Le Revers de L'Infini - Tome 4 : Infini
[ NOTE ]
Tch.
Tu comptes vraiment comprendre ce qui se passe ici sans avoir lu le chapitre précédent ? Va lire. Sinon, reste à genoux et regarde les autres suivre.
Sukuna
______________________________________________
Le domaine vacille comme un organisme à l’agonie. Quinze minutes d’affrontement ont suffi à lui arracher des pans entiers de structure : des rues se sont dissoutes en poussière blanche, des murs ont fondu comme des souvenirs trop anciens, et chaque impact a laissé derrière lui un vide béant, comme si la réalité elle-même hésitait à continuer d’exister.
Au-dessus d’eux, le ciel n’est plus qu’une plaie ouverte, distordu, pulsant au rythme des chocs, lacéré de strates d’énergie qui s’entrechoquent et hurlent en silence.
Sukuna recule d’un pas, inspire à pleins poumons. Du sang coule le long de sa joue, sombre, épais. Il l’essuie du revers de la main avec un claquement sec, laissant une traînée rouge sur sa peau. Un rictus mauvais se dessine, nerveux, presque vexé.
— Tss…
Il ricane, mais son rire sonne creux.
— Tu appelles ça un combat loyal ? C’est de la triche, Gojo.
Gojo avance. Un pas, puis un autre. Autour de lui, l’Infini pulse, stable, souverain, comme une respiration lente et blanche. Il ne vacille pas. Il ne force pas. Il est. La poussière glisse sur ses épaules sans jamais le toucher. La lumière épouse sa silhouette comme si le monde avait décidé de le reconnaître à nouveau. Il ne détourne pas les yeux, pas une seconde.
Il lève la main et pointe Shirosae, suspendue au-dessus de lui, éclat immobile dans le chaos.
— Non.
Sa voix est calme. Presque douce.
— Ça, c’est du soutien.
Il continue d’avancer, sans hausser le ton, sans accélérer. Chaque pas impose le silence autour de lui.
— La triche…
Il incline légèrement la tête.
— C’est quand on vole le corps d’un gamin.
Quand on empile les puissances des autres parce qu’on est incapable d’exister seul.
La pression augmente. Le domaine gémit.
— Moi, poursuit-il, la voix toujours posée, j’ai juste des gens qui croient encore que je vaux la peine d’être aidé.
Il est maintenant à quelques mètres de Sukuna. Ses yeux brillent, non pas de colère, mais d’une lucidité implacable.
— Toi, tu vampirises des vies. Tu consommes, tu possèdes, tu écrases. C’est ça, la différence.
Un sourire mince, tranchant, fend son visage.
— Et tu la sens. Très bien, même.
Avant que Sukuna n’ait le temps de répondre, l’air se contracte. Le poing de Gojo frappe. Un uppercut net. Sec. Absolu. L’impact déchire l’espace. Le sol explose sous la déferlante. Sukuna est arraché du sol comme une poupée brisée, projeté en arrière dans un fracas titanesque. Il traverse plusieurs couches du domaine, pulvérise une structure déjà fissurée, avant de disparaître dans une crevasse béante du néant.
Le silence retombe une fraction de seconde. Puis le domaine gémit à nouveau.
Gojo reste là, droit, calme, l’Infini vibrant autour de lui, comme si, pour la première fois depuis longtemps, le monde avait retrouvé son axe. Il ajuste machinalement le col de sa veste, désormais gris de poussière et de cendres. Le geste est calme. Presque distrait. Comme s’il sortait d’un cours trop long.
— Tu sais…
Il incline légèrement la tête, un soupir faussement déçu aux lèvres.
— Je pensais vraiment que t’allais être un peu plus impressionnant.
Il avance sans se presser. Chaque pas écrase les gravats sans effort, l’Infini ondulant autour de lui comme une mer invisible. Ses yeux turquoise se plantent dans ceux de Sukuna, brillants, moqueurs, porteurs de ce demi-sourire insolent que lui seul ose afficher au cœur d’un champ de ruines.
— Là, franchement…
Il lève vaguement la main, comme pour mesurer quelque chose d’insignifiant.
— On dirait juste un prof qui répète trois fois la même menace en espérant que la classe ait peur.
Une pause.
— C’est… d’un ennui mortel.
Il relève la main un peu plus haut, paume ouverte, comme s’il appelait un serveur invisible.
Un claquement de doigts sec fend l’air. L’Infini crépite.
Pas une rupture, non. Une oscillation. Une micro-variation dans le flux. Une étincelle blanche qui traverse l’espace comme un hoquet de réalité.
— Allez… Surprends-moi un peu, non ? Je commence sérieusement à somnoler.
Le monde bascule. Pas d’explosion. Pas de distorsion visible. Juste… une absence d’intention là où elle devrait être.
Sukuna surgit derrière lui. Pas par vitesse. Pas par téléportation. Sa présence se superpose à l’instant précis où l’Infini recalcule. Une fraction de battement de cœur. Un angle mort conceptuel. Pas un souffle. Pas une ombre. Comme si la réalité avait validé sa position après coup. Sa paume s’abat sur l’omoplate de Gojo. Et cette fois, ce n’est pas un impact qui cherche à franchir une distance. C’est un ordre. Un démantèlement ciblé, non pas sur l’espace, mais sur la relation entre Gojo et ce qui le protège.
L’Infini est toujours là. Actif. Plein pot. Mais le coup ne le touche pas. Il frappe l’instant où Gojo existe avant que l’Infini ne le réaffirme. L’impact résonne comme un coup de tonnerre. Le corps de l’exorciste est projeté en avant, arraché à sa trajectoire, traverse une colonne dans un fracas cataclysmique.
La pierre explose, pulvérisée. Des blocs entiers sont arrachés, projetés comme des projectiles.
La poussière envahit l’air dans un nuage épais, opaque, suffocant.
Un instant suspendu. Puis… Avant même que les débris ne touchent le sol, Gojo est déjà debout. Il se redresse au milieu des gravats, une main posée au sol, l’autre pendante.
Son souffle est un peu plus court. Son sourire, lui, s’est affiné. Tranchant. Prédateur.
— …Hm.
Un claquement de doigts fend l’air. Cette fois, aucune oscillation. L’espace autour de Sukuna se plie brutalement, comme si une main invisible resserrait les murs du monde. L’air gémit. La pression devient écrasante.
— T’as oublié un détail, Sukuna…
La voix de Gojo est basse. Calme. Dangereusement posée.
— L’Infini…
Il disparaît. Et réapparaît aussitôt au-dessus de lui, suspendu dans les airs, poing chargé d’une lueur écarlate pulsante. La technique vibre, instable, affamée.
— …c’est pas juste une distance.
Rouge explose.
Un rugissement sourd déchire le domaine. L’onde de choc pulvérise le sol, arrache des façades entières, fait voler les structures comme des jouets. Sukuna est projeté violemment à travers l’espace, son corps rebondissant contre ce qu’il reste des bâtiments, comme une coque vide emportée par une tempête. Le domaine hurle.
Gojo atterrit sans bruit, genoux légèrement fléchis. La poussière se dépose autour de lui sans jamais le toucher. Il redresse lentement la tête. Son souffle est plus audible maintenant, mais son regard… est d’une précision glaciale. Calculatrice. Absolue.
— Allez…
Il relève les yeux vers l’endroit où Sukuna s’est écrasé.
— Fais un effort.
Un sourire las se dessine.
— Je commence vraiment à m’ennuyer.
Plus loin, au milieu des ruines encore fumantes, Sukuna se redresse. Ses muscles sont tendus, marqués par l’impact. Sa respiration est lourde. Un grondement sourd vibre au fond de sa gorge, pas de peur, mais une irritation profonde. Un plaisir mêlé de rage.
— …Tch.
Il relève la tête, les yeux brillants d’un feu malsain.
— C’est tout ce que t’as ?
Un ricanement.
— Tu parles beaucoup trop pour quelqu’un qui veut me tuer.
Ses mains se joignent lentement. L’énergie afflue. Une gerbe de feu jaillit de ses doigts, serpente dans l’air comme une écriture incandescente, traçant des symboles anciens, affamés. La chaleur devient suffocante. Le domaine entier s’illumine d’une lueur infernale, rouge et noire, comme si le ciel lui-même prenait feu.
Gojo lève à peine un sourcil. Devant lui, l’espace s’effondre. La gerbe de feu invoquée par Sukuna n’explose pas, elle est avalée. Une dépression bleutée se forme, compacte, silencieuse, comme un puits sans fond. Les flammes se tordent, se compriment, hurlent en se repliant sur elles-mêmes avant d’être écrasées dans un tourbillon affamé. La chaleur disparaît net. Ne reste qu’un vide vibrant, froid, oppressant.
— Le feu, sérieux ?
Sa voix est plate, presque moqueuse.
— Tu crois vraiment que c’est ça qui va me faire transpirer ?
Il avance. Chaque pas fait onduler l’air, comme si le monde reculait instinctivement pour lui laisser de la place. Dans sa paume, une sphère d’énergie bleue naît. Elle pulse lentement, dense, lourde, semblable à un cœur artificiel battant au rythme de l’Infini. L’espace autour d’elle se plie, attiré, déformé.
— Allez, Sukuna…
Il incline légèrement la tête.
— T’as dévoré combien d’exorcistes pour en arriver là ?
Un sourire mince, cruel.
— Essaie juste de pas cramer trop vite.
La sphère fuse. L’air hurle. La pression arrache la poussière du sol, tord les ruines, étire la lumière elle-même dans son sillage. Là où elle passe, la réalité se contracte, implose, laissant une cicatrice momentanée dans l’espace.
Sukuna disparaît. Puis réapparaît plus haut, bien au-dessus du champ de bataille, flottant un instant dans les airs, les traits tirés par une irritation qu’il ne masque plus tout à fait. Sa respiration est plus lourde. Son regard, plus sombre.
— Tu te crois meilleur que tous…
Sa voix claque, chargée d’un venin ancien.
— Dis-moi… comment ils font pour vouloir te suivre ?
Il plonge. En piqué, brutal, meurtrier. Ses mains se joignent dans un geste ancien. Sous Gojo, le sol explose en lignes lumineuses. Une toile d’énergie maudite se déploie à une vitesse fulgurante, quadrillée de motifs géométriques parfaits, précis, implacables. À chaque intersection, une lame jaillit, acérée, vibrante, prête à se refermer comme une mâchoire collective. Un piège total. Une exécution.
Gojo ne recule pas. Il ne change même pas d’expression. Il lève simplement deux doigts.
— Bleu.
Le monde se plie. L’air se contracte violemment. Le champ gravitationnel s’inverse dans un grondement sourd, presque inaudible, mais absolu. La toile est arrachée à elle-même. Les lignes se tordent, les angles se brisent. Les lames sont aspirées vers un centre invisible, se percutent, se broient, se réduisent en fragments d’énergie pulvérisée dans une spirale dévorante. Tout disparaît.
Gojo réapparaît au bord du cratère laissé par l’implosion, indemne. Son manteau blanc flotte doucement derrière lui. Pas une égratignure. Pas une poussière sur sa peau. Ses yeux brillent d’un calme terrifiant.
— T’as toujours pas compris, hein ?
Il avance. Un pas, puis un autre. Chaque pas fait vibrer le domaine, comme si la réalité elle-même pesait le sens de son avancée.
— C’est pas eux qui me suivent…
Il s’arrête à une distance dangereusement proche. Son sourire revient, lentement. Froid. Tranchant comme une lame polie.
— C’est toi qui me cours après depuis le début.
Le silence retombe. Épais. Chargé. Et pour la première fois depuis longtemps, Sukuna ne ricane pas tout de suite. Il serre les dents.
Ses paumes claquent l’une contre l’autre dans un bruit sec, brutal, un claquement qui lacère l’air, comme si la réalité venait d’être giflée. Une pression monstrueuse s’abat instantanément sur le domaine.
Le sol se fissure sous ses pieds.
Un souffle d’air brûlant s’élève, puis un deuxième, plus profond, comme si le monde inspirait pour la dernière fois.
Sukuna sourit. Un sourire large, ancien, carnassier.
— Extension du territoire… Autel démoniaque !
Le paysage se replie sur lui-même. Les lignes du réel s’étirent, se dédoublent, puis explosent en une forêt noire de torii déformés. Le domaine enveloppe Gojo comme une cage qui se referme.
L’air devient lourd. Les syllabes maudites vibrent dans l’espace. Le territoire mental de Sukuna s’impose sans la moindre hésitation
Une marée de glyphes mouvants envahit l’espace, gravés dans l’air lui-même. Des malédictions rampent sur des murs invisibles, des strates d’ombres s’ouvrent comme des langues affamées, se superposent, se replient, se déploient encore. Le ciel disparaît. Le sol devient abstraction. L’espace n’est plus un lieu, mais une zone d’exécution.
Chaque surface promet la dissection. Chaque souffle devient une faiblesse exploitable.
— Démantèlement.
Le mot résonne comme un verdict. Il ne décrit pas une attaque, il annonce une autopsie. La technique n’est pas lancée : elle est déjà en train d’agir, cherchant à découper Gojo concept par concept.
Sukuna tourne la tête, confiant. Il attend la fissure. L’hésitation. La douleur. L’instant où l’Infini se brisera comme la première fois. Mais rien. Rien ne bouge. Gojo, immobile, le regarde avec une expression… presque déçue.
Et au dessus de lui, à la limite de sa vision Spirituelle : Shirosae. Forme blanche, intangible, filant comme une aile d’argent au-dessus de son épaule. L’Infini pulse. Propre. Stable. Net.
Sukuna fronce les sourcils. Un détail minuscule, mais chez lui, c’est un tremblement de terre.
Il claque la langue.
— …Pourquoi ça ne craque pas ?
Il intensifie le domaine. Les toriis se referment. Les ombres hurlent. La pression monte d’un cran, celle qui, normalement, arrache l’existence de ceux qui la subissent.
Et pourtant… Gojo reste là. Droit. Lisse. Soutenu par une aura blanche qui enveloppe l’Infini sans le dénaturer.
Sukuna murmure :
— Tu n’avais pas… cette résistance-là. Pas en 2018
Le domaine s’ouvre d’un claquement sec. Les toriis se démultiplient. L’air devient lourd, compact, saturé de malveillance antique. Sukuna avance d’un pas. Il ne sourit pas, pas vraiment. Il sait déjà que Gojo n’est pas seul. Il sait déjà que les ailes blanches planent au-dessus de lui, et qu’elles renforcent son espace.
Mais il connaît aussi sa propre puissance. Il est Heian. Il n’a pas besoin de surprise. Il n’a jamais eu besoin de comprendre pour écraser.
Mais… Non. Gojo ne cille pas.
L’Infini renforcé ondule autour de lui, stable, souverain. Les couches de malédiction s’écrasent contre lui comme des vagues contre une falaise qui n’existe pas vraiment. À peine un sourire traverse son visage, vif, glacial, presque moqueur.
— Déjà cette technique ?!
Il penche légèrement la tête.
— T’en avais marre de te faire gifler ?
Il sourit.
— Je t’avais prévenu. T’es long à la détente…
Il pointe vaguement de l’index au dessus de lui, vers la présence lumineuse.
— Je suis pas venu en solo cette fois.
Sukuna grince des dents, pas parce qu’il ne le savait pas, mais parce que même en le sachant, même en y étant préparé, ça ne cède pas.
— Tss. Je sais très bien qui est cette chose. Je sais ce qu’elle fait. Et pourtant…
Il avance, l’œil brillant d’une irritation froide.
— Tu ne bouges pas d’un millimètre. Ton flux ne chute pas. Même pas une fluctuation.
Son sourire revient, pas amusé. Furieux.
— Tu crois que ça va suffire ?
Gojo répond calmement :
— Suffire ? Non. Mais ça change les règles. Toi tu portes tout seul. Moi, pas cette fois.
Sukuna claque la langue.
— « Ce n’est pas de la triche. » , répète-t-il presque en se moquant, reprenant les mots de Gojo.
Gojo lui renvoie un sourire insolent.
— Voilà. Tu vois que tu retiens bien les leçons.
L’espace oscille. Le domaine de Sukuna force. Il pousse. Il écrase. Mais l’Infini ne se brise pas. La lumière blanche pulse, régulière, stable, posée. Shirosae apaise. Stabilise. Renforce. Calme. Suture l’énergie comme une seconde peau.
Et Gojo, posé au centre, souffle :
— Tu peux y aller. Le vrai combat commence seulement quand tu te rends compte que tu n’as plus d’avantage structurel.
Les toriis tremblent légèrement. Sukuna relève le menton.
— Alors montre-moi, Gojo. Montre-moi ce que tu vaux quand tu n’es plus seul contre le monde !
Et Gojo :
— Avec plaisir…
Le sol du domaine se déforme sous la pression. Les toriis vibrent, s’allongent, se rétractent, comme pris dans une tempête interne. Sukuna force encore, vraiment. L’aura devient plus lourde, presque matérielle.
Et pourtant… Gojo ne bronche toujours pas. Il inspire. Une respiration calme, posée, presque insolente dans cet environnement où tout hurle.
Un souffle blanc glisse derrière lui. Shirozae. Elle ne parle pas. Elle n’a pas besoin. Sa présence se condense comme un second cœur posé contre le sien. Le flux de l’infini se lisse, se densifie, se purifie.
Sukuna le voit. Le comprend. Et ça l’agace profondément.
— Tu comptes vraiment t’appuyer sur cette créature tout le combat ? , crache-t-il, mi-dégoûté, mi-amusé.
Gojo hausse les épaules comme si on lui demandait s’il prenait un café.
— J’appelle ça travailler en équipe. Tu devrais essayer un jour.
Sukuna rit. Un rire grave, ancien, qui roule comme un tremblement de terre.
— Le Roi des Fléaux n’a jamais eu besoin de personne. Et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer !
Il claque des doigts. Une vague de découpage conceptuel, pur, net, destiné à trancher au-delà de la matière, au-delà du sens même de la forme. La signature de Sukuna. Elle frappe. Le monde se fend. Mais quand elle atteint Gojo…
…elle se dissout, comme absorbée dans un duvet d’espace expansé.
Sukuna plisse les yeux.
— …Tu absorbes mes attaques ?
Gojo sourit de travers.
— Absorber ? Non. Je les redirige dans quelque chose de plus… infini que toi.
Un éclair blanc déchire le sol. Gojo lève une main. Ses doigts se séparent légèrement, comme s’il saisissait un fil invisible.
— Tu voulais voir ce que ça donne quand je ne suis pas seul ? T’as son entrée.
Il ferme les yeux. L’espace se fige. Et l’air change.
La pression du Sanctuaire vacille une fraction de seconde, comme si quelque chose venait d’être mal calculé. L’atmosphère devient coupante, presque pure, débarrassée du bruit parasite de la malédiction brute. Gojo croise lentement ses doigts devant lui.
— Allez…
Un sourire bref.
— Je t’offre de la nouveauté.
Son regard devient glacial.
— Extension du territoire : Sphère de l’espace infini … sublime
Le monde se fige. Pas une explosion. Pas un choc. Un silence absolu. Le sol s’efface sous eux.
Non : il cesse d’exister.
Les toriis de Sukuna se fissurent. Pas brisés : étirés. Comme si le concept même de frontière perdait son sens.
Tout se refroidit. Se clarifie. Le décor devient translucide, comme si chaque particule révélait sa structure intime. Les distances cessent d’être intuitives ; elles deviennent des équations visibles. Le temps ne s’arrête pas, il ralentit jusqu’à devenir douloureux, goutte après goutte.
Dans l’Infini Sublime, la matière n’est plus un support : elle devient une suggestion. Le domaine se transforme en espace clair, sans horizon, traversé par des particules blanches qui avancent comme des lucioles dans le vide.
Le domaine de Sukuna est toujours là… mais il est noyé. Dissous dans une couche supérieure de réalité où chaque intention est fragmentée avant même de naître.
Sukuna observe. Calme. Trop calme. Un carnivore qui jauge un nouveau type de proie.
— Alors voilà ta forme finale ? Gojo.
Gojo sourit, sans théâtralité. Un sourire d’homme qui n’a plus besoin de jouer.
— Non. Juste… ma forme complète.
Sukuna rit. Un rire plus sauvage que tous les précédents.
— Voilà… ça, c’est intéressant !
Autour de Sukuna, les couches d’information se superposent brutalement : trajectoires recalculées, intentions dissoutes, attaques analysées, divisées, annulées avant d’exister.
Il veut bouger. Il veut frapper. Il veut respirer. Rien ne répond. Sa volonté s’échoue contre une barrière qui n’oppose pas de résistance, elle s’étire à l’infini.
Gojo disparaît. Pas un déplacement. Pas un flash. Juste : absent, puis présent ailleurs.
Sukuna pivote en un éclair, ses griffes découpant une trajectoire parfaite.
Mais Gojo est déjà derrière lui.
— Tu coupes l’espace…
Sa voix tombe, calme.
— …mais tu peux pas couper l’infini.
Il tend deux doigts. Une impulsion. Pas un Rouge. Pas un Bleu. Une troisième couleur.
Un blanc pur, condensé, qui compresse l’espace dans un point microscopique.
Sukuna est projeté en arrière, son corps vrillé par une force qu’il n’a jamais ressentie. Gojo avance lentement vers lui. Les mains dans les poches, comme s’il marchait dans un matin d’hiver calme et limpide, totalement indifférent au chaos conceptuel qu’il impose.
— Ton démantèlement, ici ?
Il s’arrête à mi-distance.
— Il ne survit même pas au concept.
Il incline légèrement la tête.
— Il n’est pas admis dans ce domaine.
Il disparaît de nouveau. Puis réapparaît devant Sukuna qui se redresse péniblement, genou déjà levé. L’impact dans l’abdomen sonne comme une cloche funéraire. L’air se plie autour du coup. Un crochet suit, net, chirurgical, dépourvu de toute fioriture. Sukuna est projeté à travers la paroi du domaine, qui ondule sous le choc comme une membrane vivante avant de se refermer.
Gojo reste droit. Immobile. Son ton tombe, lourd, définitif :
— Tu voulais un roi ?
Un souffle. Un battement de cœur suspendu dans l’air figé.
— Le voilà.
Sukuna s’écrase au sol. La respiration déchirée. Les muscles tremblants. Il tente de se redresser, son corps refuse, écrasé par des lois qui ne lui obéissent plus.
— Cette énergie…
Il halète.
— Tu n’avais pas ça… pas comme ça…
Gojo approche. Son ombre s’étire sur Sukuna comme une frontière entre lumière et nuit. Il n’y a plus la désinvolture habituelle. Plus l’arrogance. Seulement une intensité calme, terrifiante, celle d’un incendie qui aurait enfin choisi sa direction.
— Tu sens enfin la différence… Il va falloir te l’expliquer combien de fois ?
Il s’arrête à deux pas. Ses yeux brûlent d’une clarté presque surnaturelle.
— Je n’ai jamais manqué de puissance.
Un silence.
— C’est juste que… jusqu’ici, tu ne valais pas la peine que je la déploie.
Il lève la main et pointe le ciel. Un filament d’énergie traverse la voûte du domaine. Là-haut, Shirosae se déploie comme une constellation vivante, immense, silencieuse, luisante d’un éclat qui n’appartient qu’à elle. Sa présence stabilise l’Infini, l’amplifie, le rend absolu.
— Ce boost, c’est elle qui me l’offre. T’as toujours pas compris ?!
Sa voix est posée. Technique.
— Grâce à elle, je dépasse mes anciens seuils sans perte de cohérence.
Un sourire discret accroche le coin de sa bouche. Pas arrogant. Assuré. Celui de quelqu’un qui sait exactement où il se tient.
— Allez, Sukuna. Relève-toi.
Il marque une pause.
— C’était qu’une démonstration.
Puis un éclat plus froid traverse ses yeux. Plus tranchant que toutes les techniques maudites réunies.
— Ça m’embêterait de t’effacer trop vite.
Il incline légèrement la tête, faussement curieux.
— Tu vas pas me faire le coup du boss final expédié en deux minutes…
Un souffle.
— Si ?
Sukuna crache du sang au sol, puis marque un temps. Un pli presque imperceptible traverse son expression. Comme s’il venait de capter autre chose dans un autre coin du domaine… Un sourire lent étire ses lèvres.
— Au fait… ça tombe bien que tu dises ça, Gojo.
Un silence.
— Tu as un second jouet intéressant… Je l’ai rencontré
grâce à elle…
Il relève lentement les yeux.
— Réussir à invoquer… Même brièvement… Dans un espace
mental fermé.
Un sourire mauvais.
— À ta place… j’aurais préféré me briser contre lui.
Il incline la tête.
— Fushiguro est stable.
Une pause.
— Celui-là… est chaotique. Bien plus intéressant.
Il essuie le sang du revers de la main.
— Bref.
Il lève légèrement la tête.
— Finissons-en.
Puis, comme distrait :
— Après ça…
Son regard glisse, ailleurs.
— J’irai voir le petit Zenin… Celui que tu cachais déjà il y a deux ans et demi…
Il plante enfin ses yeux dans ceux de Gojo.
— Tu le contiens.
Un éclat malsain traverse son regard.
— Moi… j’exploite.
Gojo l’observe en silence, le regard verrouillé. Ses
mâchoires se contractent une micro seconde.
— Tu veux gagner du temps ?
Une pause. Il avance d'un pas.
— Je sais ce que tu tentes de faire. Ça ne marche pas.
Encore un pas.
— Relève-toi qu’on en finisse proprement.
Sukuna ricane en se redressant, le regard brulant.
—Touché, donc…
Il essuie le sang sur son menton.
— Très bien.
Il sourit.
—Alors montre-moi, Gojo… combien de temps un roi peut tenir quand le monde commence à lui désobéir.
Un silence.
Puis, son sourire s’élargit.
— Mais maintenant que j’ai vu ce que je voulais voir… Sache une chose.
Sa voix tombe, calme.
—Je ne te vise plus toi.
Le domaine frémit. Le combat reprend. Et cette fois, Sukuna ne cherche plus à gagner. Il cherche à détruire...
La suite mercredi entre 20h et 22h... D'ici là... prenez soin de vous...