Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 22 : Défense et Dérives

1389 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/02/2026 20:47

[ NOTE ]


Écoutez, c'est déjà assez compliqué de gérer un domaine métamorphe et des camarades qui transforment un combat mortel en piste de ski. Si en plus vous débarquez sans avoir lu le chapitre précédent, on ne va pas s'en sortir. Allez rattraper votre retard sur les positions de chacun. - Megumi Fushiguro




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Le plateau est calme, pour un instant. Un calme trompeur, épais, presque irréel. Autour d’Aya, le territoire semble suspendu, comme si le domaine retenait son souffle, comprimant la violence sous une cloche invisible prête à se fissurer.

L’air lui-même paraît figé. Les dalles cessent de vibrer. Même les ombres rampantes se font discrètes, tapies sous la surface comme des prédateurs patients.

 

Gojo se tient droit, toujours en lévitation à quelques mètres du sol. Les yeux clos. Immobile. Mais son aura, elle, n’est pas au repos. Elle ondule lentement, tendue comme un fil prêt à rompre. Une pression sourde se diffuse autour de lui, perceptible même sans énergie maudite.

 

— Je vais tenter de me déplacer pour trouver d’autres personnes…

 

Sa voix est posée, égale. Il ne hausse pas le ton. Il n’en a pas besoin.

Les mots tombent dans l’espace comme une décision déjà prise depuis longtemps.

 

— Les gars, restez en défense… Ne bougez pas de là.

 

Aya serre un peu plus sa peluche sans s’en rendre compte. Elle n’ose pas lever les yeux tout de suite. Elle sent que quelque chose se joue là, même si elle ne saurait pas dire quoi.

 

Souta fronce les sourcils. Il recule d’un pas, comme pour mieux cadrer Gojo dans son champ de vision, comme s’il cherchait à l’ancrer dans le réel.

 

— Refais pas le coup de disparaître…

 

Ce n’est pas une blague. Pas vraiment.

Juste une peur mal déguisée.

 

Megumi, les bras croisés, garde les yeux fixés vers l’horizon fracturé du domaine. Son visage est fermé, mais sa voix reste stable.

 

— Sois prudent.

 

Gojo esquisse un sourire discret. À peine visible. Toujours les paupières closes.

Un sourire qui dit à la fois j’ai entendu et je sais déjà.

 

— Faites-moi confiance.

 

Un souffle d’énergie traverse l’espace. Pas une explosion. Pas une démonstration. Juste une impulsion parfaitement contrôlée. Son corps s’élève encore, plus haut, plus loin, comme s’il glissait entre les couches du domaine sans jamais vraiment les toucher.

 

Aya sent sa présence s’éloigner avant même de ne plus le voir. Une sensation de vide se creuse dans sa poitrine.

Puis il disparaît hors de son champ de perception. Le silence retombe. Pas un vrai silence. Un silence chargé, attentif.

Celui qui précède toujours quelque chose de pire… ou de décisif.

 

Aya reste immobile, le regard fixé sur l’endroit où il se tenait encore une seconde plus tôt. Autour d’elle, Souta et Megumi ne bougent pas non plus. Comme si, malgré eux, ils respectaient une règle tacite : tenir.

Le domaine, lui, attend.

 


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Au sommet du palais, au bord d’une corniche instable, Raku observe. Loin. Au-dessus de tout. Comme une spectatrice assise au dernier rang d’un théâtre en ruines.

 

Sous elle, le domaine se tord et se replie sur lui-même. Les escaliers se déforment, les dalles grincent, les fléaux se font balayer par des forces qu’ils ne comprennent pas. Les toboggans de glace tracent des sillons brillants à travers le plateau, coupant les lignes du jeu qu’elle a patiemment dessinées. Des explosions de feu éclatent. Des cris résonnent. Des ordres fusent. Et au milieu de tout ça… des rires. Bruts. Vivants. Insolents.

 

Son regard glisse lentement d’un point à l’autre. Elle suit une flèche enflammée jusqu’à son impact. Un éclat de glace qui fige trois fléaux d’un coup. Une lance qui perce net. Un fouet qui claque. Une masse qui s’abat. Des shikigamis qui tiennent tête là où ils auraient dû plier.


Ils ne s’éparpillent plus.

Ils se regroupent.

Ils improvisent.

Ils répondent.


Le jeu ne s’effondre pas encore, mais il ne lui obéit plus tout à fait.

 

Raku penche légèrement la tête. Une mèche de cheveux glisse devant son visage. Ses doigts effleurent le bord friable de la corniche, et la pierre se désagrège sous son toucher, avalée par l’ombre en contrebas. Ses lèvres s’étirent lentement. Un sourire fin. Mesuré. Presque imperceptible. Pas de colère. Pas de frustration... De l’intérêt.

 

— …Intéressant.

 

Le mot n’est pas moqueur. Il est sincère, et c’est précisément ce qui le rend dangereux.

Elle reste encore une seconde à observer. Une seule... Comme pour graver l’image : des pions qui refusent de rester à leur place. Un plateau qui grince sous la pression. Une partie qui commence à lui échapper sans encore la menacer.

 

Puis elle se détourne, sans geste inutile, sans éclat. Son corps se fond dans les ombres mouvantes du palais, absorbé par les parois comme si elle n’avait jamais été là.

La corniche reste vide.

Mais l’impression, elle, demeure.

Celle d’un regard qui continue de peser sur le jeu… Et d’une Reine qui n’a pas encore joué son vrai coup.

 


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Dans les hauteurs, Gojo flotte entre deux courants d’air maudit. Rien n’est stable ici. Les flux se croisent, se déchirent, se recomposent sans logique apparente. Le territoire respire mal. Trop vite. Trop fort. Comme un corps fiévreux. Son Sixième Œil reste fermé. Mais il n’est pas aveugle. Il ressent.

 

Une bourrasque glacée lui frôle l’épaule, tranchante comme une lame de verre. Un souffle brûlant remonte aussitôt, chargé de cendres et d’ozone. Plus loin, des impacts. Des vibrations nettes. Des éclats d’énergie qui se superposent sans jamais vraiment s’annuler. Et au milieu de ce chaos sensoriel… des voix.

Des cris.

Des rires.

Trop vivants pour appartenir au Néant.

Puis, distinctement, quelque part en dessous :

 

— YAAAHOOOOO !

 

Gojo entrouvre un œil. Lentement. Comme s’il redoutait presque ce qu’il va confirmer. Il laisse passer une seconde. Puis une autre.

Il soupire. Long. Profond. Presque résigné.

 

— …J’ai rêvé… ou y’a littéralement une rave de fléaux sur piste de ski là-dessous ?

 

Il se penche légèrement dans l’air, incline la tête, ajuste sa perception juste assez pour percer le brouillard. Et il les voit :

 

Jin, incandescent, arc bandé, hurle comme s’il lançait un solo de guitare en plein enfer, des flèches enflammées jaillissant à cadence folle. Jun, juste derrière, trace et maintient un toboggan de glace d’une précision absurde, son pouvoir fluide, tendu, élégant malgré le chaos. Rin, hurle comme une valkyrie, elle brandit sa lance en fendant tout ce qui ose approcher, tandis que Sho saute de virage en virage, fouet claquant, frappant chaque excès d’ombre avec un timing presque musical. Et Panda glisse. Juste… Panda qui glisse.

 

Gojo reste suspendu là, immobile, tête légèrement inclinée, le silence retombé autour de lui comme une pause comique parfaitement placée. Puis il secoue doucement la tête.

 

— J’ai formé des tueurs.

Une respiration.

— …Et j’ai eu des clowns.

 

Mais il ne détourne pas le regard tout de suite. Il observe encore un instant le sillage gelé qu’ils laissent derrière eux, les éclats de feu, la coordination improbable, l’élan collectif qui fissure le jeu même de Raku.

 

Son aura, imperceptiblement, se détend. Et sans un mot de plus, il repart, glisse dans l’air, disparaît entre deux flux instables.

Toujours blasé. Toujours les yeux à moitié clos. Mais cette fois, le sourire en coin ne le quitte plus.





A suivre... Le jeu continuera samedi entre 18h et 21h...

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