La nuit où les étoiles se sont rallumées
Kaiko, Djedjotronic
- 7 ans plus tôt –
- Finn -
C’est fini. Recroquevillé sur le siège passager, je me répète ces trois mots comme si ça pouvait les enfoncer dans mon cerveau. Parce que c’est la vérité : déjà cinq minutes qu’on a démarré, et personne ne nous suit. Je vérifie quand même toutes les deux secondes, mais Xander conduit trop vite pour que Poison et les autres cinglés puissent nous rattraper.
Ça n’empêche pas mon cœur de battre la chamade, mon corps de trembler sans discontinuer. Même mes dents jouent les castagnettes. J’ai déjà vécu pas mal de merdes, mais ces connards ont failli me replonger dans une époque que j’avais réussi à enterrer au fond de ma mémoire, là où se décomposent les pires immondices. À cette pensée, mon estomac se contracte et je réprime tout juste un haut-le-cœur.
— Hé, dégueule pas dans ma caisse! lance Xander en me jetant un coup d’œil.
Je me retiens de lui faire remarquer qu’elle est déjà tapissée de sang, sa caisse. La plaie, sur mon bras, a imbibé le pull que j’ai péniblement remis : ça dégouline de partout. Quant au reste de mon corps, il vaut mieux ne pas y penser. Heureusement, j’arrive à respirer sans souffrir le martyre, ce qui veut dire qu’aucune côte n’est cassée.
— Merde, excuse-moi. Je peux m’arrêter, si tu veux ? Je pense que ces connards ne nous retrouveront pas, finit par dire Xander.
Je garde le silence, parce que j’ai trop peur de me mettre à chialer sinon. Pourvu qu’il n’ait pas assisté à l’humiliation de tout à l’heure, mais j’imagine que c’est trop demander.
— Ok, question bête, poursuit Xander, l’air déterminé à faire la conversation.
Et il se met à expliquer comment il s’est retrouvé là, à jouer les putains d’anges gardiens. Il m’a suivi par envie de vengeance, puis par curiosité. Ouais, vraiment chelou. Quant à moi, j’étais trop bourré pour me rendre compte qu’il trottait derrière. Il a assisté au combat et à mon kidnapping, depuis la fenêtre de la cave, avant de penser à utiliser son enceinte portative. D’où la fausse sirène de flics.
— Quand je pense à quel point je te détestais, à l’époque, conclut-il en secouant la tête.
Sans blague. C’est sans doute pour ça qu’il a décidé de me sauver? On dirait qu’il cherche à me mettre le cerveau en vrac, mais il ignore que celui-ci est déjà HS, terrassé par la weed, l’alcool, la douleur et le choc.
La peur n’a pas tout à fait disparu, cependant.
— Tu m’emmènes où? je lâche, les dents serrées.
— A l’hôpital.
Il y a quelques mois, j’aurais explosé, mais là, j’essaie de prendre sur moi.
— Je préférerais éviter.
— Mais…
— Pose pas de questions.
Et je me laisse retomber contre la vitre, à bout de forces.
— Je veux juste rentrer chez moi, je souffle.
— Non, mais t’as vu dans quel état tu es? T’as besoin de soins, mec!
Voyant que je ne répondrai pas, Xander semble chercher d’autres arguments. Je peux presque voir les rouages de son cerveau tourner, et en fait, les miens aussi s’activent jusqu’à ce que la question m’échappe malgré moi:
— Pourquoi t’as fait ça?
— Te sauver?
Je grimace, mais techniquement, ça reste la vérité.
— Ouais.
Ses mains se crispent sur le volant avant de se détendre, et je devine ce qu’il va répondre avant qu’il lâche du bout des lèvres.
— Je l'ai fait pour Nate.
Note de l'autrice Si je n'avais lu que le tome 1 de La nuit où les étoiles se sont éteintes, ce chapitre n'aurait jamais vu le jour. Mais le tome 2 m'a donné des clés pour mieux comprendre Xander - enfin, j'espère^^
Et désolée du retard. Etant donné le drame de Crans-Montana, je n'ai pas eu le cœur à poster ce chapitre ces derniers jours. (Je suis Suisse).