JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby
Hôtel “L’Apogée”, Chambre 105
Job ouvrit péniblement les yeux et se tenta de se lever de son lit quand une douleur à son abdomen le brisa en deux. Ses mains parcourèrent son corps pour y découvrir des dizaines de bandages. Après quelques secondes de réflexion, les souvenirs du combat qui l’avait mis dans ce triste état lui revinrent en mémoire. La tension de l’affrontement dans le sous-sol, le frisson quand le Boléro approchait, la gueule ensanglantée de Maneater, le tonnerre venu du ciel, le choc de l’impact, la mine terrifiée de la jeune Signorina. la Signorina. Il se leva précipitamment en arrachant la transfusion de son bras. Le colosse avança péniblement dans le couloir en se tenant au mur. Il entendait des voix quelques pièces plus loin mais sa faiblesse physique l’empêchait de les distinguer.
Quand il passa enfin le seuil du petit salon de l’étage, tout le monde était réuni à discuter et à rire paisiblement comme si tout ce qui s’était passé n’était qu’un mauvais rêve, un mauvais rêve laissant de vraies cicatrices. Shizuka était assise sur un fauteuil pendant que Batya taillait les cheveux que la petite fille avait maltraité pendant l'affrontement. L’artiste filait sur ses ciseaux les mèches de la frange comme une couturière sur sa machine à coudre.
Quand la petite fille aperçut Job réveillé, elle se frotta les yeux pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas avant de foncer dans les bras du blessé fraîchement réveillé. L’impact fit reculer légèrement le colosse qui plia sous son poids. Un sanglot irraisonné s’empara d’elle tandis qu’elle se blottissait dans l’étreinte rassurante de Job.
Shizuka : J-Job, j’ai eu tellement peur que tu ne te réveilles jamais… Quand j’ai vu le coup t’atteindre, j-je…
Job : Ça va aller, Signorina. Ne vous inquiétez pas, il en faut beaucoup plus pour venir à bout de moi. Je vois que vous avez réussi à remporter la victoire seule, vous avez fait des progrès incroyables depuis que je vous ai rencontrée. Je suis très fier de vous.
Maneater : Mon Second Law aurait pu manger ce primate en costume tout cru si je n’avais pas eu le ventre vide !
En train de tremper un canapé en cuir visiblement hors de prix, le Stand doré prit la pose en même temps que son manieur couvert de bandages, flottant au milieu de son corps. Jouant avec les ciseaux qui étaient encore entre ses doigts, Batya lui lança un regard amusé assaisonné d’une pointe de mépris.
Batya : Arrête de pavaner, la sardine en boîte. Mon Stand a eu suffisamment de mal à te refaire le portrait, ça serait bête que tes plaies se réouvrent.
Rappelé à l’ordre par le subtil sarcasme, le petit requin s’adressa à la fillette en détournant honteusement le regard.
Maneater : Enfin, je veux dire… je suis content que tu aies réussi à tous nous sauver, petite humaine… j’ai sous-estimé à quel point ce petit corps pouvait être puissant.
Une pensée filante traversa la tête de Job, éclairant le ciel brumeux qu’était encore son esprit ensommeillé. Jusqu’ici, leur adversaire ne lui était apparu que sous la forme de leur première altercation dans le sous-sol, une force surhumaine sans visage et enveloppée d’un voile d’ombre. Cependant, maintenant que la tension et la menace étaient retombées, les lignes du visage du frère adoptif de la Signorina se dessinaient progressivement par de sporadiques traits de crayon gras.
Job : Et votre majordome, est-ce-qu’il va bien ?
La fillette baissa la tête, l’air sombre. Batya, voyant que Shizuka n’aurait pas la force d’articuler un diagnostic de l’état de son frère adoptif, prit le relais. Ne laissant aucunement son empathie imprégner sur son ton, elle dressa un bilan froid de la situation.
Batya : Il a eu beaucoup de chance. Le pouvoir de la petite fille est phénoménal : elle a réussi à lui sauver la vie quand plus personne n’y croyait. Cependant, la quasi-totalité de ses os ont été réduits en miettes. Son joli visage a été épargné mais impossible de savoir s’il pourra remar-
Adam sortit en trombe en claquant la porte d’une des chambres attenantes au salon. Le choc fit trembler les meubles environnants tout en faisant sursauter leurs occupants actuels. Après le violent rebond de la porte, Job fut étonné de voir le vieux Joestar l’attraper difficilement avant de suivre de près le jeune homme impulsif en s’appuyant sur sa canne.
Joseph : Adam, écoute moi, je te dis simplement la vérité ! Je n’ai plus revu ton père depuis que nous l’avons quitté en 89 ! Je ne savais pas qu’il avait survécu et encore moins…qu'il avait un fils !
Le vieillard attrapa le jeune homme par le poignet qui le repoussa aussitôt d’un geste de la main dédaigneux. Il répondit par un regard noir à sa main tendue en quête de charité.
Adam : Peut-être que certaines vérités ne méritent même pas d’être révélées, surtout quand elles sont aussi…décevantes…
Il donna un violent coup de pied dans une table haute à proximité, faisant choir une lampe qui s’écrasa sur le sol dans une explosion de plastique, de toile et de fils électriques. En serrant le poing, il cracha les “vérités” qui pesaient sur son cœur.
Adam : Mon père et vous, vous êtes pareils ! Un tas de belles histoires et rien de plus. Vous jouez les héros mais vous n’en avez rien à faire de ce qui peut arriver à vos enfants ! Vous les laissez pourrir dans un orphelinat ou vous leur enfoncez une cuillère en argent au fond de la gorge pour les empêcher de dire quoi que ce soit… Si votre Shizuka veut rentrer avec vous, grand bien lui fasse. Après tout, vous étiez celui qui comptait pour elle depuis le début…et puis il faut fêter les retrouvailles avec toute sa belle famille… un majordome qui manque de tuer sa sœur adoptive et un vieillard tyrannique qui la pousse à fuguer.
Face aux reproches assénées à leurs pères, les deux sœurs d’adoption lancèrent un regard, d’agacement pour la plus âgée et de compassion pour la plus jeune, en direction d’Adam, ivre de rage et d’abandon.
Batya : Écoute, Adam, je t’ai passé beaucoup de choses mais là, tu vas trop loin. Qu’est-ce-que dirait Monsieur Polnareff s’il t’entendait parler comme ça ?! Tu crois vraiment qu’il m’aurait envoyé te protéger si jamais ta vie ne l’intéressait pas ?! Quand il a découvert que tu étais en vie, il était comblé de joie.
Adam : “Comblé de joie” alors qu’il a du sang d’innocents sur les mains ?! Qu’est-ce qui a pris au chevalier de mon enfance d’aller s’allier à la mafia ? O-où est-ce-qu’il était lorsque Salomon se vidait de son sang ?!
Ses larmes creusaient ses joues dans leur sillage. Depuis quelque temps, le comportement d’Adam était changeant comme une planche posée au sommet d’un mur, tanguant alternativement entre deux fossés où se laisser tomber.
Adam : Où était le miraculeux nouveau pouvoir de Shizuka quand c’était MON frère qui agonisait ?!
Job se leva presque aussitôt. Les paroles violentes d’Adam vrillaient son conduit auditif comme des notes de violon dissonantes. Le colosse se dirigea vers l’écervelé et le bloqua contre le meuble qu’il venait de bousculer. Job lui parla à voix basse, tentant de le faire revenir à la raison.
Job : Tais-toi, idiot ! Est-ce que tu as vraiment envie que la Signorina t’entende ?! Je croyais que le piselli qui te sert de cervelle avait fini par pousser mais visiblement j’avais tout faux.
Adam le repoussa d’un geste méprisant mais le torse de Job ne trembla pas. Ses deux jambes restaient profondément ancrées dans le sol, protégeant Shizuka des mots durs d’Adam. Il ne tournait pas la tête mais imaginait bien le désarroi qui devait se lire sur le visage du patriarche Joestar et de sa fille.
Adam : Qu’est-ce que tu veux m’empêcher de dire au juste ?! Que j’aurais préféré que ce clown en costume meurt plutôt que Salomon ? Evidemment que je le pense ! S-Salomon ne méritait pas ce qui lui est arrivé…Tout le monde l’a laissé tomber : sa vie, sa société, ses amis… Il aurait dû vivre une vie heureuse…il aurait dû être à ma place aujourd’hui…et je suis sûr que Ziggy pense la même chose…
Adam grattait frénétiquement ses phalanges, arrachant avec ses ongles les croûtes de sang coagulé. Son corps semblait frappé d’akathisie : l’enveloppe de chair se contractait, remuait, tremblait. La bouffée de chaleur semblant le traverser lui rougissait la face et asséchait sa peau de toute sa sueur. Job maintenait son regard et son jugement sur cet amas de haine. Comme leurs visions du monde, leurs deux auras se confrontaient, un million de fois chaque seconde.
Job : Je pense que ça serait mieux pour toi que tu sortes, Adam.
Job rassemblait toute l’énergie du monde pour garder son calme. Même si le comportement d’Adam franchissait clairement les limites, la violence n’arrangerait rien. Il ne prononça pas un mot et se dirigea vers la porte de l’ascenseur en gardant la tête baissée. L’oreille absolue le suivit du regard. En se retournant, elle vit que, davantage qu’un désarroi, une profonde tristesse se lisait sur le visage de la Signorina.
Shizuka : Adam, attends !
Elle tenta de le suivre mais Job lui fit signe de la tête de laisser le jeune homme seul, face à lui-même. Shizuka hésita un instant avant de se résigner et de se rassoir en baissant elle aussi la tête.
Batya : Je vais le suivre. Je dois lui parler.
La jeune femme avança d’un pas ferme et décidé pour suivre le jeune avant que l’écho du claquement de porte ne retentisse dans toute la pièce. Le vieux Joestar semblait également inquiet et attristé par la réaction du jeune homme. Job s’avança vers le vieillard et s’inclina légèrement pour montrer son respect.
Job : Je suis enchanté d’enfin faire votre rencontre, Monsieur Joestar. J’aurais aimé que cela fasse dans d’autres circonstances. Je vous prie d’excuser le comportement de cet idiot…Il ne se comporte pas comme ça, d’habitude. Son attitude à votre égard et à celle de votre fille est vraiment intolérable.
Joseph : J’aurais vraiment aimé lui en dire plus…Je ne sais pas pourquoi Polnareff a fait le choix de laisser sa fiancée malade et son fils derrière lui mais j’espère sincèrement qu’il avait une bonne raison. Ce jeune garçon a l’air brisé par cet abandon et d’avoir été ainsi livré à lui-même…
Shizuka reniflait juste à côté des deux adultes. La détresse d’Adam l’avait visiblement davantage affecté que la dureté de ses mots. Une fois encore, la bonté de cette fillette allait contre tous les enseignements de la vie de Job sur la nature humaine. Ce dernier lui adressa un sourire compatissant en lui remontant gentiment le menton.
Job : Ne vous inquiétez pas, Signorina. Je suis sûr qu’Adam va revenir. Cet idiot a juste besoin d’un peu de temps pour réfléchir. Il a…beaucoup de choses à encaisser.
La fillette renifla une dernière fois avant de sécher ses larmes avec son bras. Elle regarda le colosse droit dans les yeux et hocha la tête.
Shizuka : Merci, Job.