Mon journal intime 2
La musique bat son plein chez les « Déconnectés ». Ce groupe est un beau bordel de jeunes majeurs et d’anciens adultes travailleurs. En les voyant fumées et coucher librement selon leur mode hippie nouvelle génération, je me remets soudainement en question.
« Je viens du 16ème pas du 19ème. Et puis, je fous quoi ici moi ? Regarde ta tenue Lola, Charlotte a raison, on dirait la vendeuse de la friperie ‘D’ici et d’ailleurs’.
— Alors ma belle ? Tu viens trinquer ta réussite ?
Mon mec se ramène devant le canapé avec une bière. Il est si sexy, un peu plus âgé mais je l’aime pourquoi quoi au juste ? La liberté ? L’aventure ? Au fond, depuis l’été, je me suis vite emballée dans une relation qui m’éloigne de ce que j’ai toujours connu. Étrangement, j’adore ça !
— On monte dans ta chambre ?
— Coquine, toi, tu caches bien ton jeu ! Non ? Non, tu abordes ton visage de chiot là, je n’aime pas vraiment ça. Pas ça du tout.
Je l’attrape par sa veste en cuir très sûr de moi. Quatre jour que je rumine, des heures à préparer la conversation. Il est parfois impulsif même sans drogue festive.
— Je sais que tu tolères que je vois à nouveau mes amis et j’accepte que tu refuses de les rencontrer. En revanche, j’ai avoué à ma mère pour cette connerie. Seule ! Je n’ai rien dis sur vous sauf que je t’ai rencontré, avortée et me voilà à te dire aussi que mes parents veulent te faire ta connaissance et…
— Houlà ma belle ! Doucement ! Je sais que vous avez sans cesse un besoin de vous exprimez. Cependant, une seule chose à la fois.
Soudainement épuisée, je m’assois durement sur son matelas au sol. Il me rejoint en me caressant ma cuisse tendrement puis me force à le regarder pour m’embrasser doucement. Il devine ma peine pour sécher mes larmes. Mael vit en lui, je regrette vraiment de ne pas avoir tenu la solitude, d’avoir voulu rencontrer lui, cet homme mystérieux, en flamme, vivant.
— Tu es magnifique Lola même quand tu pleures, ça t’embellie.
— Matthias, je suis dingue de toi seulement, ces derniers temps, je crois que tu fais tout pour que j’ai de la haine pour ma bande, ma famille, mon quartier riche.
— On ne s’est pas compris visiblement. Rien de grave, écoute, j’ai de la haine contre ceux qui nous manipulent, qui ne donne rien. Dans mon idéal, la société aura toujours un système bancaire, un gouvernement, une justice. C’est comme pour la peinture par exemple. Deux artistes, un même pinceau et même couleurs, même image à produire et deux résultats différents.
— Arrête d’utiliser des métaphores quand on se parle franchement !
— Tu veux quoi ? Me reparler de l’avortement ? Je me suis déjà excusé, je te laisse prendre le temps d’avoir ton Bac puis on verra. Je n’ai que vingt-cinq, rien de surmontable avec nos huit ans de différence. Tu veux une gorgée ?
— Mon cœur, je vous en veux terriblement de m’avoir donner rendez-vous devant le 16ème Degré !
— Quoi ? Tu n’as pas aimé détruire ce cabinet d’architecte qui construit pour les riches et non pour les pauvres ?
Son sourire devient insupportable ! Je le pousse sur le côté, la bière se renverse partout y compris sur lui. Debout, en rage, j’explose :
— C’est le bureau de ma mère putain !!
— Ok, on ne savait pas mais si c’était quelqu’un d’autre, tu l’aurais fait ?
— Je l’ai fais par amour ! Et parce que je crois en vos idéaux !! Sauf que je ne peux plus au final de ces fringues ! Je veux m’habiller comme je veux ! Je ne veux pas que tu me changes ! J’aime mes amis, j’aime mon quartier et je vous aime vous !
Ce type est devenu une chiffe molle ! Il s’allume une cigarette posé, calme.
— Elle est où ta colère à toi hein ?! Il est où celui qui avait faillit me frapper parce que je voulais avorter ?!
— Lola, plus je suis avec toi, plus je change petit à petit. C’est le moment aussi, tu as raison, de repartir sur de bonnes basses. Il faut qu’on se comprenne. Tu sais ton monde m’intrigue et j’ai envie d’aller voir ce qu’il y a de l’autre côté de la Seine. Tu sais que je dois reprendre dans moins de dix ans, la Tanière ?
— Matthias, tu n’es pas un mauvais gars. Pourquoi tu restes avec ton mentor ? Et puis merci.
Je me calme, soudainement mal de l’avoir engueulé alors que je me souviens d’un coup, que lors de la soirée, j’aurais dû leur dire l’identité derrière l’adresse, leur dire aussi non…Impulsive, heureuse, c’était trop tard…
— Pardon mon amour, je m’en veux de n’avoir pas osé dire la vérité…désolé aussi pour mon emportement. Enfin, j’espère quand même que tu comprends pourquoi….
— Tu l’es. Je dois me confier.
— Sur quoi ? On se connait bien non ?
— Ma belle, Antonio m’a élevé depuis mes sept ans depuis la mort de mon père.
— Et ? Tu as ta mère aussi et ta petite sœur Tania. Enfin, je ne vois pas où tu veux en venir, je sais tout ça.
— Par amour, on est prêt à faire n’importe quoi pour l’autre. Bien que j’ai une haine viscérale de mon défunt père qui était un ancien gangster mexicain, quand on est pauvre, qu’on n’a rien et bé, quand on gagne plus d’argent en étant hors la lois, je comprends le principe.
— Tu n’es pas mauvais mon cœur ! Tu ne seras jamais un trafiquant puissant !
— J’ai grandi sans avenir, me suis éloigné de lui et des miens au final pour diriger ma propre bande. J’ai peur de ne pas arriver à changer le fonctionnement de la Tanière, d’être ridicule et de finir dans le désert six pieds sous terre, criblés de balles après avoir été torturé. Antonio me donne une pression énorme.
Je le rejoins pour l’enlacer de dos. Je me refais le fil de sa vie et la mienne. La pression, je l’ai de ma mère pour un meilleur avenir ! Même mon frère et ma sœur, en primaire, je le sente. Elle a peur qu’on n’y arrive pas, qu’on finisse pauvre…
— Bienvenu au club.
— Je crois qu’on a plus passé de temps à s’amuser, se découvrir, débattre sur le monde sans jamais creuser ce qui nous empêche d’être libre. Tu sais, j’en ai marre de tourner en rond, vendre des pochons et faire des grèves. Je veux voyager moi.
— Tu vas aussi enfin accepter de rencontrer Charlotte, Stéphane et Paul Henri ?
— Une libertine, une fille d’une mère névrosée et le fils à papa ministre ?
— Tu vois ? On n’est pas tous différent ! Et mes parents ?
— L’architecte et le lièvre ?
Rire est le meilleur remède encore plus ses lèvres puis la cigarette.
— Alors, ça va mieux non ?
— Hum…
— J’ai la chance de t’avoir toi. Cinq mois ensemble, ma plus longue relation et avec la plus belle et riche. Tu sais, après tes parents, pourquoi pas mon mentor et ma famille ? Enfin ma mère et ma sœur sont à Nantes.
— Oui, j’accepte. Pourquoi à Nantes ? Et ton Antonios ? Il ne va jamais accepter !
— Loyer moins cher et plus en sécurité pour ma petite sœur. Je t’aime toi, c’est pour ça que je prendrais le risque de le saluer.
— Moi aussi je t’aime !
— Je pue la bière, tu me rejoins sous la douche ?
— J’en ai besoin aussi. J’ai surtout emmené une autre tenue.
— Tu sais, que je t’imagine hyper riche comme ta mère, moi, au foyer à m’occuper des gosses dans une villa ?
— Je déteste les cours pourtant si mes notes chutent, je me fais remonter les brettelles ! Et puis, on n’en ait pas là. Vivons au jour le jour.
Je continue de refumer, il veut le récupérer, il me plaque pour m’embrasser plus sensuellement avant de se lever pour l’éteindre dans le cendrier sur la table de chevet. Je ferme quelques secondes les yeux de plaisir avant de le rejoindre.
Si j’ai perdu ma virginité avec mon ex Mael, si avec lui, c’était doux, avec Matthias, ce que je redoutais avant, est plus sauvage. J’ai plus expérimenté, pris confiance et pour le moment, je n’ose pas partager ma sexualité avec Charlotte. De tout manière, c’est intime, je ne comprendrais jamais pourquoi elle veut tout nous dire ce qu’elle fait au lit avec Paul Henri !
— Finalement restes toi-même, je t’ai rencontré tel que tu es. Et encore désolé pour tout.
— Chut, on n’en parle plus, le passé c’est le passé. Et puis, tu as raison, là, on repart sur une base saine. Je suis raide dingue de toi, je ne peux pas passer plusieurs jours sans te revoir.
— On dois continuer à s’améliorer oui et n’hésite pas à me dire ce qui ne va pas aussi, j’ai besoin de quelqu’un comme toi pour me poser un cadre.
On reste enlacés, nu et je m’endors après avoir masser son torse musclé. Le lendemain matin, il me dépose devant le lycée. Une première fois, d’habitude il s’arrête à l’arrêt de métro de son quartier. Ce soir je redors chez ma mère, il faut qu’elle se rassure, me fasse confiance, je reviens en chair et en os.