Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 34 : Le Centre de l’Oubli

1081 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/02/2026 18:04

Les pas de Gojo résonnent dans le vide. Il avance les yeux clos, mais son visage n'est plus un masque de marbre. Ses traits sont tirés, marqués par une fatigue qui n'est pas physique, mais celle d'un homme qui voit le destin s'acharner sur ceux qu'il aime. Chaque pas est un écho sourd. Chaque battement de son cœur, une prière muette pour qu'Aya tienne encore un peu.

 

{Elle aurait pu l’éteindre…} songe-t-il, une amertume acide lui montant à la gorge. {Raku aurait pu l'effacer en un instant. Et pourtant… elle l'a laissée.}

 

Il s’arrête, serrant les dents si fort que sa mâchoire en tremble. Ce n'est pas de la stratégie qu'il voit, c'est une cruauté qui le révolte.

 

{Non… ce n’est pas de la négligence. Raku joue avec elle. Elle attend qu’Aya s’épuise, qu’elle perde pied dans ce labyrinthe pour mieux la cueillir.}

 

Ses poings se referment, le tissu de ses manches craque. L'idée de ce qui se prépare lui donne envie de tout raser autour de lui.

 

{Elle veut qu’Aya accepte la fusion par désespoir. Et si ma gamine cède… si elle lâche prise ne serait-ce qu'une seconde… alors Raku va la scellée en elle. C'est ça, le vrai but du pacte. Aya n'est pas une élue, c'est une condamnée. Elle est née pour porter ce fardeau, pour devenir la prison d'un monstre.}

 

Il rouvre un œil, et cette fois, l'azur est brouillé par une colère sourde.

 

{Donc… si Raku inverse le lien… elle ne fera pas que briser ses chaînes. Elle dévorera tout ce qu'Aya est et n’aura plus de limite. Elle l'utilisera comme une simple clé, comme un visage de plus dans sa collection.}

 

Il reste figé, le regard dur, mais son souffle est court, haché par l'angoisse.

 

{Elle engloutira tout. Sa mémoire. Son nom. Tout ce qui fait qu'elle est "elle".}

 

Une inspiration longue, tremblante. Un murmure qui ressemble à un serment :

 

{Ce n’est plus une guerre. C’est un duel d’âmes. Et je ne laisserai pas ce palais lui voler sa vie.}

 

Le constat final tombe, comme un aveu résigné, mais aussi comme une promesse de fer.

 

{Aya n’a pas le droit de perdre. Et moi… je n’ai pas le droit de la laisser seule là-dedans une seconde de plus. Mais… Pour que tout le monde survive… Elle doit accepter son rôle…}

 

Il se remet en marche, et cette fois, il ne court pas seulement pour gagner, il court pour la sauver.


 

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Fragment Aya : Le Sanctuaire du Damier


 

Elle court. Ses poumons brûlent, chaque inspiration est une griffure d'air glacé, mais elle ne ralentit pas. L’écho de la voix de Souta vibre encore dans les parois de son cœur, une fréquence familière qui traverse les strates du palais comme un signal de détresse et d'espoir.

 

— J’arrive... murmure-t-elle pour elle-même, comme pour donner une forme physique à sa volonté.

 

Le couloir de verre finit par s'évaser, perdant sa structure étouffante. Des veines de lumière noire, visqueuses et électriques, serpentent désormais au sol. Elles dansent doucement autour de ses pas, s'écartant sur son passage avec une sorte de révérence instinctive, comme si l’espace lui-même reconnaissait enfin la légitimité de sa présence. Elle n'est plus une intruse ; elle devient une part du domaine.

 

— Accrochez-vous… Je suis là…

 

Une chaleur familière, presque maternelle, la frôle de l'intérieur. Shirosae murmure en elle, et pour la première fois, Aya y perçoit une nuance de fierté pure, dépouillée de toute crainte :


{Tu deviens ce que tu devais être, Aya… L’enfant qui ne craint plus l’ombre, mais qui la commande, comme la lumière.}

 

Et alors, dans un craquement sourd, le monde s’écarte. Le couloir se déchire en un souffle de poussière d'étoiles noires et laisse place à une vaste salle, une cathédrale de silence où la tension est si forte qu'elle semble pouvoir être touchée du doigt. C’est un lieu hors du temps, une bulle de réalité suspendue au-dessus du gouffre.

 

Un damier titanesque s’étale sous ses pieds, un quadrillage noir et ivoire qui s'étend à perte de vue dans une rigueur géométrique effrayante. Au fond, trônant sur un socle d’obsidienne taillé dans la roche même du néant, un siège se dresse. Il est vide de corps, mais chargé d’une présence écrasante, une masse de pouvoir invisible qui pèse sur les épaules d'Aya comme le poids du ciel.

 

Autour du trône, des piliers brisés pointent vers un plafond inexistant, des doigts de pierre cherchant un firmament disparu. Les murs ne sont qu'un tourbillon de miroirs tordus, saturés de reflets qui ne suivent plus ses mouvements. Des milliers de "Aya" la regardent depuis les parois, certaines pleurant, d'autres souriant, d'autres encore restant parfaitement immobiles. L’air frémit sous l'effet d'une distorsion constante.

 

Le néant gronde, un bruit de fond sourd qui vient des entrailles du sol. Aya franchit le seuil, ses pas résonnant avec une clarté solitaire sur les carreaux glacés. Chaque choc de sa botte sur le damier est un défi lancé au silence. La voix de Shirosae glisse, suave et grave, dans son esprit :

 

{Le cœur du piège… Le centre de l’oubli. C’est ici que les noms s'effacent pour toujours. C'est ici que tout se joue.}

 

Aya s’arrête une seconde, le temps de stabiliser ses mains qui, malgré tout, cherchent encore un point d'appui. Puis, sans détourner le regard de ce trône qui semble l'appeler, elle avance. Chaque pas est plus lourd que le précédent, comme si la gravité elle-même refusait qu'elle s'approche du centre du pouvoir de Raku. L'air devient épais, presque liquide. Mais elle ne vacille pas. Ses épaules restent droites, son regard fixé sur l'obsidienne. Cette fois. Elle n'est plus la gamine qu'on déplace comme un pion ; elle est celle qui entre sur le plateau de jeu pour renverser la Reine.


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