Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 23 : Point de convergence

2935 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/02/2026 19:36

Bon, écoutez... L'autrice pensait vous faire attendre jusqu'à demain, mais comme je suis le plus fort, je l'ai convaincue de craquer dès ce soir pour un chapitre ! Avouez que vous ne pouvez rien me refuser, et elle non plus d'ailleurs ! Allez, dévorez ça, c'est cadeau !


Gojo Satoru





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Le silence est relatif sur la dalle centrale. Ce n’est pas l’absence de bruit, c’est une pause fragile, tendue, comme l’inspiration juste avant l’impact. Le domaine retient son souffle. Les fléaux ne sont jamais loin. Ils rôdent en périphérie, tapissent les angles morts, attendent la faille.

 

Gojo est parti. Porté par cette intuition qui le guide quand tout le reste ment. À la recherche des autres. Et autour d’Aya, il ne reste que Souta, Megumi… et cette attente qui pèse.

 

Aya serre sa peluche contre elle, un peu plus fort qu’avant. Ses doigts tremblent malgré elle. Elle essaie de ne pas trop regarder, mais ses yeux suivent quand même. Les corps en mouvement. Les attaques nettes. Les esquives millimétrées. La manière presque cruelle avec laquelle ils s’adaptent, frappent, survivent.

Chaque geste est sûr.

Chaque décision est instinctive.

Et à chaque seconde, la même pensée s’insinue, lourde, poisseuse.

 

(Sans elle… je ne sers à rien.)

(Je ralentis.)

(Je suis un poids.)

 

Un fléau tente une approche trop franche. Souta l’abat d’un mouvement de kunai sec, presque agacé. L’énergie retombe aussitôt. Il essuie le revers de sa manche contre sa joue, puis tourne brièvement la tête.

 

Son regard passe sur Aya.

Puis sur Megumi, dont les yeux se plissent soudain.

 

Megumi scrute l’horizon. Pas tendu. Concentré. Comme s’il essayait de résoudre une équation qui vient de changer.

 

— C’est moi ou… y’a des gens sur un toboggan là-bas ?

 

Souta fronce légèrement les sourcils, suit la direction indiquée.

Aya lève les yeux à son tour.

Au début, ce n’est qu’un mouvement. Une ligne brillante, fluide, qui tranche le chaos du domaine. Puis des silhouettes. Trop rapides. Trop organisées pour être des fléaux.

 

— Oh… oui, murmure-t-elle. On dirait…

 

La phrase n’a pas le temps de finir.

 

— AYAAAAAA ON EST LÀÀÀÀ !

 

La voix claque dans l’air saturé comme un feu d’artifice. Rin est la première à être clairement visible, accrochée à un flux d’énergie gelée, faisant de grands gestes avec sa lance, sans aucune retenue. Jun est juste devant elle, concentrée, les bras tendus, contrôlant la descente avec un sérieux presque trop calme pour la situation. Derrière, Jin tire flèche sur flèche, chaque projectile embrasant les fléaux qui tentent d’approcher. Sho ricane, exalté, profitant de chaque virage. Et Panda glisse, toujours aussi massif, toujours aussi improbable, toujours Panda.

 

Le toboggan ralentit, se stabilise, puis s’arrête net dans un mouvement parfaitement maîtrisé. La glace se fissure et se dissout sans danger. Les quatre atterrissent ensemble, encore chargés d’élan, de souffle, d’adrénaline.

 

— On vous trouve enfin ! annonce Jun en sautant sur la dalle.

 

L’air change immédiatement. Pas parce que les fléaux ont disparu, mais parce que le groupe s’agrandit.

 

Souta les observe une seconde, puis laisse échapper un rictus discret. Megumi hoche la tête, sobre.

 

— C’est un concept qui fonctionne, dit-il. Je valide. Bienvenue à tous.

 

— Cool ! s’exclame Rin sans perdre une seconde. On a récupéré Zenin !

 

Jun claque les bottes au sol, regarde les visages familiers, inspire profondément.

— Ça fait du bien de revoir vos têtes.

Son regard balaie la dalle. Une absence saute vite aux yeux.

— Toge est pas là ?

 

— Gojo est parti en éclaireur, répond Megumi sans détour. Il nous a dit de rester ici.

 

Sho, qui termine d’écraser un fléau un peu trop curieux à coups d’énergie brute, rejoint le groupe en secouant les bras.

— J’adore ton toboggan, Jun ! Sérieux, une œuvre d’art !

Il salue tout le monde d’un geste large, enthousiaste.

— Hey les Zenin ! Aya !

 

Aya sursaute légèrement quand son prénom est prononcé, puis relève la tête. Les voir tous là, debout, vivants, lui serre la poitrine d’un coup.

 

Jun, entendant que Toge manque à l’appel, se mord la lèvre.

 

— J’espère qu’il va bien…

 

Personne ne répond tout de suite.

 

Aya, de son côté, esquisse un sourire timide à l’attention des jumeaux, de Sho, de Panda. Les voir là, entiers, bruyants, presque trop vivants pour ce décor tordu, lui fait du bien. Ça ancre. Ça prouve que tout n’est pas qu’un mauvais rêve. Puis ses yeux croisent ceux de Rin.

Et tout se fige.

 

Rin s’approche sans hésiter, naturelle, familière, ce genre de présence qui, visiblement, a toujours occupé de la place dans la vie d’Aya. Son sourire est large, sincère, presque soulagé.

— Je suis contente que tu ailles bien !

 

Aya recule d’un pas. Pas par peur. Par vertige. Son cœur rate un battement. Sa gorge se serre.

 

— Ho… tu… tu es sûrement Rin…

 

Les mots sortent doucement, maladroits. Comme s’ils n’étaient pas à elle. Elle lance un regard à Souta, puis à Megumi. Elle cherche un appui, une confirmation silencieuse. Eux savent. Leurs visages ne trahissent rien, mais ça suffit : ils savent. Elle, non.

 

Souta, bras croisés, voit le regard d’Aya, et verbalise pour mieux l’orienter, sans perturber Rin.

— C’est cool de voir les premières années réunis comme ça.

 

Aya cligne des yeux.

 

— Ho… première année ? Comme moi… ?

Sa voix est basse, incertaine, comme si même cette information devait être vérifiée avant d’être acceptée.

 

Rin fronce légèrement les sourcils, penche la tête.

— T’as pris un coup sur la tête ou quoi, Aya ?

Elle rit, mais le son accroche. Il manque quelque chose. La légèreté n’est pas complète.

 

Aya baisse les yeux. Ses doigts se crispent autour de la peluche. Elle rassemble son courage, inspire.

— Elle m’a dit… qu’elle m’a fait t’oublier, murmure-t-elle. Je… je ne me souviens pas de toi.

 

Le silence tombe net.

 

Rin s’arrête. Littéralement. Son sourire s’effondre. Son regard se durcit une fraction de seconde, brûlant, dangereux.

— Sérieux… ?

Le mot est craché. La colère affleure, brute.

— Je vais la démonter, cette connasse…

Elle s’interrompt. Inspire. Ravitale ce qui déborde. La douleur, elle la range. Pas maintenant. Pas devant Aya.

 

Panda, sentant la tension, détourne légèrement l’attention en balayant l’horizon d’un œil protecteur.

— Il manque encore pas mal de monde, constate-t-il. Toge, Maki, Yuta, Todo, Nanami… et Gojo maintenant.

 

Jun, déjà dans l’action, pointe la direction opposée avec enthousiasme.

— Je peux tenter d’en trouver d’autres avec le toboggan ! Si le domaine nous laisse faire…

 

Megumi, toujours sur ses gardes, coupe court, pragmatique.

— Gojo lévite. Il va sûrement nous repérer plus vite que prévu.

 

Jun, sentant la gêne, donne une tape amicale sur l’épaule de Megumi.

— Viens sur mon toboggan, toi aussi tu vas léviter, Zenin !

 

— Fushiguro, corrige-t-il aussitôt, sec.

 

Jun s’empresse de relancer, trop vite, trop fort, mais avec de bonnes intentions.

— Hé, hé ! De toute façon, t’as tout du Zenin, et franchement ils sont nuls de laisser le meilleur de côté.

 

Megumi hausse un sourcil, presque imperceptiblement amusé.

— Souta, Maki, moi… On n’est pas vraiment intégrés, en effet.

 

Jun hausse les épaules avec un sourire franc.

— Tant mieux pour nous. Ils passent à côté des meilleurs.

 

Et au milieu de ces voix, de ces liens qui se recollent mal ou trop vite, Aya reste là.

Entourée. Soutenue.

Mais avec un trou au cœur, invisible, douloureux, qui porte le nom de quelqu’un qu’elle sait important… sans savoir pourquoi.

 

Souta, silencieux, continue de repousser les fléaux d’un geste laconique. Pas de cri, pas d’esbroufe. Une frappe nette, une ombre qui se referme, une présence hostile qui s’efface. Autour de lui, le groupe se reforme. Lentement. Mais sûrement. Comme des pièces aimantées qui retrouvent leur place malgré le chaos.

 

Sho, à l’inverse de cerrtains, semble presque… s’épanouir. Son fouet siffle dans l’air avec un claquement sec, tranchant les fléaux à la taille, au cou, parfois en plein bond. Il rit, saute d’une dalle à l’autre, pivote, frappe encore. Chaque mouvement est fluide, instinctif, presque joyeux. Comme si le carnage était une manière très personnelle de dire je suis vivant.

 

— WOOH ! crie-t-il en éclatant un fléau en deux. Sérieux, c’est Noël ou quoi ?!

 

Panda, lui, ne rit pas. Il reste légèrement en retrait, massif, stable, son regard glissant sans cesse sur l’architecture tordue du domaine. Chaque dalle, chaque ombre, chaque vibration est passée au crible. Puis, soudain, il se fige. Il lève une patte massive, paume ouverte.

 

— Là-bas… annonce-t-il. Nanami et Maki. Enfin… je crois.

 

Sho plisse les yeux, cligne plusieurs fois, suit la direction indiquée.

— Ha ouais… j’vois deux silhouettes. L’une a l’air super vénère, l’autre très… très costume-cravate.

 

— C’est eux, confirme Panda.

Puis, plus bas :

— Mais pas de trace de Yuta… ni de Toge.

 

Le nom de Toge laisse un flottement bref. Presque imperceptible. Mais réel. Megumi ne commente pas. Il joint les mains, exécute un mudra précis. L’air grésille. Nuë apparaît dans un tourbillon d’énergie électrique, ailes déployées, regard perçant. Sans attendre, la chouette spectrale s’élance vers le duo encore lointain.

 

— Guide-les jusqu’à nous, murmure Megumi.

 

Sho, fidèle à lui-même, choisit une méthode plus… frontale. Il met ses mains en porte-voix.

 

— HÉÉÉÉÉ HO ! PAR ICI ! ON A DES GENS NORMAUX, DES FLÉAUX À TABASSER ET PAS MAL DE PLACE !

 

Un fléau tente d’en profiter pour surgir. Il n’a pas le temps de comprendre : le fouet le pulvérise dans un éclat d’énergie.

 

Souta, de son côté, forme un nouveau signe. Raven jaillit dans un battement d’ombre, sa silhouette noire fendant l’air avec une précision chirurgicale. Il le regarde s’éloigner une fraction de seconde, puis ajoute, d’une voix basse mais ferme :

 

— Va. Et s’il y a des blessés… emmène Shirosae avec toi.

 

Il tourne la tête vers Aya. Leurs regards se croisent. Pas besoin de longs mots. Juste une question muette.

Aya, un peu en retrait, serre sa peluche contre elle. Son cœur bat trop vite, mais elle inspire, rassemble ce qu’il lui reste de courage, et acquiesce d’un petit mouvement de tête.

Elle lève les yeux vers Shirosae, dont la lumière palpite doucement, presque attentive. Sa voix est un murmure, fragile mais décidé.

 

— Vas-y… Protège-les. Accompagne Raven

 

La créature de lumière bat des ailes et s’élance à la suite de Raven. Deux présences opposées, ombre et clarté, filant ensemble dans le lointain incertain du domaine.

Et derrière elles, sur la dalle centrale, le groupe tient bon. Reconstitué. Pas complet. Mais plus jamais seul.

 

Sur le côté, loin du centre de la dalle, Rin a complètement abandonné toute notion de priorité tactique. Elle est accroupie près du tigre de Souta, les deux mains enfouies dans sa fourrure d’ombre, en train de le papouiller sans la moindre retenue. L’animal, massif, aux crocs capables de fendre un fléau en deux, ronronne sous ses doigts comme un chat de deux cents kilos, les yeux mi-clos, parfaitement heureux.

 

— T’es plus mignon que ton maître, toi, lâche-t-elle avec un rire franc.

 

Le tigre pousse un grondement satisfait, presque fier.

 

Souta, un peu plus loin, roule des yeux puis fixe Tora.

 

— Traître, marmonne-t-il. T’as juré fidélité y a une heure.

 

Aya s’approche timidement. Elle hésite une seconde, puis tend la main. Quand ses doigts effleurent la fourrure tiède, le tigre penche légèrement la tête vers elle, docile. Elle sourit, soulagée.

 

— Il est resté avec moi… dit-elle doucement. Il est gentil…

 

Le tigre renifle sa peluche, puis se cale un peu plus près d’elle, comme pour confirmer.

 

D’un coup… Un vrombissement d’air coupe court au moment. Une rafale d’énergie balaie la dalle. Nuë surgit au-dessus d’eux, ailes déployées, transportant deux silhouettes accrochées à son plumage électrique. La chouette amorce une descente nette et maîtrisée.

 

Maki saute la première, atterrit avec son aplomb habituel, genoux fléchis, déjà droite avant même que la poussière ne retombe.

 

— Ah bah purée… c’est pas trop tôt !

 

Elle jette un regard circulaire, rapide, efficace. Les visages. Les présences. Les absents aussi. Mais elle souffle quand même.

 

Nanami descend juste après. Plus posé. Il ajuste son équilibre, puis lisse machinalement sa veste, remet correctement ses lunettes et balaye le groupe d’un regard professionnel.

 

— Tout le monde va bien, constate-t-il. Parfait.

 

Panda ne lui laisse pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Il bondit en avant et attrape Maki dans une étreinte massive, la soulevant presque du sol.

 

— Tu vas bien ?! Sérieux, j’ai cru qu’on allait tourner en rond jusqu’à la fin du monde !

 

Maki grogne, mais ne se dégage pas tout de suite.

— Lâche-moi, gros tas… Mais ouais. Ça va.

 

Aya observe la scène à distance, un sourire doux étirant ses lèvres sans qu’elle s’en rende compte.

— Vous allez bien…

 

Rin, elle, ne tient pas en place. Elle lâche le tigre à contrecœur et court vers eux, un grand sourire aux lèvres.

 

— Yaaah, Maki ! Trop contente de te revoir ! Et toi aussi, Nanami sensei !

Elle leur fait presque une accolade collective, débordante d’énergie.

 

Sho lève le bras bien haut, comme s’il cochait une liste invisible.

— On est presque tous là !

 

Le mot « presque » reste suspendu dans l’air. Mais pour la première fois depuis longtemps, il ne pèse pas autant. Le groupe est là. Réuni. Essoufflé. Cabossé. Mais debout.

 

Souta se décale d’un demi-pas, juste assez pour que sa voix ne porte qu’à une seule personne. Il se penche légèrement vers Megumi, sans quitter le champ de vision déformé devant eux. Sa voix est basse, serrée, chargée d’une intuition qui refuse de se taire.

 

{Y’a que moi qui trouve que ça pue ? Elle nous laisse nous regrouper comme ça… alors qu’elle voit tout.}

 

Megumi ne tourne même pas la tête. Son regard reste fixé sur les lignes mouvantes du domaine, sur les dalles qui respirent presque sous leurs pieds. Il répond sans hésiter, le ton plat mais tendu.

 

{Non. Moi aussi. Ça ne lui ressemble pas. Soit elle prépare quelque chose… soit elle nous attire là où elle veut.}

Un silence bref, dense.

{On reste vigilants. Pas de relâchement. Pas maintenant.}

 

Panda s’approche à son tour, l’air sérieux, bien loin de son habituel entrain tonitruant. Il regarde le groupe réuni, puis compte mentalement. Ses sourcils se froncent.

 

— Il reste Todo, Yuta, Toge… et Gojo.

 

Souta expire lentement par le nez, les bras croisés.

— Gojo, ça compte pas vraiment, lâche-t-il. Il était encore là y a quelques minutes. S’il est pas avec nous, c’est qu’il a choisi de pas l’être.

 

Aya, un peu en retrait, fixe l’horizon là où Raven et Shirosae ont disparu. Ses doigts se crispent autour de la peluche, comme si elle essayait de retenir quelque chose d’invisible.

— J’espère que Yuta va bien…

 

Elle ferme les yeux un instant. Cherche. Écoute. Le lien est ténu, fragile, mais présent. Quand elle rouvre les paupières, son regard est plus sombre.

 

— Ils les ont pas encore trouvés…

 

Souta relève légèrement la tête. Son attention se déplace, intérieure, suivant l’écho familier de son shikigami. Un frisson parcourt son dos.

— J’ai l’impression qu’ils se rapprochent de Gojo…

 

Personne ne répond tout de suite.

 

Au-dessus d’eux, dans l’immensité mouvante du domaine, l’air vibre. Une tension sourde s’installe, presque imperceptible, comme si plusieurs trajectoires invisibles commençaient à s’aligner.

La convergence se prépare.


La suite comme prévu initialement, demain... Avec deux autres chapitres ... :)

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