Un Peuple Oublié

Chapitre 22 : Chapitre 21 _ L'entrainement

2951 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 12/06/2020 15:11

Le lendemain, Naé se réveilla tôt. Éblouie par les premiers rayons de soleil qui pénétraient dans la chambre.

Un instant, elle se demanda pourquoi la porte du balcon était restée ouverte, puis quelques flash de la veille lui revinrent en mémoire, et elle ouvrit les yeux.

Le corps de Legolas se trouvait à quelques centimètres du sien, sur le dos, le visage tourné de l'autre coté. Son torse se levait de façon régulière, preuve du sommeil qui le berçait encore.

Un éclair de panique la prit.

Elle se releva le plus discrètement possible, ramassa ses vêtements, les enfila sans bruit et se dirigea vers la porte.

Avant de la refermer, elle jeta tout de même un regard à l'homme endormi qu'elle abandonnait. Elle ne pourrait se lasser de cette vision, comme le corps nu de son partenaire était décidément une des plus belles choses qui lui ait été donné de voir.

Poussant un soupir, elle ferma la porte, et s'enfonça dans les couloirs silencieux.


Arrivant dans la grande salle, elle fut surprise de n'y trouver personne.

Personne qui ne soit réveillé en tous cas, car plusieurs hommes ivres y dormaient à même le sol.

Ne sachant que faire, elle décida de se rendre aux écuries, afin d'y retrouver Ametis.

Voyager avec Aragorn jusqu'en Isengard n'avait pas été désagréable, bien sur, mais la liberté d'avoir son propre cheval lui avait manqué.

En arrivant, elle fut ravie de voir que celui ci ne dormait pas. Elle prit une pomme et la lui tendit, puis elle entreprit de le brosser, comme elle ne l'avait pas fait depuis longtemps.

Elle n'avait jamais particulièrement aimé ces animaux. Intelligents, certes, mais beaucoup trop obéissants pour les rendre attachants à son goût. Comme s'ils étaient fait pour servir et s'en contentaient parfaitement. Comment pouvait-on se contenter de ça?

Elle passait la brosse avec beaucoup d'attention, se remémorant la soirée.

Pourquoi était-ce arrivé ? ...

Un gros vide suivit sa question comme elle connaissait la réponse.

Il lui était souvent arrivé de passer la nuit avec des hommes, bien sur, mais jamais elle n'avait ressenti les choses aussi intensément.

C'était, ... quelque chose de différent. Jamais elle ne s'était sentie aussi vivante, aussi entière. Son cœur semblait battre plus vite qu'à l'ordinaire, et elle se sentait plus forte, plus complète.

Elle savait ce que ça signifiait et cela la terrifiait.


Le simple fait d'y repenser, elle sentit son corps se remettre à brûler, et lui demander de recommencer. Mais par les Valars pourquoi? Comment était-ce possible?

Elle était à la fois très excitée, et en même temps terrorisée. Incapable de tenir en place, elle bougeait sur elle même pour s'occuper. Étrangement, elle se surprit à appréhender le moment où elle le reverrait.

Elle n'avait jamais eu besoin de gérer un « après ». Elle partait toujours aux premiers rayons du soleil, et basta, l'histoire s’arrêtait là. Ça n'avait jamais été une histoire d'ailleurs, plutôt de petites citations..

Et après presque 3000 ans d'existence, elle se sentit incroyablement idiote de ressentir autant de choses pour ... Une histoire de sexe? Oh non, ce n'était pas cela, elle pouvait à présent le sentir jusqu'au bout de ses doigts...


Une fois qu'elle eut terminé, elle reposa la brosse, fit une caresse rapide à son cheval, et retourna au château. Celui ci lui sembla plus vivant, et elle y découvrit plusieurs de ses compagnons dans la grande salle, qui y déjeunaient tranquillement.

Elle eut alors étrangement peur que sa faute lui soit gravée sur le front, mais elle se résonna et s'approche d'eux. Et puis quelle faute après tout? Elle avait juste passé la nuit avec ... non. Non, elle n'arrivait pas à penser son nom. Pourtant il le faudrait bien.

Elle eut alors peur que l'odeur la trahisse. Elle puait lui à des kilomètres. Enfin, à vrai dire, il sentait plutôt bon. Carrément bon, même, et elle ne put s'empêcher de sourire comme une idiote à ce souvenir.

Elle les salua et s'assit à cotés de Gimli.

-Alors, qu'à donné votre défi ? Entama-t-elle avec un sourire pour se détendre, bien qu'elle connaissait déjà la réponse.

Il ne se donna même pas la peine de relever les yeux et bougonna dans sa barbe, visiblement de mauvaise humeur.

Elle regarda ceux qui l'entouraient et constata que personne ne parlait. Cela aurait simplement pu être du à la fatigue, mais une odeur âcre s'élevait, comme celle de la rancœur ou de la peur. Oubliant sa petite personne et ses soucis de prépubère, elle s'inquiéta.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Personne ne releva les yeux, car personne ne voulait avoir à répondre.

Gandalf entra alors dans la salle, et l'air sombre qu'il arborait fit comprendre à Naé qu'elle avait décidément raté quelque chose.


Theoden entra soudain à son tour, et alors que tout le monde le saluait, elle remarqua une petite porte s'ouvrir. Elle se surprit à tourner précipitamment les yeux, se concentrant sur le bout de pain qu'elle triturait entre ses doigts. Sans même le voir, elle le sentit approcher, bien que son odeur soit plus musquée qu'à l'accoutumé.

Legolas s'approcha doucement, le visage indéchiffrable, et s'assit en silence à coté de Gimli, qui grogna un bonjour.

-Vous étiez où cette nuit ? Parti dessaouler en forêt ? Le salua le nain d'un ton ironique, mettant fin au silence pesant qui régnait.

Naé sentit une douce chaleur envahir son ventre, et elle tourna discrètement les yeux pour guetter sa réponse.

Elle était gênée, affreusement même. Ce n'était pas de la honte, ou des regrets, mais simplement de la pudeur vis à vis de leurs compagnons.

Lorsque son regard se posa sur l'elfe, elle sentit une décharge électrique la traverser, et dût serrer son poing pour contenir ses frissons. A sa surprise, le visage de l'elfe était complètement détendu et une lueur nouvelle brillait dans le bleu de ses yeux. Il se fixèrent un instant, intensément, quand il ouvrit la bouche.

-Je m'étonne que vous ayez été en état de remarquer mon absence, maitre nain. Déclara-t-il avec un sourire.

Les muscles de Naé se détendirent d'un coup, et elle reporta son attention devant elle.

Le silence qui dura ensuite était pesant.

-Gimli, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Pippin a regardé dans le palantir, cette nuit.

L'elleth ne connaissait pas bien ces pierres de vision, mais au vue de la tête que faisaient ses compagnons, elle savait que cela n'augurait rien de bon.

Gandalf prit alors la parole.

-Il n'y avait pas de mensonges dans les yeux de Pippin. C'est un crétin...mais un crétin honnête au moins. Il n'a rien dit à Sauron sur Frodon et l'Anneau. Et nous avons été étonnement chanceux. Ce que Pippin a vu dans le Palantír n'est qu'un aperçu du plan de notre ennemi. Sauron s'apprête à attaquer la Cité de Minas Tirith. Sa défaite au Gouffre de Helm lui a montré une chose: l'héritier d'Elendil approche. Les Hommes ne sont pas aussi faibles qu'Il ne le supposait, ils ont encore de la bravoure et de la force pour le défier. Sauron craint cela. Il ne prendra pas le risque de voir les peuples de la Terre du Milieu s'unir sous une même bannière. Il rasera Minas Tirith jusqu'à la dernière pierre plutôt que de voir le retour d'un roi sur le trône. Si les feux d'alarmes du Gondor sont allumés, le Rohan doit se tenir prêt à entrer en guerre....

Theoden réfléchit un instant.

-Dites moi, pourquoi devons nous courir au secours de ceux qui ne sont pas venu au notre ? Que devons nous au Gondor ?

Un silence suivit. Si Theoden ne voulait pas y aller, personne ne pourrait le forcer. Il fallait lui faire comprendre l'enjeu pourtant terrible de la situation. L'ennemi ne s'arrêterait pas au Gondor, c'était une certitude.

-Laissez moi y aller, continua Aragorn. Ils doivent être prévenus !

-Ils le seront. Vous vous rendrez à Minas Tirith par une autre route. Une route sur laquelle l'ennemi ne vous attendra pas. Comprenez ceci: les choses qui sont en mouvement ne peuvent être arrêtées. Je vais aller à Minas Tirith...et je ne vais pas y aller seul.

Il avait regardé Pippin en disant cela.

Personne ne sut quoi dire. Ils venaient de fêter la victoire que la guerre était de nouveau à leur porte. Le magicien se leva, ainsi que les hobbits. Il fallait partir au plus vite. Minas Tirith était loin, il fallait que les gondoriens aient le temps de se préparer à ce qui les attendait.

Naé posa ses yeux sur le hobbit, et lui souhaita bonne chance en un regard.

Une seconde plus tard, Gandalf, les hobbits, et Aragorn étaient sortis.




Un pincement serra le cœur de Naé, elle se demanda si elle reverrait le hobbit en vie. Et à vrai dire, elle en doutait. Bien qu'il soit sous la protection de Gandalf, avec sa taille, il ne valait pas mieux qu'un enfant au combat.

Lorsque Aragorn et Merry revinrent, l'atmosphère se fit moins pesante. Les choses avaient prit une tournure bien plus rapide que ce à quoi tous s'attendaient, et chacun restaient dans l'attente de savoir où cela les mènerait.

Eowyn les rejoint, et fut navrée d'apprendre l'absence du hobbit, auquel elle s'était attachée.


Un peu plus tard dans la journée, Naé se rendit compte que les journées promettaient d'être longues, en attendant le retour du magicien. Les derniers mois avaient été plus que remplit, toujours sur la route, avec un objectif, une chose à penser, à présent qu'elle était libre, elle ne savait pas quoi faire pour s'occuper et se vider l'esprit. Elle partit courir une bonne partie de la journée, se changer les idées, visitant les alentours du château, et appréciant de rester à distance de l'elfe pour le moment, ne sachant toujours pas comment gérer le "petit incident" de la veille.


Quand elle rentra, elle trouva Aragorn, Legolas et Gimli, entourés de soldats sur une colline avoisinante.

-Naé ! Joignez vous à nous ! Lui dit le premier.

Intriguée, celle ci reprit son souffle, et s'approcha.

-Theoden nous a demandé d'entraîner un peu ses hommes...

-Il sera peut être plus enclin à les envoyez en guerre s'ils savent se battre, continua l'elfe.

L'idée lui parut amusante, et elle ne put réprimer un sourire en coin devant l'image de Gimli apprenant aux hommes à manier sa hache.

-Et comment procédez vous ?

-Beaucoup reste encore à organiser, aucun de nous n'a jamais fait ça..

-J'imagine ... répondit-elle avec un sourire.

-Pour le moment, Legolas s'occupe de donner des conseils aux archers, un peu plus bas. Et nous essayons de les évaluer en fonction de leurs niveaux en les regardant se battre.

Ils s'étaient donné beaucoup de mal pour savoir par où commencer. Et le plus simple restait encore de les encadrer en fonction de leurs faiblesses.

-Très bien. Alors je vous regarde ! Dit-elle sur un ton enjouée.

Elle s'assit alors dans l'herbe, profitant de la chaleur du soleil sur sa peau, en regardant les hommes se battre.

Il était vrai qu'ils avaient beaucoup à apprendre. Chacun avait ses propres facilités, ses différentes faiblesses, et il était facile de les analyser. Ils s'étaient mit par deux, et se battaient à l'épée, la plus émoussée possible.

Petit à petit, a force d'analyser ce qu'ils voyaient, les compagnons essayaient de changer les partenaires, afin de mettre des adversaires d'un niveau le plus égal possible, pour qu'ils progressent.

Rapidement, Naé prit le groupe qui se révéla être le meilleur, laissant au rôdeur et au nain inculquer les choses plus rudimentaires aux autres.

Elle slalomait entre eux, essayant de leur donner les conseils les plus adaptés possibles. Lorsqu'ils étaient trop fatigués, elle proposait une petite pause, ou chacun d'eux se battait avec elle, devant les yeux attentifs de leurs camarades.

En se mettant à leur niveau, elle retenait bien sur sa force, et la vitesse de ses coups, pour leur apprendre à anticiper, et à attaquer de manière réfléchie.

Après plusieurs heures, chacun était épuisé, et ils s'arrêtèrent un moment, allant observer leurs compagnons. Certains tournaient, prenaient un arc et allaient avec l'elfe, écouter ses conseils.

Seul un homme resta avec Naé. Il était jeune, et avait apparemment envie d'en apprendre un peu plus.

-Où avez vous apprit à vous battre ? Commença-t-il.

-Anael, c'est bien ça ?

-Oui, madame.

-J'ai appris il y a plusieurs siècles, ce dont je suis capable n'est que le fruit d'un entrainement prolongé, répondit-elle avec un sourire.

-De combien de siècles parle-t-on ? Je sais que demander l'âge d'une femme n'est pas de coutume, mais je n'arrive pas à m'en faire une idée.

Naé rit.

-Pas de coutume ? Comme le fait qu'elle sache manier une arme ou défendre sa vie sans l'aide d'un homme j'imagine ?

L'homme ne sut quoi répondre. Il l'a regarda, suspicieux, puis se détendit.

-Cela fait parti de notre mode vie. Certains usages sont ancrés, et nous avons du mal à les remettre en question.

-Je le comprends, j'ai juste du mal à l'accepter. Pourquoi une femme ne pourrait pas se battre ? Beaucoup auraient autant de raisons d'aller au combat que vous.

-Je... Je m'en suis rendu compte. Il est vrai qu'en vous voyant arriver, plusieurs d'entre nous ne misait pas sur vous. Moi le premier, je vous l'avoue. Jamais nous n'avions vu une femme manier une arme. Mais depuis le Gouffre, tout a changé. Nous vous avons vu. Nous vous avons admiré. Puis nous avons compris que si toutes nos femmes avaient apprit à se battre, nous nous serions épargné bien des morts inutiles.

Naé ne sut que répondre. Elle afficha un sourire tendre. A croire que tous ces morts n'avaient pas été vains.

-Vous savez, je vais bientôt me marier. Continua-t-il. Je suis terriblement amoureux de ma femme. Et, je ne sais pas vraiment comment vous le demander... Je sais que la décision ne dépend pas que de vous, mais ... J'aurais aimé qu'elle apprenne à se battre. Que vous lui appreniez, je veux dire. Pas pour l'envoyer à la guerre, bien sur. Non, mais pour qu'elle sache se défendre, si je devais perdre la vie. Je sais qu'elle en est capable.

Ces mots frappèrent l'elleth. Ils étaient emplis d'une sagesse qu'elle n'aurait cru possible de la bouche d'un homme si jeune. Il devait avoir ... 22 ans ? 25 ans ? Et il était doté d'un bon esprit critique. Son estime en la race humaine s'en trouva renforcée.

-J'en serais honorée, répondit-elle, simplement en inclinant la tête pour montrer son respect.

Il ne put retenir un sourire, et s'en alla soulagé.




-Je vous demande pardon ? Demanda le roi.

-Cela ne me paraît pas être une aberration. C'est une demande d'un de vos hommes. Votre peuple lui même semble s'en être aperçut.

-Les femmes n'ont jamais touché une arme.

-Et ?

-Et c'est un fait. Ce serait comme vous demander de vous attacher à un foyer et de ne plus en bouger. Cela vous paraîtrait ridicule.

-Pas si c'est une solution que vous proposeriez, à ceux qui en aurait envie.

Théoden réfléchit un instant. Il avait toujours eu du respect pour Naé, et ne voulait pas risquer de dégrader leur relation. Elle était bien trop têtue pour se soumettre, et après tout peut être avait-elle raison. Il n'était pas là question d'obligation mais de choix propre à chacun.

-Très bien. Celles qui le voudront pourront vous suivre. Mais seulement lorsque les hommes seront trop épuisés pour continuer l'entrainement. Ce sont eux qui iront à la guerre. Me suis-je bien fait comprendre?

L'elleth s'inclina, et partit rejoindre ses amis, à l'auberge du village.


D'abord surpris par cette nouvelle, ceux ci s'étaient montrés plutôt heureux, finalement que les choses évolues. La situation actuelle était la preuve que les temps changeaient.

Ils burent quelques bières et mangèrent un morceau, discutant sur la stratégie à adopter le lendemain pour améliorer les hommes. L'auberge se remplit peu à peu, et il était facile de deviner qu'elle n'avait pas eu autant de monde depuis un moment.

La joie était revenue, même après la bataille. Chacun était bien trop content de vivre, et heureux de pouvoir partager avec ceux qui l'étaient, après ce qu'ils avaient traversé.

Naé sentit le regard de l'elfe la dévisager plusieurs fois, tandis qu'elle s'appliquait à l'ignorer royalement, évitant de lui adresser la parole ou de croiser son regard. Ils s'étaient dit "juste une nuit", et ses pensées étaient encore bien trop brouillées pour pouvoir passer au-delà .

Elle était certaine qu'au moindre regard, les autres devineraient ce qu'ils avaient partagé.

Mais elle se trompait.

Le nain était bien plus observateur qu'elle ne le pensait, et c'était surtout de les voir ensemble en étant capable de ne pas s'injurier qui lui sembla suspect.

Lorsque la soirée, s'avança, chacun alla se coucher.


Naé eut du mal à fermer l'œil, cette nuit là. Les draps étaient encore empreints du parfum de la veille, et elle ne rêva que de ça. Que du fait que cela se reproduise une nouvelle fois..


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