Le Revers de L'Infini - Tome 4 : Infini
Le QG extérieur — plus tôt… pendant le combat qui oppose Gojo et Sukuna…
L’onde du Violet traverse le QG comme une respiration inversée. D’abord, l’air se contracte brutalement. Les poumons se vident sans prévenir, les tympans sifflent. Puis vient le contrecoup : une poussée sourde, invisible, qui fait vibrer les barrières, grincer les structures, onduler les talismans de protection comme des voiles pris dans une tempête sans vent. Les murs frémissent. Le sol gémit. Même la lumière hésite.
Maki surgit au pas de course, Panda à ses talons. Elle s’arrête net, les semelles crissant sur le béton, le souffle court. Ses yeux balayent l’horizon, déjà tendus comme des lames.
— Vous avez senti ça…?
Elle ferme les paupières une fraction de seconde, ajuste son équilibre, puis rouvre les yeux, plus durs.
— C’est… ouvert plus haut. Là-bas.
Son doigt se tend. À l’horizon, une brèche pulse encore, lumière tremblante et instable, comme une cicatrice mal refermée dans le ciel. Chaque battement irradie une pression qui fait vibrer la peau.
Jun suit immédiatement la trajectoire du regard. Ses épaules se tendent, ses poings se ferment.
— Alors on y va !
Pas d’hésitation. Pas de détour. Elle lance un coup d’œil à Jin, déjà prêt, l’énergie dansante sous sa peau, puis à Toge, droit mais pâle, la gorge encore fragile.
— Ça va tenir ?
Yaga, resté en retrait, lève lentement les yeux. Il observe la déchirure longtemps, trop longtemps. Son visage est impassible, mais sa voix, grave et posée, porte le poids d’un homme qui sait exactement ce que ce niveau de technique signifie.
— Un Violet… murmure-t-il. Ça n’arrive jamais sans une raison.
Il croise les bras.
— Si Gojo a frappé comme ça, c’est que le verrou saute. Qu’il le veuille ou non.
Il marque une pause, puis tranche :
— On avance.
Toge pose instinctivement une main contre sa poitrine. Un frisson nerveux descend le long de sa colonne vertébrale. Les mots vibrent déjà dans sa gorge avant même qu’il ne les formule. Il inspire, difficilement, puis articule dans un souffle rauque, haché :
— Saumon…
Ses yeux suivent la déchirure lumineuse. Sa voix se fait plus basse, presque chuchotée, mais chargée d’une tension inhabituelle.
— Éclats… Tremblements…
Panda incline légèrement la tête, attentif, puis traduit avec un calme trompeur :
— Il dit que ça va être instable. Très instable.
Un silence s’installe. Pas de peur. Pas de recul. Juste cette certitude lourde : quelque chose a changé là-haut… et le monde n’a pas encore encaissé le choc.
Maki serre les dents.
— Parfait. Ça veut dire qu’on arrive au bon moment.
Jin est déjà en mouvement quand il coupe court, sans même se retourner :
— Alors on bouge !
Pas de bravade. Pas d’héroïsme inutile. Juste l’urgence brute.
Jun le suit immédiatement, mais ralentit d’un pas. Elle attrape le bras de Toge, le serre avec une fermeté presque fraternelle, son regard ancré dans le sien.
— On reste ensemble.
Sa voix est basse, mais sans appel.
— Si quelque chose nous sépare… on se retrouve là-haut. Peu importe comment.
Toge hoche doucement la tête. Ses doigts tremblent à peine quand il resserre sa prise sur le col de sa veste.
— Saumon…
Un à un, ils franchissent la brèche. La transition n’est pas une traversée. C’est une compression. L’air se referme sur eux, les écrase, puis les recrache.
Yaga reste en arrière. Immobile. Gardien silencieux, planté comme une stèle vivante devant la faille encore vibrante. Ses yeux ne quittent pas le groupe. Il ne les suit pas. Il tient la porte.
De l’autre côté, l’air est lourd. Épais. Presque visqueux. Chaque respiration colle à la gorge, chargée de cendres, de souvenirs et d’une énergie maudite trop familière. Le paysage se dévoile lentement.
Shibuya.
Pas celui d’aujourd’hui. Celui d’il y a deux ans et demi.
Les immeubles éventrés. Les rails tordus. Les vitrines éclatées comme des mâchoires béantes. La fumée suspendue, figée dans un éternel après-coup. Et, plus insidieux encore… les cris fantômes. Pas audibles. Ressentis. Des échos coincés dans les fissures de l’espace, comme si le lieu refusait d’oublier.
Panda baisse instinctivement la voix, comme si parler trop fort risquait de réveiller quelque chose.
— …On dirait que tout recommence.
Maki ferme un œil un bref instant. Pas pour se recueillir. Pour se recentrer. Quand elle rouvre les yeux, ils sont durs, affûtés.
— Ouais.
Une pause.
— Et on n’a pas le temps pour les souvenirs.
Toge frissonne. Pas de froid. De reconnaissance. Il pose instinctivement la main au niveau de son épaule. Souvenir fantôme.
— Saumon…
Jun observe les alentours, les mâchoires serrées. Son regard glisse sur les ruines, les ombres trop nettes, les perspectives qui semblent légèrement fausses.
— Je déteste ça… C’est vraiment ce que vous avez…
Maki répond sans détour, sèche, presque tranchante :
— Ouais… Mais tu n’as jamais goûté à ses illusions.
Elle inspire lentement.
— Moi, si. Et crois-moi… elle adore tourner la vérité en arme.
Jin fait apparaître une petite flamme dans sa paume. Pas pour attaquer. Pour voir. Pour sentir. La flamme vacille d’une façon anormale, tirée dans plusieurs directions à la fois.
— On sait même pas vers quoi on marche…
— Garde ton énergie, coupe Jun aussitôt.
Son regard ne quitte pas l’horizon.
— On ne sera pas seuls longtemps.
Panda lève le bras et pointe le ciel. Là-haut, un éclat blanc-violet pulse à intervalles irréguliers. Chaque battement fait vibrer l’air, comme un cœur trop puissant pour la cage qui l’abrite.
— Gojo se bat encore…
Il avale sa salive.
— Contre Sukuna… sûrement.
Jun désigne une lueur plus lointaine encore, à peine visible entre deux immeubles disloqués. Près du canal.
— Regardez là-bas.
Sa voix se durcit.
— Ça tremble.
Maki hoche la tête, déjà en marche.
— Oui. Et impossible de rater ça.
Elle jette un regard circulaire au groupe.
— On y va.
Ils avancent groupés. À chaque pas, le décor semble respirer sous leurs pieds. Les rues se déforment subtilement. Les distances mentent. Un angle change quand on ne le regarde plus. Une façade se fissure sans bruit. Comme si quelqu’un… remodelait Shibuya en temps réel.
Maki serre la mâchoire, ses sens à l’affût.
— Elle change tout pendant qu’on avance, souffle-t-elle.
Puis, plus bas, plus grave :
— On se sépare pas. Jamais.
Elle marque une pause.
— Si elle nous repère… on n’aura même pas le temps de comprendre qu’on est morts.
Personne ne répond. Ils le savent déjà.
Jin serre les dents. Sa mâchoire craque presque sous la pression. La flamme dans sa paume vacille, s’étire, plus dense qu’avant.
— On s’en fout, on entre… Elle n’avait qu’à pas garder nos potes…
Ce n’est pas une menace lancée au vent. C’est une constatation. Une ligne déjà franchie.
Jun se redresse lentement. Son dos se redresse comme une lame qu’on sort de son fourreau. Ses yeux, d’ordinaire vifs, prennent une teinte plus dure, presque métallique. Il n’y a plus d’hésitation. Plus de calcul à long terme. Juste une direction.
— Qu’elle vienne.
Elle fait un pas en avant. Puis un autre. Le sol grince sous ses bottes, comme s’il résistait à sa décision.
Panda inspire profondément, épaules tendues, prêt à encaisser l’impact à venir.
Toge déglutit, la gorge encore fragile, mais ses poings se ferment. Il ne parle pas. Il n’en a pas besoin.
Maki, elle, esquisse un sourire bref. Pas joyeux. Prédateur.
— Elle a fait une erreur classique, murmure-t-elle. Elle a confondu contrôle… et domination.
Le groupe reprend sa marche. Devant eux, Shibuya se tord lentement, comme un organisme blessé qui tente de se défendre. Et quelque part, au cœur de ce labyrinthe mouvant, Raku les attend peut-être. Ou peut-être pas. Mais une chose est sûre : ils n’avancent plus pour survivre. Ils avancent pour reprendre ce qui leur a été pris.
Sous les ruines du canal, le monde semble respirer par spasmes. Les couloirs inférieurs suintent littéralement de sang et de poussière, comme si la ville blessée tentait de recracher ce qu’elle ne peut plus contenir. Les murs sont striés de traces noires, griffés par des passages répétés, et le sol colle sous les pas, mélange épais de cendres, de chair et d’énergie maudite mal dissipée.
Yuta chancelle. Chaque mouvement lui coûte. Chaque coup de sabre manque de précision, arrive une demi-seconde trop tard ou trop large. Son souffle est haché, brûlant, comme s’il aspirait du verre pilé à chaque inspiration.
— Tch… ils changent de rythme… J’en vois pas le bout !
Il le sent. Ce n’est plus une attaque brute. Ce sont des vagues. Des feintes. Une pression continue destinée à user, pas à tuer vite. Raku apprend. Ajuste. Joue la durée. Yuta recule d’un pas pour éviter une morsure sifflante, mais son regard ne quitte jamais Aya.
Elle est recroquevillée contre le mur effondré, presque absorbée par l’ombre. Sa peluche est écrasée contre sa poitrine comme un dernier point d’ancrage. Son autre bras, entaillé, est couvert de sang séché qui craquelle à chaque frémissement. Ses épaules tremblent, pas seulement de douleur, de surcharge, de peur, d’épuisement mental.
Rika est non loin, massive et pourtant presque translucide. Sa forme clignote par instants, instable, comme si sa propre existence était mise sous pression.
— Yuta… tu vas t’effondrer…
La voix de Rika est plus basse que d’habitude. Inquiète. Protectrice. Elle le voit : les micro-tremblements dans ses jambes, la rigidité forcée de ses épaules, la façon dont il force son corps à ignorer les signaux d’alarme.
Yuta grogne, plante son sabre dans le sol un instant pour ne pas tomber. Ses genoux fléchissent malgré lui.
— Pas maintenant…
Sa voix est rauque.
— Je peux pas…
Pas tant qu’elle est là. Pas tant qu’Aya respire derrière lui.
Aya lève la tête, les yeux brillants de fièvre et de larmes retenues. Sa voix sort en un souffle brisé, presque inaudible :
— Aide-le… s’il te plaît… Shirosae…
Elle ne dit pas sauve-moi. Elle dit aide-le.
Shirosae, qui planait en retrait, tourne lentement la tête. Un scintillement parcourt ses plumes immatérielles, comme une onde qui la traverse de part en part. Sa lumière change. Se densifie. Se focalise. Elle glisse en avant. Sans cri. Sans geste inutile.
Une onde blanche se déploie à partir d’elle, pure, silencieuse, et dévore une portion entière des fléaux dans un effacement net, presque propre. Ils ne sont pas pulvérisés. Ils sont niés.
Le couloir respire une seconde. Puis l’ombre recommence à couler. Des silhouettes se reforment. D’autres rampent par les fissures, suintent des plafonds, s’extirpent du sol comme une marée noire qui refuse d’apprendre. Ils reviennent. Toujours. Inlassables. Adaptatifs. Patients.
Comme un courant d’eau noire impossible à détourner, qui ne cherche pas à gagner vite, seulement à épuiser ce qui s’oppose à lui.
Yuta serre les dents, redresse son sabre malgré la douleur qui irradie dans ses bras. Il n’a plus beaucoup de marge. Mais il est encore debout.
Plus haut, un fracas approche. Pas un simple effondrement. Pas un bruit isolé. Un rythme. Un martèlement qui remonte à travers la pierre, la tord, la fracture, comme si quelque chose de massif forçait le monde à lui faire place. Une tempête dans la roche.
Maki le sent avant même de l’entendre vraiment. Son instinct hurle plus fort que le vacarme.
— Vous entendez ça ? ON COURT !
Sa voix déchire le couloir. Derrière elle, les pas s’accélèrent, la cavalerie est déjà en mouvement, mais en contrebas, le temps est compté.
Aya relève la tête. Sa vision vacille, les contours du monde se brouillent, mais elle sait.
— Il va tomber…
Pas une question. Une certitude.
Shirosae incline légèrement la tête. Pas de panique. Juste une reconnaissance calme du danger. Elle agit. Un filament de lumière pure se détache d’elle et file vers Yuta, s’enroule autour de son torse, de ses épaules. Une chaleur douce, réparatrice, qui redresse son dos, apaise la brûlure dans ses muscles, stabilise son souffle. Assez pour tenir. Pas assez pour continuer, car l'énergie de Shirosae est déjà focalisée sur Aya.
Les jambes de Yuta cèdent quand même. Il s’effondre à genoux, le sabre heurtant le sol dans un bruit mat. Sa respiration est un râle contrôlé, ses mains tremblent malgré lui. Rika vacille. Sa forme massive se délite encore un peu, comme un reflet dans une eau trop agitée. Sa présence est toujours là… mais fragile. Trop sollicitée.
Autour d’eux, les fléaux sentent la faille. Ils se rapprochent. Lentement. Inexorablement. Des silhouettes rampent sur les murs, d’autres jaillissent du sol, leurs formes distordues frémissant d’impatience. La pression monte. L’air devient irrespirable. Un battement de cœur.
Puis… Une voix. Claire. Nette. Absolue.
— EXPLOSEZ !
Le mot n’est pas crié. Il est imposé. L’onde qui suit n’a rien de sonore. C’est une violence conceptuelle. Une autorité brute qui s’abat sur l’espace. Tout éclate.
Le domaine tremble de fond en comble. Les fléaux sont broyés, pulvérisés, projetés contre les parois dans une pluie de chair noire et d’énergie disloquée. Certains n’ont même pas le temps de comprendre ce qui leur arrive : ils cessent simplement d’exister.
La poussière retombe. Au milieu du chaos dissipé, Toge se tient là. Immobile. Haletant. Une main plaquée contre sa gorge, un goute de sang au coin des lèvres, l’autre main est crispée à son flanc. Ses yeux brillent encore de l’écho de l’ordre maudit, trop intenses, presque douloureux.
Yuta relève la tête. Un sourire fatigué, sincère, accroché à ses lèvres tremblantes.
— Timing parfait, vieux…
Comme une réponse, le sol vibre à nouveau, mais cette fois, ce n’est pas une menace. C’est un renfort. Derrière lui, la cavalerie surgit. Maki ouvre la voie, lame en avant, regard de prédatrice. Panda charge sans ralentir, fracassant ce qui reste debout. Jin brûle un passage à coups de feu condensé. Jun tranche déjà, précise, implacable.
Shirosae étend une aile de lumière au-dessus d’eux. Un souffle. Un répit. Une bulle fragile, mais suffisante, où l’air redevient respirable, où les blessures se referment.
Toge s’accroupit à côté de Yuta, visiblement au bout de ses forces, mais toujours là. Il penche légèrement la tête.
— Thon mayo ?
Yuta hoche la tête, encore secoué, mais vivant.
— Ça va… Merci, Toge.
Derière Yuta, Aya serre sa peluche plus fort. Sa voix est timide, presque perdue dans le tumulte.
— Merci…
Et pour la première fois depuis longtemps, au milieu des ruines et du sang, ils ne sont plus seuls.
Shirosae relève soudain la tête et s’élève dans ce semblant de ciel, cherchant à reprendre le fil du combat des rois.
Aucun d’entre eux ne sait encore que Gojo et Sukuna ne sont plus qu’à quelques mètres, ni que le Roi des Fléaux allait leur tomber dessus, stoppé à la dernière seconde.
Le domaine étouffe tous les sons.
Plus loin… Megumi et Souta…
La passerelle qui mène au cœur du domaine gémit sous leurs pas. Pas un simple craquement de bois fatigué : un gémissement, long, presque organique, comme si la structure elle-même hésitait à continuer d’exister. Chaque foulée provoque une vibration sourde qui se propage dans le vide en dessous.
Un vide trompeur. Ce n’est pas l’absence. Sous la passerelle, un amas informe de choses mortes ondule lentement : silhouettes à moitié dissoutes, fragments d’ombres figées dans des postures de fuite, de prière, de chute. Elles bruissent, non pas de voix, mais de souvenirs avalés, des restes d’émotions mâchées puis rejetées par le domaine.
Megumi avance sans ralentir. Son regard est fixe, précis, verrouillé droit devant. Dans son ombre, Mahoraga frémit. Ses segments claquent par à-coups, lourds, nerveux, comme un mécanisme divin maintenu trop longtemps sous tension. Chaque mouvement du shikigami fait vibrer l’air autour d’eux, régulier, méthodique, calculé.
Souta s’arrête net. Il s’accroupit, pose la main contre le bois fendu de la passerelle. La surface est tiède. Vivante. Ses doigts se crispent légèrement.
— Elle est proche… murmure-t-il.
Puis, après une fraction de seconde :
— Mais ce n’est pas… une zone normale.
Il retire sa main. Une fine pellicule noire y est restée collée, se dissipant aussitôt en poussière.
Derrière lui, quelque chose respire. Pas un souffle court.
Kagenryū se manifeste à demi, débordant de l’ombre de Souta comme une pression trop ancienne pour être contenue proprement. Sa masse est instable, mais son axe est clair : vertical. Ascendant. Les trois têtes ne s’accordent pas, l’une gronde, l’autre siffle, la troisième bat l’air de ses ailes, mais toutes tirent dans la même direction. Vers le haut. Vers l’obstacle à briser. Ce n’est pas une agitation désordonnée. C’est un élan. Un mouvement continu, étiré, qui refuse l’arrêt.
Megumi suit la ligne de l’horizon. Là où l’espace se déplie mal, comme un décor mal recalibré. Les angles sont faux. Les distances mentent. Chaque pas vers l’avant semble aussi être un pas vers le bas.
— On s’approche du cœur, dit-il d’une voix basse. De son échiquier.
À ces mots, Mahoraga claque plus fort. Sa roue se réajuste dans un grincement sec. Le shikigami incline légèrement la tête, déjà en train d’analyser, d’anticiper, d’adapter. Une salle de décision. Un piège. Un lieu où chaque variable compte.
Kagenryū, lui, ne calcule pas. Il insiste. Une de ses têtes se penche vers le vide, crocs découverts. Pas de prudence. Pas de feinte. Juste cette certitude primitive : ce qui se dresse devant lui doit céder. Le flux de Souta ondule, tiré vers l’avant par cette volonté longue, continue, presque têtue.
— Elle joue encore, constate Megumi, sans colère. Juste un fait.
Souta se redresse lentement. Ses traits se ferment, sa mâchoire se tend. Le sarcasme a disparu. Il ne reste qu’une détermination sèche, étirée dans le temps, à l’image de son shikigami.
— Plus pour longtemps.
Il jette un regard au vide, puis à Megumi. Puis, sans le vouloir, vers Mahoraga… et enfin vers Kagenryū, dont le souffle grave fait vibrer la passerelle sous leurs pieds.
— On est sortis de la phase illusion. Maintenant, c’est une confrontation.
Megumi acquiesce à peine. Devant eux, la passerelle se prolonge… puis disparaît dans une lumière trouble, pulsante, comme la dernière case avant l’échec et mat. Et cette fois, ce ne sont plus des pions qui avancent. Ce sont des forces.