Le Revers de L'Infini - Tome 5 (final) : Le Pacte

Chapitre 39 : Les Portes de l'Oubli

1163 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 21/02/2026 17:49

[NOTE]


Restez concentrés. On publie par deux, et ce n'est pas pour rien. Si vous sautez le chapitre précédent "La Danse Macabre", vous allez rater l'instant exact où Kurosae tombe et où le sort d'Aya bascule. - Megumi Fushiguro









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Une onde. Silencieuse, sèche, invisible. Ce n'est pas une explosion de puissance, mais une implosion de réalité. L'espace entre Aya et Raku se contracte une dernière fois avant de s'effacer totalement. Aya chancelle, ses yeux s'éteignant comme des bougies soufflées, puis elle s’effondre sans un mot. C'est une chute qui semble durer une éternité. Son corps heurte le sol glacé lentement, presque avec grâce, mais le fracas psychique de ce contact se fait dans les cœurs de ceux qui restent. Comme si, en absorbant le Néant, elle avait emporté avec elle une partie de leur propre vie.


Gojo ne bouge pas. Sa haute silhouette se découpe contre les ruines du palais qui finit de se consumer. Son regard reste fixé sur elle, d'une fixité millimétrée, analytique, comme s’il calculait déjà chaque seconde, chaque battement de cœur de ce qui allait suivre. Sous ce masque de marbre, ses Six Yeux perçoivent l'invisible : le pacte qui se scelle, le monstre qui se tait enfin dans la cage de chair de la jeune fille.


Souta se redresse d’un coup, les yeux écarquillés, injectés de sang et de larmes. Son souffle se bloque dans sa gorge, un poids de fer lui écrasant les poumons. Le monde extérieur n'existe plus. Il n’entend plus les décombres qui tombent, ne voit plus Megumi. Il ne voit que le corps inerte d’Aya, étendue là où une déesse vient de mourir.


— T’avais pas le droit... murmure-t-il, sa voix tremblante de rage pure.


Il forme un mudra. Le geste est vif, désespéré, presque sauvage. Il veut briser le destin, il veut forcer le retour d’Aya. L’air explose en une spirale d'énergie instable. Kagenryū surgit une fraction de seconde, une tête de faucon spectrale qui hurle à la lune absente, puis se dissipe dans un sifflement de vapeur. Juste une ombre. Un souvenir trop lourd pour un jeune homme brisé. Ses mains retombent, vides, et ce renoncement forcé de son énergie occulte est plus douloureux qu'une brûlure. Souta serre les poings à s'en faire saigner les paumes. Il tremble de tous ses membres, une vibration qui semble venir de ses os mêmes.


— T’avais pas le droit… !


Il se jette sur Gojo. Sans penser. Sans technique. Juste le cœur en feu et la douleur comme seul moteur. Un coup. Un deuxième. Ses poings claquent sourdement contre le torse du plus grand, des impacts sans force, presque dérisoires, comme ceux d'un enfant qui se bat contre l'océan. Mais Gojo reste droit, immobile comme un pilier de temple. Il n'utilise pas l'Infini. Il laisse les coups pleuvoir. Il ne pare pas. Il ne réplique pas. Il accepte chaque gramme de cette haine, car il sait qu'elle est légitime.


Souta finit par s'effondrer contre lui, sa force l'abandonnant d'un coup. Ce n'est pas une chute, c'est un glissement, comme si ses muscles avaient oublié comment le porter. Il s'agrippe au manteau blanc de Gojo, ses doigts s'enfonçant dans le tissu avec la force du désespoir, le visage enfoui contre son épaule pour cacher ses larmes. Sa voix se brise dans un souffle rauque, un aveu de défaite totale :


— Je te déteste… Satoru… Je te déteste tellement…


Un silence de plomb retombe sur les ruines. À quelques mètres, Megumi est pétrifié. Il détourne brusquement les yeux, ses doigts se crispant sur le revers de sa manche. Voir Souta ainsi, brisé, et Gojo, dépouillé de son arrogance, lui procure une sensation de vertige insupportable. Son instinct lui hurle de bouger, de faire quelque chose, de poser une main sur l'épaule de son cousin ou d'aider Gojo, mais ses pieds semblent enracinés dans les débris du damier. La gorge nouée par un malaise viscéral, il se sent comme un intrus dans un sanctuaire profané. Il fixe un éclat de miroir au sol, incapable de supporter la vue de cette étreinte désespérée. Il ne sait pas gérer les larmes, encore moins celles des hommes qu'il croyait invincibles.


Puis, lentement, des bras se referment autour de Souta. C'est un geste d'une retenue immense, presque maladroit dans sa tendresse. Gojo serre le jeune homme contre lui, offrant la seule chose qu'il possède encore : sa présence. Gojo, dans un murmure à peine audible, une confession que seul Souta peut cueillir :


— Je sais. …Mais je reste. {Moi aussi, j’aurais voulu que quelqu’un reste… quand j'avais ton âge....}


 

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Pendant ce temps…

 

Le fracas du Palais de l'Oubli s'est éteint, remplacé par un silence d'une densité absolue. Ici, le temps n'a plus de prise, l'espace n'a plus de nom.

 

Un souffle d’air passe sur son visage, mais c'est un vent sans source, une caresse immatérielle. Autour d'elle, une lumière blanche, nue et d'une pureté aveuglante, s'étend à l'infini. Il n'y a pas d'ombre, car il n'y a pas d'obstacle. Pas de plafond vers lequel lever les yeux, pas de sol sous ses pieds, pas de murs pour limiter sa vue. Juste cet espace. Suspendu entre ce qui était et ce qui sera.

Et là, au milieu de cet éther immaculé, Aya.

 

Elle flotte, ou peut-être marche-t-elle, elle ne saurait le dire. La notion même de mouvement semble absurde quand rien n'est défini. Ses pieds ne touchent rien, mais elle ne tombe pas. Son regard balaye nerveusement ce vide lacté, inquiet, cherchant désespérément un point de repère, une silhouette familière, un éclat de marbre noir.

 

— Il s’est passé quoi… ?

 

Sa voix ne produit aucun écho. Elle est feutrée, comme si le blanc absorbait les sons. Elle regarde ses mains ; elles sont là, entières, sans la moindre trace de sang. Elle touche son bras, là où Kurosae l'avait griffée : la chair est lisse, chaude. Pourtant, un poids étrange, une sensation de plénitude glacée, réside au creux de sa poitrine. Elle frissonne, mais ce n'est pas de froid. Tout semble paisible, d'une paix si lourde qu'elle en devient effrayante.

 

— Je suis… morte ?

 

Elle attend une réponse, un signe, n'importe quoi qui pourrait briser cette solitude parfaite. Mais dans cet endroit, même la mort semble être un concept trop bruyant. Elle est simplement là, au cœur du pacte, dans la zone tampon où les âmes se reposent avant de choisir leur forme.



Que ce passe t-il du côté de notre héroïne... La suite lundi entre 18h et 21h...

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