Deux ombres
Chapitre II — Réveil
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Il n’y avait rien de plus difficile et insupportable que le retour à soi dans un corps tant tiraillé par la douleur que l’on aurait souhaité, l’espace d’un instant, mourir pour ne plus rien ressentir. Puis, lorsqu’on percevait l’air frais dans les poumons, les effluves rassurantes du bois se consumant dans la cheminée et le contact rassurant d’une main sur le front, on réalisait finalement que tout n’était pas que souffrance, et qu’il y avait une part agréable à tout cela. La chaleur d’un corps amical qui veillait près de soi, le doux parfum des plantes et des onguents, ainsi que le fumet d’une tisane légèrement épicée qui chauffait tout près. Un ensemble d’effluves et de saveurs fort plaisant, qui inspirait une légère prolongation de cet état de réveil flottant. Dylis en avait fait elle-même l’expérience par le passé.
« Vous êtes enfin réveillé ? » dit-elle sobrement.
Uthyr ouvrit grand les yeux. Assurément surpris de ne pas reconnaître cette voix, et même certain de ne même jamais l’avoir entendue, il abandonna bien vite cet état de bien-être dans lequel il semblait baigner jusqu’alors. Les derniers souvenirs qui revenaient à lui devaient être bien trop flous, bien trop difficiles à remettre dans l’ordre tant ils étaient épars. Dans cette soudaine panique qui ne lui ressemblait guère, de ce que Dylis avait appris de lui, son cœur s’affola, battant à toute vitesse, et son torse s’élevait et s’affaissait plus que nécessaire dans une respiration lourde et sifflante.
« Allons, allons, calmez-vous. Vous êtes chez vous. Et je suis là pour vous aider. »
Il chercha à se lever, ou au moins à se redresser afin de s’asseoir dans ce qu’il reconnaissait comme étant son lit, dans sa chambre, mais on l’en dissuada d’une légère pression sur son épaule gauche. Et il fallait avouer que remuer le moindre membre était douloureux, à voir ses rictus, alors autant rester ainsi. Ce n’était finalement pas plus mal, d’être allongé comme ça, recouvert par des couvertures douces et à la senteur légèrement boisée…
Il considéra du coin de l’œil la femme qui se tenait à ses côtés, et l’observa plonger une bande de tissu dans une bassine d’eau fraîche dans laquelle fondait peu à peu un bout de glace récupéré le matin-même. Elle l’essora, faisant retentir le doux bruit rassurant du clapotis des gouttelettes, avant de la poser délicatement sur le front du chasseur à demi-conscient pour l’aider à se rafraîchir et s’apaiser. Son visage se détendit au contact froid et duveteux du linge, et il esquissa presque un sourire.
« Vous m’entendez ? Est-ce que vous pouvez me répondre ? »
Il tourna du mieux possible sa tête dans sa direction, malgré les supplications de sa nuque rigide, en guise de réponse, probablement. Elle leva les yeux au plafond, visiblement lasse. Évidemment. Il n’était pas du genre bavard. Ce n’était pas faute d’avoir été prévenue…
Uthyr resta figé, un instant, à la dévisager. Elle devinait, dans son expression, combien elle semblait fatiguée et épuisée. Un coup d’œil dans un miroir, un peu plus tôt, lui avait fait prendre conscience des cernes creusés sous ses yeux d’un bleu clair d’ordinaire étincelant. À vrai dire, cela faisait bien trop longtemps qu’elle le veillait, elle ressentait cela comme une éternité, mais ne pouvait le dire sans paraître malpolie. Ses cheveux blonds avaient été noués en un petit chignon duquel s’échappaient quelques mèches rebelles, et elle portait des vêtements simples : une robe claire et ample, ainsi qu’un tablier en chanvre. Le regard insistant du chasseur sur ce dernier traduisait sa consternation tandis qu’il étudiait la broderie qui l’agrémentait.
« Je m’appelle Dylis, fit-elle en souriant, bien qu’il fût fort probable qu’il comprît que c’était là un sourire forcé par politesse. Pouvez-vous me dire votre nom ? »
Face au mutisme de son patient, et exacerbée par l’épuisement de son interminable veillée, elle perdit quelque peu patience et poussa un soupir.
« Vous avez eu un bel accident, vous savez ? Vous vous êtes cogné la tête. Si vous voulez prouver que vous allez bien et que rien n’est détraqué là dedans, il faut que vous parliez. »
Il la fixait sans rien dire, son expression changeant à peine. Elle soupira, et se frotta l’arête du nez.
Elle ne parviendrait pas à changer cet homme borné à garder le silence en un instant. Ça n’était, après tout, aucunement son rôle. Elle n’avait été mandatée que pour en prendre soin suite à l’incident du balcon.
« Vous avez dormi pendant plusieurs jours, annonça-t-elle. Trois, pour être exact. Vous vous êtes bien réveillé par moments, mais ne répondiez pas vraiment aux stimuli. Tout le monde ici s’inquiète pour vous, c’est à peine si je peux retenir les visites. Attendez-vous à du mouvement quand ils vont apprendre que vous avez repris connaissance. »
L’homme continuait de l’observer en silence, ses yeux désormais inexpressifs rivés sur son visage. Qui savait quelles pensées lui traversait l’esprit ? Le simple fait de s’imaginer cela la mettait mal à l’aise, mais elle ne détourna pas le regard, préférant affronter, montrer qu’elle ne cèderait pas. Deux fortes têtes qui se faisaient face, chacune guettant l’instant où l’autre faiblirait en premier. Elle était une adulte, il fallait agir en tant que telle et ne pas céder devant ce type de gamineries… Même si, en l’occurrence, elle avait la sensation de se retrouver face à un enfant insolent.
Elle resserra les bras et posa ses mains sur ses genoux ; le contact rugueux de son tablier la fit tressaillir. Les nerfs à fleur de peau, elle ne tenait plus en place. Ne pouvant rester là à ne rien faire – la fatigue commençait à la gagner, elle sentait qu’elle ne tiendrait pas longtemps si elle ne s’occupait pas le corps ou l’esprit –, elle décida de changer le linge posé sur le front de Uthyr. Il la regarda faire, toujours en silence, sans émettre le moindre son, tandis qu’elle trempait de nouveau le bout de tissu dans la bassine d’eau avant de l’essorer et de le remettre là où il se trouvait quelques instants auparavant. Toujours dans ce calme des plus angoissants.
Puis elle se leva sans rien dire de plus, et marcha d’un pas presque pressé à travers la pièce. Elle quitta les abords du lit pour gravir l’immense escalier de bois qui formait une courbe jusqu’à atteindre la mezzanine, entrée principale des quartiers privés de l’Étoile de Saphir. Non loin de la porte de bois, un bureau avec divers livres éparpillés, certains ouverts et d’autres amassés en une pile instable, ainsi que quelques cartes des côtes dessinées à la main avec le plus grand soin, lui fit lâcher un soupir agacé. Il fallait que quelqu’un fît savoir à cet homme que le rangement était primordial, cela devenait urgent. Sa qualité de vie était plus que douteuse.
Elle se saisit de sa cape posée sur le portemanteau placé là et l’enfila prestement avant de faire un pas dans l’antichambre, puis d’ouvrir la porte d’entrée. De l’autre côté, elle tomba nez à nez avec un petit groupe de personnes ; le commandant d’Astera, celui de Seliana, l’assistante du chasseur ainsi que son fidèle palico. Tous attendaient là depuis un petit moment, semblait-il, ne craignant visiblement pas les engelures à force de rester sous la neige sans bouger. Quand ils virent Dylis, leurs visages prirent une expression interrogatrice. Elle soupira avant de leur donner sa réponse.
« Il s’est enfin réveillé. »
L’assistante piaillait comme un poussin, poussait quelques cris de joie et de victoire, tandis que les hommes, plus sérieux, se contentèrent de soupirs de soulagement et de sourires rassurés. Le palico, quant à lui, laissa s’échapper un miaulement guilleret et ronronnait. Leurs réactions étaient naturelles, quoiqu’un peu vives pour Dylis.
« Il vaut mieux éviter de le fatiguer, ajouta-t-elle avec sérieux. Je ne sais pas encore s’il a pleinement récupéré, puisqu’il ne dit rien. Enfin bref. Efa, c’est bien ça ? Vous et son palico pouvez venir le voir. Suivez-moi. »
Les deux intéressés lui emboîtèrent le pas, tandis que le reste des visiteurs venus sur les lieux tournait les talons, satisfaits de la bonne nouvelle. L’assistante, bien trop enthousiaste, faisait de son mieux pour rester silencieuse ; finalement elle était loin d’être bête et prenait réellement des précautions pour ne pas déranger le convalescent. Le petit palico – quel était son nom déjà ? – trottinait, l’air un peu anxieux à en juger par ses pattes repliées vers son poitrail. Une fois sortis de l’antichambre, chacun ôta son vêtement d’extérieur, le disposant sur le portemanteau, où ne reposait jusque-là que la cape de Uthyr, et tous trois descendirent les marches qui grinçaient sous leurs pas.
« Il est conscient, et comprend ce que nous disons, visiblement, expliqua-t-elle alors que le bruit de leurs bottes aux épaisses semelles s’étouffait et se mêlait à celui des marches de bois. Il a encore un peu de fièvre, mais je pense qu’il s’en sort bien pour quelqu’un qui a eu une belle commotion. »
Efa acquiesçait, ne perdant pas une miette de ses explications, tel un enfant sage à qui l’on faisait la leçon.
« Il faudra tout de même qu’il arrête de s’obstiner à rester muet, grommela Dylis, comme si elle s’adressait au parent d’un enfant turbulent. S’il ne parle pas, nous ne pourrons jamais savoir s’il a pleinement récupéré ou non. Je ne peux juger de ses capacités cognitives juste sur la base de mouvements, il me faut quelque chose de plus probant.
— Nous n’y pouvons rien, répondit l’assistante en haussant les épaules, il a toujours été comme ça. Personne ne l’a jamais entendu parler. »
Ils retrouvèrent le chasseur en position demi-assise dans son lit ; les draps et couettes remontés jusqu’à son bassin gardaient ses jambes au chaud. Malgré le feu qui crépitait dans la cheminée, l’air lui semblait frais. Il avait revêtu par-dessus son ample tunique une petite couverture faite à partir de peaux de bêtes, œuvre d’un tanneur de talent et de renom, afin de se protéger des courants d’air. Dylis avait demandé leur aide à Máel et Efa pour libérer Uthyr des vêtements trop gênants – son veston et sa ceinture de cuir, entre autres – pour qu’il pût se reposer confortablement. Le visage tourné vers la grande fenêtre qui laissait entrevoir le paysage enneigé, il semblait ne pas avoir entendu ses visiteurs. Perdu dans sa contemplation, il semblait profiter d’un instant de tranquillité, comme pour remettre ses idées en place après sa longue absence. Ce ne fut pas une raison pour empêcher Dylis de réprimander l’homme dont elle avait la charge qui, décidément, n’en faisait qu’à sa tête et semblait refuser de l’écouter et prendre en compte ce qu’elle s’efforçait de lui expliquer.
« Vous auriez dû rester couché, ne pas bouger et attendre que je revienne. Vous êtes incorrigible. »
À ses côtés, le chat et l’assistante s’approchèrent à pas rapides de leur compagnon, et bien que cela ne fût pas une bonne idée compte tenu de l’état encore incertain du chasseur, ils se jetèrent à son cou, plus ou moins littéralement.
« J’étais tellement inquiète, partenaire ! J’avais peur que tu ne te réveilles jamais ! Fechín aussi, il n’arrêtait pas de ronronner quand il te voyait en espérant que tu guérisses plus vite ! »
Ce qu’affirmait Efa était loin d’être faux ; le palico avait passé le plus clair de son temps dans les quartiers de son chasseur – c’était après tout sa demeure aussi – à faire les cent pas près de son chevet. Lorsque Dylis lui assura que les soins étaient finis, et qu’il ne fallait plus qu’attendre son réveil, il avait demandé par divers miaulements l’autorisation de se rouler en boule près de son compagnon. Puisque Uthyr avait été couché sur le dos et ne bougeait pas dans son sommeil – ou son inconscience –, il avait été aisé pour Fechín de se blottir près de lui, la tête sur son épaule, et de ronronner de toutes ses forces. On disait que ce mécanisme propre aux felynes avait des vertus thérapeutiques ; lorsqu’un felyne – ou son équivalent sauvage, melynx et grimalkyne – était blessé ou malade, il n’était pas rare qu’il ronronnât ou que ses compagnons le fissent, pour se rassurer et ainsi guérir plus vite. Était-ce réellement efficace ? Nul ne le savait, mais c’était tout bonnement agréable, et quelque peu mignon, d’observer ce phénomène.
Dylis en avait profité pour longuement les observer, tous les deux, assise sur un fauteuil dans lequel elle aurait bien pu s’assoupir si elle s’était laissée aller. Le chat était à l’image de son compagnon ; belliqueux et suffisamment courageux pour ne rien craindre. On distinguait çà et là des cicatrices sous le poil noir fourni et duveteux, signes de ses combats acharnés ayant laissé toutefois des vestiges par-delà les armures qu’il portait. L’avantage pour lui était que sa fourrure dissimulait la plupart de ces marques, ce qui n’était pas forcément le cas pour son acolyte.
La guérisseuse savait que le chasseur avait beaucoup gravité autour de l’aile médicale depuis leur arrivée à Seliana, et ce même bien avant. Elle l’avait aperçu à quelques occasions, venu pour panser une griffure profonde ou plus rarement pour traiter une morsure sévère et empoisonnée. En revanche, à en juger les nombreuses petites striures blanches qui recouvraient ses bras, il avait souvent manqué de soigner correctement les coupures les plus bénignes qu’il avait pu se faire au fil des explorations et combats, préférant très certainement les laisser se résorber sans y toucher. Le plus impressionnant, lorsqu’on le découvrait, restait l’immense cicatrice qui barrait son torse et que laissait entrapercevoir le col ouvert de sa tunique, simplement retenu par quelques cordelettes à nouer à souhait. Trois griffures partaient de l’épaule gauche pour la plus haute et s’étiraient jusqu’à la hanche, sur le flanc droit. La jeune femme avait entendu parler de cette affaire-ci, à défaut d’avoir été présente pour s’en occuper ; Uthyr avait fait face à un rathalos peu commode – certains parlaient d’un impressionnant rathalos roi-enfer, mais jamais le chasseur ne l’avait confirmé ni infirmé – qui lui avait infligé une blessure infectée par du venin, mortel s’il n’était pas traité à temps.
Dylis n’avait jamais vu de très près une des griffes de ces imposantes wyvernes, mais pour que ce monstre volant déchirât une armure renforcée et infligeât une telle blessure, alors ce devait être un appendice redoutable. Dans ce cas, il était plus probable que ce fût un de ces monstres ayant triomphé de nombreux chasseurs, comme les rares rathalos dits « roi-enfer » ou autres monstres alpha qui avaient été recensés çà et là. Cette fois-là encore il avait longuement été alité, le temps de soigner l’infection et de lui administrer antidote sur antidote ; elle devinait aussi par leurs marques que les cicatrices avaient gonflé, étirant la peau dans ce qui restait désormais des traces peu esthétiques sur la chair. La nouvelle avait plutôt surpris ses camarades : il était difficile d’imaginer cet homme invincible aussi fragile que tout autre, prêt à tomber au combat. L’issue du banquet avait dû avoir un effet similaire, à bien y repenser. Si la plupart des individus tenait bien l’alcool, on oubliait bien fréquemment que tous n’étaient pas égaux quant à leur résistance…
« Bien, annonça-t-elle finalement en époussetant son tablier. Sur ce, je vous le laisse. Je repasserai dans la soirée pour vérifier que tout va bien. Il peut manger, mais privilégiez plutôt les légumes et les repas légers. Une soupe lui suffira. On augmentera la richesse des plats au fur à mesure des jours et de son état.
— Merci pour tout ce que tu as fait pour lui, sourit Efa en lui serrant la main. Je crois qu’il est lui aussi très reconnaissant.
— Je n’en doute pas, » grimaça-t-elle en adressant un regard en coin au chasseur qui souriait, assailli par les câlins de son palico qui ronronnait de toutes ses forces.
Dylis quitta les lieux en vérifiant d’un dernier coup d’œil n’avoir rien oublié dans la pièce, et en fouillant patiemment dans sa sacoche que tout y était en ordre. L’assistante l’accompagna ensuite jusqu’au seuil des quartiers du chasseur, balançant nonchalamment ses bras le long de part et d’autre de son corps, à deux doigts de siffloter une chanson guillerette traduisant son état d’âme positif. Pour peu, elle aurait même pu se mettre à chanter, et c’était tout ce que ne voulait pas la jeune femme. Sa voix était d’ores et déjà irritante lorsqu’elle parlait, elle refusait de goûter à l’horreur que cela serait si elle poussait la chansonnette. Sur la longue liste des personnes de qui Dylis ne voulait guère être proche figurait celui d’Efa, qui ne lui inspirait que peu de sentiments positifs. Probablement par ignorance de sa personne, certes, mais son attitude suffisait à inspirer au médecin un sentiment de rejet et une forte envie de l’éviter.
Une fois à l’étage, Dylis enfila sa cape, dissimulant sa tête sous l’épaisse capuche réconfortante doublée de laine, et quitta la bâtisse sans demander son reste, prenant la direction de ses propres quartiers. Elle avait faim, cruellement besoin d’un bain chaud et, surtout, voulait passer une longue nuit de sommeil réparateur. Par chance, elle n’aurait plus à s’occuper de ce chasseur sitôt aurait-elle annoncé qu’il serait totalement rétabli. Encore quelques jours, une poignée de semaines tout au plus, et elle retournerait à son quotidien tranquille et paisible…
« Heureusement qu’elle était là, souffla Efa en rinçant le morceau de linge avant de le replacer sur le front de son acolyte. Tous les autres médecins étaient soit occupés, soit ivre morts quand tu t’es cogné. Il faudra qu’on lui apporte un cadeau de remerciement, t’en dis quoi ? »
Uthyr acquiesça vaguement. Les mèches rebelles qui n’étaient pas collées à sa peau se secouèrent légèrement, en rythme avec sa propre tête. Un sourire s’étira sous l’épaisse barbe qui n’avait pas été entretenue pendant tout ce temps, et qui commençait à faire pitié. Ça n’était guère digne de la réputation qu’il s’était forgée depuis tout ce temps, mais il semblait s’en accommoder.
« On ne pensait pas que ça te ferait cet effet-là, de boire. Tu nous as tous fait peur ! Le commandant Gareth et Máel venaient presque toutes les heures pour prendre de tes nouvelles. Du coup, à Astera, c’est un suppléant qui gère les affaires de la Guilde. On a de la chance que ce soit plutôt tranquille maintenant, sinon je sais pas comment ça aurait fini ! »
À ces mots, il se mit à rire doucement, comme à la fois surpris et ravi de cette réaction de la part de ses supérieurs. Il se tenait néanmoins les côtes, et affichait une petite grimace de douleur qui se dissipa lorsqu’il s’apaisa. Les miaulements amusés de Fechín se joignirent à sa voix rauque, et ce fut alors au tour d’Efa de ricaner.
« Si tu te sens vite mieux, on pourra retourner chasser ensemble. Apparemment il y a une surabondance de kulu-ya-kus dans la forêt ancienne. Ils commencent à préparer les équipes pour organiser une grosse battue. Ce serait super si on pouvait y participer, avec Aiden comme toujours ! »
Fechín fit part de son propre engouement par divers miaulements réjouis. Ses oreilles dressées se rabattirent lorsque son maître lui caressa affectueusement la tête. Le ronronnement du felyne le fit sourire davantage, tout comme ses grattouilles s’intensifièrent et vinrent gagner le menton, puis la gorge du palico.
« Allez, laisse-moi te tailler cette vilaine barbe mal entretenue, lança Efa en se levant pour attraper le nécessaire. Ah non ! Je ne veux pas de grognements de protestation ! »
Uthyr secoua les épaules en souriant toujours plus gaiement. Il n’eut pas d’autre choix que de se laisser faire ; son état ne lui permettait pas de se battre contre son assistante qui pouvait, parfois, se révéler convaincante voire menaçante. Peut-être bien que ce ne fût, cette fois-ci, par simple désir d’être tranquille et de ne pas faire d’histoires. Quoi qu’il en fût, Efa l’apprêta en l’aidant à s’installer sur un tabouret et en protégeant sa tunique d’un long linge, et se mit rapidement au travail, redonnant au chasseur presque légendaire une allure plus décente.