La nuit où les étoiles se sont rallumées

Chapitre 14 : FINN

1599 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/01/2026 18:45


The Line, Maelstrom


Putain de merde.

Je foudroie Xander du regard, les nerfs soudain à vif. Je vais craquer. Je jure que je vais craquer.

Il doit le sentir, parce qu’il rajoute très vite :

—C’est pas ce que tu crois.

— Ah ouais? C’est quoi alors ?

— Je… tu peux pas comprendre.

— Mon poing te manquait, c’est ça ?

— Finn ! Arrête !

— ALORS EXPLIQUE MOI, BORDEL ! T’AS HARCELÉ NATE ! TU L’AS HUMILIÉ ! TU L’AS TORTURÉ ! TU… tu ne devrais même pas prononcer son nom !

Ma voix se barre, mon nez est en vrac, des larmes luttent pour jaillir. La situation est absurde. Complètement. Absurde.

Xander plante sur les freins. Il respire fort et ses doigts sont désormais blancs tant ils sont crispés sur le volant.

— JE REGRETTE À CHAQUE SECONDE, OK !?

Il respire plusieurs fois, tentant manifestement de se calmer.

— J’ai essayé de lui expliquer, que les idées venaient pas de moi, poursuit-il, mais…

— C’est toi qui l’as piégé, c’est toi qui l’as frappé ! Arrête de mentir !

— Je mens pas !

—FERME LA ! FERME-LA ! FERME-LA !

Mon hurlement a jailli, poussé par la rage et la peur qui m’ont déjà englouti tout à l’heure. Je suis toujours piégé à côté de Xander, si proche que j’arrive à sentir son parfum nauséabond.

Je ne peux pas rester là une seconde de plus. Ma main se referme sur la portière, tandis que mon souffle, saccadé, sort trop vite de mon nez.

J’actionne.

Rien ne se passe.

— Déverrouille la porte, je gronde.

— Pas avant que tu m’aies écouté.

— J’ai dit… ouvre cette putain de porte !

— J’étais amoureux de lui ! crie Xander. Voilà la vérité ! Et j’avais tellement peur qu’on le découvre que j’ai fait tout ce que mes potes disaient ! Maintenant, j’ose même plus me regarder en face ! Si je pouvais revenir dans le passé pour changer les choses, crois-moi, je le ferais ! Sans hésiter !

Xander… Amoureux de Nate… les mots s’entrechoquent dans mon cerveau sans réussir à s’emboîter. Nate me l’aurait dit, si… il ne m’aurait pas caché un truc aussi énorme, non? J’ai chaud et j’ai froid en même temps. Mes dents recommencent à claquer. Je veux exploser Xander. Je veux m’écrouler. Je…

— Bon, je vais te soigner moi-même, décrète Xander, comme s’il ne venait pas de lâcher la pire des bombes. J’ai un brevet de premier secours et j’ai commencé l’université en médecine, alors...

Mes neurones se rebranchent.

— Pas question que tu mettes tes sales pattes sur moi.

— Ok, alors je te ramène direct chez Nate ?

— NE PRONONCE PAS SON NOM !

Mais il a raison, il me faut des soins. Je me raccroche aux dernières bribes de rationalité pour ne pas sombrer comme l’hiver passé, et je m’aperçois qu’une question enfle dans mon esprit, de plus en plus pressante. Elle finit par sortir, parce qu’il faut que je sache, que je comprenne.

— Comment t’as pu aimer quelqu’un et lui faire tant de mal ?

Subitement, je repense aux paroles atroces de Nate, tout à l’heure. Puis me rappelle ce que je lui ai fait subir avant d’assumer mes sentiments. Mais c’était différent : je ne l’ai pas harcelé, je ne l’ai pas humilié, je ne lui ai pas fait de mal… enfin, je crois pas ? Mais je me souviens de son expression, dans ces moments-là, et j’ai à nouveau envie de hurler.

Contre toute attente, Xander me décoche un sourire triste.

— J’ai été un vrai connard, ouais, mais j’espère m’être amélioré. À une époque, je t’aurais laissé dans ta merde. Et tu veux savoir le pire ? Ça m’aurait rendu heureux.

Quelque part, j’aurais préféré ce scénario, parce que maintenant, je lui suis redevable et ça me tue. Je repense à tous ces blablas que les psys m’ont infligé sur l’acceptation, la résilience et tout ça. Toujours pas ma came. Seulement, je ne veux pas aller à l’hôpital non plus.

— Tu sais que ça ne pardonnera pas ce que tu as fait à Nate.

— Ça, c’est à moi d’en décider.

Ouais, bien sûr. Mais cette fois, j’ai le bon sens de garder mes pensées pour moi. Je me mure dans le silence, les poings serrés, même quand Xander me fait entrer dans son minuscule studio, sort du désinfectant, des compresses, des pansements et des bandages.

Puis il me demande d’enlever mon haut.

J’essaie de rassembler les lambeaux de ma dignité fracassée, mais m’exécuter semble au-dessus de mes forces. Alors me répète que je suis en sécurité jusqu’à graver ces mots au fer rouge dans mes pensées. Puis je m’oblige à tirer le tissu ensanglanté par-dessus ma tête, centimètre par centimètre, aidé par Xander – foutu bras blessé.

— Bon, ça ne va pas être une partie de plaisir, prévient-il.

J’essaie de me vider la tête, mais le malaise me fait réatterrir brutalement dans le salon. Alors je jette un œil… Mauvaise idée. La bile me remonte le long de la gorge jusqu’à tapisser ma bouche. Sans surprise, les points de suture ont lâché et mon biceps pisse le sang par intermittence.

— Désolé, faut que je nettoie pour éviter que ça s’infecte, s’excuse Xander. Mais tu devras faire recoudre, je ne fais que limiter la casse, là.

À ce stade, un rideau noir flotte devant mes yeux et j’ai envie d’arracher mon bras à mon putain de médecin improvisé. Quand il applique le désinfectant, la brûlure est telle qu’un cri m’échappe. Je plaque mon sweat contre ma bouche afin d’étouffer les suivants. Un goût de sueur et de sang envahit ma bouche, alors j’essaie de penser à autre chose, comme au mal de bide, aux vertiges et aux hallucinations durant le combat… C’est sûrement la weed qui a provoqué tout ça.

Enfin, la torture s’achève. Mais ce n’est qu’un interlude, car Xander inspecte le reste des dégâts.

— T’as eu de la chance ! Avec tous les coups que t’as pris, je pensais que t’aurais au moins une côte cassée, mais elle a juste l’air contusionnée, commente-t-il comme s’il parlait de la pluie et du beau temps.

De la chance, tu parles. Tous mes nerfs se contractent quand ses mains continuent à me palper. Mes poings se serrent, et des images apparaissent devant mes yeux ouverts. Celles de tout à l’heure, mais aussi celles d’avant… Je résiste à l’idée de me lever et de courir. Je suis en sécurité, en sécurité, en sécurité.

Au moins, Xander n’a pas menti sur ses prétendues études, parce que ses gestes semblent précis. Mais bordel, il ne peut pas aller plus vite ? Mes pieds tambourinent jusqu’à ce que le supplice s’achève. Enfin !

Mon bras est désormais enserré dans un épais bandage et mes blessures, désinfectées – le stock de pansements y est passé. Je me laisse partir en arrière, et, recroquevillé sur le sofa, regarde Xander ranger son matériel.

Le décor semble progressivement s’effacer et moi, je m’enfonce dans un univers ouaté, sans vraiment réaliser ce qui vient de se produire. Ou plutôt oui, je le réalise trop bien : j’ai laissé le harceleur de mon petit ami me soigner. Je n’ai même plus la force de culpabiliser. 

Les mots de Xander semblent désormais venir de très loin.

— Finn ?

Je hausse vaguement un sourcil.

— Je voulais te dire… Désolé pour ce qui t’est arrivé. Tu… tu devrais porter plainte.

C’est un électrochoc.

Ces mots me bousillent de l’intérieur, comme si Xander avait plongé la main dans mon torse et pressé mon cœur pour en expulser toutes les émotions. Un sanglot m’échappe. Alors je jaillis du sofa et m’enfuis à l’extérieur.

Le soleil se lève, les étoiles s’éteignent. Quelle ironie ! Quand je veux allumer une clope – la dernière – , mes mains tremblantes laissent échapper le briquet. Celui-ci se fracasse par terre dans un bruit métallique. Fais chier ! Je pose une main sur mes yeux pour retenir les larmes, mais ça ne suffit pas. Elles débordent et dévalent mes joues, se crashent par terre.

À bout, je m’écroule sur le trottoir en enfouissant mon visage dans mes genoux.

Un bruit de pas.

Non, je n’ai pas la force pour ça.

Qu’il se taise.

Qu’il me foute en paix. 



Note de l'autrice En relisant ce chapitre avant de le poster, je me suis prise une sacrée claque émotionnelle. Très fière du rendu, et de l'écriture. :') Le thème du pardon, pour un antihéros, m'a interpelée dans la saison 2 de Thirteen Reasons Why, ce qui m'a sans doute inspirée ici. Peut-on tout pardonner? Une rédemption reste-t-elle possible? Voici autant de questions ouvertes...

PS: Un grand merci à Leila, une amie Atréides qui travaille dans les soins, pour m'avoir relue. =)

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