Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

30 XVI Pierre Hargus

Catégorie: M
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CHAPITRE XVI : PIERRE HARGUS

 

Laura Jiraud et Hans Friedrich étaient dans un coin isolé du parc. Thomas les observait de loin. Il savait que les deux tourtereaux venaient souvent ici après les avoir surveillé durant des semaines.

            « C’est horrible, dit une fois de plus Laura. »

Depuis qu’ils étaient venus là pour être tranquille, ils avaient parlé du meurtre de Sophie Fasa. Ils ne la connaissaient pas vraiment mais rien que le fait de savoir qu’ils la croisaient tous les jours dans les couloirs du palais et que maintenant elle était morte était angoissant.

« J’espère qu’ils vont arrêter le coupable rapidement, dit Hans. Ça fait déjà deux morts. Mais la Police Magique à l’air de s’en foutre.

-J’ai entendu dire que c’était les Chasseurs qui avait repris l’affaire.

-On n’en a pas vu un seul. Heureusement il y a…

-Excusez-moi, interrompis Hargus en surgissant de derrière un buisson. »

Thomas commença à s’approcher plus près, discrètement. Il devait protéger sa sœur, mais pour avoir toutes ses chances, il devait prendre Hargus par surprise.

            « Tu es Pierre Hargus, n’est-ce pas ? demanda Hans.

-Oui. J’aurai besoin de vous pour m’aider.

-De nous.

-Enfin surtout de toi. Laura, c’est bien ça ?

-Euh… oui. Mais pourquoi ?

-Pour une simple expérience de magie. Je veux entrer au Département de Magie Expérimentale et pour cela je dois présenter un mémoire de recherche. J’ai besoin de quelqu’un possédant ton profil pour l’expérience. C’est sans danger.

-Ah oui ? fit Hans. J’espère car je crois me souvenir que tu as déjà fait des « expériences » par le passé. Et que certains de tes cobayes ont failli perdre pas mal de choses comme un bras ou leur âme. »

La tension entre les deux adolescents était palpable. Ils ne se lâchaient pas des yeux. Hargus esquissa un sourire mauvais.

« Très bien, dit-il. Puisque vous ne voulez pas m’aider, je vais devoir vous y obliger. »

Hargus sortit sa baguette en un éclair et stupéfixa le couple avant qu’un des deux ne puisse réagir. Thomas bondit hors des fourrés, surprenant Hargus par un coup de pied sauté à la poitrine pour l’éloigner des deux enfants.

            Hargus toisa le professeur du regard.

« Professeur Radus, ce n’est pas bien d’espionner les gens.

-Ta gueule. C’est fini. Je vais te livrer aux Chasseurs.

-Oh. Et vous croyez que sans baguette, vous allez pouvoir m’arrêter ? Même si vous savez vous battre, au moindre mouvement, je vous tue. »

Ce fut au tour de Thomas de sourire.

« Ne me sous-estime pas. »

Les yeux de Thomas prirent une couleur dorée. Hargus fut surpris. Il réfléchit rapidement, il avait déjà lu quelque chose sur des êtres aux yeux dorés. Ils vivaient en Asie. Depuis le massacre de la communauté magique chinoise, leur nombre a beaucoup baissé et ils vivent cachés. Les Dragoniars. Le peuple aux yeux d’or.

« Un dragoniar, du moins un demi si j’en crois vos yeux qui peuvent changer de couleur. Les sang-purs les ont tout le temps. Intéressant. Vous pouvez donc faire de la magie sans baguette. Voyons ça. »

            Hargus tendit sa baguette, lançant un éclair rouge. Thomas sauta au dessus en faisant une vrille à l’horizontal et tenta un coup de pied de haut en bas dans le même temps. L’étudiant parvint à éviter le coup de pied de peu mais se prit de plein fouet le retourné qui suivit dans l’abdomen.

« Flipendo ! s’écria Hargus. »

Le sortilège fusa vers le professeur. Ce dernier leva une main devant lui et dressa un bouclier pour l’arrêter. Mais il ne put bloquer le sortilège Locomotor Mortis qui suivit et le fit tomber lourdement sur le sol. Thomas pouvait toujours se servir de ses mains mais Hargus ne lui en laissa pas le temps, il le stupéfixa.

            Hargus observa le dragoniar inerte. Il pouvait lui servir pour l’expérience. Il pouvait améliorer le procédé grâce à son sang. Il ne pouvait pas laissé non plus Hans Friedrich ici. Dés qu’il se réveillerait, il irait prévenir les professeurs. Il pourrait le tuer mais un cadavre de plus dans l’Académie signifierait sûrement une fouille totale par la Police Magique ou les Chasseurs. Il ne pouvait prendre ce risque alors qu’il était si près du but. Il fit quelques mouvements avec sa baguette et les trois corps inconscients s’élevèrent du sol.

 

            « Ils sont introuvables. »

Chun et Pierrick avaient fouillés presque toute l’Académie. Ils n’avaient trouvé aucune trace de Laura Jiraud, de Hans Friedrich et de Thomas. Mais le plus inquiétant était l’absence de Pierre Hargus.

« Je pense que Hargus a dû déjà mettre la main sur eux, dit Pierrick. J’espère que Thomas les a suivi et est prêt à agir. Mais il ne faut pas exclure le fait qu’il est peut-être lui-même prisonnier, voir mort. »

La froideur avec laquelle Pierrick avait dit ça fit naître un frisson le long de la colonne de Chun. Rapidement, elle se dit qu’elle ne devait pas en être surpris. Après tout, Pierrick était un chasseur, la Mort faisait parti de sa vie, comme une amie intime aux allures sinistres. Il avait vu des collègues mourir sous ses yeux, il avait lui-même tué. Et surtout, il avait dû passer seul l’épreuve de la mort de ses parents, de ses amis, et de Su.

Ils décidèrent de retourner voir Maximilien Harris, c’était peu probable mais il savait peut-être où trouver Hargus. Lorsqu’ils arrivèrent aux dortoirs, le professeur Tréveune était là, accompagné de Rodès, Maxime et Sonia Marus.

« Professeur Dochal, interpella Tréveune. Je veux savoir de quel droit vous forcer la porte des élèves.

-Je n’ai pas le temps pour ça professeur Tréveune, dit Pierrick. »

Pierrick passa sans se soucier des  protestations des professeurs. Harris le regarda s’approcher avec effroi.

« Où Hargus a-t-il prévu de faire son expérience ? demanda t-il directement.

-Je…je ne sais pas, répondit l’adolescent.

-Veuillez cesser professeur Dochal ! lança Tréveune.

-Pierre Hargus est sûrement l’assassin de Sazeau et Fasa.

-Vous déraisonnez ! Et même si c’était le cas, c’est le travail de la Police Magique, pas celui d’un professeur remplaçant.

-Je ne suis pas professeur. Je m’appelle Pierrick Chaldo, Département des Chasseurs, section spéciale. »

Pour appuyer ses dires, Pierrick avait sorti sa carte de chasseur où s’animait le dragon noir de la section S. Sonia Marus regarda la carte avec intérêt.

« Il dit vrai, dit-elle. C’est bien une carte du Département des Chasseurs. Mon frère est également à la section S. Vous le connaissez ?

-Votre frère et moi faisons régulièrement équipe, dit Pierrick. Appelez-le. Dîtes-lui de venir et de prévenir la section AI que l’on doit fouiller l’Académie. Code orange. »

Le code orange. Le deuxième niveau d’alerte en cas d’attaque de mages noirs. Attaque dans un lieu secret du monde magique. Sonia Marus devait savoir cela car elle prit une mine effrayée et courut vers son bureau.

            Pierrick se tourna de nouveau vers Harris. L’adolescent était apeuré. Chun le lisait dans ses yeux. Mais ils n’avaient pas le temps de se soucier de son état. Trois vies étaient en jeu, voir d’autres.

« As-tu une idée de l’endroit où Hargus voulait faire son expérience ? questionna Pierrick.

-Il ne me l’a jamais dit, souffla faiblement Harris. Mais une fois je l’ai suivi sans qu’il ne me remarque. Je crois. Il est monté dans le vieux pigeonnier, celui de l’aile nord.

-C’est un ancien laboratoire, précisa Tréveune. Du temps où les professeurs de l’Académie effectuaient des recherches ici même. Ça date d’avant la création au Ministère du Département de Magie Expérimentale.

-Y a-t-il encore du matériel ?

-Je pense que oui. Je n’y ai jamais mis les pieds mais c’est possible.

-Restez là. »

            Chun allait suivre Pierrick mais le chasseur l’arrêta.

« C’est trop dangereux. Tu restes ici et tu préviens Nide et Jonas quand ils arriveront.

-Mais…

-Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose. C’est à moi d’agir. C’est mon travail.

-Sois prudent. »

           Pierrick regarda une dernière fois dans les magnifiques yeux de Chun. Il espérait la revoir. Mais dans ce genre de vie, on ne sait jamais quand on peut tomber. Peut-être était-ce aujourd’hui ? Pierrick n’y avait jamais pensé avant. Mais depuis six mois, tout était différent. Chun était entrée dans sa vie et avait tout chamboulé. Sa propre mort l’importait peu jusqu’à maintenant. Parfois même, il allait jusqu’à l’espérer. Mais plus maintenant. Il voulait vivre. Vivre avec cette jeune femme. Vivre pour connaître enfin la joie et le bonheur. Comme du temps où il avait la vie devant lui, avec Su. Il voulait l’embrasser. Mais il se ravisa. Il se retourna et disparut à l’angle du couloir.

            Chun le regarda s’éloigner. Non. Rien n’allait se terminer aujourd’hui. Elle le sentait. Elle le savait. Bien d’autres épreuves allaient se dresser devant eux. Mais ils n’étaient plus seuls. Ils étaient tout les deux, ensembles. Chun n’avait pas besoin de mots. A cet instant, les yeux de Pierrick avaient parlé. Il reviendrait. Et leur vie pourrait enfin commencé.

 

            La pièce était sale, poussiéreuse et sombre. Les seules sources de lumière étaient les faibles lueurs chancelantes des bougies posées ça et là. Attachés sur des chaises, Thomas et Friedrich étaient encore sous le coup des sortilèges stupéfixion. Thomas remua le premier. Il releva difficilement la tête. Ses paupières étaient d’une lourdeur, à croire qu’elles étaient en plomb. A mesure que sa vue se fit plus nette, il découvrit le décor dans lequel il était. Des meubles couverts de poussière grise et de toiles d’araignée, des chaudrons, des fioles, des tubes en verre, des cols de cygne, tout le matériel du parfait petit alchimiste. Il remarqua une présence à côté de lui et reconnut Hans toujours inconscient. Il reconnu devant lui la silhouette de Pierre Hargus qui lui tournait le dos, penché sur un bureau. Leur ravisseur semblait entrain d’étudier un feuillet de parchemin.

            Thomas chercha des yeux Laura. Il la trouva non loin, allongé sur un vieux lit, les pieds et les mains attachés. Elle était encore inconsciente. Il essaya de forcer sur ses liens mais ils étaient trop solides. Il tendit un doigt vers le nœud et fit jaillir une fine lame de magie argentée.

« C’est inutile, dit Hargus. J’ai ensorcelé cette corde, vous ne pourrez pas la couper.

-Qu’est-ce que tu veux ? questionna Thomas.

-Juste faire une expérience. Une expérience qui va me donner le moyen d’accéder à des pouvoirs immenses. Je vais pouvoir réparer mon erreur du passé. Et peut-être même ne plus être le mal.

-Tu n’es pas le mal, tu n’es rien d’autre qu’un sale mangemort. »

Hargus explosa en un rire moqueur.

« Moi ! Un mangemort ! Ne me compare pas à ces amateurs tout juste bon à cirer les bottes de leur maître. Je n’ai rien à voir avec eux. Je suis le mal ! J’ai tué mon propre frère alors que j’étais enfant. C’était un accident qu’ils ont dit. Mais moi je savais. C’est moi qui l’ai tué. Je n’ai compris comment qu’en arrivant ici. La magie était la cause. Je me suis énervé. Bruno s’est envolé. Je me souviens encore de son cri et de son visage apeuré. Et puis il est tombé dans la rivière. Je l’ai tué. Je suis le mal. Mais maintenant, je vais pouvoir réparer mon erreur.

-Les morts ne peuvent revenir à la vie, lança Thomas.

-Peut-être. J’ai découvert ce dossier il y a trois ans. Il était vierge, mais je sentais qu’un charme avait été jeté sur lui. J’ai tout tenté pour lever cette magie. Je n’ai pas totalement réussi, mais j’en sais assez. Celui qui a écrit ce document était un génie. Grâce à lui et à mes recherches personnelles, je vais pouvoir ramener mon frère.

-Pourquoi as-tu besoin d’eux ?

-Je n’ai pas besoin de lui. Juste d’elle.

-Ne touche pas à Laura.

-Vous avez l’air de tenir à cette élève, professeur. C’est pas un peu malsain ?

-La ferme. Que vas-tu lui faire ?

-Elle va porter mon frère. Et ensuite, le vrai travail commencera.

-Tu ne mettras jamais à exécution ton plan.

-Et pourquoi ? Vous croyez que je vais me laisser attendrir par je ne sais quel argument ? Vous croyez que je suis du genre à abandonner.

-Non. Mais quelqu’un t’en empêchera.

-Ha ! Ha ! Ha ! Et qui ? Vous ? Vous êtes en mon pouvoir. Friedrich ? Je le tuerai avant qu’il ne bouge à nouveau. La Police Magique ? Ils sont trop bêtes et semble se foutre de cette histoire. Ça m’a surpris mais ça m’arrange. Alors qui ?

-Un chasseur.

-Je n’en vois pas, sourit-il.

-Regarde mieux. »

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