Paris n'oublie jamais
Après sa conversation avec Marinette, Adrien était remonté dans le bureau de Nathalie. Cette dernière avait déjà commencé à rédiger le compte rendu de la réunion. Elle leva les yeux lorsqu’il s’installa en face d’elle.
— Je pensais que tu serais déjà parti.
— Je ne savais pas que Kagami avait proposé de redevenir mannequin pour la collection.
— Tu n’étais pas là lors de la dernière réunion.
— J’avais un partiel.
— Non, tu n’avais pas de partiel. Tu révisais pour ton partiel. Adrien, que tu ne veuilles pas t’impliquer dans l’entreprise est une chose. Mais que tu me reproches ensuite de ne pas t’informer de tout ce qui s’y passe, je trouve cela un peu mesquin de ta part.
Il ne répondit pas tout de suite.
— Ce n’est pas vraiment pour l’entreprise que je disais ça. Kagami est aussi mon amie…
— Une amie que tu n’as pas daigné voir pendant son séjour à Paris.
— J’étais occupé par mes révisions !
Nathalie lui adressa un regard sans équivoque avant de reprendre la rédaction de son rapport. Adrien s’affaissa dans l’un des fauteuils.
— D’accord, j’aurais peut-être pu trouver un moment pour aller la voir. Mais parfois, je ne sais pas comment me comporter avec Kagami. Depuis qu’elle a repris les affaires de sa famille, elle paraît parfois inaccessible, alors que moi, je n’ai pas vraiment changé depuis le lycée.
Nathalie s’arrêta d’écrire.
— Adrien, ce n’est pas parce que vous n’avez pas les mêmes objectifs dans la vie que votre relation doit forcément changer. Kagami est devenue une adulte responsable, et toi aussi. Vous avez fait des choix différents et vous avez tous les deux évolué grâce à eux.
— Sauf que Kagami est devenue… bien plus que moi. Elle a doublé le chiffre d’affaires d’une entreprise qui était déjà florissante, l’a développée dans toute l’Asie et prévoit maintenant de l’introduire en Bourse et de l’étendre en Amérique. Qu’est-ce que j’ai fait, moi ? Obtenir une licence de droit ? Je ne suis même pas certain de l’avoir, je n’ai pas encore reçu mes résultats…
— Tu as voyagé. Tu as consacré ton temps et ton argent à aider des personnes dans le besoin. Tu as grandi, tu as découvert qui tu étais et tu as choisi une voie qui t’appartient, plutôt que de suivre celle que d’autres avaient tracée à ta place. Cela aussi, c’est admirable.
Adrien la regarda avant de reprendre :
— Il n’y a pas qu’avec Kagami.
Il se releva et s’approcha de la fenêtre.
— La plupart de mes amis proches sont devenus exceptionnels. Alya est déjà en bonne voie pour devenir une immense journaliste. Marinette est l’une des plus grandes stylistes de sa génération. Sublime a remporté plusieurs médailles d’or aux derniers Jeux paralympiques. Nino commence à se faire une excellente réputation en tant que DJ… Et moi, je ne suis encore que l’ombre de mon père et un étudiant en droit.
— Adrien, je comprends ce que tu ressens. Mais cela ne signifie pas que, dans quelques années, tu ne seras pas devenu exceptionnel toi aussi. Lorsque tu seras le meilleur avocat de Paris, nous en reparlerons.
— C’est gentil d’essayer de me consoler.
— Je ne cherche pas à te consoler. Je le pense réellement. Adrien, tu as commencé tes études avec un an de retard parce que tu avais choisi de partir en mission humanitaire. Malgré cela, tu as réussi à être major de promotion pendant trois années consécutives. Crois-moi, dans un milieu aussi exigeant que le droit, ce n’est pas rien.
— Tu le penses vraiment ?
— Tu sais très bien que je ne suis pas particulièrement généreuse en compliments, d’habitude, Adrien. Je vois bien que c’est important pour toi. Alors oui, les résultats ne sont peut-être pas encore visibles, mais ils le seront bientôt. Tu es encore bien trop jeune pour être aussi pessimiste concernant ton avenir.
Il sourit.
— Merci, Nathalie.
— Tu n’as pas à me remercier. Je ne fais que dire la vérité. Maintenant, je ne veux pas te chasser, mais j’ai du travail en tant que suppléante du PDG honorifique !
Il éclata de rire et se dirigea vers la porte.
— Je n’oublierai pas que tu viens d’utiliser un titre que je suis pourtant censé avoir inventé.
— C’était uniquement pour te rassurer. Maintenant, ouste !
Il referma la porte derrière lui, le sourire aux lèvres.
Il était à peine sorti du bâtiment que son téléphone sonna. Nino.
— Salut, mec ! Comment ça va ? Ça te dit de nous rejoindre à notre café habituel ? Je suis avec Alya et Zoé.
— J’arrive !
Lorsqu’il arriva au café, Adrien leur fit signe de la main en les apercevant à leur table. Il les rejoignit et prit place sur la chaise encore libre.
— Je suis content que tu m’aies appelé, Nino. J’avais besoin de sortir un peu.
— Je l’ai senti ! Les meilleurs amis sont faits pour ça. Je t’ai commandé ton jus d’orange.
Zoé sourit tandis qu’Alya laissait échapper un petit rire.
— C’est quand même incroyable qu’en prenant de l’âge, le jus d’orange reste ta boisson de prédilection en toutes circonstances.
Adrien sourit et remercia Nino avant d’attraper son verre.
— Que veux-tu ? On ne change pas les bonnes habitudes.
Il eut à peine le temps de terminer sa phrase que le téléphone d’Alya se mit à sonner. Elle consulta l’écran avant de se lever, légèrement gênée.
— C’est mon patron. Je vais m’éloigner un peu.
Zoé regarda Adrien avant de reprendre :
— Tu as l’air fatigué. Tout va bien, Adrien ?
— Oui… Enfin, je viens de rencontrer la nouvelle styliste de la marque Agreste.
— Encore une ? Je pensais que Nathalie voulait laisser tomber. Depuis la mort de ton père, aucun styliste n’a vraiment été à la hauteur…
Adrien hocha la tête.
— Oui, mais cette fois, Nathalie a visé gros. Elle a engagé Red.
— Ah oui… En même temps, c’est une bonne idée. Red est sur le devant de la scène en ce moment et elle a un vrai talent.
Zoé fronça légèrement les sourcils.
— Mais ça ne va pas vous poser de problèmes ? Nathalie veut rendre l’entreprise plus transparente, et Red refuse toujours de révéler son identité, non ?
Nino l’interrompit avant qu’Adrien ait le temps de répondre :
— Tu n’as pas vu les publicités ? Dans deux semaines, Red organise un défilé et, à la fin, elle révélera son identité !
Ils n’eurent pas le temps d’en discuter davantage qu’Alya revint vers eux. Elle se laissa tomber sur sa chaise et vida presque la moitié de sa bière en quelques gorgées.
— Ça ne va pas, ma chérie ? demanda Nino.
— Non ! On vient de me retirer l’interview de Red après son défilé !
Adrien déglutit silencieusement et baissa les yeux, tandis que Nino reprenait :
— Elle ne veut pas de ton magazine ?
— Si ! Elle ne veut pas de moi ! Elle a refusé que je sois la journaliste chargée de l’interview ! Ça fait des mois que je lui en demande une ! Jusqu’ici, je pensais que ses refus étaient les mêmes pour tout le monde et qu’elle privilégiait simplement les journaux américains, mais non. Apparemment, le problème, c’était moi !
Zoé posa une main sur son épaule.
— Alya, ne le prends pas trop personnellement. Peut-être que c’est juste un caprice de star. Et puis, parfois, tu es un peu… trop investie. Tu peux paraître insistante.
— Comment ça, insistante ?
Ses trois amis la regardèrent sans un mot. Alya repoussa ses cheveux en arrière avant de reprendre :
— Bon, d’accord, je lui ai envoyé vingt demandes depuis la fin de la Fashion Week. Mais vous ne vous rendez pas compte de l’article que ça ferait ! Tout le monde veut en savoir plus sur cette nouvelle styliste ! Ses tenues pendant la Fashion Week… c’était tellement génial.
— Oui, mais parfois, il faut aussi savoir laisser les gens respirer, reprit Nino en lui tapotant doucement la main.
Elle soupira, tandis qu’Adrien se concentra surtout sur ce qu’il lui restait de jus d’orange.
— Oui, tu as raison… Mais en même temps, je donnerais toutes mes économies pour la voir en vrai et pouvoir lui poser mes questions directement !
Adrien releva brusquement la tête. Une idée venait de germer dans son esprit.
Peut-être pouvait-il réussir à réconcilier Marinette et Alya.
— Et si je vous invitais tous au défilé ? Après tout, je suis le PDG honorifique.
Alya et Zoé répondirent d’une même voix :
— Ça n’existe pas, PDG honorifique.
Nino éclata de rire.
— Vous êtes vraiment des rabat-joie ! Laissez-le y croire.
Alya secoua la tête en levant les yeux au ciel.
— Passons. Tu ferais vraiment ça, Adrien ?
— Oui. On pourrait y aller tous ensemble, comme avant. Ça pourrait être sympa. Je ne vous promets pas des places au premier rang, mais pour le reste, je pense pouvoir arranger ça sans problème !
Alya bondit de sa chaise et le serra dans ses bras.
— Merci, Adrien ! Je vais peut-être quand même réussir à décrocher un rendez-vous pour une interview ! Tu viens de refaire ma journée !
Elle attrapa son téléphone et tapa rapidement quelques messages avant de prendre la main de Zoé.
— Viens, Zoé ! Pour une occasion pareille, ça vaut le coup d’aller faire du shopping !
Zoé rit et salua les garçons de la main en suivant Alya, tandis que les téléphones de Nino et d’Adrien sonnèrent presque en même temps pour leur signaler un nouveau message dans leur groupe d’amis.
Les gars, Adrien nous invite tous au défilé de mode dans deux semaines ! Trop chou ! Mettez-vous sur votre trente-et-un.
Adrien sourit, tandis que Nino reposait son téléphone.
— Elle ne perd jamais de temps. C’est ce qui fait son charme.
— Oui… Je vais devoir annoncer ça à Nathalie.
Nino releva brusquement la tête.
— Oh, attends ! Du coup, tu connais l’identité de Red !
Il le regardait, les yeux brillants, tandis qu’Adrien attrapait son verre pour le terminer.
— Non, Nino ! Je ne te dirai pas qui est Red. Tu auras la surprise au défilé…
Nino allait répondre lorsque son téléphone bipa de nouveau. Il prit quelques secondes pour lire le message, puis un large sourire s’étira sur ses lèvres. Il se leva et donna une tape dans le dos d’Adrien.
— Mec, t’es génial ! Je suis engagé pour être DJ au défilé !
Adrien rougit et détourna le regard.
— Je n’ai pas fait grand-chose…
— C’est ça ! Ne sois pas si modeste, mec ! J’ai tellement de chance d’avoir un ami comme toi. Tu sais quoi ? Je vais me donner à fond ! Je vais aller bosser tout de suite ! Enfin… sauf si tu veux faire quelque chose ?
Adrien secoua la tête et termina son verre.
— Non, je pense que je vais aller me reposer un peu. En ce moment, j’ai des journées chargées.
Ils se saluèrent et Adrien rentra chez lui avec un léger sourire aux lèvres. Il se laissa tomber sur son canapé et Plagg sortit de son sac.
— Tu paresses, Adrien ? Moi, ça me va très bien.
— D’où je paresse ?
— Tu ne devais pas faire ta « ronde » aujourd’hui ?
Adrien se redressa brusquement.
— Oh merde, j’avais complètement oublié ! Merci de me le rappeler !
— Oh non… Moi qui pensais que, pour une fois, on pouvait y échapper !
Adrien se leva.
— Plagg ! Transforme-moi !