Une vie parmi d'autre

Chapitre 7 : Découverte et leçon de vie

3517 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/11/2016 23:55

Durant son repli en elle, le magicien et le hobbit avait assisté à un spectacle des plus étonnants. D’abord le magicien s’était mis en face de la jeune femme et l’avait observée regarder le ciel puis lui-même avant la forêt. Il avait suivi son regard et avait aperçu le renard et la souris. Il s’était de nouveau retourné vers la femme et fut surprit de voir une énergie blanche et dorée sortir de son corps avant d’y retourner. Il avait senti, à cet instant-là, la même énergie sauvage et indomptable avant de rencontrer Meleth. Il comprit alors qu’il voyait la source même de la magie de la femme et en déduisit.

 

« C’est ce que je craignais. »

« Quoi donc Gandalf ? Et c’est quoi cette … buée blanche et dorée ? »

 

Bilbon venait de s’approcher. Le magicien serra ses mains dans son dos en regardant le semi-homme. Puis il sourit.

 

« Pouvez-vous garder pour vous ce que nous venons de voir. Et ce que je vais vous dire ? »

« Pourquoi donc ? »

« Parce que notre jeune amie n’est pas si démunie et sans défense. Quoique si d’une certaine manière. »

« Je ne vois pas où vous voulez en venir Gandalf ? »

« L’énergie que vous venez de voir, est la source de la magie de Mel. Elle vient de la découvrir. Et si vous la voyez c’est qu’elle n’a pas voulu se cacher de nos yeux. Il s’agit d’un esprit équivalent à Meleth. »

« Un esprit quoi ? »

« Une sœur jumelle, une autre elle-même. Et cette autre elle, contenait la source de la magie qui sommeillait en Meleth. Depuis combien de temps ? Je ne saurais le dire. Mais ce qui est certain c’est que notre jeune amie vient de la réveiller et de s’offrir à elle. Ou plutôt l’une à l’autre. Comme des amants. Elles ont fusionné. (Bilbon rougit devant l’allusion.) Ne soyez pas si niais, je parlais en image. Bref désormais Meleth peut avoir accès à sa magie. »

« Ce n’est pas une bonne chose ? Vous semblez un peu inquiet. »

« Je le suis, mais je ne vous dirai la nature de mes inquiétudes plus tard car j’entends les nains arriver. Sachez cependant que Mel est une humaine dotée de capacité issue de la nature. Corps humain, âme elfe ou âme d’une autre race capable d’exercer de la magie avec la nature. Une magie différente de la mienne, plus sauvage et contrôlable que par son corps. D’où mon inquiétude. »

 

Gandalf ne put s’expliquer davantage car le duo entendit le raffut des nains s’approcher.

Heureusement, Meleth se réveilla également. Elle se sentait étrangement calme après la douleur qu’elle avait ressentie plutôt. Un mélange de froid glacé dans tout son être et l’oubli de son double. Car elle ne la ressentait plus. Mais en échange, elle entendait très clairement sa harpe intérieure, comme son autre elle lui avait dit juste avant de fusionner.

 

« Désormais tu auras accès à tout, ton toi. Ne sois pas effrayée, désormais nos deux âmes seront qu’une. Avec une union parfaite entre nos deux harpes. »

 

Elle se leva, ses jambes étaient encore un peu secouées par la magie qui était désormais dans tous son être. Comme une chaleur bienfaisante qui circulait en elle. Le magicien la dévisagea, et sourit. Il lui prit la main, mais la femme fit non de la tête. Elle plongea ses yeux des forêts dans ceux de Gandalf et lui envoya une dose de pensée avec une note de magie.

Pour ce faire, elle se concentra sur un point de son corps, en l’occurrence son front, et vit entre ses yeux une chaude lueur rosée. Elle en déduisit qu’il s’agissait de sa magie. Alors elle tenta de pousser cette rosée vers le magicien comme si elle poussait quelqu’un avec ses mains. Dans cette teinte elle y mit des mots.

Le magicien ne vit rien, mais ressentit l’énergie sauvage de tout à l’heure, mais beaucoup plus canalisée. Il la sentit entrer dans sa tête et des mots s’y formèrent avec une voix mélodieuse. Celle de Mel combinée avec la harpe, cela donnait un mélange exotique. La harpe n’était plus une musique de fond, mais la harpe et la voix ne faisait qu’une.

 

« Je peux parler sans avoir besoin de tenir votre main désormais. »

« En effet, mais ce genre de magie est un peu risqué pour un néophyte. »

« Pourquoi donc ? »

« Parce que déjà cela épuise inutilement votre corps car vous usez de magie alors que naturellement avec votre main cela ne le nécessite pas. Ensuite votre voix prend une teinte quelque peu exotique qui ferait tomber n’importe qu’elle créature sous votre charme à l’exception des elfes et des magiciens bien entendu. »

« Vous êtes au courant pour ma vie et ma magie ? »

« Oui mais cela ne concerne que mes connaissances. Je vous les ferai partager quand nous serons seuls. Pour ne pas inquiéter la compagnie et faire encore enrager notre prince. »

 

La femme hocha la tête pour lui dire son accord. Le groupe bruyant arriva enfin avec en tête, comme à son habitude de chef, Thorin écu-de-chêne. Mel vit un rare sourire victorieux sur son visage ainsi qu’une sorte de paix intérieure qu’elle découvrait pour la première fois.

 

« Il a l’air d’avoir apprécié sa petite escapade. Tous comme les autres d’ailleurs. Ils se sont retrouvés entre eux. »

 

Elle sourit à son tour. Mais pas longtemps quand elle vit des animaux entre leur main. Des lièvres. Le magicien suivit ses pensées de dégouts quand au fait de consommer très prochainement leur chair. Gandalf se dit avec un sourire triste que son expérience hors de son corps ne l’avait pas qu’aider à découvrir sa magie, mais aussi à partager l’essence même des êtres vivants.

 

« Ce sera une bonne leçon pour toi Meleth. Tu dois te nourrir, même si cela signifie consommer de la chair animal. »

 

La femme avait entendu le vieil homme, secoua la tête négativement.

 

Une heure plus tard, un feu de camp avait été fait et les lièvres étaient en train de rôtir sur une pique dont Bofur et Bombur faisaient tourner en chantant un cantique nain. Les autres membres parlaient entre eux du passé qu’ils avaient vécu tandis que Thorin était resté à l’écart. Il scrutait l’horizon en espérant qu’il n’y ait pas d’ennemi qui vienne troubler leur repas. Gandalf se tenait près de lui en compagnie de Bilbon. Le hobbit entama la discussion.

 

« Vous pensez vraiment qu’une monstruosité va venir ici ? Il fait jour non ? Et puis nous sommes quatorze et on a un magicien avec nous. »

 

Le prince le regarda de son habituel air hautain.

 

« Ce n’est pas un cambrioleur qui saura ce qui est risqué ou pas. J’ai vécu maints dangers qui font que tous peut arriver maître Sacquet. Et je ne surveille pas pour nous mais pour elle. »

 

Il tourna discrètement la tête vers la femme humaine. Elle était en train de caresser les poneys et semblait leur parler. Pourtant il savait pertinemment qu’elle ne pouvait pas parler. Il suggéra tout de même qu’elle pouvait sûrement palier son handicap avec cette drôle de méthode de parler par pensée. Gandalf lui dit avec humour.

 

« A force de la dévorer ainsi des yeux maître nain, vous n’aurez sans doute plus envie de lièvre. »

« Vous être très drôle maître magicien, mais je ne la dévore pas, je la surveille. »

« Elle n’a moins besoin de protection qu’au départ. Ne voyez vous pas la différence ? »

« Oh si, je vois le fait qu’elle ne s’approche pas des lièvres qui cuisent, qu’elle est plus sûre d’elle, et que ses mouvements sont plus emprunt de royauté que de peur. »

 

Le hobbit n’avait rien vu de tel dans la démarche de Meleth. Alors il scruta, à la manière de Thorin, l’humaine. Elle marchait d’un poney à un autre en lançant ses jambes de façon volontaire, ses bras fin caressaient les poneys avec délicatesses et ses yeux en amande de vert tirant vers le doré et le rouge avaient une expression de douceur sans pareil. Oui, elle avait gagné en force et en confiance, mais elle restait tout de même un être de la forêt comme se plaisait à penser Bilbon.

La jeune femme sentit leur regard alors elle se tourna vers eux. Elle vint à leur encontre, se plaça entre Bilbon et Gandalf et en face du nain. Elle prit la main des deux personnes en face d’elle.

 

« Pourquoi me regardez-vous ainsi ? »

 

La question allait à Thorin, le hobbit en fit l’interprète. Le nain répondit.

 

« Je vous trouve différente. Que s’est-il passé ? »

« Je ne sais si j’ai envie de vous le dire », Une teinte de malice dans les yeux. Le nain secoua la tête.

« Faites comme il vous plaira cela m’est égal. » Elle fronça les sourcils.

« Mensonge, vous ne me regarderiez pas avec autant d’insistance sinon. » Le nain fut troublé mais ne laissa rien en paraître.

« L’insistance ne me veut pas dire intérêt. »

« L’un ne va pas sans l’autre. »

« Vous m’exaspérez. »

« Pas autant que moi. »

 

La femme lâcha la main des deux protagonistes et les remercia d’avoir retranscrit ses pensées d’un mouvement de tête.

 

« C’est prêt ! »

 

Les deux nains qui faisaient tourner les lièvres venaient de crier.

Tous se mirent près du feu, mais la jeune femme préféra rester éloignée. Elle ne se sentait pas assez affamée pour croquer dans la chair de ses êtres vivants. Et puis elle était trop mal pour avaler quoique se soit.

L’humaine s’assit sur un tronc et regarda le ciel grisonnant. Il était à son image, triste et gris. Pour penser à autre chose, elle écouta sa harpe, vieille amie désormais, et regarda son aura rosée qui émanait d’elle tout le temps. Ses mains en face d’elle, elle demanda de créer une mini tornade. Pour cela, elle concentra son esprit sur le vent qu’elle sentait dans ses cheveux, et le fit diriger vers ses mains. Puis elle imagina l’air tournoyer dans ses mains. Comme en écho, son aura et sa magie fusionnèrent un instant et l’air dans ses cheveux se dirigea sur ses mains en paume ouverte (comme pour prier), comme si l’air était dans un tuyau invisible. Puis il tournoya, de plus en plus vite jusqu’à ce qu’une tornade apparut, visible. Mélange de bleu-gris et de blanc. Elle faisait moins de dix centimètres. Soudain le rythme cardiaque de la femme s’accentua, elle prit peur et son sort s’arrêta. Elle reprit difficilement sa respiration. Le magicien, qui la surveillait, comme Thorin, arriva en trombe. Il l’aida à se relever.

 

« Vous n’auriez pas dû faire cela ! Vous êtes inconsciente ma parole ! Je vous ai dit d’attendre ma présence ! Mais bon, au moins vous aurez compris que votre magie n’est pas sans risque. »

« Je n’ai fait que rediriger l’air ! Rien de plus ! »

« Rien de plus ? Pour rediriger l’air, vous avez dû puiser dans votre concentration, donc votre corps a donné une partie, certes infimes car l’air était déjà présent autour de vous,  de sa source vitale. C’était idiot car tant que je ne vous dirai pas comment faire, vous risquez de perdre stupidement votre énergie vitale ! »

 

La femme soupira. Le magicien avait raison, elle avait son cœur qui s’était affolé, mais elle ne voulait pas non plus être sans défense. Elle voulait apprendre.

 

« Je veux apprendre tout de suite Gandalf ! »

 

C’était un ordre, non une demande, et le vieil homme sentit qu’il serait difficile de la raisonner. Alors il procéda avec tact.

 

« Très bien, mais alors il vous faudra d’abord vous nourrir. Car l’énergie que vous avez perdue, vous devez la récupérer. Manger le lièvre et ensuite je vous initierai. »

« C’est un odieux chantage ça ! »

 

La femme était debout, en colère. Son aura rosée et dorée sortie de son corps et fit voleter ses cheveux. Mais avec une grâce dangereuse. Thorin et les autres membres la regardaient désormais avec des yeux plein de fascination. Ils voyaient une femme nimbée de couleur pastel qui dansait autour d’elle. Ils ne sentaient pas sa colère.

Le magicien gris dû la calmer en se montrant plus imposant qu’elle. Mel serra ses dents car elle sentit la puissance du vieil homme, bien supérieure à elle.

 

« Vous n’êtes qu’une petite princesse arrogante, si je vous demande de vous nourrir, ce n’est pas pour vous embêter, mais pour vous aider ! Mangez et après nous irons vous former ! »

 

La femme lâcha la main de Gandalf et il sut qu’il avait gagné car l’aura de la femme regagna son corps. Elle avait les larmes aux yeux car croquer dans cet animal, c’était comme lui prendre une partie de lui. Sans son consentement. Le vieil homme avait capté ses pensées et lui dit, tout en la forçant à s’assoir près des nains.

 

« Les uns dévorent les autres, ainsi va le monde. Pourquoi rejeter l’ordre des choses ? »

 

La femme tenta de réfléchir à sa question, mais Meleth ne put y répondre. Avoir fait ce voyage hors de son corps lui avait permis de comprendre combien l’équilibre de ce monde était fragile. Avoir pénétrée dans la conscience des êtres vivants, ressentie la mort de la souris, de savoir qu’elle n’avait qu’une seule vie… en consommer une s’était…

 

« Comme si je me mangeais moi-même. »

 

Le vieil homme poursuivit en répondant à sa remarque.

 

« Parce que tu peux t’améliorer. »

« Non, je veux apprendre à dominer les pulsions qui portent à blesser ou à tuer un être vivant. Si c’est pour nous servir sur le dos des plus faibles en ignorant leurs émotions. Je suis imparfaite et je lutte contre cela pour qu’elle ne détruise pas ma personnalité. »

 

Le hobbit, qui avait les mains sur les épaules de la femme, avait répété ses pensées. Alors Thorin parla d’une voix non autoritaire, plutôt compatissante ce qui troubla encore davantage Meleth.

 

« Nous, les nains, nous ne pouvons pas vivre sans gibier car les plantes ne peuvent nous nourrir totalement. Et nous n’en avons pas honte. Chaque chose à sa place dans le monde, même ces lièvres le savent. Tu es humaine, ton corps a besoin de viande, peut-être de façon moins importante que les nains, mais tu en as besoin. »

 

Meleth soupira, il avait raison, elle le savait, elle sentait aussi que l’odeur de la viande lui donnait faim.

 

« Mon corps demande, mais mon esprit le refuse. Dois-je obéir ? Oui car si je le ne fais pas, je serais toujours aussi épuisée. »

 

Alors elle prit un morceau, petit tout de même et mangea. Elle prit aussi du pain pour atténuer le goût de chair. Puis elle but de l’eau. La sensation était plutôt agréable car la magie qu’elle avait utilisée lui avait aussi creusée l’estomac. Elle ferma les yeux de contentement et se laissa tomber dans l’herbe. Elle sentait la force de la chair du lièvre faire son œuvre. Même si elle répugnait son geste, elle sentait les effets bénéfiques dans son être. Comme une source de vie qui parcourait son corps de nouveau. Elle ouvrit les yeux et tourna la tête vers le prince.

Celui-ci remarqua qu’elle avait compris. Il ne sut si ces yeux, ses émotions ou autre chose qui le poussèrent à lui raconter cela, mais il le fit.

 

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