La prophétie des deux coeurs atlantes

Chapitre 12 : L'aube des élus et l'ombre du maître

2973 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 14/06/2026 15:52

CHAPITRE 12 


L’aube des élus et l’ombre du maître

La lumière dorée du soleil levant inonde la chambre du chalet. Un vent tiède s’engouffre par la fenêtre ouverte, transportant avec lui l’odeur sauvage des feuilles humides et le parfum salin de la mer. Eliza s'éveille lentement, bercée par le clapotis régulier des vagues et le chant mélodieux des oiseaux exotiques. Elle sourit en sentant la chaleur du corps de Drago contre le sien. Elle observe le jeune homme dormir paisiblement, en se remémorant le merveilleux moment de tendresse qu'ils ont partagé après la visite de Dumbledore.

Quelques minutes plus tard, Drago commence à s'éveiller à son tour. Tandis qu'il ouvre les yeux, elle lui souffle avec douceur :

— Coucou, mon Dragon.

Il lui sourit tendrement, s'approchant encore plus près d'elle.

— Bon matin, ma princesse Greenwood, murmure-t-il.

Ils échangent un doux baiser, puis Drago s’écarte en posant une main protectrice sur l’épaule de sa petite amie.

— Tu as bien dormi ? demanda-t-il d'un ton soucieux.

— Comme un bébé, répond-elle. Je suis surprise par le confort de ce lit. Mais je ne me suis jamais sentie aussi bien et en sécurité qu’entre tes bras.

— C’est pareil pour moi, affirme-t-il en fermant les yeux. 

Eliza caresse lentement sa joue du bout des doigts, puis reprend avec enthousiasme: 

— Je ne sais pas quelle heure il est, et honnêtement, ça n'a plus aucune importance. Aujourd'hui, je compte décrocher complètement. Je veux juste profiter de chaque seconde avec toi. 

Drago la regarde dans les yeux et deux images d’une clarté absolue s’imposent dans son esprit. Un sourire amusé étire ses lèvres. 

— Dans ce cas, Lisa Greenwood, aimerais-tu qu'on aille jouer et se détendre sur la plage ? suggère-t-il.  

— Tu lis dans mes pensées, mon amour ! s'exclama-t-elle, ravie. 

Ils se lèvent avec entrain et enfilent les vêtements choisis avec soin dans l’armoire. Drago revêt un short de bain gris-bleu clair, rappelant l'éclat de ses yeux, un t-shirt blanc, ainsi qu’une paire de lunettes de soleil qui lui donne une allure décontractée. De son côté, Eliza enfile un maillot de bain azur agrémenté d'un paréo aux motifs tropicaux chatoyants, avant de tresser ses cheveux en une natte élégante.

Le petit-déjeuner dressé sur la table de la terrasse est une véritable explosion de couleurs et de saveurs. Des mangues juteuses à la chair orangée, des fruits du dragon fuchsia et des tranches de pain brioché encore tièdes qui embaument le beurre. Les deux adolescents s'attaquent avec un appétit féroce à des œufs à la coque et des morceaux de fromage crémeux. Pour couronner le festin, deux grands verres de mimosa sans alcool, un mélange pétillant de jus d'orange frais et de raisin blanc, font pétiller joyeusement leurs papilles. Drago et Eliza savourent chaque bouchée, éclatant de rire en échangeant des blagues moldues qu’ils avaient dénichées dans les bibliothèques de Poudlard et d’Ilvermorny. 

À mesure qu’ils s’approchent du rivage, le décor installé par la Salle sur Demande se précise. Un vaste drap de plage immaculé est étendu sous un parasol aux rayures joyeuses. À ses côtés, un panier en osier contient des sandwichs frais et des fruits exotiques, tandis qu’une glacière rétro en métal laisse échapper une brume de fraîcheur.

Portés par le rythme envoûtant de la musique latine qui s'échappe de la radio ensorcelée, ils s'arrêtent pour se préparer. Drago retire son t-shirt blanc d'un geste fluide, puis son pendentif dragon émeraude. Alors qu’il les dépose près du panier, Eliza contemple son torse et ses épaules, un sourire tendre aux lèvres.

— Je t’observe depuis hier après-midi. Tu as une mine superbe, déclare-t-elle. La guérison de Fumeseck a été miraculeuse. Ton corps a retrouvé sa force.

Drago esquisse un sourire fier, redressant les épaules. 

— Je me sens revivre, admet-il d'une voix assurée. J'avais tellement de blocages énergétiques à cause de la magie destructrice de mes parents que je ne pouvais pas m'en rendre compte. Et quand tout s’est évaporé, mes pouvoirs atlantes ont été libérés.

— Je suis vraiment contente pour toi, se réjouit Eliza.

Elle dénoue à son tour son paréo, révélant sa silhouette dans son maillot. Drago reste un instant immobile, le souffle court. Il ne peut s'empêcher de l'admirer.

— Tu es absolument magnifique, souffle-t-il, la gorge nouée par l'émotion. 

Eliza rougit légèrement. Elle dépose son pendentif tigre saphir sur le paréo et saisit un flacon de baume protecteur à la noix de coco.

— On ne doit pas se laisser brûler par ce soleil. Tourne-toi, ordonne-t-elle d'un ton amusé pour masquer son trouble. 

Drago obéit et s'assoit sur le grand drap de plage. Agenouillée derrière lui, Eliza dépose une noisette de crème au creux de ses mains et commence à lui masser le dos. Ses doigts glissent avec une précision infinie, dénouant les nœuds de tension qui subsistent encore sous ses omoplates. Drago ferme les yeux, savourant cette douceur inespérée qui se diffuse dans tout son être. 

— Où as-tu appris à masser comme ça ? finit-il par demander dans un souffle de pur bien-être.

— Dans des livres à la bibliothèque d'Ilvermony, répond-elle doucement, ses mains continuant leur ballet apaisant. Mais je ne m'étais exercée qu'en automassage. Je n'ai jamais massé personne avant toi. 

Il tourne légèrement la tête vers elle, le regard chargé de gratitude.

— Tu me fais un bien fou, en tout cas, murmura-t-il.

Il prend doucement le relais, versant une perle de baume au creux de ses paumes pour les réchauffer avant de les poser sur les épaules d'Eliza. Il fait pénétrer la crème avec une attention infinie, massant la cambrure de son dos et la naissance de sa nuque. Eliza ferme les yeux, abandonnant tout son poids contre lui, bercée par le rythme de la musique latine et le son des vagues. Au bout d'un instant, elle murmure d'une voix ensommeillée par le plaisir : 

— Et toi, Drago Greenwood? Tu as déjà massé quelqu'un avant moi ? 

Il marque une courte pause, ses doigts s'attardant sur sa peau dorée, avant de répondre avec une sincérité désarmante : 

— Non, jamais. Je n'aurais pas pu faire cela à personne d'autre qu'à toi, Lisa. Pour moi, c'est sacré.

Touchée, Eliza bascule légèrement la tête en arrière, son visage se trouvant à quelques centimètres du sien. Ses yeux plongent dans ceux de Drago, y lisant une dévotion qu’il n'avait jamais osé exprimer. 

— Heureusement qu'on s'est trouvés alors, affirme-t-elle dans un souffle. 

Leurs visages se rapprochent naturellement et ils s'échangent un baiser passionné. Le temps semble se suspendre, uniquement rythmé par leurs cœurs à l'unisson. Finalement, Drago rompt doucement le contact, un sourire victorieux aux lèvres. 

— Assez de tendresse pour l'instant ! lâche-t-il avec un brin de provocation. Le dernier qui plonge dans l'eau est un... 

Il s'élance vers la mer, ses pieds soulevant de légers nuages de sable. Eliza part aussitôt à sa poursuite en riant de bon cœur.

— Attends que je t'attrape, toi ! réplique-t-elle avec une détermination joyeuse. 

Elle gagne rapidement du terrain, tandis qu’il s'enfonce dans l'eau jusqu'aux genoux. Drago fait un faux pas dans le reflux d’une vague. Elle en profite. D’un geste vif, elle l'attrape par la taille. Il tente de pivoter pour l'entraîner, mais il perd l’équilibre. Dans un même élan, elle bascule vers l'avant, l'emportant avec elle dans un plongeon désordonné. L'eau, à la fois chaude et rafraîchissante, les enveloppe totalement. Lorsqu'ils émergent enfin, l'un après l'autre, les cheveux plaqués sur le visage et l'écume perlant sur leur peau, ils éclatent de rire à l’unisson. 

Durant toute cette journée hors du temps, Drago et Eliza s’amusent comme des enfants. Dans la mer, ils se bousculent, cherchant à provoquer les plus grandes éclaboussures dans un fracas d'écume. Même le vent est complice de leur bonheur. Il pousse doucement vers leur drap de plage un ballon coloré, apparu par la magie de la Salle sur Demande. Puis, entre deux bouchées de sandwichs et quelques gorgées de jus frais, ils se laissent aller aux confidences. Ils partagent des anecdotes comiques et absurdes qui ont jalonné leurs vies de jeunes sorciers, transformant les ombres du passé en de simples souvenirs lointains.

***

Avant que les deux élus atlantes ne s’apprêtent à dormir, le visage de Dumbledore apparait dans le fragment de miroir. Le directeur leur rappelle que leur départ pour le manoir des Rocheuses canadiennes était fixé avant l'aube, aux alentours de quatre heures. 

Cette nuit-là, le sommeil les fuit presque totalement, en raison d’une effervescence anxieuse. Drago brûle d'impatience de découvrir ces paysages grandioses qu’il n’a jusqu’alors explorés qu’à travers des illustrations de livres et les récits passionnés d’Eliza. Pourtant, une ombre d’inquiétude le ronge. Comme il n’avait jamais franchi les frontières de son pays, il se demande avec appréhension s'il parviendra à s’adapter à cette terre sauvage et inconnue. De son côté, Eliza imagine déjà leur futur foyer et se languit de faire la connaissance de Yoshi et Kira, les elfes de maison qui les y attendent. Mais son enthousiasme est teinté d'une tristesse sourde. La pensée qu'elle ne pourra plus communiquer avec son amie Diana lui serrait le cœur, rendant ce grand saut vers l'inconnu aussi déchirant que prometteur. 

Le croassement strident d’une corneille déchire soudain le silence de la chambre, faisant sursauter Drago et Eliza. Encore embrumé par le sommeil, Drago se redresse d'un bond, les cheveux en bataille. 

— Par Merlin, grogne-t-il en jetant un regard noir au réveil magique qui s'agite sur la table de nuit. Je ne m’attendais pas à ce qu'on se lève avec le chant d'un charognard. C’est vraiment charmant ! 

Eliza éclate d’un rire cristallin en voyant sa mine déconfite. 

— Oh, tu n’as encore rien vu! le rassure-t-elle en s'étirant. Dans les Rocheuses, tu pourrais aussi bien te faire réveiller par une bande de pies rieuses particulièrement insistantes. Ou par un oiseau de proie dont le cri est si aigu qu'on croirait entendre une fille pousser un cri de terreur. 

Drago la regarde avec scepticisme, un sourire en coin commençant à poindre. 

— Un cri de terreur ? Vraiment ? Tu n'exagères pas un tout petit peu le côté dramatique de la faune canadienne ?

Eliza concède la blague avec un clin d'œil complice, alors qu'ils glissent hors du lit. 

— Peut-être un peu, ajoute-t-elle plus doucement. Mais ne t'en fais pas, nous rattraperons bien assez vite ce sommeil perdu une fois là-bas. En ce moment même, dans les Rocheuses, il doit être environ vingt-et-une heures trente. Les étoiles doivent être magnifiques au-dessus du manoir.

Une demi-heure plus tard, le silence dans le salon est devenu pesant. Assis sur le canapé, Drago et Eliza se tiennent fermement par la main. L’effervescence nerveuse continue de pulser entre eux. À quatre heures pile, le fragment de miroir posé sur la table basse s’illumine d’une lueur spectrale. La voix de Dumbledore s'en échappe, calme et feutrée :

— Je suis devant le mur de pierre.

Drago se lève d'un bond, entraînant Eliza avec lui. Il ouvre la porte, le cœur battant à tout rompre. Le directeur pénètre dans la pièce, sa haute silhouette drapée dans une robe aux couleurs de brasier. Tandis qu’il ajuste ses lunettes, un sourire serein s’étire sur ses lèvres.

— Alors, mes enfants, commence Dumbledore d'une voix apaisante, prêts à faire le grand saut ?

Fixant le vieux sorcier avec une certitude qu’il ne ressent pas tout à fait, Drago prend une inspiration tremblante. 

— Je le crois, monsieur le directeur, réponds le jeune homme. De toute façon, notre sécurité est ce qui compte le plus.

Dumbledore pose un regard empreint d'une bienveillance paternelle sur les deux adolescents.

— Ne vous inquiétez pas. Une fois que la prophétie sera accomplie, vous retrouverez une vie normale, assure-t-il.

Pendant que le directeur parle, la perception de Drago bascule brutalement. Son don d’élu atlante s'active, déchirant le voile du présent. Il voit d'abord le champ énergétique du vieux sorcier. Cependant, la boule noire qu'il avait déjà aperçue au niveau du cœur de Dumbledore réapparait cette fois bien plus vaste et menaçante, dévorant sa lumière de l'intérieur. Puis, une image se superpose à la réalité. Dans un flash fulgurant, il voit Rogue, le visage déformé par la haine, levant sa baguette vers le dos de Dumbledore. Le silence de la vision est total, mais Drago peut distinctement lire sur les lèvres de Rogue le premier mot de l'incantation fatale. Pris d'un vertige, il chancèle. Eliza, sentant son malaise immédiat, attrape sa main.

— Tout ira bien, murmura-t-elle pour le rassurer, ignorant le chaos qui hurle dans l’esprit du jeune homme.

Mais un frisson glacé lui parcourt aussitôt l'échine. Elle met cela sur le compte du stress de leur départ.

Dumbledore parait étrangement imperméable à la terreur qui se lit dans leurs yeux, comme s'il habitait déjà un autre plan d'existence. D’un geste fluide de sa baguette, il fait léviter hors de sa poche le portoloin atlante. La pierre de cristal brut, étincelant d’un bleu nuit profond, se pose avec un tintement cristallin sur la table haute qui voisine la porte de la terrasse. Il se tourne ensuite vers eux.

— Avant que vous touchiez à ce cristal, dit-il d'une voix calme mais impérieuse, vous devez lever le sortilège de protection atlante qui verrouille cette salle. Sinon, le portail ne pourra pas s’ouvrir et nul ne pourra plus jamais entrer ici.

Drago et Eliza se regardent, avant de hocher la tête. Ils saisirent leurs baguettes et commencèrent à faire le tour de la pièce en longeant les murs. Alors que leurs baguettes dessinent des arcs de cercle dans l’air, laissant derrière elles des traînées de poussière d’étoiles, leurs voix s’élèvent à l’unisson, claires et vibrantes. 

— Aeterna Maris, Sanguis Terrae, prononce Eliza. 

— Que l'émeraude libère la terre et que le saphir apaise l'onde ! enchaîne Drago.

Leurs pendentifs brillent avec éclat et une onde de choc invisible parcourt la pièce, faisant vasciller les flammes des bougies. Le sortilège de protection s’évapore dans un soupir de vent marin. Dumbledore observe la scène, impressionné. Il a toujours rêvé de voir une telle magie à l’oeuvre.

Quelques minutes plus tard, les deux adolescents reviennent face à la pierre. Drago sent encore le poids de sa vision de Rogue peser sur son cœur. L’image de l'incantation meurtrière se grave également dans son esprit. À cet instant, la Dame Grise émerge des ombres. Sa silhouette éthérée s'approche, ses longs voiles flottant sans un bruit. À la surprise de Drago, son visage d'ordinaire mélancolique est illuminé d'un sourire radieux. 

— Ayez confiance, élus de l'île engloutie, énonce-t-elle, sa voix résonnant comme un écho venu du fond des âges. Tout se passera bien pour vous. Je le sens dans le souffle de l'histoire. Vous réussirez votre mission. 

Drago incline la tête en souriant.

— Merci infiniment d’avoir veillé sur nous, répond-il, la voix légèrement tremblante.

— Nous nous reverrons. Ce n’est qu’un au revoir, ajoute Eliza avec une certitude vibrante, en prenant la main de son petit ami. 

La Dame Grise leur adresse un dernier signe de la main, puis s'évapore doucement.

Dumbledore, dont la silhouette semble de plus en plus envahie par cette boule noire que seul Drago perçoit, fait un pas vers eux.

— Il est temps, annonce-t-il sobrement. Saisissez le cristal. Je vous souhaite un bon voyage vers votre destin.

— Merci, Monsieur le Directeur, lâchent Drago et Eliza à l’unisson, leurs voix s'accordant une dernière fois dans l’enceinte de Poudlard. 

Drago tourne son visage vers Eliza. Ses yeux cherchent dans le regard de la jeune fille une ultime confirmation. Une effervescence nerveuse fait encore vibrer l'air autour d'eux, mais la détermination l'emporte désormais sur la peur. 

— Tu es prête ? murmure-t-il.

— À trois, affirme-t-elle d'un ton ferme. 

Dumbledore incline la tête, sa silhouette baignée par l'éclat du portoloin. Les deux élus atlantes comptent ensemble, puis posent les mains sur la surface froide et vibrante du cristal. Le monde bascule aussitôt. Mais contrairement à la sensation brutale de crochet à l'estomac des portoloins ordinaires, ils sont propulsés dans l'éther avec une grâce surprenante. Ils ne tourbillonnent pas dans un chaos de couleurs. Ils glissent à travers un tunnel de lumière nacrée, comme s'ils volaient au cœur d'une aurore boréale. Le silence y est total, apaisant, presque sacré. 


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