Fraternité Infaillible
Chapitre 31 : Fraternité Infaillible — Tome 31 : Entre deux souffles
1843 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 18/09/2025 23:29
L’aube glissait sur Konoha comme un voile pâle. Dans le salon, Nadhir dormait à moitié assis, le livre de Bagheera entrouvert sur la poitrine. Naruto s’était pelotonné contre lui pendant la nuit et respirait d’un souffle régulier, la joue écrasée sur le pull de son frère.
Le silence tenait la maison… jusqu’à ce qu’un frisson traverse l’esprit de Nadhir.
Le rêve
L’obscurité se fendit. Un halo blême, comme une lune posée dans de l’eau, pulsa devant lui. Au centre : un enfant. Cheveux longs, d’un bleu nuit qui prenait la lumière comme de la soie humide. Des yeux noirs, calmes, trop lucides pour cet âge. Sa voix ne remua pas l’air—elle tomba directement dans la tête de Nadhir.
— On arrive.
Autour d’eux, le ciel du rêve se craquela comme de la porcelaine. Des lignes blanches, sonores, filèrent en spirales.
— Quelque chose de grand se passe ici, continua la voix. Ici, sur cette terre.
— Qui es-tu ? chuchota Nadhir, et son souffle faisait de la buée, alors qu’il ne faisait pourtant pas froid.
L’enfant inclina légèrement la tête, comme si un détail au loin lui faisait de l’ombre.
— Je suis Yo…
TOC TOC.
Le bruit heurta le rêve de plein fouet. Tout se replia, d’un coup.
Nadhir ouvrit les yeux, le cœur battant.
— …évidemment, grogna-t-il en se frottant le visage. Pile maintenant.
Naruto ne broncha pas, toujours perdu dans son sommeil. Nadhir se dégagea doucement, posa le livre, remit la couverture sur l’épaule du petit blond et alla ouvrir.
Deux silhouettes au seuil
Sur le pas de la porte, la lumière du matin découpait deux silhouettes familières.
— Salut, Nadhir, dit Itachi d’une voix basse.
Sasuke, à côté, gardait ce sérieux concentré des enfants qui veulent paraître grands. Nadhir eut un sourire qui lui réchauffa la poitrine.
— Oh, voilà une belle surprise. Entrez—mais pas de bruit, Naruto dort encore.
Ils se glissèrent dans le salon. Itachi s’assit sans cérémonie, l’air à l’aise, comme s’il avait toujours appartenu à cette pièce. Sasuke resta un instant debout, croisa le regard de Nadhir, puis vint s’asseoir à côté de son frère.
Un silence souple s’installa, rempli par le craquement lointain du bois sur le toit.
Itachi rompit le fil :
— Ce jour-là, contre Zénithsu… je t’ai cru mort.
Le souvenir passa. Une lame froide dans la mémoire. Nadhir répondit sans fanfaronnade, simplement, avec cette force tranquille qu’il empruntait les bons jours :
— Je ne compte pas mourir avant d’avoir accompli mon rêve.
Sasuke leva la tête :
— C’est quoi, ton rêve ?
Les yeux de Nadhir prirent une profondeur qui n’était pas seulement de l’âge :
— Devenir Empereur Ōtsutsuki.
Un éclair amusé passa sur le visage d’Itachi—pas une moquerie, un constat, un « bien sûr que toi, tu dirais ça ». Il eut un petit rire bref.
— Ambitieux, dit-il.
— Il n’y a rien de drôle, répliqua Nadhir, mais le coin de sa bouche sourit quand même. Empereur, ce n’est pas un trône. C’est une promesse : personne ne touchera ceux que j’aime. Ni Kosmos, ni qui que ce soit d’autre.
Sasuke fixa ses poings posés sur ses genoux, puis souffla :
— Alors tu gagneras.
Itachi inclina la tête, sérieux :
— Et tu mourras peut-être mille fois en chemin. Mais… je te crois.
La tension se dissout. Nadhir inspira longuement, sentit la faim remonter, presque enfantine.
— Bon, moi, je vais acheter des taiyaki. Ne bougez pas.
— Fais vite, glissa Itachi, mi-taquin, mi-prévenant.
— Promis.
La parenthèse taiyaki
L’air dehors sentait la pierre lavée de rosée. Konoha s’éveillait ; les lanternes se tassaient dans la lumière neuve, les vendeurs déroulaient leurs stores, des chats trottinaient comme des ombres décidées.
Nadhir traversa un tiers du village à longues enjambées. Ses muscles protestaient encore du combat récent, mais l’habitude d’ignorer la douleur coulait en lui aussi simplement que la marche.
— Trois au saumon, un au fromage, et… ajoutez un au haricot rouge, lança-t-il au stand.
Le grésillement de la pâte, le parfum du poisson et de la sauce douce. Le vendeur emballa le tout dans un papier huilé qui réchauffa les mains de Nadhir.
— Ça, c’est de l’arme secrète, murmura-t-il, amusé par sa propre pensée.
Le retour fut plus lent, volontaire. Il laissa ses pas s’ajuster au rythme du village. Des ANBU passèrent sur un toit, silhouettes avalées par le ciel clair. Une seconde, l’image du rêve revint : Je suis Yo… Un nom tronqué qui cognait contre les parois de sa tête.
On arrive.
Qui « on » ?
Il chassa le fil, pour plus tard.
Partage
— Hum, ça sent trop boooon, annonça-t-il avant même de pousser la porte.
— Wow, souffla Itachi, qui ne laissait pourtant rien paraître d’habitude. C’est le nouveau taiyaki au saumon ?
— Exactement. Et le fromager, c’est pour Naruto. Il me fera un procès si j’oublie.
Ils s’installèrent autour de la table basse. Sasuke mordit prudemment, puis ses yeux s’arrondirent malgré lui.
— C’est… trop bon.
— Méfie-toi, prévint Nadhir avec un sérieux feint. Les taiyaki créent une dépendance affective.
Itachi croqua à son tour, posa un instant les yeux sur la fenêtre et la lumière qui glissait, puis déclara comme une évidence :
— Konoha n’a pas beaucoup de choses parfaites. Mais ça, c’est proche.
Ils rirent bas. Des rires courts, essentiels. Une paix minuscule et farouche, posée sur la table avec les gâteaux fumants.
Au-dessus d’eux, un plancher gémit. Naruto bougea, marmonna quelque chose qui ressemblait à « pas les épinards » et retomba dans un sommeil profond. Le cœur de Nadhir se dénoua un peu.
— Il est encore épuisé ? demanda Itachi, en relevant à peine la voix.
— La veille a été rude pour tout le monde… Il reprendra vite, répondit Nadhir.
Itachi acquiesça. Ses Sharingan n’étaient pas activés, mais sa lecture des gens restait nette. Il observa Nadhir quelques secondes :
— Tu as l’air ailleurs. Quelque chose t’inquiète ?
Nadhir posa le sachet vide, regarda ses doigts—de petites traces de pâte, un peu d’huile.
— J’ai fait un rêve, lâcha-t-il finalement. Un garçon. Cheveux bleus, yeux noirs. Il m’a parlé comme… comme si sa voix venait d’une autre pièce dans ma tête. Il a dit : on arrive. Et : quelque chose de grand se passe ici.
Sasuke se pencha, avide :
— C’était un Genjutsu ?
— Non. Pas… pas un Genjutsu habituel, répondit Nadhir en fronçant les sourcils. Comme un fil tiré depuis très loin. Et juste avant de me réveiller, il a commencé à dire son nom. Je suis Yo… puis toc toc, et voilà.
— Yo… yoroi ? tenta Sasuke, très fier de sa logique.
— Non, sourit Nadhir. Pas ça.
Itachi resta silencieux, la paume posée contre sa tasse. Quand il parla, ce fut sans emphase :
— Si c’est réel, ça te trouvera. Tu n’auras pas besoin de courir après.
— Je sais, admit Nadhir. Mais… je n’aime pas attendre.
— Personne n’aime, dit Itachi. Les plus dangereux sont ceux qui confondent impatience et puissance.
La phrase se posa, légère et lourde à la fois. Nadhir la retourna entre ses dents comme on garde un goût.
Traces
Le soleil, maintenant bien levé, faisait des rectangles clairs sur le tatami. Sasuke avait fini son taiyaki depuis longtemps et fixait la boîte vide avec une mélancolie comique.
— Je prends ça pour un encore, constata Nadhir.
— Je confirme, dit Itachi.
— Marché conclu. La prochaine tournée sera pour vous.
Itachi se leva. Sa silhouette jeta une ombre nette sur la porte.
— Merci pour le calme, dit-il simplement.
Sasuke s’inclina d’un air sérieux—le style je suis déjà un shinobi, moi. Nadhir posa une main sur sa tête, brève, fraternelle.
— Passez quand vous voulez. Sans bruit, ajouta-t-il avec un clin d’œil.
La porte se referma. Le silence revint, non plus vide, mais tiède, comblé.
Nadhir rangea, lava la tasse, essuya le plan de travail en une routine qui lui reposait l’esprit. À travers la fenêtre, Konoha étirait ses rues ; plus loin, les montagnes bleutées tenaient l’horizon.
Une piqûre discrète traversa ses yeux. Il cligna. Son Mangekyō remua sous la paupière—une mare sombre où l’on jette un galet. Soleil. Lune. Deux signes qui s’appelaient l’un l’autre au fond de lui.
— Pas aujourd’hui, murmura-t-il. On ira par étapes.
Il prit le livre de Bagheera, rouvrit là où le marque-page s’était glissé.
> Les Ōtsutsuki ne sont pas seulement des conquérants. Ceux qui gouvernent vraiment sont ceux qui comprennent les lois qui lient les mondes : la gravité des cœurs, la forme des serments, la mémoire des lieux.
La phrase lui accrocha l’épaule. La mémoire des lieux. Konoha avait une mémoire. La sienne, aussi. Et au bord de cette mémoire, quelqu’un flottait, cheveux bleus, yeux noirs, disant on arrive.
Frère
Un pas précipité à l’étage, puis la cavalcade dévalant les marches.
— GRAND FRÈRE ! s’écrasa Naruto, cheveux en vrac, sourire disproportionné. Tu as mangé des taiyaki sans moi ?!
— J’en ai gardé, dit Nadhir en lançant le paquet sauvé. Au fromage.
Naruto rattrapa, l’ouvrit, renifla.
— Tu connais mon cœur.
Il mordit, des étoiles dans les yeux, puis, la bouche pleine :
— Tu sais, à l’académie, Iruka-sensei a dit qu’un ninja protège d’abord ceux qu’il aime. J’ai pensé à toi.
Le coup partit droit dans la poitrine de Nadhir. Il déglutit.
— Alors écoute bien, petit frère. Un jour, tu seras Hokage. Et moi… je serai là. Peut-être pas sur la photo. Mais là, quand même.
— Promis juré ? fit Naruto en tendant le petit doigt.
Nadhir accrocha le sien.
— Promis juré.
Ils restèrent un moment comme ça, petits doigts liés, comme si ce geste, ridicule et sacré, pouvait arrêter la marche des destins. Puis Naruto s’affala sur le canapé, la tête contre l’épaule de Nadhir, en mâchonnant son taiyaki comme un petit animal satisfait.
Le livre de Bagheera glissa sur les genoux de Nadhir. Il lut encore quelques lignes, sans vraiment les voir. Au fond de sa tête, une voix d’enfant glissait comme une barque :
— On arrive.
Nadhir ferma les yeux, juste une minute. Le soleil, dehors, prenait de l’angle. Konoha bruissait. Quelqu’un, quelque part, marchait déjà dans leur direction.
Fin du tome 31