Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

41 IX Le Prêtre

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            CHAPITRE IX : LE PRÊTRE

 

            Durant toute la journée, Jacques ne fit qu’observer le comportement de Chun. La jeune femme travaillait avec toujours autant de professionnalisme mais le vieux policier la connaissait assez bien pour remarquer qu’elle était distraite par moment. Elle devait penser à ce Pierrick Chaldo. Jacques y vit une ouverture.

« Tu penses à ton homme, fit-il.

-Oui, sourit-elle. Je ne peux rien te cacher.

-Tu t’inquiètes.

-Je ne l’ai pas vu depuis hier matin. Il…

-Il a une mission. Pas la peine de répondre, j’ai compris qu’il était d’un service spécial de l’Etat. J’espère juste que tu n’es pas impliqué dans leurs affaires. Ça peut être dangereux.

-Ne t’en fais pas. J’ai juste un mauvais pressentiment vis-à-vis de son affaire actuelle. Je crois que quelqu’un va mourir.

-Et tu espères que ce ne sera pas lui.

-Je sais, c’est égoïste. Si ce n’est pas lui, ce sera quelqu’un d’autre.

-Tu n’as pas à te sentir égoïste. C’est normal d’espérer que ceux à qui l’on tient survivent. »

            Jacques retourna à son travail. Il n’apprendrait rien de cette façon, Chun était bien de trop intelligente pour se faire avoir aussi facilement. Il devait attendre les informations de son ami.

 

            Un homme marchait dans les rues des quartiers ouvriers de Lille. Un homme en soutane noire, la peau de son cou portait une tache de naissance cramoisie, ses yeux étaient marrons et ses cheveux noirs entouraient le haut de son crâne dégarni. Il regardait de tous les côtés comme s’il cherchait quelque chose. Ou quelqu’un. Son regard se porta sur un petit parc où jouaient innocemment des enfants. Il empli ses poumons, sentant avec délectation le doux parfum de la pureté enfantine. Aucun vice, aucunes ténèbres, rien que la pureté.

            Les enfants riaient aux éclats, se balançant le plus loin possibles sur la balançoire, glissant sur le toboggan, construisant des châteaux dans le bac à sable, se courant après. Certains se cachaient derrières les arbres pour se murmurer des secrets. Une femme s’approcha du prêtre, une poussette vide la précédent.

« Bonjour mon père, dit-elle.

-Bonjour ma fille, fit-il avec un léger accent slave. Magnifique journée pour les enfants de Dieu, n’est-ce pas ?

-Oui. C’est la première fois que je vous vois par ici.

-Je ne suis que de passage dans cette ville. Je vais là où le Seigneur m’envoie. Mais j’aime m’arrêter pour observer l’innocence pure que représentent ces enfants. Vous en avez ?

-Oui, deux. Le plus jeune est là, dans le bac à sable, il a trois ans mais c’est déjà un petit garçon costaud. Ma fille a huit ans et elle est… Mais où est-elle passée encore ? Elle n’arrête pas de courir partout. Elle doit être encore entrain de jouer à cache-cache avec le petit Fred, le fils de nos voisins. Ils sont toujours ensembles, de vrais inséparables. J’ai quelque chose sur le visage ? »

Le Prêtre regardait la mère avec un air assez sombre. Il sentait les relents de son âme lui emplir les narines. Non, ça ne venait pas d’elle mais de quelqu’un de proche d’elle. Quelqu’un dont l’âme était perverti. En temps normal, il aurait cherché l’origine de ce mal et l’aurait détruit au nom de son Dieu. Mais il avait déjà une proie de désigner.

« Excusez-moi, dit-il. Je viens de me souvenir que je dois m’en aller. On m’attend. Je vous souhaite une bonne journée.

-A vous aussi mon père. Où est passé cette Julie ? »

            Le Prêtre passa sur un sentier près d’une zone boisée. Il entendit les murmures de deux enfants cachés dans les fourrés. Il s’arrêta en entendant le prénom Julie prononcé. Il sentit de nouveau cette odeur, ce mal nauséabond, cette perversion, mais cette fois-ci, elle était plus forte. Il ne pouvait laisser ce mal perdurer. C’était contraire à ses principes. Aux principes divins. Il quitta le sentier et s’enfonça discrètement dans le bois. Il découvrit deux enfants de huit ans cachés derrière un arbre. La fillette regardait derrière elle pour voir si sa mère ou quelqu’un d’autre n’arrivait pas. Le Prêtre sentait le péché émaner d’elle comme l’air vicié d’une décharge.

« Y a personne, souffla le garçon visiblement impatient. Allez, montre.

-D’accord mais après c’est à toi. »

La fillette commença à soulever sa jupe et allait descendre sa culotte quand le Prêtre décida d’intervenir.

            A une vitesse surhumaine, il atteignit les deux enfants. La fillette arrêta son mouvement à mi-cuisse. Elle venait d’être éclaboussée par un liquide chaud, à l’odeur cuivrée. Elle passa sa main sur son front et vit le sang ocre collé à sa main. Ses yeux s’emplirent de terreur et de larmes. Elle regarda son ami, son corps toujours debout n’avait plus de tête. Elle suivit le petit cadavre des yeux quand il s’effondra à côté de son visage aux yeux encore ouverts, sa dernière expression d’excitation curieuse gravé dans ses traits.

« Tu lui as mis le vice de la luxure dans la tête, dit le Prêtre. Un enfant innocent comme lui. Tu n’es pas humaine, tu es un succube, je t’ai reconnu. Tu ne vis que pour tourmenter les âmes pures et leur insuffler le péché de chair. Tu vas retourner en Enfer, démon. »

La fillette était encore paralysée par l’effroi quand le Prêtre abattit sa lame sur elle.

            Le prêtre quitta le parc le cœur léger en ayant la satisfaction d’avoir fait reculé le mal. Il n’entendit même pas la mère appelé sa fille, son jeune fils dans sa poussette.

 

            Après une demi-heure de recherche infructueuse, la mère inquiète à en pleurer interpela une patrouille de police qui passait près du parc. Un quart d’heure plus tard, le parc et ses alentours furent ratissés. L’agent de police qui trouva les deux corps n’en cru pas ses yeux. Il manqua de tomber dans les pommes et ressortit titubant du bosquet. Il ne pouvait plus exprimer une parole et désigna la direction en titubant. La mère ne pouvait y croire quand le commissaire de police vint lui annoncer la tragédie. Elle hurla, s’étouffa et perdit conscience, prise de convulsions. Elle dut être évacuée aux urgences.

            Un moineau sautait de branche en branche au dessus de la scène de crime. Les enquêteurs ne l’avaient même pas remarqué car ils avaient autre chose à penser et, de plus, il ne chantait pas malgré le soleil. Comme si il comprenait la gravité de la situation. Le moineau s’approcha plus que ses congénères. Il parut observé quelques instants et s’envola, sortant du bosquet. Il se dirigea vers la foule de badauds qui se demandaient ce qui s’était passé. Le moineau se posa sur l’épaule de Yann Firvel qui se tenait à l’écart. L’oiseau chantonna quelques notes stridentes et repartit.

            Yann Firvel avait le visage grave. Un sentiment de colère bouillait dans ses tripes. Il avait prévenu que cela risquait d’arriver. Que ça arriverait. Il jetterait la vérité à la face de son chef sans prendre de gant. Et tout de suite. Yann Firvel, ne jetant pas un regard aux de civières portant de petits sacs noirs qui passèrent près de lui, entra dans une impasse et disparut.

            Les yeux emplis de colère, il entra dans le bureau de son supérieur sans même prendre la peine de frapper.

« Firvel ! s’exclama le quadragénaire aux allures autoritaires. De quel droit entrez-vous ici sans…

-Arrêtez le Prêtre, coupa Firvel.

-Fidonoff est le plus à même de remplir cette mission.

-C’est un malade ! Sa place est dans un hôpital ou en tôle ! Voir les deux !

-Que s’est-il passé ?

-Il a tué des innocents. Encore. Je vous avais prévenu. Ce type est incontrôlable. Il tue sans motif autre que sa connerie de foi déficiente. Deux gosses ! Voila ses victimes ! Deux gosses d’à peine huit ans ! Qu’avait-il fait pour mériter de mourir sous sa lame ?

-Qu’est-ce qui vous dit que ce n’est pas la vampire qui les a tués ?

-Ils n’ont pas été vidés de leur sang et surtout, ils ont été tués en pleine journée.

-Nous ne pouvons pas l’arrêter.

-Pourquoi ?

-Une autre victime a été retrouvée, vidée de son sang.

-Où ?

-A Valenciennes. Elle a dû y arriver juste avant l’aube, s’est nourri et se cache en attendant le crépuscule. Fidonoff est déjà au courant. Il continue à nous obéir.

-Et combien de morts y aura-t-il entre Lille et Valenciennes ? »

Firvel se dirigea d’un pas rapide vers la porte.

« Où allez-vous Firvel ?

-M’assuré qu’il ne tuera pas d’autres innocents.

-Faites ça, mais ne l’empêcher pas d’accomplir sa mission. »

Firvel ne répondit pas, faisant comme s’il n’avait pas entendu. Il devait déjà prévenir Chaldo de la position de la vampire.

 

            Assya attendait la protection des ténèbres de la nuit dans un coin ombragé d’un vieil entrepôt désaffecté. Elle avait fui le soir où ce sorcier l’avait attaqué, obéissant à Anton. Elle espérait qu’il la retrouve vite. Avec lui, elle se sentait protégé. Certes, il ne l’aimait pas comme elle l’aimait. Mais qu’importe. Elle voulait juste être près de lui. Essayer de changer son sourire triste en un sourire heureux. Lui faire oublier un peu la tragédie qui marquait son passé. Elle aussi en avait souffert. Après tout, Elya était sa sœur mais elle était encore trop jeune à l’époque pour se rendre compte. Elle avait grandi depuis. Et l’Amour était né dans son cœur, comme dans celui de sa sœur il y a longtemps. Elle savait que c’était peine perdue, jamais Anton ne la verrait comme une femme dont il pourrait tomber amoureux. Pourrait-il seulement tomber amoureux de nouveau ? Tout ce qui la consolait, c’était qu’elle savait qu’il ne l’abandonnerait pas à son sort.

            Une porte grinça, laissant entrer un flot de lumière solaire. Assya se leva en espérant voir Anton passer l’embrasure. Son sourire s’effaça en voyant qu’il s’agissait d’une bande de voyous cherchant sûrement un endroit où fumer un joint tranquille. Elle se blottit dans l’ombre, espérant passer inaperçu. Mais il était déjà trop tard. Les voyous s’avancèrent vers elle.

« Bah alors ma petite, fit l’un d’eux. Qu’est-ce que tu fous là ? Tu ne devrais pas être dans un endroit pareil, jolie comme t’es. Viens donc avec nous, on a de quoi s’amuser.

-Laissez-moi tranquille, dit-elle.

-Je crois que t’as pas pigé, on te laisse pas vraiment le choix. Viens t’amuser avec nous. »

Ils s’approchèrent, menaçant, une étincelle d’avidité brillant dans leurs yeux.

            Assya se leva et cracha comme un animal enragé, montrant ses dents. Les loubards prirent peur mais celui qui semblait être leur chef ne se démonta pas. Il sortit un couteau. Certains de ses compagnons sortirent des couteaux, d’autres des chaînes, un se saisit d’une barre de fer qui traînait par terre. Les coups allaient pleuvoir. Mais deux des voyous s’effondrèrent KO. Anton était là. Assya sentit tout de suite une chaleur emplir ses tripes. Les trois loubards restant se tournèrent vers lui.

            Le premier se jeta, brandissant sa barre de fer. Anton frappa d’un coup de pied latéral dans les côtes. Un deuxième voulut le frapper en faisant tournoyer sa chaîne. Les maillons s’enroulèrent autour du bras d’Anton. L’homme aux cheveux blancs tira brutalement le voyou à lui et l’allongea pour plus du compte d’un coup de coude à la mâchoire. Le premier revint à l’assaut. Cette fois-ci, Anton l’assomma d’un coup de pied en pleine tête. Il ne restait plus que le chef de la bande. Il s’élança, son couteau en avant pour planter le mystérieux sauveur. Mais ce dernier dégaina une rapière, plaçant la pointe de son épée sous sa gorge. Le voyou lâcha son couteau en signe de reddition. Anton l’assomma d’un coup de pied au visage.

            Anton rangea son épée et s’avança vers Assya. La vampire lui sauta dans les bras. Anton ne lui rendit pas son étreinte mais il souffla :

« Tu vas bien ? Ces sorciers ne t’ont pas retrouvé ?

-Ces ?

-Ils étaient deux.

-Tu ne les as pas tués ?

-Ils ne font que leur travail. Ils se sont juste trompés de cible. Tu sais pourquoi ? »

Assya desserra son étreinte et recula sans oser lever les yeux vers Anton. Devait-elle lui avouer son erreur ?

« Je sais déjà que Edimus est impliqué, dit Anton.

-Je voulais l’arrêter, avoua Assya. Je voulais montrer que j’étais capable de le faire.

-Tu n’as rien besoin de prouver à ton père. »

Assya ne dit rien durant quelques secondes. Il ne comprenait donc pas : ce n’était pas à son père qu’elle voulait prouver de quoi elle était capable.

« Edimus est une honte pour notre peuple, reprit-elle. Il doit être éliminé.

-Cet auror et ce chasseur vont sûrement s’en occuper.

-Tu sais bien qu’ils croient que c’est moi qui aie massacré cette famille à Londres. Je me suis faite piéger par Edimus. Il m’avait repéré. En tuant cette famille, il a fait d’une pierre deux coups. Il a payé une dette d’honneur qu’il avait contracté auprès d’un mangemort et il a détourné les soupçons sur moi. Comment allons-nous faire ?

-Ton père m’a envoyé pour te ramener. Je m’occuperais d’Edimus après.

-C’est lui qui t’a envoyé.

-Oui. Il veut que tu rentres vivante. »

            Assya était déçue. Il n’était pas venu pour elle. Il n’était venu que pour respecter ce serment qui le liait à son père. Anton se tourna vers les voyous gisants sur le sol.

« Tu devrais manger un peu, dit-il. »

Assya ne répondit pas mais s’approcha d’un des délinquants. L’arrivée d’Anton lui avait fait oublier qu’elle avait faim. Anton la fixait d’un regard sans expression alors qu’elle plongeait ses canines dans le cou de sa victime.

 

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