Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 18 : Escaliers vers le néant

2155 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 01/02/2026 20:42

[ NOTE ]


Nous perdons un temps précieux. Si vous n'avez pas pris la peine de lire le chapitre précédent, vous ne faites qu'ajouter de la confusion à une situation déjà passablement illogique. Je vous suggère de régulariser votre situation de lecture immédiatement. - Kento Nanami




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Au milieu d’un escalier suspendu qui grince à chaque impact, Jin tire des flèches de feu à une cadence effrénée. Ses bras brûlent, sa respiration est courte, mais il ne lâche rien. Chaque trait incandescent fuse, explose, déchire des silhouettes hurlantes qui surgissent du vide comme si l’échiquier les vomissait sans fin. L’air se charge d’ozone et de cendres.

 

— Mais vous êtes combien, sérieux ?! gueule-t-il en bandant une nouvelle flèche. C’est un élevage ou quoi ?!

 

Un fléau plus massif bondit depuis une marche brisée. Jin pivote, tire à bout portant. La flèche traverse le crâne difforme et l’embrase de l’intérieur. La créature s’effondre en pluie de braises noires, aussitôt remplacée par une autre, puis une autre encore. Jin serre les dents.

 

— Ok… message reçu. Pas de pause.


 

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Plus bas, Jun avance à grands pas sur des dalles qu’elle recouvre d’un givre acéré. Là où elle pose le pied, le sol blanchit, craque, devient une arme. Un fléau tente de l’encercler : elle lève la main, le froid explose, le fige net dans une posture grotesque. Elle le brise d’un coup de pied sec, sans même ralentir. Les éclats de glace ricochent dans le vide.

Elle ne s’arrête pas. Jamais.

Son regard fouille l’obscurité, glisse sur les escaliers, les passerelles tordues, les angles impossibles du domaine. Elle cherche Jin. Elle cherche Toge. Elle refuse l’idée qu’ils puissent ne plus être là.

 

— Vous avez intérêt à tenir… murmure-t-elle entre deux expirations, en écrasant un autre fléau sous une vague de givre.

 


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Plus loin encore, Panda avance en mode gorille, massif, indomptable. Chaque pas fait trembler les dalles. Il encaisse, il frappe, il pulvérise. Un fléau s’accroche à son bras : il le saisit à deux mains et l’écrase contre le sol jusqu’à ce qu’il se dissolve en une bouillie d’ombre.

 

— Sérieusement… grogne-t-il. Vous pourriez au moins faire la queue.

 

Il tourne la tête, scrute l’horizon fracturé. Il cherche des voix, des silhouettes familières. Sa meute. Sa famille. Chaque créature qu’il abat n’est qu’un obstacle de plus entre lui et eux.

 


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Et plus loin encore, à l’écart du chaos, Yuta a retrouvé Toge.

Le corps inerte de son camarade repose à ses côtés, allongé sur une dalle noire enfin stable. Sa respiration est faible mais régulière. Autour d’eux, l’aura massive de Rika se déploie comme un rempart vivant, menaçant, vibrant d’une rage contenue. Ses griffes raclent l’air, ses yeux brillent dans la pénombre.

 

Yuta veille. Il ne bouge presque pas. Chaque muscle est tendu, chaque sens aux aguets. Un pas de trop, une intention hostile, et il frappera sans hésiter. Son regard ne quitte pas Toge longtemps, mais dès qu’un frémissement trouble l’air, sa main se resserre sur la poignée de son sabre.

 

— Repose-toi… murmure-t-il, plus pour lui-même que pour Toge. Le reste, je m’en charge.

 

Autour d’eux, l’échiquier gronde encore. Les fléaux affluent. Les cris résonnent.

 

 

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Maki et Nanami progressent à travers un enchevêtrement absurde d’escaliers mouvants et de plaques instables qui se recomposent presque aussitôt derrière eux. Rien n’est fixe. Rien n’est fiable. Même l’air semble hésiter sur la direction à prendre.

 

Nanami est enfin libéré de sa case. Il ne le commente pas. Il n’en a pas besoin. Ça se lit dans sa posture plus ancrée, dans la façon dont ses épaules sont redevenues droites, dans cette tension sourde qui parcourt ses bras quand il empoigne son arme. Chaque muscle est à sa place. Prêt.

 

Maki fend un fléau d’un mouvement net, la lame décrivant un arc précis avant de s’arrêter pile là où il faut. La créature se disloque en volutes noires qui retombent dans le vide.

 

— T’as compté combien de dalles on a traversées ? balance-t-elle sans même le regarder.

 

— Douze, répond Nanami, imperturbable. Trois escaliers menaient à rien. Un s’est mis à fondre. Littéralement.

 

Il évite une marche qui se dérobe sous son pied, ajuste sa trajectoire sans ralentir.

 

— Génial, grogne Maki. Si ça continue, on va finir par tourner en rond comme des hamsters maudits.

 

Une dalle vibre violemment sous leurs bottes. Une gueule difforme jaillit du sol, suivie d’un corps mal assemblé. Nanami tranche sans pause, section nette, diagonale parfaite. Le fléau s’effondre avant même d’avoir hurlé.

 

— Son domaine est un labyrinthe suspendu, analyse-t-il calmement. Elle joue avec la gravité comme avec un puzzle. Elle nous fatigue. Elle nous sépare. Elle attend qu’on s’épuise.

 

Maki essuie la lame contre sa manche, puis lève le menton vers un entrelacs de marches qui tournent sur elles-mêmes, se croisent, se replient dans un motif impossible, serpentant vers un plafond qu’on ne voit pas.

 

— Ça, c’est censé être un escalier ?

 

Nanami suit la trajectoire du regard. Ses lèvres se pincent à peine.

— Escher sous amphétamines.

 

— Elle s’amuse bien, la saloperie, lâche Maki. Et nous, on joue aux rats de laboratoire.

 

— Sans chrono, ajoute Nanami. Juste le désespoir.

 

Un grondement sourd roule sous leurs pieds. La dalle sur laquelle ils se tiennent tangue lentement, comme un radeau pris dans un courant invisible. Devant eux, la suivante semble atteignable… mais ici, l’évidence est souvent un mensonge.

 

Maki recule d’un pas, fléchit les genoux, puis prend son élan. Elle saute. La réception est brutale, sèche, mais la dalle tient.

 

— Allez, vieux ! lance-t-elle en se retournant. T’as plus d’élégance que moi, fais honneur à ta cravate.

 

Nanami ajuste sa veste, lisse son col d’un geste presque cérémonial, puis saute à son tour. Il atterrit sans bruit, parfaitement stable.

Un nouveau fléau surgit sur leur flanc. Maki le perc de part en part avant qu’il n’ouvre la bouche. Un autre tente de les prendre par l’arrière ; Nanami pivote, frappe, net, efficace. Ils avancent. Encore. Et encore.

 

Chaque dalle franchie est une négation de l’absurdité du lieu. Chaque attaque repoussée est une réponse silencieuse à Raku. Ils ne savent pas où mène ce chemin disloqué, ni combien de détours il leur reste.

Mais ils refusent de s’arrêter.

 


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Jin repousse un fléau d’une flèche incandescente. Puis une autre. Puis une troisième. Chaque tir est sec, maîtrisé, la combustion parfaitement dosée pour pulvériser sans gaspiller. Les silhouettes hurlantes tombent en pluie noire autour de lui, avalées par le vide entre les structures. Il inspire. Vise encore. Et puis…


Un frisson lui remonte l’échine. Pas une menace. Pas un danger immédiat.

Quelque chose de familier. Jin se fige, l’arc encore levé. Le feu autour de ses paumes vacille une fraction de seconde. En contrebas, à travers les nappes de brume mouvante, une silhouette glisse presque sans bruit d’une dalle à l’autre. À chacun de ses pas, l’air se refroidit. Le sol blanchit. Les fléaux, pris dans son sillage, se figent net, emprisonnés par un givre tranchant avant même d’avoir le temps de réagir.

Il n’a aucun doute.

 

— …Jun ? murmure-t-il, comme si prononcer le nom risquait de la faire disparaître.

 

Son cœur cogne plus fort. Il s’avance jusqu’au bord de la plateforme, les yeux rivés sur elle, cherchant confirmation dans chaque mouvement, chaque geste précis, familier.

 

— JUN ! crie-t-il soudain, la voix chargée, brute. C’est moi, Jin ! Là-haut !

 

Il agite le bras, oublie toute discrétion. Un fléau surgit dans son dos ; il l’abat d’une flèche réflexe sans même se retourner. Explosion rouge. Il n’y prête aucune attention.

 

— Glace et feu… toujours ensemble, p’tite sœur ! ajoute-t-il, la gorge serrée. Faut juste que tu lèves les yeux !

 

En contrebas, Jun transperce un fléau d’un pic de glace qui éclate en gerbes cristallines. Elle s’arrête net. Son souffle se suspend. Puis elle lève brusquement la tête.

Son regard le trouve aussitôt.

 

— JIN !!!!!! T’ES LÀ !!!

 

Sa voix fend l’espace. Elle abat le poing au sol ; une vague de givre se propage, clouant deux autres créatures sur place avant de les briser en éclats.

 

— VIENS !!

 

Jin laisse échapper un rire nerveux, presque étranglé. La tension qui lui broyait la poitrine depuis le début du domaine se fissure enfin.

 

— J’savais bien que t’étais trop têtue pour crever !

 

Il décoche une flèche enflammée vers un fléau trop proche d’elle. La créature explose dans un éclat rouge vif, dissipée avant même de l’atteindre.

 

— J’te rejoins ! bouge pas ! Et fais gaffe à pas me geler la tronche quand j’t’arrive dessus !

 

Il repère une rampe instable, une succession de dalles suspendues qui descendent en biais. Sans réfléchir davantage, il s’élance. Les premières tiennent. La troisième tremble. La quatrième—

Elle bascule.

 

— MERDE— !

 

Jin chute, le vide lui arrache un souffle, mais sa main se referme de justesse sur le rebord de la plateforme où se tient Jun. Ses doigts brûlent. Ses bras tremblent.

 

— MERDE… Jun ! j’crois que j’ai raté mon entrée… lâche-t-il entre deux halètements.

 

— Non mais toi ! répond-elle, mi-furieuse, mi-soulagée.

Sans hésiter, elle tend la main, puis plaque l’autre au sol. La glace jaillit instantanément, formant un toboggan gelé sous son corps. Jin glisse, se hisse à la force des bras, et finit par s’écraser à genoux devant elle, essoufflé mais entier.

 

Autour d’eux, deux fléaux tentent d’approcher. Jun les empale d’un geste sec ; Jin les achève d’une rafale de flèches brûlantes sans même se relever.

Il rit. Un rire vrai. Franc.

 

— C’était stylé jusqu’au bout. T’as vu l’explosion derrière moi ? J’me suis presque senti dans un film d’action.

 

Jun s’avance d’un pas vif et l’enlace sans prévenir. Son corps tremble légèrement. Elle se recule aussitôt pour lui coller une tape sèche sur le bras.

 

— Tu m’as fait peur, idiot ! T’as été blessé ?

 

— Hey, tout va bien, t’inquiète, répond-il en se relevant, faisant réapparaître son arc d’un geste fluide.

 

Il balaie l’horizon fracturé, les escaliers impossibles, les tours suspendues, puis revient vers elle avec un sourire en coin, le feu déjà prêt à jaillir de nouveau.

 

— Bon… on est réunis. La fête peut commencer. Prête à foutre un peu le bordel, p’tite sœur ?

 

— Avec toi ? Toujours !!

 

Il désigne une direction plus lointaine, là où se devine une tour instable à l’architecture impossible, pulsant d’une énergie malsaine.

 

— Tu vois son palais, là-bas ? On peut peut-être la rejoindre en trichant à coups de toboggans glacés. Tu gères cette partie. Moi, je dégomme les moches en chemin.

 

Jun hoche la tête, déjà concentrée. La glace se déploie sous leurs pieds, souple, brillante, vivante.

 

— Carrément. Elle va pas nous voir venir.

 

Jin recule d’un pas, vise, tire. Un fléau explose au loin.

 

— Alors go. Et avec un peu de chance… on trouvera du monde en chemin.

 

Jun étire un long ruban de glace dans les airs, serpent gelé suspendu dans le vide. Jin s’élance le premier, arc à la main, flèches ardentes prêtes à partir. Jun suit, glissant avec précision, ses lames de givre surgissant pour briser chaque menace. Ils avancent ensemble. Feu et glace. Deux forces contraires. Parfaitement accordées.


 


Le jeu continue... La suite mardi entre 19h et 22h...

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