La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 53 : La grotte d'Onigumo

2132 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 11/06/2026 14:22

Naraku apparut devant elle.


Mayoiga était dans ses bras.


Le bouclier ondulait autour d'eux.


Kikyō baissa lentement son arc.


Son regard ne resta pas sur Naraku.


Il descendit vers Mayoiga.


Vers le kimono violet déchiré sous les côtes. Vers sa tête inerte, reposant contre lui.


Pendant un instant, quelque chose de plus triste passa dans ses yeux.


- Tu l'as ramenée.


Naraku ne répondit pas.


Son regard allait vers le fragment qui brillait dans la main de Kikyō.


- Donne-moi le fragment.


Kikyō ne bougea pas.


Le visage de Mayoiga avait cette pâleur immobile que la souffrance ne traversait plus.


Elle comprit avant lui.


- Elle est morte.


Naraku ne bougea pas.


Ses yeux baissèrent lentement vers le corps qu'il portait.


Mayoiga ne respirait plus.


Sa tête reposait contre l'armure pâle de son torse, lourde, abandonnée. Ses paupières étaient entrouvertes. Son regard ne fixait rien.


Pendant une seconde, Naraku resta ainsi.


Figé.


Le regard posé sur le corps dans ses bras.


Puis ses yeux remontèrent vers Kikyō.


Elle le regardait toujours.


Elle avait vu.


Et cela, peut-être, fut pire.


Alors seulement, quelque chose d'autre attira son attention.


Sous le tissu déchiré, une lueur pâle demeurait logée dans le buste de Mayoiga.


Le fragment qu'il lui avait laissé.


Lentement, son visage se recomposa.


Le trouble disparut derrière une expression plus calme, plus dure.


Un sourire revint sur ses lèvres.


Comme si la mort qu'il venait de voir venait d'être convertie en une nouvelle victoire.


La chair de sa manche frémit.


Des tentacules clairs glissèrent sur le corps de Mayoiga.


Kikyō ne bougea pas.


Les appendices plongèrent dans la blessure.


Le corps de Mayoiga tressaillit à peine.


La lumière pâle fut arrachée de sa poitrine.


Les tentacules se replièrent aussitôt.


Le fragment vint se déposer dans la main de Naraku.


Mayoiga glissa de ses bras.


Il ne la retint pas.


Son corps heurta la pierre dans un bruit sourd.


Naraku referma les doigts autour du fragment.


Son sourire s'élargit.


- Regarde, Kikyō.


Il leva la main entre eux, comme s'il lui présentait une preuve.


- Tu avais tort.


La lueur pâle du fragment filtrait entre ses doigts.


- Celui que tu croyais hors de ma portée...


Son regard demeura fixé sur elle.


- Je l'ai pris.


Kikyō ne regarda pas le fragment.


Ses yeux descendirent vers le corps de Mayoiga, étendu sur la pierre, les cheveux noirs répandus autour de son visage immobile.


Naraku attendit.


Un instant.


Puis un autre.


Kikyō ne lui donna rien.


Ni trouble.


Ni peur.


Ni reconnaissance.


Seulement ce regard calme, posé non sur sa main, mais sur ce qu'il venait de laisser tomber.


Alors elle ouvrit lentement les doigts.


Le dernier fragment quitta sa paume.


Il tomba sur la pierre avec un bruit léger, clair, presque dérisoire.


Aux pieds de Naraku.


Devant le corps de Mayoiga.


La lumière pâle roula une fois sur la roche, puis s'immobilisa entre eux.


Naraku baissa les yeux.


Le sourire resta sur son visage.


Mais il ne s'élargit plus.


Kikyō tenait toujours son arc, sa voix demeura parfaitement égale.


- Alors achève ton souhait.


Un silence dur s'en suivit.


Naraku regarda le fragment à ses pieds.


Puis Kikyō.


Il ne lui avait pas pris la Perle.


Elle la lui avait jetée, comme une chose inutile dont on se débarrasse.


La chair de sa manche frémit.


Un tentacule glissa hors de sa main, lent, presque délicat. Il descendit vers la pierre et s'enroula autour du fragment sans que Naraku ait à se pencher.


Kikyō le regarda faire.


Naraku ramena le dernier éclat jusqu'à sa paume.


La lumière rejoignit les autres fragments.


Elle se répandit dans la grotte, glissant sur les parois sombres, sur la pierre où gisait Mayoiga.


Naraku ne bougea pas.


La Perle était entière.


Enfin.


Plus aucune absence ne trouait sa surface.


Il la contempla dans sa main.


Ce qu'il avait poursuivi depuis sa naissance tenait entre ses doigts.


Son sourire revint lentement.


Plus profond.


Presque paisible.


Pendant un instant, Naraku eut l'air d'un être parvenu au terme exact de son désir.


Puis il releva les yeux vers Kikyō.


Elle s'était déjà détournée.


Les shinidamachū glissaient autour d'elle, pâles et silencieux, tandis qu'elle marchait vers la sortie de la grotte.


Naraku la regarda s'éloigner.


- Kikyō.


Elle ne s'arrêta pas.


Son dos demeura tourné vers lui.


Le sourire de Naraku resta sur son visage.


Un peu trop longtemps.


Puis son regard descendit malgré lui vers Mayoiga.


Elle gisait sur la pierre, immobile.


Ses yeux verts étaient ouverts.


Vides.


Ils ne reflétaient ni la Perle, ni sa lumière, ni la forme achevée de son triomphe.


Ils ne voyaient rien.


La Perle pulsa dans la main de Naraku.


Une première fois.


Puis de nouveau.


Plus fort.


Une fissure de lumière traversa l'armure pâle de son torse. L'œil rouge enchâssé dans sa chair se contracta.


Naraku serra les doigts sur la Perle.


- Qu'est-ce que...


Sa voix resta basse.


Mais son visage se durcit.


Alors quelque chose remua sous sa peau.


De petites formes démoniaques commencèrent à se détacher de son corps. Elles surgirent de son flanc, de son dos, de ses épaules, non plus comme des serviteurs obéissant à sa volonté, mais comme des choses qu'une chair devenue instable ne parvenait plus à retenir.


Elles tombaient hors de lui, incomplètes, griffues, ouvertes par endroits sur des gueules et des yeux minuscules. Certaines rampaient un instant sur la pierre avant de se disperser dans l'ombre. D'autres se déchiraient en miasme avant même de toucher le sol.


Naraku recula d'un pas.


La Perle brillait toujours entre ses mains.


Mais son corps, lui, se défaisait.


Les jointures de son armure pâle se fendirent.


Sous la surface parfaite apparurent des chairs plus anciennes, rouges et noires, mêlées de présences qui se débattaient pour quitter l'unité qu'il leur avait imposée.


Le miasme monta autour de lui en spirales violentes.


La grotte se remplit de cris étouffés et de souffles qui n'étaient plus les siens.


La Perle pulsa encore.


Et sur la pierre, Mayoiga ouvrit les yeux.


Au début, elle ne comprit pas.


Il n'y avait que le froid de la roche sous son dos.


Puis une masse de démons agités envahit son champ de vision, un tourbillon de formes noires et pâles qui se déchiraient autour d'un centre qu'elles semblaient fuir.


Des griffes, des gueules, des lambeaux de chair, des yeux minuscules roulaient dans le miasme avant de disparaître.


Mayoiga se redressa à peine, appuyée sur un coude.


Ses doigts se crispèrent contre la pierre.


Alors elle le vit.


Au centre de ce désordre, quelque chose d'humain réapparaissait.


Un visage.


Non pas celui, lisse et pâle, de Naraku.


Un visage brûlé.


Déformé.


Un visage qu'elle avait vu autrefois dans un ryokan en feu.


Onigumo.


Il tenait la Perle entre ses mains.


Ses doigts tremblaient autour de la sphère entière.


Il souriait légèrement.


Un sourire pauvre, terrible.


Enfantin.


Ses yeux cherchèrent les siens.


Cette fois, Mayoiga le regardait.


Son souffle s'arrêta une seconde.


Pas de peur.


Pas de victoire.


Seulement cette reconnaissance nue.


- Regarde, Mayoiga.


Sa voix n'était presque plus celle de Naraku.


Elle était plus rauque.


Plus basse.


Il leva faiblement la Perle entre eux.


- Je l'ai eue.


Mayoiga le fixa.


Troublée.


Pour la première fois, ce qu'il avait voulu se tenait à découvert devant elle : non la Perle, non la puissance, mais ce moment pauvre et terrible où il pouvait enfin lui montrer ce qu'il était devenu.


Autour de lui, les démons continuaient de se détacher.


Le visage d'Onigumo se consuma lentement. La peau brûlée disparut peu à peu dans une pluie de cendre.


Son sourire demeura encore une seconde.


Puis il s'effaça avec le reste.


La Perle tomba.


Elle heurta la pierre devant Mayoiga et roula jusqu'à s'arrêter près de sa main.


Elle ne brillait plus.


Mayoiga resta immobile.


Ses doigts étaient à quelques centimètres de la sphère. Il aurait suffi d'un mouvement pour la toucher.


Elle ne le fit pas.


Dans la grotte, il n'y avait plus que le froid de la pierre, l'odeur du miasme dissipé, et la place vide où Naraku venait de disparaître.


Mayoiga regarda la Perle.


Longtemps.


Puis son regard se détourna.


Elle posa une main contre le sol.


Son corps répondit mal. Il n'y avait plus de plaie dans son ventre. Seulement une fatigue immense, presque étrangère, comme si la mort avait laissé son poids dans chacun de ses membres.


Elle se redressa lentement.


Ses cheveux glissèrent devant son visage. Ses doigts tremblèrent contre la pierre.


La Perle demeurait là.


Éteinte.


Mayoiga ne la ramassa pas.


Elle se mit debout avec difficulté, vacilla, puis fit un pas.


La grotte s'ouvrait devant elle.


Dehors, les dernières lueurs du soir s'étaient presque éteintes. Les shinidamachū avaient disparu avec Kikyō. Le village, plus bas, était à peine visible entre les arbres.


Mayoiga s'arrêta, une main sur la roche.


Son souffle passa difficilement entre ses lèvres.


Puis elle avança dans la nuit.


---


Sesshōmaru marchait en tête.


Le vent soulevait par instants ses cheveux blancs, découvrant l'arrière de son armure.


Jaken se trouvait juste derrière lui, le Nintōjō serré contre sa poitrine. Son regard revenait sans cesse vers l'entaille qui barrait le métal noir, vers le tissu clair rougi sous la plaque fendue.


Il ouvrit la bouche.


La referma.


Puis osa enfin :


- Sesshōmaru-sama... peut-être serait-il judicieux de... de vous arrêter un instant.


Sesshōmaru ne ralentit pas.


Jaken déglutit.


- Naturellement, une blessure aussi dérisoire ne saurait vous affaiblir ! Mais enfin, par pure prudence stratégique...


- Inutile.


Sesshōmaru continua d'avancer.


- Il faut trouver Naraku.


Jaken se figea un instant.


Sesshōmaru continua d'avancer.


- Oui ! Bien sûr ! Naraku ! Évidemment, c'est ce que je voulais dire, Sesshōmaru-sama ! La priorité absolue est de retrouver ce misérable Naraku et de lui faire payer son insolence !


Sa voix monta trop haut, puis s'éteignit d'elle-même.


Sur le dos d'Ah-Un, Rin serrait la crinière du dragon entre ses doigts.


Elle ne disait rien.


Ses yeux restaient fixés sur le dos de Sesshōmaru, sur le sang sombre qui descendait encore sur l'armure brisée.


Le vent changea.


Sesshōmaru s'arrêta.


Jaken, qui trottinait derrière lui, manqua presque de heurter le bas de son hakama.


- Sesshōmaru-sama ?


Rin releva la tête depuis le dos d'Ah-Un.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son regard s'était fixé entre les arbres.


Là où la nuit commençait à descendre, une lumière blanche glissait entre les troncs.


Une silhouette apparut.


Mayoiga.


Son kimono portait encore la trace sombre de la blessure de son ventre.


Sesshōmaru ne bougea pas.


Ses yeux dorés demeurèrent fixés sur elle.


Elle vivait.


Et l'odeur de Naraku avait disparu.


Jaken ouvrit la bouche.


Aucun son n'en sortit.


Rin l'observa, toujours perchée sur le dos du dragon.


- Mayoiga-sama...


Mayoiga s'arrêta à quelques pas.


Sesshōmaru la regardait toujours.


- L'odeur de Naraku a disparu.


Mayoiga baissa légèrement les yeux.


Un silence passa.


- Il a obtenu toute la Perle.


Sa voix était basse.


Fatiguée.


- Et elle l'a consumé.


Le silence demeura quelques secondes.


Le vent passa entre les arbres.


Puis Sesshōmaru détourna légèrement les yeux.


- Évidemment.


Mayoiga releva les yeux vers lui.


Mais Sesshōmaru avait déjà repris sa marche.


Jaken partit aussitôt à sa suite.


- Naturellement ! Seul un être misérable pouvait croire qu'un vulgaire joyau suffirait à égaler la grandeur de Sesshōmaru-sama !


Mayoiga, elle, n'avait pas bougé.


- Sesshōmaru.


Il ne se retourna pas tout de suite.


Le vent souleva ses cheveux, découvrant de nouveau le tissu rougi sous l'armure fendue.


- Tu devrais te reposer. Tu es blessé.


Le silence se fit plus net.


Puis il tourna légèrement la tête.


Son regard doré glissa vers elle, de biais.


Mayoiga soutint ce regard.


Il s'arrêta.


Simplement.


Sans commentaire.


Sans protestation.


Jaken ouvrit de grands yeux.


Rin, sur le dos d'Ah-Un, serra moins fort la crinière du dragon.


Sesshōmaru ne dit rien.


Mais il ne reprit pas sa marche.



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