Les fondateurs, la genèse
Chapitre 5 : La Bibliothèque Ancestrale
1631 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 11/12/2025 13:09
L’Écosse, une terre de granit, de vent et de secrets ancestraux. C’était un endroit où le voile entre les mondes était si mince qu’il s’effilochait au sommet de chaque colline battue par la pluie. La Bibliothèque Ancestrale n’existait pas sur les cartes et n’avait pas de porte d’entrée. Pour la trouver et pour y accéder, il ne suffisait pas de marcher, on devait y être invité.
Helga fut la première arrivée. Elle n’avait pas suivi de carte, seulement la voix de la terre qui s’était transformée d’une symphonie à un unique cri de douleur, une note aiguë qui la guidait vers le nord. Elle avait traversé des landes et des tourbières, les pieds meurtris mais l’esprit inflexible, jusqu’à ce qu’elle arrive devant une cascade qui tombait dans un lac à l’eau transparente. La voix de la terre était assourdissante ici, on pouvait presque entendre le battement de cœur profond et puissant de la terre. Mais elle sentait autre chose, un vide froid, une absence de vie, qui semblait rôder tout près, comme un loup tournant autour d’une proie. Elle posa sa main sur le rocher humide derrière la cascade, la pierre était chaude, vibrante.
- “Entre…” sembla-t-elle entendre. Helga traversa le voile d’eau et se retrouva dans un tunnel sombre qui pulsait d’une faible lueur bleue.
Rowena arriva quelques instants plus tard, mais par un chemin différent. Elle n’avait suivi aucune intuition, seulement la logique implacable de ses calculs. Ses bottes étaient immaculées, l’arithmancie l’avait guidée le long d’un sentier de cerf, à travers une fissure dans la falaise que personne n’aurait remarquée, jusqu’à une arche de pierre grise. Celle-ci semblait ne pas avoir été construite pas l’homme, mais semblait pousser hors du sol par la volonté du monde. Elle la toucha, “Le point d’entrée” souffla-t-elle, non pas avec émerveillement, mais avec la satisfaction d’une équation résolue et prononça une formule magique. L’arche s’effaça comme une illusion, révélant un escalier descendant. Elle déboucha dans la même chambre que Helga.
Les deux femmes s’arrêtèrent brutalement, la tension était palpable. L’une incarnait la terre et l’autre l’intellect. Helga fut la première à briser le silence.
- “Qui êtes-vous? Comment avez-vous pu entrer ici?” demanda-t-elle, sa voix douce résonnant étrangement dans la caverne lumineuse.
- “Les chiffres m’ont guidée” répondit Rowena, ses yeux analysant déjà Helga. “Cet endroit... est extraordinaire.”
- “C’est le cœur, le centre du monde magique” répondit Helga. “Et il est malade”.
Soudain, un bruit sec retentit et les fit taire. De l’autre côté de la salle, là où un puits de lumière lunaire semblait frapper la pierre, deux silhouettes émergèrent. Elles n’apparurent pas par un tunnel, mais semblèrent se matérialiser depuis l’ombre, comme si elles s’étaient téléportées. Salazar se redressa, son long manteau d’un noir abyssal ne portait aucune trace d’un long voyage. À côté de lui, Lyra, son reflet féminin, scrutait déjà l’obscurité. Leurs yeux s’arrêtèrent sur Helga et Rowena. L’expression de Salazar était celle d’un homme qui trouvait des nuisibles dans son laboratoire.
- “Qui êtes-vous?” Sa voix était un sifflement contrôlé. “Parlez, ou je vous ferez parler par la force s’il le faut.”
- “Nous sommes comme vous” dit Helga, s’avançant calmement, les mains ouvertes. “Nous avons été guidés vers cet endroit.”
Salazar la dévisagea, son regard s’arrêtant sur ses habits de fortunes. “Incompétence” pensa-t-il. Puis il se tourna vers Rowena. “Froideur” pensa-t-il à nouveau. Il sentit leur magie, l’une était un enchevêtrement de racines, l’autre un réseau de cristal.
- “Cet endroit est sous la protection de ma lignée” mentit-il à moitié, son bâton de bois pointé vers elles. “Vous n’avez rien à faire ici.”
- “Votre lignée?” Rowena haussa un sourcil. “Cet endroit n’a pas de propriétaire. Mes calculs m’ont envoyé ici, ils m’ont indiqué un grand danger à venir. Je suis ici pour découvrir ce qu’il se passe.”
- “Et nous, pour découvrir ce qui se cache ici” répondit Salazar.
- “Ce qu’il se cache ici? interrogea Rowena.
Avant qu’il ne puisse répondre, la Bibliothèque elle-même se fit entendre avec un grondement sourd.
Puis, un fracas assourdissant. La paroi au fond de la caverne, qui semblait être un cul-de-sac de roche brute, explosa d’un coup. Salazar se protégea avec un sort et fit dévier la plupart des éclats de pierre, mais ce qui trébucha dans la pièce n’était pas un monstre. C’était un homme, Godric. Il atterrit en roulade, se relevant d’un seul mouvement fluide, son épée déjà dégainée. Il était couvert de boue, de sang et de rage. Il avait suivi la piste du lieutenant viking depuis son village, une piste qui l’avait mené à travers divers endroits puis enfin un marécage et dans une grotte qui s’était avérée être ce tunnel. Il s’immobilisa, voyant le groupe, un homme pâle qui le menaçait d’un bâton, et trois femmes.
- “Qui êtes-vous et que faites-vous ici?!” rugit-il, son épée se déplaçant pour couvrir à la fois Salazar et Rowena. “Est-ce votre repaire? J’ai suivi un mage du Nord jusqu’ici!”
- “Baissez votre arme, simple brute” siffla Salazar. “Vous souillez l’air avec vos paroles.”
- “Je souillerai plus que ça si vous ne répondez pas!”
- “...ASSEZ!...”
La voix n’était celle de personne, elle venait des murs, des recoins, du sol et du plafond. La lumière bleue de la caverne s’intensifia, devenant d’un blanc aveuglant, les forçant à plisser les yeux. La salle qu’ils pensaient être la Bibliothèque n’était que l’antichambre. Le sol sous leurs pieds s’illumina. Ce n’était pas de la pierre, c’était une carte. Une carte immense, gravée, des Îles Britanniques. Des lignes de lumière bleue, les lignes magiques, la parcouraient.
- “Par les Anciens…” murmura Godric, abaissant son épée pour la première fois.
Ils étaient au centre d’une salle si vaste que le plafond se perdait dans les étoiles. Le plafond était un dôme noir où se déplaçaient des constellations et des planètes. Des parchemins étaient suspendus dans les airs, tenus par des flux de magie. Des sphères de pierre flottaient, murmurant des prophéties en langues mortes.
C’était la Bibliothèque Ancestrale. Un planétaire géant de magie pure.
- “Mes calculs…” s’avança Rowena, hypnotisée. “C’est un modèle vivant. Il n’accumule pas le savoir, il le cartographie.”
- “Regardez!” Helga s’avança vers le centre de la carte au sol. Elle montra du doigt une zone au nord.
Là où les lignes bleues devaient continuer, il y avait des taches noires. Une corruption, comme une encre de seiche, qui se répandait lentement, gelant les lignes magiques.
- “C’est ce que je sens, le vide. La magie hostile” dit Helga.
- “La magie du Nord, le mage que je traque” dit Godric, en s’approchant.
- “Le chaos” dit Salazar. Lyra, à ses côtés, avait sorti un carnet et prenait des notes, son visage aussi concentré que celui de son fiancé.
- “C’est pire que ça” Rowena s’était approchée d’une stèle de cristal qui bourdonnait. Elle posa ses mains dessus. Des images, des runes et du texte apparurent dans le cristal. “Ils n’attaquent pas… Ils... anéantissent.”
- “Comment…” Demanda Lyra qui l’avait rejoint.
- “Une forme de magie... le Seidr. Une magie du chaos, oui, mais utilisée pour une chose. L’effacement” Rowena lut, sa voix se glaçant. “Ils cherchent à détruire notre magie, structurée, basée sur la volonté et l’ordre. Pour la remplacer par leur suprématie.”
- “Ils veulent anéantir notre héritage, ce que nous sommes” dit Salazar en s’approchant, ses yeux noirs fixés sur le texte.
- “Ils veulent anéantir le monde entier” corrigea Godric, en pensant à son village.
Salazar l’ignora et se tourna vers la stèle. “Cet endroit est un point central . Il contient des cartes, des prophéties, des sorts,... si les Vikings le trouvent... »
- “Ils l’ont déjà trouvé!” dit Godric, sa voix soudainement basse et lugubre.
Les autres se tournèrent vers lui. Il s’était accroupi près de l’endroit où il avait fait irruption.
- “Qu’est-ce que tu racontes?” dit Salazar avec mépris.
Godric ne le regarda pas. Il montra du doigt le sol, juste à côté d’un éclat de pierre de l’explosion. Il y avait une empreinte de botte qui n’était pas la sienne, ni celle des autres. Et à côté, une petite flaque d’eau noire et huileuse qui n’avait rien à voir avec la magie de la Bibliothèque.
- “La piste que je suivais était fraîche” dit Godric. “Le lieutenant Viking était là il y a moins d’une heure. Il sait.”
Un silence de mort tomba dans la salle. La menace n’était plus théorique. L’ennemi n’était pas à leurs portes.
Il était déjà entré.