Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte
Chapitre 33 : Le Pont des Cendres et de l'Éveil
1074 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 15/02/2026 20:55
[ Note ]
Ne vous perdez pas bêtement. Repartez en arrière, lisez chaque ligne du chapitre 32, et seulement ensuite, revenez nous aider à sortir de cet enfer. On ne laisse personne derrière. Mais pour ça, il faut que vous sachiez exactement contre quoi on se bat. - Megumi Fushiguro
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Le couloir de verre se resserre derrière elle, les parois prismatiques se rapprochant dans un grincement de dents minéral, comme une mâchoire muette prête à broyer l’intruse. L’air est devenu une substance lourde, épaisse, saturée de cette pulsation sourde qui fait vibrer le Palais depuis son arrivée. À chaque pas, le silence se densifie jusqu’à devenir une pression physique contre ses tympans. Même sa propre respiration semble étrangère, un écho décalé qui ne lui appartient plus.
La voix de Shirosae résonne au creux de son crâne, plus faible, tel un scintillement mourant, mais portée par une volonté d'acier :
{Ne doute pas, Aya. Le néant n'est qu'un prédateur qui attend que tu flanches. Ignore-le. Ton sang est plus ancien que ce palais. Avance.}
Aya hoche doucement la tête, ses lèvres remuant sans bruit pour ancrer les mots dans la réalité froide du verre.
— J’avance… murmure-t-elle. Je n'ai plus nulle part où reculer de toute façon.
Ses mains tremblent, mais elle serre les poings si fort que ses ongles s'enfoncent dans sa chair. Elle franchit un pas, puis un autre. Au loin, une lumière vacille, une lueur instable qui semble glisser hors d’un rêve malade. Une silhouette approche, glissant sur le sol sans faire le moindre bruit. Elle s’arrête, le souffle court, le cœur tambourinant contre ses côtes.
— Montre-toi ! hurle-t-elle, sa voix se brisant sous la tension. Arrête de te cacher !
Ses mains se lèvent devant elle, bouclier dérisoire contre l'immensité du domaine. Et alors… elle apparaît.
Une silhouette née de la fusion de l’ombre et de la lumière morte. Une version d’Aya, mais altérée. Plus grande, plus droite, les traits figés dans une perfection de porcelaine inquiétante. Une couronne de flammes noires, froides et tranchantes, ceint sa tête, et ses yeux… ses yeux ne sont que deux puits de jais, des abîmes sans fond où l'espoir va mourir. Le Reflet-Aya avance d’un pas fluide, presque majestueux.
— Tu parles de courage, mais tes genoux disent le contraire, murmure-t-elle. Sa voix est le miroir parfait de celle d'Aya, mais dénuée de toute humanité. Tu veux protéger ceux qui t'entourent, mais tu n'es qu'une enfant qui a peur du noir.
Elle tend une main pâle. La paume est ouverte, une invitation déguisée en délivrance.
— Donne-moi ta peur, Aya. Donne-moi tes souvenirs douloureux, tes doutes, tes larmes… et je te laisserai avancer dans la paix de l'oubli. Tu ne souffriras plus. Jamais.
Aya recule d’un pas, le vertige la prenant. La tentation est là, sucrée comme un poison. Ne plus rien ressentir. Ne plus avoir mal. Les paroles de Shirosae reviennent alors, martelées comme un mantra :
{Le néant veut te faire flancher.}
Elle secoue la tête, les yeux brillants de larmes et de défi.
— Non ! Je ne te donnerai rien ! Ma peur est à moi. Ma douleur aussi. C'est ce qui fait que je suis en vie !
Ses bras se tendent, chaque muscle verrouillé dans un élan de refus viscéral.
— Disparais de ma vue !
Mais le reflet ne recule pas. Il éclate d'un rire sans joie, un son de verre pilé.
— Tu ne peux rien donner… parce que tu n’as rien de réel, petite chose. Tu n'es qu'une ombre accidentelle dans la vie de ces exorcistes. Crois-tu vraiment qu'ils tiennent à toi ?
Le reflet s'approche, son souffle glacial effleurant le visage d'Aya.
— Même eux… Satoru, Souta, Megumi… ils finiront par t’oublier. Tu seras un nom sur une tombe qu'ils ne visiteront plus. Je vais t’aider à redevenir ce que tu as toujours été avant Shirosae… rien.
Sous les pieds d’Aya, le sol miroite de reflets malsains. Une pulsation noire surgit, comme une marée montante d'encre corrosive. L’oubli rampe autour de ses chevilles, lourd, poisseux, cherchant à l'ancrer au sol. Le reflet sourit, lève lentement la main, une vrille d’ombre se formant au bout de ses doigts.
Aya recule encore, cherchant de l'air, ses yeux parcourant ses propres mains avec un désespoir déchirant.
— Non ! Tu ne m’auras pas !
Elle serre les poings, ferme les yeux et appelle tout ce qu'elle possède : ses souvenirs de Souta, l'odeur du thé avec Gojo, le silence rassurant de Megumi. Elle appelle Shirosae. Et soudain…
Le feu jaillit.
Noir. Instable. Brûlant d'une rage contenue. Une flamme vive éclate entre ses doigts, dévorant l'ombre environnante. Aya rouvre les yeux, la pupille dilatée par la puissance qui s'échappe de ses paumes.
La voix de Raku résonne alors dans tout le vestibule, acide et grinçante :
— Tu voles ce qui ne t’appartient pas, gamine ! Ce pouvoir est une souillure !
Mais la voix de Shirosae la recouvre, souveraine :
{Non, Aya… Tu ne voles rien. Tu reprends ce qui t'a été arraché. Brise le miroir !}
Le sol craque sous ses pieds. Le feu s’intensifie, gagne en consistance. Les ombres reculent, hurlant en silence. Une pensée surgit alors, claire comme un cri dans la nuit, la voix de Souta, quelque part au-delà des murs :
— (Lâche rien, Aya ! Je sens ton énergie ! On est presque là !)
Une lumière s’allume à ses pieds. Un chemin. Un pont de flammes noires et d’éclats bleus, tissé dans le vide absolu, s’ouvre devant elle. Le reflet recule, le visage tordu par une grimace d’échec, s'effritant comme de la cendre sous la chaleur.
Aya fixe l'horizon. Elle est tremblante, épuisée, mais elle est debout.
— J’avance… et je ne m'arrêterai plus.
Elle pose un pied sur le pont de lumière sombre. Chaque pas est une promesse vers la sortie, vers ceux qu'elle aime, vers la vérité de qui elle est...
La suite mardi entre 18h30 et 22h...