Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

18 IV Visite Nocturne

Catégorie: M
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CHAPITRE IV : VISITE NOCTURNE

 

Avant de sortir de la chambre, Pierrick se pencha sur la cheminée. Il y jeta une pincé de poudre grise. Un feu vert émeraude s’alluma immédiatement.

« Ministère de la Magie, Département des Chasseurs, bureau de Franck Vinol, annonça t-il. »

Il plongea la tête dans les flammes. Sa tête ressortit dans le bureau impeccablement rangé de Franck Vinol.

            Franck Vinol était un membre de la section IRIA des Chasseurs. Coiffé de roux et portant des lunettes rectangulaires, il avait l’air sérieux et intelligent. Ce qu’il était. Il possédait ce genre d’esprit analytique et détaché lui permettant de toujours pouvoir analyser toutes situations avec la totalité de ses capacités mentales. D’origine moldue, il en a gardé l’esprit cartésien qui, mêlé à la réflexion spécifique au monde magique, lui avait déjà permis de résoudre plusieurs affaires par le passé. Alors que ses collègues se spécialisaient généralement dans un seul aspect du travail, il excellait dans tous. Luc Fabre le considérait d’ailleurs comme son meilleur élément. Vinol faisait souvent équipe avec Pierrick et Jonas Marus. Il adressa un sourire en guise d’accueil au membre de la section S.

            « Salut, fit-il. Alors, comment ça se passe à Beauxbâtons ?

-Pour l’instant rien de spécial à signaler. Et de ton côté ?

-Le parchemin est en cours d’analyse. Il va falloir attendre, il y en a pour un moment. Quand à Radus, je cherche encore. J’ai contacté le Ministère espagnol. Ils vont cherchez et nous envoyer leur rapport. Ça risque de prendre quelques jours.

-Je vois.

-Et Chun ? Elle pense quoi de notre école de sorcellerie ?

-Je ne sais pas. Je ne lui ai pas posé la question.

-Tu devrais faire plus attention à elle.

-Pourquoi ? Elle est assez grande pour évaluer les risques.

-Ce monde est nouveau pour elle, même si elle a appris beaucoup plus vite que la plupart des gens en quelques mois. Mais je ne parlais pas de ça. Je voulais dire que tu dois faire plus « attention » à elle.

-Je ne comprends pas. »

Vinol poussa un soupir.

« Quand il s’agit de combats ou de mangemorts, tu es bon. Mais quand il s’agit de sentiments humains, tu as vraiment tout à apprendre. Je la plains.

-Occupe-toi plutôt de découvrir au plus vite si Radus est bien celui qu’il dit être. »

            La tête de Pierrick disparut des flammes qui s’éteignirent. Jonas, qui était resté silencieux à la porte entrouverte pour écouter la conversation, signala sa présence.

« Il est vraiment incorrigible !

-Oui, fit Vinol en souriant. Pauvre Chun. Elle est amoureuse d’un fantôme.

-Je ne m’en fais pas pour eux. Pierrick finira par se rendre compte de ses sentiments. Elle l’a déjà changé, et ça ne fait que commencé.

-C’est vrai. Avant, il ne souriait jamais. »

 

            Pierrick retira sa tête de la cheminée. Habillée d’un simple peignoir, les cheveux encore mouillés, Chun lui sourit :

« Quelles nouvelles de Franck ? fit-elle.

-Il cherche encore. Cela m’aurait étonné qu’il ait déjà tous les renseignements concernant Radus. Il faut compter avec les lenteurs de l’administration.

-Voila quelque chose qui est commun au deux mondes ! Et le parchemin ?

-Rien. Le charme doit être puissant. Je vais faire un tour dans les couloirs.

-Sois prudent.

-Ne t’en fais pas. »

Pierrick se dirigea vers sa malle. Mais avant de l’ouvrir, il s’arrêta, repensant à ce que lui avait dit Franck : « Tu dois faire plus attention à elle. ». Il avait fait mine de ne pas comprendre mais savait très bien à quoi l’agent de la IRIA voulait en venir. Et il n’avait pas tort. Le Corbeau se tourna vers la jeune asiatique.

« Comment s’est passé l’après-midi ? demanda t-il. »

Chun, agréablement surprise de cette attention de sa part, sourit de nouveau.

« J’ai visité une partie de l’Académie, répondit-elle.

-Tu ne t’es pas perdu ?

-Si. Mais heureusement je suis tombé sur Pauline Tréveune, la femme du directeur. Une femme très gentille. Elle a vu que j’étais perdue et a proposé de me faire visiter le palais. Elle n’a pas pu tout me montrer. J’ai donc rendez-vous avec elle demain.

-Fais attention. On ne peut pas exclure la possibilité qu’elle soit liée au meurtre.

-Je sais. Mais justement, plus je me rapprocherais d’elle, plus elle se découvrira. De plus, tu vas pouvoir te concentrer sur les professeurs et les élèves. Moi, je m’occupe des compagnes et compagnons des profs. »

Elle avait ce regard déterminé qui ne laissait aucune place au doute. Pierrick n’ignorait pas qu’elle pouvait parfaitement enquêter. A part la magie, les criminelles des deux mondes n’étaient pas si différent les uns des autres. Il sourit.

« Je te fais confiance, dit-il. Tiens moi au courant.

-Oui chef, fit-elle en se mettant au garde à vous, un nouveau sourire lumineux sur son visage. »

            Pierrick ouvrit sa malle et en tira une étoffe sans couleur fixe dont la texture faisait penser à de l’eau qui aurait été tissé. Il jeta l’étoffe sur ses épaules et son corps disparut, ne laissant que sa tête flottée dans les airs. Chun ne put s’empêcher de laisser échapper une exclamation d’émerveillement.

« C’est une cape d’invisibilité, expliqua Pierrick. Très pratique pour ce genre de mission.

-Je ne savais pas que tu avais ce genre d’objet.

-Elle appartient aux Chasseurs. On en a une réserve pour les opérations spéciales. Ça coûte très cher donc on évite de les sortir et de les abîmer. »

Pierrick rabattit la capuche sur sa tête, disparaissant totalement. Chun n’entendit même pas ses pas. Il savait être aussi silencieux qu’un courant d’air, même plus. Elle ne vit que la porte s’ouvrir et se refermer.

 

            Malgré le printemps, les nuits demeuraient froides. Le mois de mars allait bientôt se terminer mais il faudrait attendre celui de mai pour connaître des nuits plus douces. Pierrick parcourut les couloirs, tendant l’oreille au moindre bruit. Il avait appris par cœur le plan de l’école durant le week-end et certaines descriptions et explications de Garde firent le reste.

            La nuit, l’Académie ne changeait pas de visage mais d’expression. Elle si lumineuse le jour, se fardait d’un masque d’ombre pour la nuit. Un masque inquiétant pour le commun des mortels. Pierrick s’avançait sans peur malgré tout. Il faisait parti de la nuit. Ou la nuit faisait parti de lui. Il n’avait jamais appris à ne pas redouter ce qui se cachait dans les ténèbres. Il savait, depuis longtemps, qu’il n’avait pas à les redouter. Depuis quand le savait-il ? Lui-même l’ignorait. Il était devenu plus sombre et effrayant que certains mangemorts. Il n’ignorait pas que certains chasseurs avaient également peur de lui. Certains n’hésitant pas à dire qu’il deviendrait un mangemort lui aussi. Cela s’était déjà vu. Et tous cela se posaient la même question : comment combattre un sorcier capable de lancer des sortilèges impardonnables sans les formuler ?

            Les couloirs du palais n’étaient pas totalement déserts. Des chats et des hiboux les arpentaient librement. Les formes irréelles des fantômes flottaient entre deux airs, passant parfois au travers d’un mur ou d’une porte. Dans un couloir non loin de la scène de crime, Pierrick croisa une très haute silhouette. Il dut lever la tête pour pouvoir voir son visage. C’était une femme. Une belle femme au teint olivâtre. Rien qu’à sa taille il l’avait reconnu : le professeur Olympe Maxime. Elle occupait le poste de professeur de sortilège et également de sous-directrice. Elle était connu pour un tempérament assez sévère mais était une excellente enseignante. Sa taille impressionnait toujours. Beaucoup l’ignorait, car elle passait son temps à dire qu’elle avait simplement de gros os, mais cette taille était due à son ascendance. Elle ne pouvait le cacher au Ministère qui avait délivré son acte de naissance : elle était à moitié géante. Selon toute vraisemblance, elle n’avait hérité de sa mère qu’une taille hors norme. Elle n’avait pas de caractère violent comme l’ont généralement les Géants. Mais certains chercheurs en sorcellerie pensaient qu’elle pouvait avoir aussi hérité de certaines protections naturelles imprégnées dans son sang.

            En temps normal, Pierrick se serait dit qu’elle était juste là à cette heure tardive pour faire son travail de professeur et s’assurer qu’aucun élève n’ait fait le mur. Mais les circonstances actuelles obligeaient le chasseur à la suspecter au même titre que les autres. Il lui emboîta le pas, faisant attention à ne faire aucun bruit. Ce n’était pas facile. Lorsqu’elle faisait un pas, lui en faisait trois !

            Olympe Maxime se dirigeait vers le lieu du crime. L’endroit était parfaitement vierge de trace pouvant laisser supposer qu’il y avait eu un cadavre gisant par terre quatre jours plus tôt. Elle regarda de tous les côtés, cherchant des indices trahissant la présence d’élèves. Soudain, d’un geste vif qui faillit même surprendre Pierrick, elle sortit sa baguette et la dirigea vers la porte d’un placard à balais. Une détonation se fit entendre et sous un enchevêtrement de balais, de seaux et de serpillières, deux élèves posèrent sur la sous-directrice un regard surpris et étourdi. La demi-géante rangea sa baguette et les attrapa par les cols de leurs robes de sorcier, les soulevant de terre.

« Mademoiselle Sidar, monsieur Héraut, fit-elle. Je suis sûre que vous avez une excellente explication à me fournir. Allons dans mon bureau, nous y serons plus à l’aise. »

Sans protester ni chercher à se défendre, les deux élèves furent emmenés par madame Maxime qui ne les reposa même pas sur le sol.

            Pierrick resta seul. Il examina la scène de crime, cherchant un indice qui aurait échappé aux hommes de la Police Magique. Mais rien. Il décida de se diriger vers le parc.

            Si de jour, le parc était magnifique, de nuit, sous les étoiles et la lune, il devenait magique. Se sachant seul et aussi qu’il ne découvrirai sûrement rien cette nuit, Pierrick retira sa cape et la déposa sur un banc. Il regarda le ciel parsemé de poussière de lumière. La lune était à son premier quartier. Le vent, froid sans être glacial, soufflait en une très légère brise.

            Un bruissement d’aile se fit entendre. Pierrick sentit les pattes serties de griffes s’accrocher sans lui faire mal à son épaule. L’oiseau poussa un croassement dans les ténèbres.

            Bran. Pierrick ne lui avait jamais donné de nom. Mais il s’appelait ainsi. Une chose de plus qu’il n’expliquait pas. Le corbeau allait et venait comme bon lui semblait. Il n’était pas rare qu’il disparaisse durant plusieurs jours. Il semblait posséder une étrange intelligence. Pierrick ne saurait l’expliquer, mais un lien semblait exister entre eux deux. Bran était avec lui depuis son rapatriement en France.

            Bran poussa de nouveau un croassement sonore et s’envola. Pierrick observa le vol du corbeau jusqu’à ce que son regard soit attiré par autre chose. Deux silhouettes s’avançaient prudemment dans le parc. N’ayant pas le temps de récupérer sa cape d’invisibilité, Pierrick se glissa sous un buisson. Il observa les deux silhouettes s’approcher et s’asseoir sur le banc situé juste à côté de celui où se trouvait sa cape. Il était suffisamment proche pour voir leurs visages. Il ne connaissait pas le garçon mais reconnut la jeune fille. Elle s’appelait Laura Jiraud et était en quatrième année. Pierrick l’avait eu en cours durant l’après-midi. Une jeune fille intelligente et calme d’après ce qu’il avait pu en juger. Elle avait des cheveux noirs coiffés en couette qui lui donnait un air de fillette innocente et des yeux bleu océan. Le garçon devait avoir seize ans. Il arborait un physique assez brutal avec des cheveux très courts que l’on devinait châtains. Ses yeux marron et ses traits durs laissaient penser qu’il n’était pas du genre à se laisser faire. Pourtant, il ne se défendit même pas quand la jeune fille se blottit dans ses bras pour y chercher de la chaleur.

« Tu es sûr qu’on risque rien ? demanda t-elle à voix basse.

-Ne t’en fait pas, dit-il avec une voix grave légèrement roque mais rassurante. Grâce au meurtre de l’autre jour, il n’y a quasiment plus personne qui se balade dans les couloirs de nuit. Même les profs ont peur. Quoique j’ai vu Maxime emmener Sidar et Héraut dans son bureau en venant te chercher.

-Ils vont se prendre une colle.

-Tant pis pour eux. Tant mieux pour nous. N’ais pas peur. Je suis là pour veiller sur toi. »

La jeune fille sourit et l’embrassa amoureusement.

            Alors que les deux jeunes amants se bécotaient, le regard de Pierrick fut attiré par un mouvement sur le toit. Une ombre à silhouette humaine rampait pour se rapprocher du couple et les observer du toit. Instinctivement, Pierrick sortit sa baguette. Mais l’ombre s’était arrêtée de bouger. Qui était-ce ? Et que voulait-il ? En avait-il après ces deux élèves ? Etait-ce le tueur ? Au moindre mouvement suspect, Pierrick était prêt à intervenir. Mais rien ne bougea.

            Au bout d’une demi-heure, Laura Jiraud frissonna. Son petit ami la frictionna pour tenter de la réchauffer.

« Il vaut mieux rentrer se coucher, dit-il. Il se fait tard.

-Oui, je suis assez fatigué. J’ai passé la journée à me poser des questions.

-Sur quoi ?

-Le nouveau prof de défense. J’ai eu cours avec lui ce matin et j’ai eu l’impression qu’il m’observait.

-Il essaye peut-être de retenir les noms et les visages des élèves.

-Peut-être. Mais j’avais vraiment l’impression qu’il me regardait plus que les autres.

-J’ai cours avec lui mercredi, je vais voir si il fait la même chose avec d’autres. Et le nouveau prof d’Histoire ?

-Rien de spécial. Il est un peu froid mais il s’y connaît c’est sûr. Lui par contre n’a regarder personne en particulier. J’ai même eu l’impression qu’il nous connaissait tous. Il fait vraiment froid.

-On y va. »

Les deux adolescents se levèrent et retournèrent à l’intérieur du palais.

            Pierrick leva les yeux vers le toit mais l’ombre avait disparu. Il sortit de sa cachette, reprit sa cape et rentra à son appartement.

 

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