Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 35 : La Vérité du Pacte

2258 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/02/2026 18:12

[ NOTE ]



Hé, reste concentré. On publie par deux, alors ne fais pas l'amateur : si tu fonces dans la salle du trône sans avoir lu ce qui se passe juste avant, tu vas être aussi paumé qu'un fléau face à mon Infini. - Gojo Satoru





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Le silence du palais est désormais une substance épaisse, presque solide, qui semble suspendre le souffle de l’oubli lui-même. Sur le damier monumental, les carreaux d’ivoire et d’ombre luisent d'un éclat maladif, reflétant la tension électrique des quatre silhouettes qui convergent enfin vers le centre du piège.

 

Gojo apparaît le premier. Il ne surgit pas avec son habituelle désinvolture ; il s'extrait d'un couloir sinueux dont les parois de verre se liquéfient à son passage. Bien qu'il garde les yeux clos, l’onde de sa présence sature la pièce, faisant vibrer les piliers d'obsidienne. Son Sixième Sens scanne les failles, l’équilibre brisé du domaine, et surtout, cette petite silhouette solitaire qui fait face au trône vide.

 

— T’as été plus rapide que moi, petite... murmure-t-il.

 

Sa voix est calme, mais elle porte une vibration de soulagement qu'il ne peut tout à fait masquer. Il ne l'appelle pas par son nom, mais l'inflexion est celle d'un tuteur qui retrouve sa protégée saine et sauve après l'avoir crue perdue dans le néant.

 

D’autres pas, plus lourds, plus humains, résonnent sur le marbre froid. Megumi surgit par la gauche, une silhouette sombre et déterminée dont les vêtements portent encore les stigmates de son duel contre le passé.

Presque simultanément, Souta déboule par l’autre flanc. Il est haletant, ses cheveux en bataille, le visage marqué par l'effort et la fureur d’avoir maintenau le lien avec son shikigami, mais ses yeux s'illuminent dès qu'ils se posent sur Aya. Sa main est fermement refermée sur quelque chose.

 

Aya se fige. Elle recule d'un pas, les bras à demi levés, la flamme noire frémissant encore au bout de ses doigts. Le regard qu'elle leur lance est voilé par une méfiance déchirante ; elle a vu trop de reflets, trop de mensonges. Sa voix n'est qu'un souffle étranglé par la peur qui lui noue la gorge :

 

— Vous… vous êtes vraiment là ? Ou c'est encore le palais qui joue avec moi ?

 

Souta s'avance, brisant le protocole de prudence que Megumi tente d'instaurer d'un geste de la main. Il marche lentement, pour ne pas l'effrayer, et ouvre ses doigts. Dans sa paume repose la petite peluche, un peu poussiéreuse, mais terriblement réelle.

 

— Ça serait pousser l’illusion un peu loin, même pour cet endroit de fous, dit-il avec un sourire fatigué mais sincère. Tu l’as fait tomber quand la lame a jailli. Je l'ai gardée pour toi.

 

Aya baisse les yeux vers l’objet. Elle hésite, ses doigts effleurant le tissu avant de le récupérer doucement. Le contact physique avec la peluche, cette ancre de réalité, semble briser le dernier sortilège qui l'isolait.

 

— C’est la tienne, tu sais… murmure-t-elle en serrant l'objet contre elle, comme pour s'excuser de l'avoir abandonné. Merci, Souta.

 

Elle lève enfin les yeux vers eux. Ils sont là. Megumi, aux aguets ; Souta, prêt à tout pour la protéger ; et Gojo, dont la silhouette protectrice semble soudain immense. Vivants. Vrais. La chaleur de leur présence dissipe le froid spectral de la salle.

 

— Je suis tellement soulagée de vous voir... Sa voix tremble, mais cette fois, c'est de gratitude.

 

Megumi, dont le regard ne cesse de scruter les angles morts de la salle, finit par laisser tomber ses épaules, un instant seulement, avant de reporter son attention sur le décor.

 

— Encore un échiquier… murmure-t-il d'un ton acide, ses yeux noirs parcourant le quadrillage infini. Formidable. Comme si on n'était pas déjà assez manipulés comme ça.

 

L’atmosphère se fige, plus glaciale encore que le cristal noir du palais. L’attention du groupe se cristallise sur Gojo. Il s'est tourné vers eux, et pour la première fois, la légèreté n'est même plus un souvenir sur son visage. Ses traits sont sculptés dans une détermination qui confine à la cruauté.

 

— J’ai compris ce que Raku cherche réellement… lâche-t-il, sa voix résonnant sans aucun écho.

 

Aya relève la tête, ses doigts serrant convulsivement sa peluche contre sa poitrine. Elle sent le poids des regards, celui de Shirosae qui s’agite en elle, et celui, implacable, de Satoru.

 

— Elle veut quoi ? demande-t-elle, le cœur battant à tout rompre.

 

Gojo garde le silence, un bref instant qui semble durer une éternité. Puis, avec une lenteur calculée, il assène la vérité :

 

— Elle veut t’absober, Aya. Elle veut inverser le flux du pacte : te contenir, t'étouffer de l'intérieur pour que ton existence devienne la sienne. Si elle y parvient, elle efface le pacte, elle s'approprie ta lignée et elle devient intouchable… Puis… elle effacera le monde tel qu’on le connait aujourd’hui…

 

Il ouvre les yeux et plante son regard dans le sien, une intensité azur qui semble lire jusque dans ses cellules.

 

— Mais le lien fonctionne dans les deux sens, Aya. Si c’est toi qui l’absorbes... si c'est toi qui la contiens... alors c’est fini pour elle. Elle sera verrouillée à jamais. C’est ton rôle… Je l’ai compris.

 

Un frisson tellurique traverse l’air, faisant vibrer les dalles du damier. Souta s’avance d’un pas brusque, s'interposant presque entre Gojo et la jeune fille. Ses poings se crispent au point que ses jointures craquent bruyamment.

 

— Tu proposes quoi, exactement ? rugit-il, la voix tremblante de rage. Qu’elle serve de cage à ce monstre ?! Qu'elle passe le reste de sa vie avec cette chose dans le ventre ?!

Gojo ne cille pas. Il reste d'une immobilité de statue, dominant la scène de sa stature imposante.

 

— C’est soit elle qui se sacrifie pour devenir cette prison… soit c'est nous tous, et le reste du monde avec nous, qui finissons par être effacés.

 

Aya recule à peine, le visage livide, le souffle court. Les mots de Gojo la frappent comme des coups physiques.

 

— Quoi ?... Que je... que je la contienne ? murmure-t-elle, les yeux écarquillés par l'horreur de la perspective.

 

Megumi, resté en retrait, serre les poings à s'en faire saigner les paumes. Son regard passe de Gojo à Aya, chargé d'une amertume qu'il ne cherche plus à cacher.

 

— Elle ne survivra peut-être pas au processus, Satoru... Tu y as pensé ? L'énergie de Raku est une infection. Si Aya essaie de l'enfermer, elle risque de se consumer de l'intérieur en quelques secondes.

 

Gojo ne détourne pas le regard de l’adolescente. Il ne cherche pas à adoucir la vérité, il ne cherche pas à la rassurer avec des mensonges.

 

— Aya est le pacte incarné. Elle a été forgée, génération après génération, pour ce moment précis. Si quelqu’un dans cette dimension peut tenir le choc et ne pas voler en éclats, c’est elle. Elle seule a la structure d'âme nécessaire.

 

— C’est pas une réponse ! lâche Souta, faisant un pas de plus vers Gojo, prêt à le bousculer s'il le faut. Tu parles d'elle comme d'un outil ! Tu veux qu’elle se sacrifie, c’est ça ton idée de génie ? On est venus la sauver, pas la transformer en cercueil vivant !

 

Gojo baisse enfin les yeux vers Souta. Son regard est d'une tristesse infinie, mais sa voix reste un couperet de fer :

 

— Je veux qu’on gagne, Souta. Et je veux qu'elle vive. Mais dans ce palais, le prix de la vie est parfois plus lourd que celui de la mort.

 

Aya regarde ses mains, puis le trône vide. Elle sent le feu noir palpiter dans ses veines. La décision qui l'attend est un abîme.

 

Souta s'avance, ses yeux ne sont plus seulement sombres, ils brûlent d’une colère contenue, une flamme alimentée par le dégoût de voir l'histoire se répéter.

 

— Non, Satoru. Arrête tes conneries, crache-t-il, la voix rauque. Tu ne fais que revivre ton erreur. Tu veux encore placer le poids du monde sur les épaules d’une ado parce que tu n'as pas trouvé d'autre issue !

 

Il se détourne brusquement du plus fort des exorcistes pour faire face à Aya. Son expression change instantanément, devenant plus douce, empreinte d'une urgence presque désespérée. Il se met à sa hauteur, cherchant à capter son regard.

 

— Aya, écoute-moi. T’es pas obligée de faire ça. T'es pas un sceau, t'es pas un objet. C’est à toi de choisir ce que tu veux être. Pas à lui, pas au destin, pas à ton nom.

 

Aya serre sa peluche contre elle jusqu’à s’en faire mal aux bras. Les voix de ces hommes qu’elle admire résonnent entre les piliers d’obsidienne comme des coups de tonnerre. Les regards la brûlent, chacun porteur d'une attente différente. Mais au milieu de ce chaos, une logique innocente, pure et brutale, s'impose à elle.

 

— Mais pourquoi on ne peut pas simplement la détruire ? demande-t-elle, sa voix tremblante mais perçante. Si elle est si mauvaise, si elle fait tant de mal... pourquoi on ne la tue pas, tout simplement ?

 

Gojo soupire. Un bruit las, qui semble porter la fatigue de siècles de luttes occultes.

 

— Parce que le néant ne se détruit pas, Aya, répond-il avec une solennité qui glace le sang. On ne tue pas un vide. On ne poignarde pas une absence. Le néant, ça ne meurt pas... ça se referme. Ça se contient.

 

Il s’approche d'elle, ses pas ne faisant aucun bruit sur le damier. Son regard est d’une gravité insondable, dépourvu de sa morgue habituelle. Son ton est bas, mais porté par une vérité indiscutable qui semble vibrer dans la moelle des os de chacun.

 

— Raku est l'oubli incarné. Si tu essaies de la briser, elle s'éparpillera dans l'esprit de chaque être humain, et tout ce qui a été un jour aimé disparaîtra à jamais, tout autant que la haine. Et toi… avec Shirosae en toi… tu es le seul contrepoids. La seule capable de l’équilibrer sans être totalement dévorée.

 

Le silence s’épaissit, étouffant, comme si le Palais lui-même attendait la sentence. Souta secoue la tête, le visage décomposé par un mélange de choc et de révolte.

 

— C’est pas une réponse, Satoru ! C’est une condamnation à perpétuité ! Tu lui demandes de devenir une prisonnière de son propre corps !

 

Gojo baisse les yeux un instant, laissant l'ombre de ses cils masquer l'éclat de ses yeux. Puis, d'une voix plus calme, presque murmurée :

 

— Non. Ce n'est pas une condamnation si elle l'accepte. C’est un choix. Le sien. Et c'est le seul qui compte désormais.


Tous les regards convergent vers elle, pesants, chargés d'une attente presque insoutenable. Aya est le centre de gravité de cet univers en train de s'effondrer. Elle tremble de tout son corps, ses petites mains agrippées au tissu de sa peluche comme à une bouée de sauvetage au milieu d'un océan d'encre.


Elle regarde Souta, dont le visage est déformé par une douleur protectrice, puis elle tourne les yeux vers Gojo, dont les épaules semblent porter tout le poids du destin. Enfin, elle pivote lentement vers le trône d'obsidienne, là-haut, qui trône comme une gueule ouverte prête à l'engloutir. Elle scrute les reflets sombres de la pierre, comme si la réponse y était gravée en lettres de sang et d'oubli.

 

— Je... Je dois le faire, c’est ça ? murmure-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un fil ténu, prêt à rompre. Il n'y a personne d'autre... juste moi.

 

Le silence qui suit est un battement de cœur suspendu, une seconde d'éternité où le temps lui-même semble retenir son souffle. Le Palais cesse de grincer. Les reflets se figent. Même l'énergie maudite qui crépite autour de Gojo semble s'apaiser pour la laisser parler.

 

Elle relève lentement les yeux vers eux. Son visage est livide, mais ses traits ont une netteté nouvelle, une clarté que seule la terreur absolue peut apporter. Elle pose la question que personne n'osait formuler tout haut, celle qui hante le regard de Souta et assombrit celui de Megumi.

 

— Et si je meurs ?... demande-t-elle dans un souffle. Si je ne suis pas assez forte pour la contenir et que je disparais... qu'est-ce qui se passera pour vous ?

 

Sa voix ne tremble plus autant. C’est la question d’une enfant de quinze ans qui a compris qu’elle pourrait ne jamais devenir grande. Elle ne demande pas si elle souffrira, elle demande ce qu'il adviendra de ceux qu'elle aime si elle échoue à être leur verrou.



La suite jeudi entre 20h30 et 22h.... L'étau se ressert...

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