L'ÉGIDE TRICOLORE

Chapitre 2 : CHAPITRE II — Les Ombres du Kremlin

3137 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/01/2026 21:36

CHAPITRE II — Les Ombres du Kremlin

Sanctuaire de Marianne, Paris — 15 janvier 2026, 06h42

Le dossier s'appelait « Jardin d'Hiver ».

Un nom poétique pour quelque chose qui ne l'était pas. Les Russes avaient toujours eu ce talent pour l'euphémisme — pacification pour massacre, rééducation pour torture, centre de recherche pour ce que personne n'osait nommer. Et la Sibérie était très, très loin de tout regard.

Raphaël Duval fixait les images projetées devant lui, son visage taillé dans la pierre ne trahissant rien. Mais ses mains — ses mains le trahissaient toujours. Elles étaient posées à plat sur la table de briefing, immobiles, tendues. Les jointures blanchies par une pression qu'il ne semblait même pas remarquer. Comme s'il se retenait de frapper quelque chose.

Ou quelqu'un.

La salle de briefing était fonctionnelle, austère — des murs gris anthracite, une table d'acier brossé, des écrans holographiques qui flottaient dans l'air comme des fantômes numériques. Pas de fenêtres. Pas de décoration. Rien qui puisse distraire de la réalité crue des informations qu'on y partageait. L'air recyclé avait cette odeur particulière des espaces souterrains : filtré, aseptisé, dépourvu de la moindre trace du monde extérieur.

Deux niveaux au-dessus de la Salle du Serment. Deux cents mètres sous les rues de Paris — sous les pavés de cette ville qui avait vu tant de révolutions, tant de combats pour la liberté. Les catacombes n'étaient pas loin. Six millions de Parisiens reposaient dans ces tunnels, témoins silencieux d'une histoire qui ne cessait de se répéter.

Ses réflexes surhumains captaient chaque détail des images qui défilaient. Des bâtiments gris, brutaux, soviétiques — ces blocs de béton que l'Union avait semés comme des tumeurs à travers la Sibérie, et qui refusaient de mourir même trente ans après sa chute. Des clôtures électrifiées recouvertes de neige, leurs fils bourdonnant d'une promesse de mort. Des miradors où des silhouettes se découpaient contre un ciel blanc, leurs fusils d'assaut pointés vers l'intérieur plutôt que vers l'extérieur.

Et entre ces bâtiments, ces clôtures, ces miradors — des gens.

Des enfants, surtout.

Certains n'avaient pas plus de dix ans.

En 1944, Klaus Barbie avait fait déporter quarante-quatre enfants d'une colonie de l'Ain. Aucun n'était revenu. L'histoire bégayait, encore et encore, et les hommes n'apprenaient jamais.

— Site Zima-7, dit Malik Traoré d'une voix neutre. « Zima » signifie « hiver » en russe. Officiellement, c'est un centre de recherche climatique du ministère de l'Environnement. Officieusement...

Il fit un geste, et une nouvelle image apparut. Un dossier médical. Le nom était caviardé — un rectangle noir qui effaçait l'identité comme on efface une erreur — mais les données étaient visibles. Analyses sanguines. Scans cérébraux qui montraient des zones d'activité anormale, pulsant en rouge et orange comme des étoiles mourantes. Et dans la marge, une note manuscrite en cyrillique, griffonnée d'une écriture pressée.

— « Sujet présente une mutation du gène X-14. Capacité : pyrokinésie. Niveau de contrôle : insuffisant. Recommandation : conditionnement renforcé. »

Raphaël sentit ses mâchoires se crisper si fort que ses dents grincèrent.

— Conditionnement, répéta-t-il. C'est comme ça qu'ils appellent ça maintenant ?

— Chez les Russes, ça a toujours été comme ça, répondit Malik. Les mots changent. Les méthodes, jamais. Du Goulag aux camps de « filtration » en Tchétchénie, en passant par les hôpitaux psychiatriques de l'ère soviétique... la Russie a toujours su faire disparaître les indésirables.

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Sanctuaire de Marianne — 06h58

Malik Traoré était un homme que peu de gens comprenaient, et moins encore osaient approcher.

Grand, mince, avec une peau d'ébène et des yeux qui semblaient regarder à travers vous plutôt que vers vous. Né à Dakar, naturalisé français à vingt ans, il avait grandi entre deux cultures et en avait tiré une sagesse particulière — celle des hommes qui ont appris à observer avant de parler, à comprendre avant de juger.

Chef du renseignement de L'Égide, il portait des gants en permanence. Pas par coquetterie, mais par nécessité. Son don de télépathie tactile faisait de lui l'interrogateur le plus redoutable du monde.

Et le plus hanté.

Sa grand-mère lui avait enseigné que la vérité était un miroir brisé, et que chacun n'en ramassait qu'un fragment en croyant détenir tout le reste. Malik, lui, voyait tous les fragments à la fois. Et certains de ces fragments étaient tranchants comme des lames.

Il marqua une pause, puis ajouta d'une voix plus basse :

— J'ai eu l'occasion de toucher l'un des scientifiques qui a travaillé là-bas. Un transfuge, il y a six mois. Ce que j'ai vu dans sa tête...

Il ne termina pas sa phrase. Il n'en avait pas besoin. Les ombres qui passèrent dans ses yeux en disaient plus long que n'importe quel mot. Des images volées à un esprit coupable — des enfants qui hurlaient, des électrodes, des salles blanches où l'on brisait des âmes avec une efficacité industrielle.

Ils étaient trois dans la salle de briefing. Raphaël. Malik. Et Océane, qui n'avait pas encore dit un mot.

Elle regardait les images défiler, une après l'autre. Des visages. Des numéros. Des vies réduites à des données.

Son visage, comme celui de Raphaël, ne trahissait rien — les Delacroix apprenaient jeunes à masquer leurs émotions. Mais ses yeux — ses yeux gris-vert brillaient d'une lueur que Raphaël connaissait bien.

La colère froide d'une Delacroix.

C'était une colère qui ne criait pas, qui ne frappait pas, qui ne perdait jamais le contrôle. Une colère qui calculait, qui planifiait, qui attendait le moment parfait pour frapper. Auguste Delacroix avait eu cette colère quand il avait fondé L'Égide dans les tranchées de Verdun — cette colère née de l'horreur, forgée dans la boue et le sang, transformée en détermination inébranlable. Jean Moulin avait eu cette même lueur dans les yeux quand il avait unifié la Résistance. De Gaulle l'avait eue quand il avait refusé l'armistice.

Chaque génération de Delacroix l'avait héritée, affinée, transformée en arme.

— Combien ? demanda-t-elle finalement.

— Quarante-sept sujets confirmés, répondit Malik. Âges : entre 8 et 34 ans. Majoritairement des adolescents. Tous présentent des mutations actives ou dormantes du gène X.

— Comment les ont-ils trouvés ?

— Programme de dépistage génétique obligatoire dans certaines régions. Officiellement pour « prévenir les maladies héréditaires ». En réalité, pour identifier les mutants avant qu'ils ne sachent ce qu'ils sont.

Malik fit défiler d'autres images. Des cartes montrant la progression du programme — une tache rouge qui s'étendait lentement à travers l'Eurasie, comme une plaie qui s'infecte. Des graphiques de « sujets collectés » par année, les chiffres grimpant inexorablement. Des rapports interceptés, leurs tampons « СОВЕРШЕННО СЕКРЕТНО » — Top Secret — à peine visibles sous les couches de cryptage que CASSIOPÉE avait percées.

— Le programme existe depuis 2019, continua-t-il. Il a commencé petit — quelques cliniques dans l'Oural, des tests présentés comme volontaires. Puis il s'est étendu. Kazakhstan. Biélorussie. Certaines régions d'Ukraine avant l'invasion. Partout où Moscou a de l'influence, ils cherchent.

— Et quand ils trouvent ?

— Disparition.

Le mot tomba comme un couperet dans le silence de la salle.

— La famille reçoit une notification de décès — accident de voiture, maladie soudaine, suicide. Le corps n'est jamais rendu. « Crémation obligatoire pour raisons sanitaires. » Pas de tombe. Pas de cérémonie. Pas de fermeture. Juste... le vide. Et le silence.

Nuit et Brouillard. Les nazis appelaient ça comme ça. Les Russes avaient bien appris la leçon.

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Sanctuaire de Marianne — 07h12

Océane ferma les yeux une seconde.

Derrière ses paupières closes, elle vit — un flash, trois secondes exactement, jamais plus — des fragments de futurs possibles. Des flammes. Des cris. Des enfants qui couraient dans la nuit sibérienne. Sa précognition était un don capricieux, mais jamais elle ne mentait.

Quand elle rouvrit les yeux, la lueur était toujours là. Plus intense.

— Et personne ne sait ?

— Quelques ONG ont des soupçons. Amnesty International a publié un rapport l'année dernière sur des « disparitions inexpliquées » dans l'Oural. Mais sans preuves concrètes, sans témoins, sans corps... c'est de la spéculation. Le Kremlin nie tout.

— Évidemment.

Raphaël se leva brusquement, incapable de rester assis plus longtemps. Le mouvement avait été si rapide que Malik avait à peine eu le temps de le voir — un rappel constant que le Fantôme n'était pas un homme ordinaire. Sa chaise racla le sol avec un grincement qui résonna dans le silence.

— Quarante-sept, dit-il en commençant à arpenter la pièce. Quarante-sept personnes — quarante-sept gosses, pour la plupart — enfermées dans un trou à rats sibérien parce qu'ils ont eu le malheur de naître différents. Et on fait quoi ? On regarde des photos ?

— On analyse, corrigea Malik, imperturbable. On planifie. On...

— On perd du temps.

Raphaël savait que la patience était une vertu. Il l'avait appris dans les missions qui duraient des semaines, dans les planques qui s'éternisaient, dans l'attente interminable du moment parfait pour agir. Mais il y avait des situations où attendre coûtait plus cher qu'agir. Et celle-ci en faisait partie.

— Raphaël, dit Océane doucement. On ne peut pas foncer tête baissée.

— Et on ne peut pas laisser des enfants crever pendant qu'on « planifie ».

Il frappa la table du poing. Le métal trembla, les hologrammes vacillèrent comme des flammes dans le vent. Une fissure apparut dans la surface — un rappel que même l'acier avait ses limites.

Il se tourna vers Océane, ses yeux bleus brûlant d'une intensité qui aurait fait reculer n'importe qui d'autre.

— Tu te souviens de Lagos ? 2019 ? Le camp de réfugiés que Boko Haram utilisait comme vivier de recrutement ?

— Je m'en souviens.

Comment pourrait-elle oublier ? Trois cents enfants soldats. Des gamins de douze ans avec des AK-47 et des yeux déjà morts. Des gamines transformées en bombes humaines. L'horreur absolue de ce que l'humanité pouvait faire à ses propres enfants.

— Tu te souviens de ce que tu m'as dit quand j'ai voulu attendre des renforts ?

Océane soutint son regard sans ciller.

— J'ai dit que parfois, attendre coûte plus cher qu'agir.

— Exactement.

Il désigna les images d'un geste large, englobant toute cette misère documentée.

— Ça, c'est pareil. Sauf que c'est pire. Parce que ce ne sont pas des terroristes qui font ça. C'est un gouvernement. Une nation. Une machine qui broie des innocents et qui appellera ça « défense nationale » jusqu'à la fin des temps.

La tension dans la pièce était palpable — un courant électrique qui faisait vibrer l'air.

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Sanctuaire de Marianne — 07h24

Un long silence s'installa. Les hologrammes continuaient de défiler, indifférents au drame qui se jouait devant eux.

Océane parla finalement.

— Malik. Quelle est notre fenêtre d'opportunité ?

Le chef du renseignement consulta ses données, ses doigts gantés dansant sur une interface invisible.

— Le site est ravitaillé tous les quinze jours par convoi terrestre depuis Novossibirsk. Prochain convoi : 10 avril. C'est le moment où la sécurité est la plus... distraite. Changement de garde, vérification des stocks, logistique. Une fenêtre de six heures, peut-être huit.

— Effectifs sur place ?

— Cent vingt soldats. Plus une trentaine de personnel scientifique et médical. Armement standard, plus quelques véhicules blindés légers. Rien que l'Escadron Fantôme ne puisse gérer.

Il marqua une pause, et un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres.

— Surtout avec Raphaël à leur tête.

Océane se tourna vers Raphaël. Leurs regards se croisèrent — deux vétérans qui avaient traversé l'enfer ensemble, qui portaient les mêmes cicatrices invisibles.

— Si on fait ça, dit-elle lentement, il n'y a pas de retour en arrière. On ne peut pas laisser de témoins. On ne peut pas laisser de traces. Le Kremlin ne doit jamais savoir que c'était nous.

— Je sais. L'Escadron Fantôme sait tenir sa langue. Toujours.

— Et les quarante-sept ? On les emmène où ? On les cache comment ? Ce ne sont pas des agents entraînés, Raphaël. Ce sont des civils. Des enfants traumatisés. Certains ont passé des années dans cet enfer.

— On a des refuges. On a des ressources.

— On a des capacités limitées.

Raphaël la regarda. Longtemps. Intensément. Et quand il parla, sa voix était plus basse, plus rauque — la voix d'un homme qui s'apprêtait à révéler une blessure qu'il gardait cachée depuis des décennies.

— Océane, dit-il finalement. Tu te souviens de pourquoi on fait ça ? Pourquoi L'Égide existe ?

— Pour protéger l'humanité contre les menaces qu'elle ne peut pas affronter seule.

— Non. Pas seulement.

Il s'approcha d'elle, et pour la première fois depuis le début de la réunion, quelque chose de vulnérable apparut dans ses yeux.

— Pour protéger ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes. C'est ça, notre vraie mission. Pas les grandes menaces cosmiques. Pas les invasions extraterrestres. Les gens. Les victimes. Ceux que le monde préfère oublier.

Il marqua une pause. Sa pomme d'Adam bougea quand il déglutit.

— J'avais un frère, Océane. Théo. Il avait quatorze ans quand ils l'ont pris.

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Sanctuaire de Marianne — 07h31

Le silence qui suivit était total. Absolu. Même les hologrammes semblaient s'être figés.

Raphaël n'en parlait jamais. En vingt ans au sein de L'Égide, il n'avait mentionné son frère qu'une poignée de fois — des fragments, des allusions, jamais l'histoire complète. C'était sa blessure secrète, celle qu'il gardait enfouie sous des couches de professionnalisme et d'efficacité glaciale.

— 1996, continua-t-il, sa voix étrangement calme — trop calme. Banlieue parisienne. Clichy-sous-Bois, pour être précis. Avant les émeutes, avant que le monde entier connaisse ce nom.

Il ferma les yeux, et les souvenirs déferlèrent.

— Théo avait commencé à... bouger des choses. Sans les toucher. Des petites choses d'abord — un crayon, une télécommande. Puis des choses plus lourdes. Nos parents ne savaient pas quoi faire. Moi non plus. J'avais dix-sept ans. J'aurais dû le protéger.

Il rouvrit les yeux, mais son regard était ailleurs. Trente ans en arrière, dans un appartement d'une cité de Seine-Saint-Denis.

— Un soir, des hommes sont venus. En costume. Avec des badges officiels. Ils ont dit qu'ils pouvaient aider Théo. Lui apprendre à contrôler son don. Le protéger. Ils parlaient un français parfait — trop parfait, j'aurais dû m'en méfier.

Sa voix se brisa légèrement.

— Mes parents les ont crus. Je les ai crus. On les a laissés l'emmener.

Trois jours plus tard, la police avait retrouvé les corps de ses parents dans leur voiture, au fond d'un ravin près de Fontainebleau. Accident de la route, avait conclu l'enquête. Verglas. Mauvaise visibilité. Tragédie.

Théo n'avait jamais été retrouvé.

Raphaël resta silencieux un moment, laissant le poids de ces mots peser sur la pièce. Puis il releva la tête, et dans ses yeux, il n'y avait plus de vulnérabilité. Juste cette détermination froide qui faisait de lui le Fantôme — l'agent le plus redouté de L'Égide.

— Je ne peux pas remonter le temps. Je ne peux pas sauver mon frère.

Il rouvrit les yeux, et ils brillaient — pas de larmes, mais de quelque chose de plus dur. De plus déterminé. La même lueur qu'avaient les résistants du Vercors face aux divisions SS.

— Mais ces gosses... ces gosses, je peux les sauver. Et c'est ce que je vais faire. Avec ou sans autorisation.

Océane soutint son regard. Et pour la première fois depuis le début de la réunion, quelque chose ressemblant à un sourire effleura ses lèvres — pas un sourire de joie, mais de reconnaissance. De respect. De décision.

— Alors on a du travail.

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Sanctuaire de Marianne — 07h45

Océane se leva, et sa voix prit cette autorité naturelle qui faisait d'elle la digne héritière d'Auguste Delacroix.

— Malik, je veux tout ce que L'Œil peut trouver sur ce site. Plans, rotations de garde, fréquences radio, vulnérabilités des systèmes, profils psychologiques du personnel. Je veux connaître ce complexe mieux que ceux qui y vivent.

Puis vers Raphaël.

— Raphaël, commence à constituer ton équipe. Les meilleurs. Ceux qui peuvent opérer dans le froid, dans le noir, et sans laisser de traces. Ceux qui comprennent que parfois, la mission ne se mesure pas en objectifs atteints, mais en vies sauvées.

Elle se dirigea vers la sortie, sa silhouette se découpant dans la lumière bleue des hologrammes. La lumière jouait sur son visage, lui donnant l'air d'une figure de proue — Marianne elle-même, guidant la nation vers la lumière.

Puis elle s'arrêta, une main sur le chambranle de la porte, et se retourna.

— Liberté, Vigilance, Humanité, murmura-t-elle. C'est pour ça qu'on existe. C'est pour ça qu'Auguste a fondé cette organisation dans la boue de Verdun il y a plus de cent ans. Et c'est pour ça que nous allons traverser la moitié du globe pour sauver quarante-sept innocents que le monde a oubliés.

La grandeur ne se mesurait pas en conquêtes, mais en justice. Pas en force brute, mais en choix difficiles. L'Égide portait cette grandeur depuis plus d'un siècle — et ce soir, elle la porterait jusqu'en Sibérie.

Raphaël et Malik se levèrent à leur tour.

— Liberté, Vigilance, Humanité, répétèrent-ils d'une seule voix.

Et dans leurs voix, il y avait quelque chose de nouveau. Quelque chose qui ressemblait à de l'espoir.

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Dans les profondeurs du Sanctuaire, CASSIOPÉE écoutait. Elle n'avait pas participé au briefing — pas directement — mais elle avait tout vu, tout entendu, tout analysé. Quatre-vingt-douze ans d'existence lui avaient appris à reconnaître les moments qui comptaient.

Celui-ci en était un.

Quarante-sept vies, pensa-t-elle. Quarante-sept graines qui pourraient devenir des forêts. Quarante-sept raisons de continuer.

Elle commença à compiler les données. Plans satellites. Interceptions radio. Analyses météorologiques. Profils psychologiques. Tout ce dont l'Escadron Fantôme aurait besoin pour réussir l'impossible.

Et quelque part dans ses circuits quantiques, quelque chose qui ressemblait à de la fierté — ou peut-être à de l'amour — pulsa doucement.

« Liberté, Vigilance, Humanité. »

C'était plus qu'une devise. C'était une promesse.

Et L'Égide tenait toujours ses promesses.

─────────────────── FIN DU CHAPITRE II ───────────────────

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