Le Remède d'un Amour Interdit - Tome I
Chapitre 5 : Les soins de Suiren – Partie II
6828 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 03/08/2026 09:15
CHAPITRE 5 : Les soins de Suiren – Partie II
Les mains derrière le dos, j’observais les différents pots sur les étagères, comme si j’essayais d’en deviner le contenu. Je savais pourtant très bien ce qu’ils renfermaient. Mais je ressentais le besoin de regarder ailleurs. Mes doigts avaient effleuré ceux de ma patiente ; cela m’arrivait régulièrement. Pourtant, cette fois-ci, c’était différent. Tout me semblait différent depuis l’instant où j’avais prêté attention à son regard. Malgré tous mes efforts pour ne pas y penser, cette étrange sensation demeurait profondément ancrée en moi.
Je sursautai légèrement lorsqu’un toussotement retentit derrière moi. La Radine, évidemment. Il allait falloir que je reprenne le contrôle de moi-même. Elle ne se priverait certainement pas de me faire des remarques moqueuses. Je fermai brièvement les yeux avant de me tourner vers ma patiente, ignorant volontairement ma vieille amie.
Elle avait terminé de boire et me tendait timidement le bol. Je le pris avec précaution, veillant cette fois à ne pas frôler ses doigts. Elle me remercia d’un signe de tête accompagné d’un discret sourire que je lui rendis presque malgré moi.
Je posai le récipient vide sur le trépied et me tournai vers le seau. Je me figeai aussitôt. L’eau était encore parfaitement claire. Je n’avais pas préparé le bain de pieds. Encore une erreur.
Je relevai les yeux vers la Radine. Adossée à un meuble, la pipe entre les doigts, elle m’observait avec un sourire amusé. Je détournai le regard. Peut-être trouvait-elle la situation divertissante, mais ce n’était pas mon cas.
𝘙𝘦𝘱𝘳𝘦𝘯𝘥𝘴-𝘵𝘰𝘪.
Sans perdre davantage de temps, je me penchai sur mon paquetage resté ouvert. J’écartai les compartiments puis sortis un à un les ingrédients dont j’avais besoin, les disposant soigneusement sur la petite table basse. D’un geste sûr, je déballai ensuite mon couteau enveloppé dans un chiffon propre ainsi que ma petite planche en bois marquée d’entailles.
Les doigts posés sur le menton, je vérifiai un instant si je n’avais rien oublié. Tout y était.
Je me concentrai sur mon travail. Je tirai du petit sachet de toile une poignée d’armoise séchée dont j’émiettai les feuilles cassantes entre mes doigts avant de les laisser tomber dans l’eau. Une légère odeur amère commença aussitôt à s’élever.
Puis je sortis d’un linge marqué de terre le gingembre que je posai sur la planche avant d’essuyer la lame du couteau sur ma manche. Je grattai un peu la peau du rhizome puis le découpai avec précision en fines rondelles régulières.
Mais mon geste ralentit peu à peu. Le silence qui régnait dans la pièce était pesant. Et c’était bien la première fois qu’un silence me mettait mal à l’aise.
Du coin de l’œil, je regardai la jeune femme. Elle tenait délicatement la petite main de son enfant pendant qu’elle me regardait travailler.
Était-elle nerveuse ? Ou trouvait-elle simplement du réconfort dans le contact de son bébé ?
- " Vous n’avez pas besoin d’avoir peur, ce n’est... "
- " Je... je n’ai pas peur ", me coupa-t-elle.
Elle n’avait pas peur ? Alors pourquoi m’observait-elle avec autant d’attention depuis tout à l’heure ?
Je levai lentement les yeux vers elle. Mon regard resta accroché quelques secondes à ses iris noisette. Elle semblait vouloir dire quelque chose, mais hésitait encore. Cela se lisait facilement dans ses yeux. Craignait-elle de me déranger pendant mon travail ?Curieux, je l’encourageai d’un léger signe de tête.
- " Cette plante, c’est bien du plantain ? " demanda-t-elle d’une voix fine.
Elle désignait du doigt les longues feuilles fournies accompagnées de petits épis verdâtres qui dépassaient du linge terreux posé devant moi. Je fus surpris par sa question et sentis soudainement mon pouls s’accélérer. C’était discret, mais impossible à ignorer. Je baissai brièvement les yeux vers la plante médicinale avant de reporter mon attention sur elle.
- " En effet", répondis-je. "Vous vous en êtes déjà servie ? "
- " Oui... J’en mettais sur les mains de mon... "
Sa voix s’éteignit brutalement.
L’expression un peu plus détendue qui illuminait son visage quelques secondes plus tôt venait de disparaître. Elle détourna aussitôt les yeux vers son enfant, mais pas assez vite pour m’empêcher d’apercevoir l’éclat humide qui envahissait son regard.
De mon ? ... Je fronçai légèrement les sourcils. Elle était arrivée seule ici, avec un nourrisson dans les bras. Parlait-elle d’un proche ? De son... mari, peut-être ?
Une douleur serra soudainement ma poitrine au moment même où je sentis la présence de la Radine s’approcher de nous. Je levai les yeux vers elle et l’interrogeai du regard.
Ce n’était pas dans mes habitudes de me préoccuper de la vie des autres. Mais, pour une raison que je ne comprenais pas moi-même, j’avais envie de savoir d’où venait cette jeune femme et ce qui la faisait souffrir. La Radine me lança un regard lourd de sens avant de secouer discrètement la tête. Ce n’était pas le moment.
Je détournai les yeux. Il fallait que je reprenne mon travail. Mais mon regard glissa un instant sur la jeune mère qui essuyait discrètement le coin de ses yeux humides du bout du pouce. Ma gorge se serra devant cette soudaine tristesse.
Je repris la découpe du gingembre, mais je n’étais plus concentré. Le couteau glissa légèrement.
- " Hm... "
J’avais coupé une tranche beaucoup trop épaisse. Cela ne changerait rien à l’efficacité du remède, mais une erreur pareille était inhabituelle pour moi. Je sentis la jeune maquerelle se pencher au-dessus de mon épaule.
- " Tu découpes le gingembre comme un apprenti, le Saint ? ", lança-t-elle d’un ton taquin.
Je gardai les yeux fixés sur la planche et fronçai légèrement les sourcils. Je repris le morceau et le recoupai avec davantage de précision.
- " Ma main a glissé. "
- " Bien sûr... "
Je pris les rondelles entre mes doigts et levai les yeux vers elle tandis qu’elle se redressait avec un air fier. Un sourire amusé étirait ses lèvres. Agacé, je levai discrètement les yeux au ciel avant d’ajouter le gingembre dans le seau.
Il ne restait plus que le plantain. Mon regard s’attarda un instant sur les feuilles encore enveloppées dans leur linge humide et terreux. Cette simple herbe avait suffi à raviver de douloureux souvenirs chez ma patiente. Ses blessures n’étaient pas seulement physiques. Elle était épuisée. Il fallait que je me dépêche.
Je relevai les yeux vers elle. Sa main tenait toujours celle de son enfant avec douceur et, malgré son air absent, elle suivait chacun de mes gestes avec attention.
- " J’ai bientôt terminé ", lui assurai-je.
Le visage tiré par la fatigue, elle hocha la tête.
Je pris une discrète inspiration avant de me remettre au travail. Je me tournai vers le guéridon et attrapai un linge propre afin d'essuyer le jus de rhizome collé à mes doigts. Puis je dépliai celui qui conservait les feuilles de plantain.
Je les examinai attentivement. Les bords étaient légèrement assombris, mais elles demeuraient souples : elles restaient utilisables. Je les froissai dans ma paume avant de me tourner vers le baquet et de les laisser tomber délicatement dans l’eau.
Je plongeai deux doigts dans l’eau trouble puis en testai la chaleur contre la peau de mon poignet. C’était parfait.
Après avoir nettoyé mes mains et mes avant-bras à l’aide du linge, je me tournai vers la jeune femme. Au passage, je remarquai que la Radine continuait de m’observer sans la moindre discrétion.
- " Je vais examiner vos pieds ", la prévenais-je.
Je la vis se raidir légèrement, et je pouvais la comprendre. J’allais devoir poser les mains sur elle. Cela la dérangeait, mais elle ne pouvait pas y échapper.
Elle hocha la tête. J’en fis de même avant de me lever. Je remuai légèrement mes jambes engourdies en évitant le regard perçant de la maquerelle puis m’agenouillai devant elle.
Nos regards se croisèrent, accompagnés d’un sourire discret. Je me penchai pour retirer ses chaussures lorsque mes mains se retrouvèrent soudainement sur les siennes. Mon cœur eut une faiblesse que je m’empressai d’ignorer. Pourtant, je demeurai immobile, incapable de rompre ce contact.
Je ne levai pas la tête cette fois. Il était plus simple pour moi de regarder nos mains plutôt que d’affronter son regard.
Soudain, je vis ses fines mains se retirer vivement. Je levai lentement les yeux vers elle. Le regard détourné, ses doigts se crispèrent sur ses genoux. Un léger nuage de fumée apparut près de moi. Je me tournai vers la Radine qui continuait de s’amuser à me regarder perdre le contrôle. Il fallait que ces soins se terminent.
Je fronçai les sourcils puis, le feu aux joues, me retournai vers la jeune femme qui posa sur moi un regard embarrassé.
- " Excusez-moi, je... je croyais devoir retirer mes chaussures moi-même ", bafouilla-t-elle.
Son visage s’était empourpré comme un lotus vermeil fleurissant dans les bassins des temples. À l’image de son prénom, elle dégageait cette beauté paisible qui naît au milieu des eaux troubles. Je déglutis en réalisant le fond de ma pensée. De tels égards n’avaient rien de convenable pour un médecin. Je me rappelai aussitôt à l’ordre.
- " Ne vous excusez pas. J’aurais dû vous prévenir. "
Et c’était vrai. Elle n’avait absolument rien à se reprocher. Mais la douce chaleur que j’avais ressentie sous mes paumes m’avait fait oublier tout le reste.
- " Je vais devoir le faire. Vos pieds sont gonflés, vous risquez de vous faire mal ", la prévenais-je.
Elle acquiesça. Je me penchai à nouveau sur ses chaussures et en desserrai lentement les attaches. Je marquai une pause avant de la toucher, conscient de ce geste qu’elle ne souhaitait pas et du tremblement dans ma poitrine. Jamais je n’avais connu une consultation aussi troublante. Je pris une légère inspiration que j’expirai discrètement.
𝘊𝘰𝘶𝘳𝘢𝘨𝘦.
J’attrapai sa cheville avec délicatesse et ramenai son pied toujours chaussé sur mon genou.
- " Vous allez salir votre tenue ! ", s’affola-t-elle soudainement.
Surpris, je m’arrêtai dans mon geste et levai les yeux vers elle. Je m’égarai un instant dans son regard mêlé de gêne et d’inquiétude.
- " Ce n’est rien. "
Je ne pus m’empêcher de lui adresser un sourire qu’elle me rendit. Je baissai aussitôt la tête avant que les battements de mon cœur ne s’emballent davantage.
Je maintins sa cheville avec autant de délicatesse que si j’avais manipulé une plante fragile, puis retirai doucement sa chaussure. Je relevai aussitôt la tête lorsque je l’entendis gémir faiblement.
Elle avait lâché la main de son enfant et serrait désormais les poings en se mordant la lèvre inférieure. Un pincement me serra le cœur en voyant la grimace qu’elle tentait de dissimuler.
-" Ça va aller ? "
Elle hocha la tête et m’adressa un sourire crispé. Je lui rendis son signe de tête avant d’attraper délicatement sa seconde cheville pour poser son pied sur mon genou.
- " Je vais retirer la seconde. Vous êtes prête ? "
- " Oui ", dit-elle d’une petite voix.
Avec précaution, je répétai mon geste, provoquant la même réaction douloureuse.
Je déposai ses chaussures à côté de moi, puis mon attention se porta immédiatement sur ses chevilles rougies et enflées. Je les comparai et remarquai qu’elles semblaient identiques malgré le gonflement.
J’enfonçai légèrement mes pouces dans les œdèmes puis observai quelques instants la marque laissée par la pression de mes doigts.
Sans la lâcher, j’examinai ses pieds. Ils étaient rougis. Marqués par la trace de chaussures devenues trop étroites. La peau, par endroits, était soulevée par des ampoules dont certaines étaient déjà rompues.
Je relevai la tête et croisai aussitôt son regard, qui semblait redouter mon diagnostic.
- " Vous avez marché beaucoup trop longtemps. "
Ce n’était pas une question, mais un constat. Et elle l’avait parfaitement compris. Je la vis détourner brièvement les yeux.
- " Ce n’est rien ", murmura-t-elle d’une voix tremblante.
Elle tenta de retirer ses pieds de mes genoux, mais je maintins doucement ses chevilles. Elle interrompit tout mouvement lorsque la voix de la Radine brisa le calme de la pièce.
- " C’est peine perdue, joli minois. "
Nous nous tournâmes vers la maîtresse des lieux, qui posa délicatement sa précieuse pipe sur le meuble. Elle se redressa fièrement en croisant les bras.
- " Le Saint ne te lâchera pas tant qu’il n’aura pas terminé son travail. Et surtout pas un aussi charmant spécimen que toi ", ajouta-t-elle avec amusement.
Stupéfait par ses paroles, je relâchai lentement l’emprise que j’exerçais sur la jeune mère, avec la délicatesse d’une caresse sur un pétale de rose. Je sentis un frisson remonter le long de mes bras tandis que mon cœur s’emballait brusquement.
Je lançai un regard mécontent à la maquerelle, qui pouffa sans retenue. Pourquoi fallait-il qu’elle me mette dans l’embarras ? La chaleur me monta aux joues. Je reportai aussitôt mon attention sur le baquet fumant à côté de moi, n’osant plus poser les yeux sur ma patiente. Elle devait être tout aussi gênée que moi… si ce n’est pire ? Pourtant, il fallait que je la soigne. Je pris discrètement sur moi avant d’attraper le seau que je plaçai devant elle.
- " Trempez vos pieds. "
Les joues rosies, elle acquiesça. Je détournai immédiatement le regard, par respect pour elle mais également pour fuir la situation gênante dans laquelle nous avait mis la Radine.
Le bain de pieds émit un petit clapotis paisible tandis qu’elle y enfonçait lentement ses pieds fatigués. S’ensuivit un soupir de bien-être. L’eau médicinale devait très certainement lui apporter un réel soulagement. Curieux, je me tournai lentement vers elle.
Elle avait fermé les yeux et un sourire satisfait illuminait son doux visage. Je posai mon regard sur ses mains qui reposaient sur les coussins, puis sur les petites ondulations qui venaient heurter les rebords du baquet.
Telle une enfant, elle remuait lentement les chevilles, appréciant la douce caresse de l’eau sur sa peau. Je relevai la tête et détaillai un instant son expression détendue. Je sentis alors un sourire naître au coin de mes lèvres. J’étais toujours ravi de voir mes patients soulagés, mais cette fois encore, c’était différent. Derrière ma rigueur de médecin, quelque chose d’autre s’était glissé. Une attention plus douce. Plus...
Je préférai ne pas y penser.
Je repris contenance avant que la jeune maquerelle à côté de nous ne me lance une nouvelle pique.
- " Il ne faudra pas les laisser trop longtemps ".
Ma patiente ouvrit les yeux dans un léger sursaut, puis se redressa en ramenant ses mains sur ses genoux.
- " Excusez... excusez-moi, vous m’avez parlé ? ", me demanda-t-elle, gênée.
- " Il ne faudra pas les laisser trop longtemps. La peau deviendrait trop fragile ", répondis-je d’une voix posée.
Elle acquiesça puis baissa les yeux, me laissant le temps d’y voir une once de regret. Se reprochait-elle soudainement d’avoir éprouvé un moment de quiétude ?
Je la vis sortir ses pieds du bain, mais je l’en empêchai. Elle reprit aussitôt sa position.
- " Détendez-vous, je vais préparer ce dont j’ai besoin pour la suite ", la prévenais-je.
- " Enfin, tu te remues, le Saint ", me lança la Radine d’un ton taquin.
Je me relevai puis me tournai vers elle. Je ne répliquai pas à sa remarque. Cela n’aurait fait qu’empirer les choses.
- " Il lui faut des sandales. Souples et propres ".
Nous nous fixâmes un instant. Cela faisait longtemps que nous nous connaissions et elle dut comprendre, à mon regard, que je n’avais aucune envie de plaisanter, car aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se contenta d’acquiescer fermement avant de s’adresser aux deux apprenties.
- " Vous avez entendu ?! " leur lança-t-elle sèchement tandis qu’elles hochaient la tête. " Toi, va chercher ce que le Saint demande ", ajouta-t-elle en pointant l’une d’elles du doigt.
- " Et toi, va dire à Meiling de préparer des draps dans la dernière annexe et qu’elle ramène ses fesses ici ! " ordonna-t-elle à la seconde.
Les deux adolescentes nous saluèrent poliment puis sortirent silencieusement de la pièce.
La Radine et moi échangeâmes un regard sérieux, puis je l’observai un instant raviver l’herbe séchée dans sa pipe. J’avais beau lui rappeler qu’elle en abusait, elle ne m’écoutait jamais. Je secouai la tête avant de me diriger d’un pas lent vers mon paquetage.
Mais je m’arrêtai net à côté de la petite Ah-Duo, qui dormait toujours paisiblement.
Le regard fixé sur la respiration lente et régulière du bébé, je réfléchis. Si je voulais soigner correctement ma patiente, il fallait déplacer la panière. Mais je redoutais sa réaction. Entendre son enfant pleurer à chaudes larmes l’avait affolée. Serait-ce également le cas cette fois-ci ?
Je me tournai vers ma patiente et croisai son regard. Elle posa avec douceur sa main sur celle de sa fille et je vis l’inquiétude naître dans ses iris noisette.
- " Quelque chose ne va pas ? ", s’empressa-t-elle de demander fébrilement.
- " Votre fille va bien... " la rassurai-je tandis qu’elle soufflait de soulagement. " Mais je vais avoir besoin de cette place pour vous soigner. Me permettez-vous de déplacer votre enfant ?".
La détresse s’empara d’elle aussitôt. Elle froissa le tissu de sa robe tout en posant les yeux sur son bébé. Puis elle nous regarda tour à tour, la Radine et moi. Comme tout à l’heure, ses yeux se mirent à briller. Elle craignait qu’on lui retire son enfant.
Le regard inquiet qu’elle posa sur moi me provoqua un pincement au cœur. Je voulus intervenir, mais ma vieille amie fut plus rapide.
- " Le Saint doit terminer tes soins. Mes filles vont revenir et s’occuper de ton bébé. "
Elle avait prononcé ces mots avec calme et autorité. La jeune mère acquiesça. Elle avait compris qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir.
Je la vis déposer un doux baiser sur le front de sa fille, qui remua légèrement dans son sommeil. Je pris la panière dans mes bras avec la plus grande précaution puis croisai son regard. Elle acquiesça timidement. Je lui répondis d'un léger hochement de tête.
Je me relevai doucement puis, d’un pas lent et silencieux, j’allai déposer délicatement le petit couffin sur les coussins moelleux que la jeune maquerelle venait de disposer dans un coin de la pièce.
Au même moment, les deux apprenties entrèrent en refermant doucement la porte derrière elles. La première m’apporta les sandales que je lui pris des mains après lui avoir rendu son salut.
La seconde prévint « Madame » que Meiling s’attelait déjà à la tâche.
La Radine acquiesça, satisfaite, puis leur désigna la petite Ah-Duo d’un signe de tête. Les deux adolescentes comprirent immédiatement ce qu’elle attendait d’elles. Sans perdre de temps, elles s’agenouillèrent avec toute l’élégance qu’on leur avait enseignée.
Je retournai aussitôt auprès de ma patiente. Elle observait les deux jeunes filles qui veillaient désormais sur son bébé, un sourire aux lèvres. La voix de ma vieille amie se fit soudain entendre.
- " Tu n’as pas à t’en faire, joli minois. Je n’emploie pas n’importe qui. "
Tout comme moi, la jeune mère se tourna vers la maîtresse des lieux, qui souffla un nuage de fumée sur le côté. Un sourire étirait ses lèvres, fière de la réputation de son établissement et de ses filles.
- " Excusez-moi, mais... vous m’avez gentiment donné des langes et du lait. Y a-t-il des enfants ici ? " demanda-t-elle, intéressée.
Le sourire de ma vieille amie disparut aussitôt, laissant place à un air fermé. Nos regards se croisèrent brièvement. La question de la jeune femme venait d’effleurer un sujet que nous préférions taire.
- " Rappelle-toi ce que je t’ai dit. C’est moi qui pose les questions, pas toi ", lui lança-t-elle sèchement. " Le Saint, termine tes soins ", m’ordonna-t-elle.
J’acquiesçai puis posai brièvement le regard sur ma patiente. Elle jouait avec ses doigts et avait tourné la tête en direction de son enfant. Elle était nerveuse.
S’en voulait-elle d’avoir contrarié sa future patronne ? Je ressentis un pincement au cœur. Sa curiosité était compréhensible.
Sans un mot, je me dirigeai vers mon paquetage resté ouvert, que je soulevai avec précaution à deux mains. Je revins silencieusement sur mes pas avant de m’agenouiller à l’endroit où se trouvait auparavant la panière. J’y déposai ma sacoche puis fouillai méthodiquement son contenu.
J’en sortis un mince étui en bambou, plusieurs petits carrés de tissu, deux rouleaux de coton blanc ainsi qu’une petite boîte ronde en bois que je disposai sur la table basse.
- "Tiens."
L'intervention de ma vieille amie rompit le silence de la pièce. Je me tournai vers elle. Son regard était tout aussi sévère que sa voix.
Elle nous avait rejoints et me tendait une bougie. Je la remerciai d’un signe de tête avant de l’installer devant moi. La flamme vacilla doucement, répandant une lumière dorée sur notre petit cercle.
Je pris ensuite plusieurs serviettes propres sur le trépied voisin et les rangeai à côté de mon matériel, à portée de main. J’en dépliai une que j’étendis soigneusement sur mes genoux.
Lorsque je relevai la tête, je croisai le regard de la jeune femme. Elle n’observait plus son enfant. Les deux jeunes filles s’étaient empressées autour de la petite Ah-Duo avec tant de naturel qu’elle paraissait avoir oublié, pour quelques instants, son inquiétude de mère. Ses yeux étaient désormais tournés vers moi, empreints de curiosité.
Cette simple attention suffit à me faire oublier ce que j’étais censé faire. Je repris aussitôt contenance et, d’un signe de tête, l’invitai à déposer ses pieds sur le linge posé sur mes genoux.
Elle acquiesça timidement. Je détournai pudiquement les yeux tandis qu’elle retirait ses pieds du bain médicinal pour les installer sur la serviette.
Je pris ses chevilles humides avec délicatesse et baissai les yeux sur ses pieds. Je devais rester concentré sur mon examen médical, et non sur la douceur de sa peau que je pouvais sentir sous mes paumes.
Saisissant un linge propre, je séchai ses pieds par de légers tapotements, prenant soin de ne pas irriter davantage les ampoules. Mes gestes étaient aussi prudents que si je débarrassais une fleur courbée par la pluie des dernières gouttes retenues sur ses pétales.
- "On ne frotte jamais une brûlure."
Je m’immobilisai aussitôt. Mon cœur donna un brusque coup contre ma poitrine. La fine voix de la jeune femme venait à son tour de briser le calme de la pièce. Je levai lentement la tête et croisai son regard curieux et légèrement embarrassé.
- "Comment ?", réussis-je à dire, surpris.
- Lorsque vous avez soigné ma fille, vous m’avez donné ce conseil, répondit-elle avec hésitation. Il faut procéder de la même manière pour ces ampoules ? me demanda-t-elle avec curiosité.
Elle s’en souvient ? S’intéresse-t-elle aux soins que je lui porte ou cherche-t-elle simplement à détendre l’atmosphère ?
Je sentis à nouveau cette sensation étrange qui m’envahissait à chaque échange, à chaque contact, et qui faisait trembler ma poitrine. Je sursautai lorsque je reçus une violente tape sur l’arrière du crâne. Au même moment, un hoquet de stupeur sortit de la bouche de la jeune femme devant moi.
- "Sort de ta rêverie, le Saint ! Elle t’a posé une question.", me lança la radine.
La main sur le crâne, je levai les yeux vers elle. Elle avait retrouvé son air fier. Je fronçai les sourcils en voyant un sourire railleur naître au coin de ses lèvres. Je le reconnais, j’avais été ailleurs l’espace d’un instant. Mais elle y était allée un peu fort.
- "Tu pourrais avoir la main un peu moins leste", lui dis-je avec fermeté.
- "Pourquoi est-ce que je changerais mes habitudes ?"
Le sourcil arqué, elle me fixa en tirant sur sa pipe. Je ne répondis pas. Entrer dans son jeu ne servirait à rien. Je soufflai, quelque peu agacé. Un petit rire se fit entendre tandis que je me tournais vers la jeune femme. Elle n’avait pas bougé et me regardait, confuse. Je la rassurai d’un léger sourire qu’elle me rendit aussitôt.
Je la vis ensuite observer brièvement la jeune maquerelle, qui devait être satisfaite d’elle et me tenir à l’œil.
- "Oui, il faut procéder de la même manière. Il faut éviter de frotter toute inflammation.", dis-je alors, d’une voix posée.
Elle acquiesça. Je me tournai vers mon matériel, fuyant ce regard sur lequel je m’attardais toujours trop longtemps. Il fallait absolument que je me concentre sur mon travail de médecin. Je n’avais pas étudié si longtemps pour perdre le contrôle face à une patiente.
J’attrapai mon fin étui, d’où je sortis avec précaution une bande de tissu contenant mes aiguilles. Je la déroulai lentement à plat sur la table basse. La main posée sur le menton, je les observai avec hésitation.
Laquelle la ferait le moins souffrir ?...
D’un geste maîtrisé, je saisis une aiguille entre mes doigts. Je vérifiai sa pointe à la lumière de la bougie, puis la rangeai pour en prendre une autre, beaucoup plus fine.
Celle-ci serait parfaite.
Je chauffai son extrémité à la flamme dorée de la bougie. Celle-ci dansa un instant autour du métal, projetant des reflets mouvants sur mes doigts. L’odeur de la cire fondue vint se mêler aux parfums du bain médicinal qui emplissaient déjà la pièce.
Je la retirai lorsque j’aperçus sa pointe devenir rougeâtre. Je me redressai et présentai l’aiguille stérilisée à la jeune femme.
- "Je vais devoir percer deux de vos ampoules. Vous pouvez regarder ailleurs si vous le souhaitez."
Bien qu’elle ait les mains crispées sur le tissu de sa robe, elle secoua rapidement la tête, me faisant comprendre qu’elle désirait voir cette étape des soins. J’en fus quelque peu étonné. La plupart de mes patients détournaient le regard. Mais pas elle. Nous échangeâmes un timide sourire entendu.
Tenant toujours ses chevilles avec délicatesse, je pointai l’aiguille sur la première ampoule et hésitai. La peur de lui provoquer de la douleur m’envahit l’espace d’un instant. Puis d’un geste maîtrisé, j’en perçai délicatement le bord. Un filet translucide s’écoula aussitôt sous la légère pression de mes doigts et fut absorbé par le tissu de la serviette préalablement préparée. Je procédai de la même manière avec la seconde ampoule. Je posai l’aiguille et le linge souillé à côté de moi avant de me tourner vers elle.
- "Ce n’était pas douloureux ?", demandais-je avec curiosité.
-"Non… Merci." répondit-elle dans un souffle.
J’hochai la tête, puis attrapai la petite boîte ronde en bois devant moi. J’allais devoir lui appliquer cet onguent. Cette étrange chaleur se diffusa à nouveau en moi à la simple pensée de devoir l’appliquer sur sa peau.
𝘙𝘦𝘴𝘴𝘢𝘪𝘴𝘪𝘴-𝘵𝘰𝘪, 𝘣𝘰𝘯 𝘴𝘢𝘯𝘨.
Je pris une discrète inspiration que j’expirai doucement, puis ouvris la boîte, dévoilant une pommade dorée qui brilla à la lumière de la bougie. Un doux parfum floral et végétal se mêla aussitôt aux autres fragrances déjà présentes dans l’air. Je prélevai une noisette du baume du bout de mon doigt.
Je fermai les yeux un bref instant puis étalai délicatement l’onguent. Il fondit lentement sous mes doigts, déposant une fine couche protectrice sur sa peau fragilisée. Elle était soyeuse et extrêmement douce, à l’instar des pétales de pivoines que j’avais manipulés au cours de mes apprentissages.
Je sentis le rouge me monter aux joues tandis qu’une étrange chaleur gagnait lentement ma poitrine.
Il fallait absolument que je parle pour enfouir ses troublantes sensations au fond de moi. Surtout que je sentais le regard de la jeune femme ainsi que celui de la Radine posés sur moi.
- "Ce baume est fait de miel, de calendula, de plantain et d’huile de sésame. Le miel protégera les plaies et favorisera la repousse de la peau. Le calendula calmera l'inflammation et favorisera la guérison des petites blessures. Quant au plantain…"
Ma voix s’évanouit en même temps que je sentis un pincement au cœur. Pourquoi avais-je évoqué ce mot qui avait bouleversé ma patiente ? Elle avait réussi à se détendre et je venais très certainement de la mettre mal à l’aise à nouveau. J’arrêtai mon geste en même temps que je levai les yeux vers elle. Je déglutis. Elle me regardait avec intérêt, mais l’éclat de ses iris cachait une profonde tristesse. A part le léger bruissement d’air qu’expirait la radine, la pièce était plongée dans un silence profond. Un silence qui me dérangeait à nouveau et que la voix fine et tremblante de la jeune femme brisa.
- " Le plantain calmera l’irritation et … et aidera à réduire les rougeurs. C’est bien ça ? "
J’acquiesçai et restai accroché à son regard dont la peine avait fait place au calme.
Avait-elle remarqué ma gêne ? Essayait-elle de me rassurer ? Comment arrivait-elle à passer d’un extrême à l’autre ? Je repris mes esprits, et lui répondit.
- " C’est exactement ça. "
Nous échangeâmes un léger sourire.
- " Je termine les soins de vos pieds et j’en mettrai sur les égratignures de vos mains. ", la prévins-je.
Elle baissa les yeux et observa les nombreuses égratignures présentes sur le dos de ses mains. Puis elle reporta son attention sur moi.
-" Ce n’est pas la peine, ça guérira tout seul…"
- " Belle tentative, mais j’ai besoin de toi entièrement guérie, pas qu’à moitié. Et le Saint ne repartira pas sans soigner ça. ", intervint la Radine avec autorité.
Nous nous tournâmes vers elle. Son regard perçant passa de l’un à l’autre. J’approuvai d’un signe de tête. Elle avait raison et me connaissait que trop bien. Je ne repartirais pas sans terminer mon travail.
La jeune femme le comprit et acquiesça. Son regard passa de la Radine à moi avec hésitation. Elle semblait vouloir dire quelque chose, mais n’osait pas se lancer.
- " Qu’est-ce que tu veux ? " lui demanda sa future patronne.
- " Est-ce que… est-ce que je pourrais appliquer cette pommade sur mes mains, moi-même ? ", me demanda-t-elle avec hésitation.
La surprise me frappa. Je n’avais encore jamais eu affaire à un patient qui souhaitait participer lui-même à ses soins. La Radine en fut tout aussi étonnée, car elle recracha sa fumée en toussotant. J’échangeai un regard avec elle, puis reportai mon attention sur la jeune femme, qui ne savait plus où poser les yeux, très certainement gênée par sa demande.
- " Bien sûr ".
Une lueur de surprise traversa son regard, bientôt remplacée par une discrète satisfaction, comme si elle ne s’était pas réellement attendue à ce que j’accepte. Jusqu’alors si tendue, elle paraissait soudain plus vivante. Je sentis les battements de mon cœur s’accélérer devant ce visage presque rayonnant.
La Radine intervint avant que je ne me perde dans la contemplation de ce regard et, au fond de moi-même, je l’en remerciai.
- " Il en est hors de question ", refusa-t-elle sèchement.
Je me tournai lentement vers elle. Les bras croisés, elle me fixait, les sourcils froncés. Elle n’appréciait guère que l’on décide à sa place, et son attitude me fit sourire intérieurement.
- " N’oublie pas que je suis le médecin et que tu n’as pas toujours ton mot à dire. Je vais veiller à ce que tout se passe bien", dis-je d’une voix calme.
Son regard s’assombrit un instant, puis elle se tourna vers la jeune femme.
- " T’as intérêt à faire ça bien, joli minois ', la prévint-elle d’un ton ferme en la pointant du bout de sa pipe.
La jeune femme hocha la tête, en esquissant un léger sourire, et je me sentis soulagé.
La Radine avait compris que céder à sa demande la détendrait davantage qu’elle ne l’était déjà. Je ne savais toujours pas ce qu’elle avait traversé, mais j’étais certain d’une chose : elle avait cruellement besoin de relâcher la pression. Et si je pouvais lui apporter un peu de réconfort en la laissant se soigner seule, je n’y mettrais pas d’obstacle.
Je repris mon travail, appliquant avec soin l’onguent sur le reste de ses blessures, le cœur toujours agité dans ma poitrine. Lorsque toutes ses plaies furent recouvertes de ma préparation, je relevai les yeux et croisai son regard attentif.
-" Je vais bander vos pieds. Attendez que j’aie terminé avant de commencer ", la prévenais-je.
Je lui tendis ma petite boîte, qu’elle prit délicatement entre ses mains avant de hocher la tête. Nos regards se croisèrent brièvement, puis je me tournai vers le trépied et plongeai mes mains dans l’eau refroidie du bol en céramique. J’attrapai une serviette et me séchai soigneusement les mains, retirant toute trace de graisse sur mes doigts.
Je reportai mon attention sur elle. Ma petite boîte d’onguent reposait dans le creux de ses mains. Son regard semblait illuminé par l’aspect doré de mon baume. Elle en humait également la douce odeur du miel de fleurs, un discret sourire aux lèvres. Elle n’avait certainement jamais rencontré ce genre de préparation. Était-ce pour cette raison qu’elle souhaitait se soigner elle-même ? La curiosité d’utiliser l’une des plantes médicinales qu’elle connaissait sous une forme différente ? Son expression était si sincère qu’elle me fit sourire malgré moi.
Je sursautai légèrement lorsque je vis la Radine s’accroupir à côté de moi. Je n’eus pas le temps de réagir qu’elle approcha sa tête de mon oreille.
- " Luomen, quand tu en auras terminé, il va falloir que l’on parle, toi et moi ", me souffla-t-elle.
Un frisson désagréable me traversa. Rares étaient les fois où elle m’appelait par mon prénom. Et sa voix avait été si sérieuse que je me demandais bien de quel sujet il pouvait s’agir. Je tournai lentement la tête vers elle.
Le léger sourire taquin qui étirait ses lèvres contrastait avec le sérieux de son regard. Si elle voulait discuter de cette patiente qui me faisait perdre le contrôle de moi-même, j’avais tout intérêt à me ressaisir.
Je plissai les paupières puis hochai la tête. Je la suivis du regard tandis qu’elle se relevait avec grâce, tout comme la jeune femme, qui avait certainement remarqué ce bref échange.
Nous observâmes la Radine s’adosser au meuble, puis nos regards se croisèrent.
- " Je vais vous bander les pieds ".
Je détournai aussitôt les yeux et attrapai les compresses que je posai délicatement sur les chairs meurtries de ses deux pieds. Je pris l’un des rouleaux de coton puis me concentrai sur mon travail. Je le déroulai puis, avec le plus grand soin, enveloppai son pied, comme si le moindre geste brusque risquait de lui faire mal.
J’étais parfaitement conscient de faire preuve d’une douceur et d’une attention excessives depuis le début de cette consultation. Mais c’était plus fort que moi. Quelque chose m’empêchait de me comporter autrement.
J’ajustai chaque tour de bande assez pour maintenir le pansement en place. Le moindre frottement risquait de rouvrir les plaies, mais un bandage trop serré lui ferait tout autant de mal.
Je glissai un doigt sous le bandage afin de m’assurer qu’il ne la comprimerait pas lorsqu’elle marcherait. C’était parfait. Je renouvelai mes gestes délicats avec son second pied, puis attrapai les sandales posées à côté de moi.
- " Ce n’est pas trop serré ? ", lui demandai-je, intéressé.
Elle secoua légèrement la tête, me faisant comprendre que le bandage lui convenait
.
Je lui présentai les sandales. Elle retira avec précaution ses pieds de mes genoux tandis que je reculais afin de lui laisser la place pour enfiler les chaussures.
Les mains crispées sur les oreillers, elle glissa avec prudence ses pieds l’un après l’autre dans les sandales. Elles étaient parfaites. Leur largeur et leur souplesse lui permettraient de se déplacer sans ressentir trop de douleur.
- " Vous vous sentez à l’aise ? "
- " Oui, je vous remercie ", répondit-elle avec sincérité.
Nous échangeâmes un discret sourire. Cette étrange chaleur se diffusa à nouveau en moi. Je me ressaisis avant qu’elle ne prenne complètement possession de mes pensées.
- " Posez la boîte un instant ", lui demandai-je doucement.
Elle releva les yeux vers moi avant de poser délicatement le pot avec le reste de mon matériel médical.
- " Je vais d'abord examiner vos mains. Ensuite, je vous montrerai comment appliquer l'onguent vous-même. "
Je vis ses doigts se crisper légèrement sur ses genoux. Puis un filet de voix agréable à l’oreille s’échappa de ses lèvres
.
- " D'accord. "
Je ne pus retenir un sourire. C'est alors que plusieurs coups furent frappés à la porte.
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Merci pour votre lecture ! 🌸 N'hésitez pas à partager votre ressenti en commentaire, je prendrai plaisir à vous lire. Les chapitres demandent parfois un peu de patience, mais c'est le temps nécessaire pour effectuer mes recherches et apporter le plus grand soin à l'écriture de cette histoire. Merci de m'accompagner dans cette aventure. 💜