La prophétie des deux coeurs atlantes
Chapitre 11 : Le deuil d'une vie, l'aube d'une autre
2508 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 08/06/2026 05:49
CHAPITRE 11
Le deuil d’une vie, l’aube d’une autre
L’ambiance tropicale offerte par la Salle sur Demande, en ce vendredi de fin de soirée, est parfaite. Installés sur la balançoire en bois de la terrasse, Drago et Eliza savourent la douce chaleur de la nuit saturée au parfum de sable et de sel marin. Bercés par le clapotis de la mer, dont l’eau turquoise semble capturer la lumière des étoiles, les deux adolescents partagent un moment de pure tendresse et de fous rires.
— Je te le jure, tu aurais dû voir Diana ! s’exclame Eliza, s’étouffant presque de rire. Elle était penchée sur son chaudron, concentrée sur le dosage final du mucus de Veracrasse. Mais tout a basculé.
Drago lâche un rire amusé tout en serrant doucement sa main.
— Laisse-moi deviner, un ingrédient de trop ? lâche-t-il.
— Exactement ! confirme Eliza. Elle a versé trop de mucus par maladresse, et Boum ! Ça lui a explosé en plein visage!
Le rire de Drago éclate, résonnant au loin sur la plage déserte, alors qu’il imagine Diana colorée de la tête aux pieds pendant une semaine entière.
— Et on ne pouvait pas s’empêcher de sourire quand on la croisait dans les couloirs, ajoute Eliza en reprenant son souffle.
— Si j’avais été étudiant à Ilvermony, je crois que je l’aurais surnommée « le paon décoloré », taquine Drago.
— Ne te réjouis pas trop vite, Dragon d’amour ! réplique Eliza avec douceur. Si tu l'avais appelée comme ça, elle ne t'aurait pas raté.
Elle lui raconte la fois où elle avait glissé un coussin péteur moldu dans le lit de Diana, juste avant que celle-ci ne s'y couche. La petite poche de caoutchouc s’était dégonflée sous son poids, provoquant un bruit de flatulence embarrassant qui avait, bien sûr, fait éclater de rire tout le dortoir. Mais le lendemain matin, Diana avait profité du moment où Eliza prenait sa douche pour lui lancer une boule puante par-dessus le rideau de sa cabine.
Drago pouffe de rire et lance un regard malicieux à sa petite amie:
— Ne t'imagine pas que je l'aurais laissée faire. Elle se serait frottée à l'expert en chaos le plus discret de l'école. On ne piège pas un élu atlante sans en payer le prix. Même avec une boule puante ou un coussin péteur.
Eliza hausse un sourcil, amusé.
— Toi, un expert en chaos? Je demande des preuves, lance-t-elle.
— Avec plaisir, ma belle, commence-t-il. Et sache que tu es la première personne à qui je révèle ce secret.
Il lui fait un clin d’œil et explique que personne ne connaissait ses talents de farceur. Étant donné sa situation par rapport à ses parents, sa règle d’or était de ne jamais se faire prendre.
Un soir, alors que Drago devait passer dans un couloir, Rogue et Rusard, trop occupés à discuter, lui barraient involontairement la route. Le Serpentard s’était alors glissé derrière une imposante statue pour ne pas être vu et il les avait attaqués avec une boîte de bombabouses qu’il avait achetée, le jour même, à la boutique Zonko de Pré-au-Lard. Rogue et Rusard gesticulaient dans tous les sens, essayant de comprendre d’où venait l’attaque, tandis que l’odeur devenait insupportable.
— Rogue était furieux, continue Drago en riant. Il pensait que c’était un coup des jumeaux Weasley.
Il marque une pause, savourant le son cristallin du fou rire d’Eliza.
— Et il y a eu la « Patinoire Invisible », reprend-il avec enthousiasme.
Drago avait transformé le sol du couloir menant à la Grande Salle en un miroir de glace indétectable. Il était caché près d’une tapisserie, sous un voile d’invisibilité, quand Harry, Ron et les jumeaux Weasley sont arrivés en courant. Ron avait glissé le premier, emportant Harry dans sa chute, suivis de près par Fred et George qui avaient fait un vol plané monumental. Ils avaient fini en un tas de membres emmêlés, glissant sur vingt mètres comme des manchots en déroute.
Eliza écarquille les yeux, étouffant un rire derrière sa main.
— Tu es vraiment terrible, tu sais? le complimente-t-elle.
Drago se laisse aller contre le dossier de la balançoire, se mordant la lèvre inférieure.
— J’ai failli me faire prendre cette fois-là, par contre, avoue-t-il. Le boucan a attiré Peeves. Il était tellement aux anges qu’il hurlait à s’en époumoner: « Quel génie! Quel maître de la glissade! Qui a fait ça? Montre-toi, mon héros, que je t’embrasse sur la bouche ».
Eliza penche la tête, un sourire moqueur aux lèvres.
— Et alors ? Est-ce que Peeves t'a embrassé?
Le visage de Drago se crispe un instant dans une grimace de dégoût amusé.
— Jamais de la vie ! J’ai eu le temps de filer avant qu’il commence à chercher partout.
Une idée traverse soudainement l’esprit d’Eliza. Les yeux pétillants de défi, elle se redresse. Tandis que Drago la regarde avec tendresse et qu’elle s’apprête à parler, le fragment de miroir, posé sur une petite table près de la balançoire, s’illumine. La silhouette de Dumbledore y apparait.
— Drago ? Eliza ? Je suis là, devant le mur de pierre, lance le directeur d’une voix calme.
Les deux adolescents se lèvent d'un même mouvement. La balançoire oscille légèrement derrière eux dans un murmure de cordes. Drago se saisit du fragment de miroir, son regard croisant brièvement celui de la jeune fille avant de répondre:
— Nous arrivons, Monsieur le Directeur. On vient vous ouvrir.
Tandis que Drago emporte l'objet, Eliza se dirige vers l’entrée du chalet. Elle ouvre la porte, laissant apparaître la haute silhouette de Dumbledore. Ses lunettes en demi-lune scintillent sous la lumière des bougies.
— Je vous prie de m'excuser pour cette visite à une heure si tardive, dit-il avec une bienveillance teintée de fatigue.
Il se tourne vers Eliza, qui referme la porte derrière lui, et ajoute:
— Je vous promets que ma visite sera brève. Je vais vous expliquer, Mademoiselle, pourquoi j’ai été contraint de vous faire disparaître du monde, aujourd’hui même.
Un silence respectueux s'installe. Les deux élus atlantes guident le vieux sorcier vers la table de la cuisine. Drago et Eliza s’assoient côte à côte, formant un front uni face au directeur qui prend place en face d'eux. Dumbledore dépose sur la table des documents juridiques. Les mêmes que Drago avait signé plus tôt pour changer d’identité.
— Eliza, commence le directeur en la fixant avec une gravité inhabituelle, combien de Beuglantes envoyées par votre père avez-vous détruites jusqu’à présent ? En comptant celle que vous avez reçue le jour où je vous ai remis votre pendentif atlante.
L’adolescente déglutit difficilement, sentant le regard de Drago peser sur elle.
— Trois, Monsieur, répond-elle d'un souffle.
À ses côtés, Drago passe de l'étonnement à une inquiétude sourde. Il ne savait rien de ce harcèlement familial. Son regard fait l'aller-retour entre sa petite amie et le vieux sorcier, cherchant à deviner la suite. Il sent son cœur s'accélérer lorsqu'il voit que Dumbledore maintient son attention sur Eliza sans ciller.
— Une quatrième Beuglante est arrivée sur mon bureau cet après-midi, juste après la cloche annonçant la fin du premier cours, reprend Dumbledore.
Le silence dans pièce devint oppressant.
— Le message était clair, Eliza, poursuit le directeur. La voix de votre père y annonçait que vous alliez mourir. Il affirmait qu'un homme de main pénétrait dans le château à cet instant précis pour exécuter la sentence.
Le choc frappe Eliza de plein fouet, la laissant livide, incapable de respirer. Avant même qu'elle ne puisse chanceler, Drago réagit par instinct. Il saisit fermement sa main sous la table, ses doigts se verrouillant aux siens dans un geste de protection désespéré.
— Cet homme... l'avez-vous retrouvé et arrêté? demande Drago d’une voix tremblante.
Dumbledore hoche lentement la tête, ses traits marqués par la solennité de ce qu'il s'apprête à confier.
— Tout a commencé cet après-midi, juste après vous avoir contactés via le miroir. J'ai utilisé un Retourneur de Temps pour regagner les précieuses minutes qui nous manquaient. Dissimulé par un sortilège de désillusion, je me suis posté près de la salle de Défense contre les Forces du Mal, à l’instant précis où Peeves lançait ses ballons d’eau.
Le directeur marque une pause, son regard se faisant plus lointain. Il reprend:
— J’ai vu le professeur Rogue ordonner aux élèves de regagner leurs dortoirs. J'ai aussi vu Eliza s’écarter discrètement du groupe et se protéger par ses voiles pour vous rejoindre. C'est à cet instant que j'ai fait apparaître une doublure magique, une image parfaite d'Eliza, sans pendentif atlante, qui a emboîté le pas aux autres Gryffondor.
Eliza retient son souffle, réalisant qu'elle avait été remplacée à son insu pour servir d'appât.
— Une fois arrivé devant le portrait de la Grosse Dame, continue Dumbledore d'une voix sourde, un jet de lumière verte a déchiré le couloir. La fausse Eliza s'est effondrée, foudroyée. Au milieu des cris de terreur et de la panique générale, Harry, Ron et Hermione ont fait preuve d'un courage exemplaire. Ils ont réussi à neutraliser et à immobiliser l'assassin avant qu'il ne puisse s'enfuir.
Drago pousse un long soupir de soulagement, mais ses épaules restent tendues. L'image de cet éclair de mort frappant une silhouette identique à celle qu'il aime le glace d'effroi. Si Dumbledore n'avait pas agi grâce au Retourneur de Temps, Eliza ne serait plus qu'un souvenir.
Sentant le trouble de son amoureux, Eliza resserre sa main contre la sienne, cherchant elle aussi un ancrage dans cette réalité cauchemardesque. Dumbledore reprend alors la parole, sa voix se faisant plus douce, mais non moins grave :
— Je suis, moi aussi, infiniment soulagé que cette Beuglante ait atterri sur mon bureau avant de vous atteindre, Eliza. Ce message, bien qu'effroyable, nous a offert le temps nécessaire pour vous sauver la vie.
Il marque une pause, ses yeux perdant leur éclat habituel derrière ses lunettes en demi-lune.
— Cependant, je dois vous annoncer une nouvelle plus sombre encore. Nos sources confirment que vos parents ont récemment été recrutés par Lord Voldemort. L'homme de main qu'ils ont envoyé n'était pas un simple mercenaire. C’était un Mangemort agissant sous leurs ordres directs.
Sous le choc, Eliza se sent défaillir. Ses propres parents, alliés au mage noir, avaient ordonné son exécution.
— Le danger qui plane sur votre vie est désormais absolu, continue le directeur en s'adressant aux deux adolescents. Tout comme Drago a cherché à échapper à l'emprise des Malefoy, vous devez, Eliza, disparaître totalement. Pour le monde extérieur, la jeune fille que vous étiez n’est plus. Il est impératif que vous renaissiez sous une autre identité, un autre nom, pour que même Voldemort ne puisse vous retrouver.
Enfin, Dumbledore glisse les parchemins officiels vers Eliza, leur texture craquelant légèrement dans le silence de la pièce. Il fixe la jeune fille avec une bienveillance solennelle.
— Vous demeurez citoyenne canadienne, Eliza, annonce le vieux sorcier. Mais à partir de cet instant, vous porterez le nom de Lisa Greenwood J'ai choisi ce patronyme pour vous deux en hommage à votre statut d'héritiers atlantes. Bien que ce nom évoque subtilement la nature et les racines anciennes pour ceux qui savent lire entre les lignes, il sonnera de manière parfaitement banale et discrète aux oreilles des mondes magique et moldu.
Malgré le tremblement de ses mains, Eliza se ressaisit. Elle prend la plume, sentant le poids de ce geste qui efface son passé pour lui offrir un avenir.
— Merci, Monsieur le Directeur, répond-elle.
D'une écriture appliquée, elle signe les documents de sa nouvelle identité : « Lisa Greenwood ». Le sceau magique brille d'un éclat bleuté avant de s'éteindre, confirmant le changement.
Dumbledore se lève, ajustant sa longue robe étoilée. Un léger sourire étire ses lèvres alors qu'il se dirige vers l’entrée du chalet.
— Une dernière chose, ajoute-t-il en regardant les deux adolescents. Avant de vous laisser, sachez que vos valises, ainsi que le chat d'Eliza, sont déjà arrivés en sécurité dans votre manoir secret, au cœur des Rocheuses canadiennes. Reposez-vous. Je reviendrai vous chercher très tôt dimanche matin pour vous envoyer chez vous.
Il leur adresse un dernier signe de tête, leur souhaitant une bonne nuit, puis franchit le seuil de la Salle sur Demande.
À peine la porte s’est-elle refermée que le silence devient pesant. Drago se tourne vers Eliza. Pendant un moment, ils se fixent, le regard chargé de tout ce qu'ils venaient d'entendre. Soudain, ils se jettent dans les bras l'un de l'autre avec une force désespérée. Eliza enfouit son visage contre l'épaule de Drago, ses larmes inondant rapidement le tissu de sa chemise.
— Je suis encore sous le choc, Drago, murmure-t-elle entre deux sanglots. Qu'il ait voulu m'éliminer... mon propre père. Je voyais bien que sa haine envers moi augmentait depuis que j'avais reçu ma lettre pour Poudlard.
Drago, pleurant lui aussi, la serre plus fort.
— C'est fini, Lisa, souffle-t-il près de son oreille. Tu es en sécurité maintenant. Avec moi. Personne ne te touchera plus jamais.
Il s'écarte doucement, juste assez pour prendre son visage entre ses mains. Ses pouces essuient les traces de larmes sur les joues de sa petite amie.
— Lisa Greenwood, reprend Drago d'une voix étranglée par l'émotion. Je te supplie, ne me quitte jamais. On ne peut plus compter que l'un sur l'autre.
Malgré la douleur, Eliza laisse poindre un sourire tendre à travers ses pleurs. Elle pose ses mains sur les poignets de Drago, ancrant ce moment dans leur réalité.
— Toi aussi, Drago Greenwood. Ne me quitte pas.
Ils scellent cette promesse solennelle par une étreinte passionnée et des baisers. Dans cette pièce hors du temps, la peur et la trahison s'évanouissent, remplacées par leur amour et leur désir de tout reconstruire ensemble.