Mon journal intime 2
« Cher parents, je me sens mal et je ne peux pas encore tout vous dire. N’en voulait pas à Matthias, tout est ma faute uniquement. Cette année, j’oublie le bac, je ne me sens pas de taille à réviser….
Je ne sais pas quand je reviendrais à la maison. J’ai besoin de temps pour me retrouver.
Je vous aime,
Bisou à Théo et Léo »
« Ne m’écrivez plus, me cherchez plus. J’ai besoin de temps, merci à vous. Lola »
Une lettre pour mes parents. Un sms pour mes amis. Et me voilà seule quelque part dans Paris. Matthias a tenté aussi de m’écrire, me parler. J’ai expliqué la même chose, me laisser tranquille. La psy après le quatrième rendez-vous, m’avait soulé. Les cours, mes amis, mon mec…Tous et tout.
— Lola ! Lola ! Attend !
Son bras, sa voix. Comment il m’a trouvé lui ?! Une colère monte avant de chuter, il est en peine, je baisse la garde.
— Lola, écoutes moi.
— Matthias, tu me suis ? Je t’avais…
— Tu ne peux m’en vouloir, au fond, tu voulais que je te retrouve hein ?
— Non !
— Ne me mens pas. En fait, je t’observe depuis des jours. Tes amies et tes parents m’ont demandé de te surveiller, pas forcément te convaincre de revenir. On s’inquiète tu sais. Qu’est-ce tu as ?
Je cherche à nouveau à fuir. Il me suit jusqu’à ma chambre d’hôtel. Enfin, c’est un ancien hôtel revisité plus en squat moderne. Un lieu unique où pour rentrer, il faut payer cinq euro la nuit. Je dors là depuis deux mois.
— Tout cela ressemble à chez moi.
Je ne l’écoute plus pour préparer mon joins. Le miroir fait ressortir ma maigreur. Mes cheveux sont sales et pour vivre, je me prostitue.
— Lola, tu refuses de me parler parce que tu as peur que je te rejette. Que je ne peux te comprendre. C’est faux. Je suis fou de toi, je veux construire un avenir avec toi loin de ce qui me tue à petit feu. J’ai accepté l’offre de ta mère pour voir de près, le monde du travail. Je suis prêt à embrasser des études. Et toi ? Tu plonges à cause de ton avortement. Et…
— Matthias…
— Charlotte et Stéphane ont fortement supposé que tu t’es senti coupable d’avoir perdu l’enfant. Ajouté à ton envie de rester dans mon monde utopique, oublié ta vie de privilège, tu as plongé dans une grande addiction. Si j’ai trop attendu, c’était une erreur. Je t’aime Lola, je suis pour t’aider et personne, tu ne m’entends personne, ne t’en voudra d’avoir chuté.
Il se rapproche doucement. S’installe dans mon dos, c’est froid, c’est chaud.
— Matthias, j’ai vu que tu peux être heureux sans pression, être libre. Danser, peindre, fumer, vendre des œufs dans un marché, participer à des manifestations pour des belles causes. Tu vois ?
— Lola, riche ou pauvre, rien n’est important. Tu te détruis la santé.
— Matthias, c’est sûr que mes vieux t’en veulent.
— J’ai prouvé et continuerais à me battre pour leur montrer que je suis là, que je ne te lâcherais jamais. Que cette dure épreuve dont je porte une part de responsabilité, c’est la vie et on la traversera ensemble.
Ce con là me fait pleurer. Je me laisse enlacer, incapable de réagir. Il continue de me rassurer.
— Matthias, je suis désolé…tout s’est vite accélérer. Je voulais d’abord qu’on parte loin, fonder une famille. Puis, tu sais, j’ai vu l’infirmière de l’école, quatre fois. J’ai quitté car tout ça ne servait à rien. J’étais au fond du trou, la honte dans les veines, tu mérites une vrai copine, pas une bourgeoise lâche qui est devenue une pute pour payer ses doses ! Regardes moi ! Comment tu peux encore me dire que tu m’aimes hein ?!
Je jette le joins sur le parquet, il l’éteint de sa chaussure avant de tenter de me calmer.
— Tu es courageuse, drôle, ouverte d’esprit, belle, gentille, généreuse, vivante ! Et je pourrais te faires une longue liste ! Tu as besoin de retrouver les tiens, de suivre une cure, d’être aimer, soutenu.
C’est à moi de m’effondrer dans ses bras. Il a raison et j’angoisse tellement de revenir.
— Le Bac c’est foutu ! Je me refuse de redoubler…sans eux, mes amis.
— Lola, le diplôme ce n’est pas la priorité. Tu le sais, l’essentiel c’est de te retrouver ma belle.
— Tu vas comment toi ?
— J’ai coupé le pont avec mon mentor avec difficulté et force. Il m’a prédit du malheur, il pense ce qu’il veut. En fait, j’ai fait le tour de tout Paris pour te suivre. J’aurais dû comme j’ai dit, venir plus tôt. J’avais surtout peur que tu refuses mon aide. Rentre avec moi Lola, j’ai trouvé mon âme sœur, toi. Je consacrerais ma vie à t’aimer.
— Tu n’aimais pas les riches…à quoi tu joues ? Tu ne te rends pas compte que ce tu vis, je trouve parfait…
— On peut très bien être riche et faire de belles actions. Oui, j’étais heureux, sauf que je tournais de plus en plus en rond. J’ai toujours voulu un vrai travail même vendre des kebabs ou poser du placo. Non, au lieu de ça, enfin tu connais quoi.
— Ne pars plus jamais !
— Lol, c’est à toi plutôt de ne jamais partir.
Il me rit un peu avant qu’il m’aide à prendre mes maigres affaires. D’un coup, je veux coucher avec lui. Je le surprends avant de me faire machine arrière, mon corps se rappel, il me faudra des jours pour m’aimer à nouveau.
— On part comment ? On va où ?
— Je te laisse deviner.
— Non pas ma mère ! Je suis dans un état lamentable !
Il me place le casque de moto souriant avant de mettre le sien.
— Prendre un rendez-vous dans un centre. On va tous les faires jusqu’à trouver une place. Ensuite, on passera chez tes parents pour leur dire que tu te prends en main et plus tard, tes amis. Ne discutes pas, je suis ton sauveur.
Toute manière, je suis bien trop crevée pour protester. Je revisite Paris dans ce cheval de fer, une second souffle de liberté ? Je me redemande si inconsciemment je n’ai pas tout quitté pour tester son amour. Il est prêt à tout pour moi.
Il a raison au fond sur un autre point. Les riches peuvent réinventer le monde. Une micro-flamme émerge : fonder notre entreprise. Lui est architecte pour les plus démunis et moi, je l’accompagne. « L&M Agency : un autre angle pour les démunis ».
Une autre façon de sauver moi, lui, notre couple et les autres. J’ai trop creusé pour cette histoire de bébé, de superbe vie hippie…Je sais qu’il a raison, personne ne me laisse sur le carreaux. On tient à moi, on m’aidera à me relever. Et le Bac ? Je le repasserai plus tard, faut déjà que je me soigne, reprenne du poids et avance vers la lumière.