Le Revers de L'Infini - Tome 4 : Infini
Chapitre 2 : Les Rois sur le toit du monde
2135 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 01/01/2026 20:14
[ NOTE ]
Bon… normalement je dirais “allez lire le chapitre d’avant”, mais vu ce qui se passe ici, si vous êtes arrivés jusque-là sans l’avoir lu, c’est que vous aimez vivre dangereusement. Et maintenant… vous savez...
Gojo Satoru
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Shirosae demeure en hauteur, immobile, planant dans un éclat pâle qui ne projette aucune ombre. Sa présence ne domine pas l’espace, elle le stabilise. Comme si le réel, à bout de nerfs, s’agrippait à elle pour ne pas se dissoudre. Son aura s’étend en nappes lentes, régulières, un battement constant, presque maternel, qui empêche le chaos de reprendre ses droits.
En contrebas, sur les ruines tordues d’un immeuble éventré, Sukuna est assis en tailleur. Parfaitement à l’aise. Les bras reposent sur ses genoux, relâchés. Le dos droit. Le regard perdu vers l’horizon fracturé, comme s’il contemplait une œuvre inachevée. Le vent joue à peine avec la poussière autour de lui, mais ne l’atteint pas vraiment. Rien ne semble oser le toucher.
Il ne médite pas. Il attend.
Gojo le repère aussitôt. Il se pose sans bruit, à quelques mètres seulement, sur le sommet d’un pilier métallique à moitié arraché du sol. Aucun impact. Aucun fracas. Juste un déplacement de la réalité. L’air se contracte autour de lui, non pas violemment, mais avec une autorité écrasante. Son aura ne rugit pas. Elle règne. L’Infini, amplifié, stabilisé, discipliné par Shirosae, se déploie autour de lui comme une couronne invisible. Chaque particule d’espace semble connaître sa place. Chaque distance obéit. La pression est telle que même les ruines cessent de grincer, comme si le monde retenait son souffle.
Sukuna lève lentement les yeux. Pas par surprise. Pas par réflexe. Comme on accorde enfin de l’attention à quelque chose qui mérite d’être regardé. Un sourire étire sa bouche, lent, carnassier, dévoilant une satisfaction presque enfantine.
— Tiens, tiens… T’as pris des vitamines, ou quoi ? T'avais pas cette tronche lors de ta fuite...
Sa voix roule dans l’air, lourde, moqueuse. Elle porte l’assurance de celui qui n’a jamais douté d’être au sommet.
Gojo, toujours perché sur son pilier, ajuste tranquillement le col de son manteau d’Infini. Un geste inutile. Calculé. Son sourire en coin n’est ni nerveux ni forcé.
— Désolé de t’avoir fait attendre, Sukuna…
Il marque une pause, comme s’il pesait ses mots.
— J’étais trop occupé à choisir ma tenue.
Le regard de Sukuna glisse sur lui. S’attarde. Analyse. Et, pour la première fois depuis longtemps… quelque chose accroche. Un détail. Une stabilité trop parfaite. Une pression qu’il n’avait pas anticipée.
Il ricane, un rire bref, presque sincère.
— Ah… Ça, ça doit clairement pas lui plaire.
Il se redresse enfin, se levant d’un mouvement souple, sans effort, comme si la gravité avait toujours été une option pour lui. Il ouvre les bras, théâtral, accueillant l’instant.
— Alors ? Tu reviens t’amuser avec moi ?
Gojo ne répond pas tout de suite. Ses yeux se ferment à moitié, comme s’il goûtait la scène. Le silence s’étire. Shirosae pulse doucement au-dessus, témoin muet.
— S’amuser ? répète-t-il enfin.
Sa voix est calme. Trop calme.
— Pas exactement.
Il ne descend pas. Il reste là, suspendu, hors d’atteinte, comme une erreur dans la logique du monde.
— Je viens mettre fin à ton petit théâtre. Je t'avais dit que le rideau n'était pas tombé...
Le sourire de Gojo s’élargit à peine. Juste assez pour être insultant. Il penche légèrement la tête, le regard brillant d’une certitude glaciale.
— Mais je t’avoue un truc…
Une pause. Une pression. L’air tremble.
— Te voir flipper à chaque coup, ça risque d’être… plutôt divertissant.
Le vent se lève enfin. Et cette fois, ce n’est plus le monde qui observe deux monstres. Ce sont deux monstres qui se regardent…
Sukuna l’observe un long instant. Pas avec colère. Pas avec hâte. Avec cette curiosité rare qu’il ne réserve qu’aux choses qui sortent du cadre. Son regard glisse sur Gojo, s’attarde sur cette stabilité nouvelle, cette absence de fissure. Quelque chose ne colle pas. Et ça l’amuse.
— Tu oublies qui a perdu la dernière fois ?
Il s’avance à son tour. Lentement. Ses pieds nus glissent sur la dalle brisée sans produire le moindre son, comme si le sol refusait de lui opposer la moindre résistance.
— Tu sais pas que le blanc… ça se salit vite ?
Au-dessus d’eux, Shirosae plane. Immobile. Monumentale. Son éclat pâle enveloppe l’espace, renforce celui de Gojo sans jamais l’écraser. Deux présences distinctes. Accordées. Reliées par un fil invisible. À travers elle, Aya regarde. Son corps est faible. Sa respiration courte. Mais son regard ne tremble pas.
{Satoru…}
Gojo perçoit l’appel. Il ne répond pas à voix haute. Il baisse légèrement les paupières. Son sourire s’efface. L’ironie cède la place à quelque chose de plus ancien. Plus profond. Il glisse du pilier. Pas une chute. Une descente maîtrisée. Il touche la plateforme sans bruit. Aucune poussière ne s’élève. Comme si le monde, pour une fois, savait exactement où le placer. L’air vibre. L’Infini se réorganise autour de lui. Le chaos se tait.
— Tu sais ce que j’ai appris… entre ma mort…
Il lève les yeux vers Sukuna. Son regard est clair. Brûlant de lucidité.
— …et maintenant ?
Il avance. Un pas. Puis un autre. Chaque mouvement est précis, habité, chargé d’une autorité nouvelle. Il ne force rien. Il impose.
— Perdre, c’était douloureux.
Un silence tombe. Lourd. Définitif.
— Mais renaître…
Son sourire revient. Lentement. Glacial. Plus dangereux que n’importe quelle provocation.
— …c’est une promesse.
Shirosae pulse une fois, comme un battement de cœur céleste. Aya tient. Le lien ne cède pas. Gojo s’arrête à portée de regard.
— Alors vas-y, Sukuna.
Il incline légèrement la tête, presque poli.
— Essaie de salir le blanc.
Sukuna incline légèrement la tête. Un geste presque respectueux. Presque. Ses yeux glissent sur Gojo, non pas pour jauger sa posture, mais pour disséquer ce qui ne se voit pas. L’Infini n’a plus le même grain. Plus la même respiration. Il ne pulse plus par vagues instables, il coule, constant, souverain.
— T’as changé un truc…
Il inspire lentement. L’air vibre dans sa cage thoracique, aspiré comme par un gouffre.
— Cette énergie…
Un sourire affamé fend son visage, révélant une joie brute, presque enfantine.
— …ça va être très intéressant.
Ses mains se lèvent. Le sol gémit. Des monticules de terre, de béton et de métal se soulèvent dans un grondement sourd, arrachés aux fondations mêmes de la ville morte. La matière se compresse, se tord, puis fuse vers Gojo dans une attaque fluide, massive, implacable. Pas un test. Pas un avertissement. Une tentative d’écrasement pur.
Mais Gojo ne bouge pas. Pas un pas. Pas un souffle. L’Infini est là. Actif. Tangible. Absolu. Les projectiles s’arrêtent net, figés à quelques centimètres de sa peau, suspendus dans un silence brutal, comme pris dans une photographie impossible. La pression est colossale. L’espace hurle… mais ne cède pas.
Gojo soupire presque.
— Toujours aussi impatient…
Un simple claquement de doigts. L’Infini se contracte une fraction d’instant, puis relâche. Tout explose en une poussière fine, pulvérisée jusqu’à l’oubli. Aucun éclat ne le touche. Rien ne le frôle. Il avance d’un pas. Le sol se fissure sous cette décision seule.
— T’auras pas le luxe de me tester longtemps.
Sukuna reste immobile. Un battement. Deux.
Puis il ricane. Un rire rauque, sincère. Pas moqueur. Excité.
— Je vois que tu es plus fort…
Son regard glisse vers le ciel, vers la forme ailée qui plane au-dessus d’eux. Shirosae. Silencieuse. Inflexible. Reliée à quelque chose de plus fragile… et pourtant terriblement pur.
— Ça vient d’elle, hein ?
Il sourit plus largement, dévoilant une intuition dangereuse.
— Celle qu’elle avait repérée.
Un bref éclat d’admiration traverse ses yeux.
— Elle a l’œil.
Il reporte son attention sur Gojo, les quatre bras s’écartant lentement, comme pour accueillir la tempête.
— Alors vas-y, Roi Blanc…
L’air se charge. Le monde retient son souffle.
— Montre-moi jusqu’où ça peut tenir.
Il fait un geste rapide de la main, un claquement sec. Pas un son d’attaque : un verdict.
Une lame d’énergie maudite jaillit, tranchante, concentrée, fendant l’air droit vers la créature ailée. Elle hurle en avançant, saturée de volonté destructrice, une attaque pensée pour sectionner le ciel lui-même.
Gojo lève deux doigts. Un geste minuscule. Presque paresseux. Une onde rouge éclate depuis sa main, nette, chirurgicale. L’espace se plie une fraction de seconde, puis la lame est pulvérisée, désintégrée jusqu’à sa dernière intention. Pas de choc. Pas de résistance. Juste… l’annulation.
— L’Infini a toujours été là…
Sa voix est calme. Trop calme. Ses yeux se plissent, brillants d’une lucidité nouvelle.
— C’est juste moi qui suis enfin à sa hauteur.
Autour d’eux, l’air vibre. Le décor gémit, comme s’il comprenait enfin ce qui se tient en son centre. Sukuna tourne lentement la tête, balayant les ruines, les fractures, les ondes résiduelles qui n’osent plus s’approcher de Gojo. Un rire grave remonte de sa poitrine, rauque, sincère.
— L’Infini… Stable tu dis...
Il découvre les dents, amusé, excité.
— …ça va devenir très intéressant.
— Tu veux voir ?
La question tombe. Sèche. Sans emphase. Puis Gojo disparaît. Pas un déplacement. Pas une accélération. Une absence.
L’instant d’après, l’espace se déchire derrière Sukuna.
Gojo est déjà là. Son poing part. L’air explose sous l’impact, comprimé puis relâché en une détonation blanche. Le coup frappe Sukuna de plein fouet, tordant l’espace autour de son torse avant même de toucher la chair.
Sukuna est projeté en arrière comme un projectile vivant, traversant un immeuble de part en part. Béton, acier, fondations : tout cède dans un fracas assourdissant. La structure s’effondre sur elle-même, avalée par un nuage de poussière et de gravats.
Le silence retombe une fraction de seconde.
Gojo reste immobile, poing encore levé, manteau d’Infini ondulant doucement autour de lui.
— Voilà.
Il baisse la main.
— Maintenant… on parle sérieusement.
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Aya est à genoux dans sa pièce blanche. Ses forces sont presque épuisées. La peluche est serrée contre elle, plus par réflexe que par réconfort. Son corps est immobile, lourd, comme si chaque mouvement lui coûterait quelque chose qu’elle n’a plus.
Sa vision se dédouble. À travers Shirosae. Le ciel du domaine. La lumière. Gojo.
Elle voit l’onde d’énergie se déployer, stable, souveraine. Elle voit Sukuna reculer. Elle voit l’Infini tenir — non pas comme une barrière fragile, mais comme une loi absolue.
{Elle… l’aide…}
La pensée traverse Aya, claire cette fois. Pas une supposition. Pas un espoir vide. Une certitude. Ce qu’elle ressent ne vient pas de son propre corps vidé, mais du lien. De Shirosae. De cette projection devenue pont. Aya ne bouge pas, ne combat pas, mais elle perçoit. Chaque pulsation. Chaque impact. Chaque variation de l’Infini renforcé. Gojo n’est plus seul.
Et elle le sait parce qu’elle le voit à travers elle.
Son souffle tremble. Une émotion la traverse, violente, contradictoire, soulagement, peur, fierté, culpabilité. Une larme glisse, silencieuse, sans sanglot. Elle tombe sur la peluche, puis disparaît. Aya reste à genoux. Faible. Vidée. Incapable d’intervenir davantage. Mais pour la première fois depuis le début de l’enfer… Elle n’est plus le dernier rempart.
À travers Shirosae, elle voit l’impossible se produire. Et cette fois, elle le comprend profondément : l’issue ne sera pas la même.
J'espère que cette reprise vous a plus... Je vous donne RDV samedi entre 20h et 22h pour la suite.
D'ici là, prenez soin de vous et Meilleurs Vœux 2026 à toutes et tous !