La nuit où les étoiles se sont rallumées
ATTENTION!
Ce chapitre est destiné aux personnes connaissant le fandom (au moins le tome 1, et si possible le tome 2). Pour les autres, rendez-vous au prochain chapitre (qui est une version alternative de celui-ci, pas de panique). ;) Je révèlerai le pourquoi du comment à la fin de la fic.
- 7 ans plus tard –
- Finn -
— … Je prendrai le dessert en forme de bite. Oui, la banana split. Vous en voyez peut-être d’autres ? Oh, j’oubliais… Bien grosses, les deux boules de glace ! Et inondez-moi ça de chantilly, OK ?
Déjà cinq minutes que le serveur subit ce supplice, juste parce que Kenna devait placer le mot « bite » dans sa commande. Et voilà que Kurt enchaîne avec « anticonstitutionnellement ».
— Scandaleux ! C’est vraiment scandaleux ! tonne-t-il en désignant d’un geste théâtral l’aquarium à l’entrée. Une telle barbarie, ici ! Alors que cet établissement est censé être étoilé !
Alors là, j’avoue être impressionné. On dirait Nate en pleine performance, sauf que c’est bel et bien Kurt, l’air hors de lui. Même les clients y croient : plusieurs regards surpris, voire courroucés, se tournent vers nous.
— Ces homards, là ! poursuit Kurt. Je suis sûr qu’ils ont été cuits anticonstitutionnellement ! Vous les mettez vivants dans l’eau bouillante, c’est ça ?! Mais ça ne passera pas comme ça ! J’ai fait des études de droit ! J’ai des relations ! Et d’abord, est-ce que vous feriez ça à un humain ?
Il s’interrompt, comme s’il n’existait pas de mots capables de définir tant d’horreur. Nate en profite pour intervenir, et je crains le pire.
Effectivement…
— Excusez-le, le sujet est très sensible depuis qu’il a perdu son homard domestique, affirme-t-il en tapotant la main de Kurt. Ils avaient un lien très spécial, tous les deux et… Bref, je m’égare. Je vais vous faire ma commande aussi.
D’une voix rauque, il détaille le menu, le regard plongé dans celui du serveur. Un frisson électrique me parcourt sans que je m’y sois préparé. Puis un sentiment acide me grignote l’estomac, très familier, trop familier. Le même que quand des fans veulent approcher mon petit ami d’un peu trop près. Je serre les dents, tentant de ravaler ma jalousie mal placée. Ce n’est qu’un jeu. Rien de sérieux.
Mais putain, je me serais bien passé de la dernière phrase de Nate.
— Je veux que chaque bouchée soit un orgasme.
C’est tout juste si le serveur ne s’enfuit pas en courant.
Je me dépêche de commander pour mettre fin à tout ce cinéma, en finissant par un « s’il-vous-plaît » bien sonore, puis Jaeger enchaîne encore plus vite.
Un grand silence s’installe. Nate en profite pour effleurer mon genou de sa main, sous la table. Sa respiration, chaude, s’échoue sur mon oreille, tandis que ses cheveux chatouillent ma tempe.
— C’était juste pour rigoler, hein. Ce serveur ne t’arrive pas à la cheville. Pas même au doigt de pied, en fait…
Ses mots chassent un peu l’acidité au fond de mon estomac.
De son côté, Kenna hausse les sourcils en regardant Jaeger.
— Quoi ? lance-t-il. La moitié du restaurant nous regardait à cause de Kurt. Et je voulais pas qu’on me vire à cause de vous ! Je… Je vous rappelle que j’ai passé l’âge de tout ça, moi ! J’ai une femme, des enfants…
— Et ton mot, alors ? J’ai pas l’impression de l’avoir entendu, lâche Kenna.
— Vraiment, mêle-toi de tes fesses. J’ai jamais accepté de jouer.
La plupart des gens auraient lâché l’affaire ou se seraient excusés, mais ce serait mal connaître Kenna, qui sort une boîte en osier de son sac à main. J’hésite à aller fumer afin d’éviter ce qui va nous tomber sur la gueule. Mais si je le fais, les souvenirs se refermeront sur moi, dans ce super décor de cave. Et rien qu’à l’idée, l’envie de gerber me revient. Pas question de retourner dans l’enfer de ma mémoire.
Pourtant, j’avais cru avoir chassé ces flammes la veille. Quand j’ai prétendu être en mission alors qu’en réalité, j’ai roulé jusqu’à la prison d'État d'Avenal sans rien dire à personne. Et là, putain, j’ai cru ne pas avoir la force. Je suis resté paralysé devant l’entrée pendant que les souvenirs me transperçaient le cerveau. Les visites à ma mère durant son emprisonnement. Ses sourires faussement rassurants, mes espoirs, l’argent que j’ai rassemblé pour payer un avocat imaginaire. Puis l’appel téléphonique, celui que j’aurais voulu ne jamais recevoir. L’enterrement…
J’ai vraiment dû prendre sur moi pour me remettre à avancer. J’y suis allé comme si j’étais en mission commando, et la suite… Non, je préfère ne pas y penser.
Pourtant, une vague glacée me remue le bide.
On a l’habitude de tout se dire avec Nate, aussi difficile que ce soit, mais quand je l’ai rejoint ce soir avant le resto, je n’ai pas pu.
Et il n’a pas mis en doute mon foutu mensonge.
Ni lui, ni les autres, d’ailleurs.
Ils m’ont juste demandé si ma pseudo-mission s’était bien déroulée et sont passés à autre chose.
— Oh, beau gosse ! On est dans la lune ? demande Kenna.
— Quoi ? je balbutie.
— Ton deuxième défi ! Allez, prends-le.
Mes yeux et moi, on tombe nez à nez avec la corbeille, où se trouve un ultime bout de papier. Les autres ont déjà pris le leur.
Génial, il ne manquait plus que ça.
Mais si j’hésite, Kenna va me demander à quoi je pensais, et je n’ai aucune envie de lui répondre. Je préfère encore jouer les clowns dans ce resto pourri.
C’était avant de lire mon défi.
« Tu dois faire croire au personnel que quelqu’un a installé une bombe sous un des sièges du restaurant »
Non. C’est mort.
Par contre, Jaeger semble ravi de son propre défi : un sourire lui étire mystérieusement les lèvres.
Note de l’autrice Pour celles et ceux qui fêtent, j’espère que vous avez passé un chouette Noël ! Coïncidence, ce chapitre colle à l’ambiance festive du moment, tout en rire et en légèreté. Enfin… quasiment, hein. XD Vous commencez à me connaître^^
J’ai un peu modifié les flash forwards après avoir lu Ces promesses qu’on croyait éternelles, mais j’admets que les personnages pourraient être plus matures… Les faire « retomber » à l’époque du lycée, niveau caractère, reste un caprice trèèèès personnel. ^^
Et que j’ai RI en relisant ce chapitre ! XD Pour la petite histoire, j’ai été inspirée par un dessert à la banane dans un resto à Saint-Etienne, qui ressemblait vraiment beaucoup à une bite^^ Quant au homard, sachez que je n’en mange pas pour une question d’éthique. Imaginer la manière dont Kurt placerait le mot « anticonstitutionnellement » a donc été facile, même si cuire ces pauvres bêtes n’est pas interdit dans la constitution.
PS: Les défis figurant dans les flash forward m'ont été soufflés par des écrivaines ou des fanfiqueuses (coucou Enso! coucou Breakfire!), notamment quand j'ai lancé un appel à idées sur Insta. Je me suis inspirée de ce qu'avaient fait les deux autrices pour rédiger La nuit où les étoiles se sont éteintes. :D