut. Un simple point de lumière blanche qui grandit, s’éleva, puis se tordit sur lui-même en silence. La flamme prit une forme ondulante, dansante, cherchant une issue. Salazar contrôlait cette flamme mais soudainement, sans qu’il puisse réagir, elle frappa le bord du cercle runique. Un sifflement aigu, comme le sifflement d’un serpent, emplit la pièce. Grâce à sa connaissance et sa maîtrise de la magie, son cercle tint bon. La rune brilla d’un éclat cuivré, absorbant l’énergie et la contenant. La flamme se tordit à nouveau, furieuse, puis s’éteignit, comme si elle n’avait pas su se nourrir de l’environnement qui l’entourait. Un succès, il avait réussi à la contrôler. C’était cela la magie, pas les charmes de cuisine, pas les invocations hurlées, pas les boucliers instinctifs de brutes. Non, la magie était une science, un héritage dont on devait prendre soin. Le pouvoir suprême réservé à ceux qui avaient la discipline de le maîtriser.

Salazar était l’héritier d’une lignée de sorciers gardiens. Depuis des générations, sa famille protégeait non pas les gens ou les créatures, mais l’ordre magique lui-même. Ils étaient les garants des traditions, les gardiens des rituels purs. Son pouvoir n’était pas l’explosion, mais plutôt le contrôle, la précision absolue. Il refusait les magies incontrôlées, ces sursauts d’émotion brute qui, dans son esprit, n’étaient qu’une forme d’échec. L’incompétence magique, l’impulsivité, voilà le véritable ennemi. Il se souvenait des leçons de son père, des heures passées à devoir maintenir une sphère remplie d’eau en lévitation dans la paume de sa main. Il ne devait trembler ni faire bouger cette sphère, elle devait être la plus lisse possible, tel un miroir. 

- “La magie, Salazar, c’est la volonté imposée pour modifier la réalité. Retiens ceci; l’émotion est l'ennemie de la volonté, la peur la fait geler, la colère la fait bouillir et l’amour la rend instable. L’émotion dans la magie mène au chaos et le chaos est l’échec” lui disait son père. Il avait appris et ensuite, il avait maîtrisé. Son pouvoir résidait dans le contrôle et dans la précision. Il refusait les magies incontrôlées, ces émotions brutes qui, comme une casserole laissée sans surveillance sur le feu, ne pouvaient que déborder et tout brûler aux alentours.


- “Je vois que tu as su le confiner.”

La voix de Lyra, venue de l’ombre de la bibliothèque, était aussi calme et douce que le murmure d’un ruisseau. Elle émergea de l’obscurité, un livre relié de cuir à la main et une tasse de thé fumant, infusé à la perfection. Ses cheveux étaient d’un noir profond semblant absorber la lumière et étaient tirés en une natte complexe. Sa présence ne brisait pas le silence, elle le complétait. Elle était aussi une sorcière d’une lignée aussi ancienne que la sienne. Leur mariage était arrangé, certes, mais il était surtout logique. L’amour, pour eux, n’était pas une passion chaotique ou fusionnelle; c’était une résonance, une alchimie spéciale. Une reconnaissance mutuelle de force et de conviction. Elle n’était pas son opposé, elle était son reflet. Là où il était la précision, elle était la structure. Là où il était la volonté, elle était la logique. Elle partageait son dédain absolu pour l'approximation. Elle s’approcha du cercle runique, son regard émeraude analysant son travail. 

- “Tu y as ajouté le cuivre pour l’absorption. Plutôt ingénieux.”

- “C’était nécessaire, le feu invoqué par l’ancienne langue est... impur, instable. Il y a trop de variables” répondit Salazar, commençant déjà à nettoyer ses instruments. 

- “Le feu est une chose, mais ton esprit est ailleurs, Salazar. A quoi penses-tu?” dit-elle en posant le livre sur son établi. Il s’arrêta, il savait qu’il ne pouvait rien lui cacher et elle le savait.

Depuis quelque temps, son sommeil n’était plus reposant, il sentait un appel. Cela avait commencé comme un sifflement lointain dans ses rêves, un bruissement d’écailles sur de la pierre ancienne. Puis la vision était venue, un œil d’un jaune toxique, fendu d’une pupille noire comme le vide. Ensuite la voix, plutôt le son. Ce n’était pas une voix humaine, mais c’était comme une conscience qui s’exprimait directement dans son esprit. Une conscience froide, ancienne, et puissante.

Elle l’appelait. Le Serpent Gardien.

Ce n’était qu’une histoire pour les enfants mais c’était en réalité le plus grand secret de sa lignée, une créature de magie pure. L’incarnation de la protection, de la dissuasion, de l'ordre magique absolu, liée à son sang, et qui dormait quelque part, attendant qu’un héritier soit digne... ou que la menace soit assez grande.

- “Il m’a montré quelque chose la nuit dernière” dit-il à voix basse, en se tournant vers la fenêtre en ogive. Dehors, la pluie fouettait les marais qui protégeaient le château. Lyra s’approcha, posant sa main sur son bras. Sa peau était fraîche, elle était son point d’ancrage. 

- “Quoi donc ?”

- “Du feu mais… pas le mien, ce n'était pas un feu contrôlé. On aurait dit un feu sauvage, chaotique. J’ai entendu des hurlements et vu de la magie brute, utilisée par des brutes. J’ai vu…” Il ferma les yeux, l’image s’imposant à lui. “J’ai vu un enfant, sa magie explosant hors de lui comme un abcès crevé, consumant tout autour de lui, lui y compris. Et autour de lui... il y avait… des hommes… des hommes du Nord, riant.”

Lyra sentit un frisson la parcourir.

- “La magie du chaos, celle que les anciens textes interdisent.”

- “C’est plus que ça, le Serpent ne peut s’éveiller uniquement pour un simple raid de Vikings. Il s’éveille parce que l’héritage lui-même est menacé. L’incompétence et l’impulsivité sont en train de prendre le pouvoir. Cette... anarchie... , elle est en train de se répandre. Le Serpent me l’a dit, me l’a montré. Un grand mal arrive, et il se nourrit de ce chaos.” dit Salazar, son pragmatisme teinté d’une urgence froide. Salazar retourna à son établi. Il ne s’agissait plus de simples expériences de confinement, c’était une course contre le temps.

- “Je dois le trouver, Lyra. Ce n’est plus une simple quête d’héritage, il le faut!”

Il ouvrit le livre qu’elle avait apporté, c’était un atlas des lignes magiques, si ancien qu’il était dessiné sur une peau tannée, peut-être celle d’un dragon.

- “Tu crois toujours qu’il est là?” demanda-t-elle.

Salazar posa son doigt sur un point de la carte, un point que les autres cartes ne mentionnent pas. Un nœud de pouvoir, à peine perceptible pour de simples sorciers, ils la prenaient pour une zone morte.

- “Il le faut. Les légendes de notre famille disent qu’il garde le savoir originel. Qu’il est le protecteur. Toutes mes recherches…” il fit un geste vers la tour de parchemins, de livres et autres manuscrits qu’il avait accumulés, “Nous avons cherché dans des tombeaux, des cryptes, des forteresses de montagne. Tout ce que notre lignée a construit. Rien. Maintenant je n’ai plus de doute, tout pointe vers cet endroit. Le seul lieu qui correspond à la fois aux légendes de ma famille et aux autres textes, histoires et récits que j’ai pu étudier et analyser. Ça doit être là”.

- “La ou toute la magie est cataloguée… Non pas un lieu de pouvoir, mais un lieu de connaissance.” dit Lyra.

- “Regarde”, dit-il, son doigt traçant des lignes “Les Romains l’ont découverte mais ils ont dû la fuir, écrivant que la magie y était trop dense, qu'elle étouffait leurs dieux. Les prêtres druidiques l’évitaient, la croyant être le lieu où le savoir du monde était né et où il retournerait.”

- La Bibliothèque Ancestrale” murmura Lyra, le nom lui-même sonnant comme une incantation. 

Salazar la regarda, son amour pour Lyra et sa quête du Serpent étaient les deux faces de son besoin de contrôle. Lyra était l’ordre dans sa vie présente, le Serpent était l’ordre qu’il devait imposer au futur. Perdre l’un ou l’autre, c’était laisser le chaos gagner.

- “Ils pensent tous que c’est un mythe, une simple histoire pour les apprentis. Mais le Serpent m’y appelle, … je le sens. Il y est caché, elle est la clé.”

Le pragmatisme cynique qui le définissait était à son comble. Il ne cherchait pas le Serpent pour la gloire ou la conquête. Il le cherchait pour guérir une épidémie. Sa peur n’était pas le Moldu. Le Moldu était un simple humain, largement hors de propos, à peine conscient du monde réel. Non, sa peur était réservée à l’impulsif, au sorcier incompétent qui, par manque de discipline, par excès d’émotion, pouvait détruire des siècles de savoir en un seul sort raté. Et le monde, semblait-il, en était soudainement rempli.

- “Prépare tes affaires, Lyra.” dit Salazar, refermant l’atlas d’un coup sec. Il se dirigea vers le mur où reposait le bâton de voyage de sa famille, c’était une un long bâton de bois de serpent, surmonté d’un émeraude.

- “Quand partons-nous?” Elle ne questionnait pas sa décision, elle la validait.

- “Nous partons à l'aube, l’incompétence n'attendra pas.”

- “Les autres peuvent chercher à combattre cette vague avec des épées ou des mots, nous, nous allons chercher la source. Nous allons réveiller l’ordre lui-même.”

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