Noriko
Noriko avait cette sensation étrange d’être sous l’eau, incapable d’entendre distinctement ce qu’il se passait car tout se mélangeait autour d’elle. Malgré l’intense sifflement qui avait pris place à l’intérieur de ses oreilles ; des bruits sourds et lointains semblaient lui parvenir ; des échos étouffés mêlant des cris de panique et de désespoir ainsi qu’une sirène d’alarme s’élevaient au loin avant de s’évanouir dans les airs, comme s’ils n’avaient jamais existé.
Cependant, ce qui se détachait de tout ce vacarme était les cris stridents d’une femme. Une femme qu’elle était persuadée de connaître.
Des secousses firent trembler les dalles de pierre sur laquelle sa joue reposait, la faisant cligner faiblement des paupières.
Au loin, dans son champ de vision flouté par le choc dont elle avait été victime, elle aperçut l’Île Principale dont une partie avait été détruite et qui était maintenant dévorée par les flammes. Une fumée noire et opaque s’en échappait lui faisant enfin comprendre d’où provenaient les cris presque inhumains qui résonnaient, poussés par ceux qui tentaient de fuir.
Sa lèvre supérieure se retroussa sur ses dents ensanglantées quand elle crispa sa mâchoire et des larmes apparurent au coin de ses yeux. Sur les dix navires censés intervenir, deux d’entre eux, visibles au large de l’Île, étaient en train de tirer des boulets de canon. Lucci avait précisé que pour le moment, ils ajustaient leurs tirs, ce qui signifiait qu’ils n’avaient plus beaucoup de temps pour fuir avant le bombardement.
Dans un grognement de douleur, elle dégagea son bras sur lequel elle avait atterri et plaqua la paume de sa main sur le sol pour y prendre appui.
Il lui fallut un effort intense pour relever sa tête afin d’observer ce qui se passait devant elle et l’odeur de poudre lui piqua immédiatement le nez.
Un épais nuage de terre et de poussière cerné de flammes dont elle ignorait la provenance lui masquait la vue et lui brûlait la gorge. Derrière, les cris de la femme continuaient. Des cris de terreur noyés par des larmes qui semblaient hurler son prénom.
Elle ferma brièvement ses yeux et se mit douloureusement à ramper tout en tentant de se remémorer ce qu’il venait de se passer.
Franky.
Elle était sur son dos tandis qu’il courait à toute vitesse droit devant lui.
Un cliquetis métallique résonna dans son esprit et le sourire cruel de Spandam lorsqu’il s’était retourné vers eux apparut très clairement devant ses yeux.
Son sang se glaça dans ses veines.
Une mine. Franky avait marché sur une mine.
Le chef des agents du CP9 avait piégé le pont après son passage afin de s’assurer que personne ne le suivrait.
Le cyborg s’était ainsi pris l’explosion de plein fouet et avait été violemment propulsé dans les airs ; puis, dans un geste ultime juste avant de sombrer dans l’océan et de disparaitre, il avait arraché Noriko de son dos pour la jeter sur le pont, la sauvant ainsi d’une chute mortelle.
Noriko se mordit la lèvre jusqu’au sang, rouvrant au passage sa plaie fraîchement refermée. Elle ne pouvait pas aller le repêcher, mais espérait sincèrement qu’il s’en soit sorti car elle n’avait pas eu l’occasion de le remercier pour son aide.
— N…iko…
Le même cri étouffé.
Elle porta une main douloureuse à son oreille. Ses doigts se couvrirent de sang, sans qu’elle ne sache si c’était son tympan ou son crâne qui saignait.
Un haut-le-cœur la fit tousser et de minuscules taches rougeâtres apparurent sur le sol.
N’ayant plus rien à consumer en dehors des pavés, les flammes faiblirent doucement, rendant sa vision de plus en plus nette durant le bref moment où la fumée lui laissa entrapercevoir ce qu’il se passait derrière.
— NORIKO !!
Cette fois, son prénom s’était distinctement fait entendre et la femme qui s’époumonait à l’appeler apparut au loin, de l’autre côté de la partie du pont à moitié détruit par la mine. Cette femme qui n’était autre que Robin.
Robin qui tentait le tout pour la rejoindre, tirant de toutes ses forces malgré la main de Spandam qui lui tenaient fermement les cheveux. Derrière eux, formés en rang et attendant docilement, se trouvaient ses soldats.
— Robin…, réussit à souffler faiblement Noriko.
Elle tendit une main tremblante vers elle, comme si elle pouvait la toucher.
Cette dernière fut maitrisée par le chef des agents du CP9 qui la forçait maintenant à revenir vers la porte, sans qu’elle n’arrive à comprendre ce qu’il proférait.
De nouveau, la fumée envahit le pont.
Forçant sur ses jambes qui ne lui obéissaient plus, Noriko cherchait à puiser de la force dans son corps endolori.
Robin avait besoin d’elle. La Porte de la Justice était grande ouverte et si elle ne se levait pas maintenant, elle ne reverrait plus jamais son amie qui serait envoyée vers une mort certaine.
Non, elle ne laisserait pas cela arriver. Pas tant qu’elle respirerait toujours.
D’un faible geste des doigts, elle fit apparaitre une bulle d’eau sous son torse qu’elle fit gonfler jusqu’à s’éjecter brutalement en arrière pour se relever dans un grognement de douleur. Une autre bulle apparut dans son dos pour la retenir, l’empêchant ainsi de tomber à la renverse.
Pantelante et forcée de tenir debout, Noriko ne pourrait cependant que compter sur sa force surhumaine pour maintenir son propre poids et l’obliger à avancer.
Une main posée au sol pour garder son équilibre fragile, elle tentait d’arrêter les tremblements dont son corps était parsemé tout en observant ce qui l’entourait.
Franky et elle avaient grimpé les escaliers du premier pilier duquel se déroulait la première partie du Pont de l’Hésitation. Ce dernier faisait une bonne dizaine de mètres de large et rejoignait un second pilier, là où rejoignait la deuxième partie du pont qui elle-même se dépliait depuis un troisième pilier, collé à la Porte de la Justice.
Ils étaient à une cinquantaine de mètres de hauteur, ce qui signifiait qu’elle n’aurait donc pas besoin de faire un combat acharné. Pousser ses ennemis par-dessus bord serait amplement suffisant.
Un soubresaut la fit tressaillir puis, tentant de refouler le mal qui la rongeait, elle inspira avec peine.
Elle ne pouvait pas être à bout de ces capacités. Pas maintenant. Elle n’avait engendré qu’un seul combat, elle ne pouvait pas se permettre de faiblir, pas après avoir juré qu’elle aiderait ses amis, pas après que son capitaine ait déclaré la guerre au Gouvernement Mondiale.
Luffy…
Elle avait toujours voué un profond respect pour lui, depuis le jour où il avait décidé de l’aider alors qu’il ne la connaissait pas, et de savoir qu’il était prêt à défier l’organisation la plus puissante du monde pour sauver l’un des leurs lui interdisait d’abandonner, pas tant qu’elle serait consciente.
Le jeune homme au chapeau de paille apparut distinctement dans son esprit.
Il avait terrassé des milliers d’hommes avant de s’en prendre à Blueno et s’était ensuite précipité à corps perdu pour combattre le plus puissant de tous les agents du CP9.
Jamais elle ne l’avait vu combattre de cette manière. Lui qui était clairement épuisé, au bout de ses forces mais prêt à tout pour vaincre Lucci. Il était allé jusqu’au tréfonds de son propre corps, jusqu’à modifier l’apport sanguin dont il avait besoin, dans l’unique but d’être plus fort. Et de protéger ceux qu’il aimait.
Noriko n’avait jamais douté de lui, mais de le voir de ses propres yeux la rendait d’autant plus fière d’être dans son équipage. Ce comportement était digne du futur Roi des Pirates.
Quant à elle, elle devait se montrer digne de faire partie de ses compagnons.
Son poing se resserra soudainement et ses ongles s’enfoncèrent dans le sol, sans qu’elle ne fasse le moindre effort.
Ses yeux la consumèrent sans lui faire mal et ses longs cheveux blancs s’élevèrent autour de son crâne, flottant dans les airs.
Lentement, elle se redressa et, après avoir esquissé un geste des doigts, un bulle d’eau tourbillonna devant elle, éteignant les flammes restantes et faisant ainsi disparaître totalement l’écran de fumée.
Son sang ne fit qu’un tour lorsqu’elle aperçut Robin.
Allongée au sol, le visage recouvert de sang, elle était en train de se faire rouer de coups par Spandam.
Le sol se brisa sous la pointe des pieds de Noriko tant la vitesse à laquelle elle s’élança fut élevée.
En un clin d’œil, elle fut au-dessus de Robin.
Elle ne se servirait pas de son eau, pas cette fois. Pas pour assouvir cette envie de faire souffrir celui qui s’en prenait à son amie.
Spandam releva la tête vers elle et eut tout juste le temps d’apercevoir le poing meurtrier de Noriko qui se fracassa sur son nez.
Un coup. C’est tout ce qu’il fallut à cet homme pour se retrouver projeté une vingtaine de mètres en arrière et le faire dépasser ses hommes.
Les cheveux de Noriko retombèrent de part et d’autre de son visage lorsqu’elle posa un genou au sol pour reprendre douloureusement son souffle. Sa dernière attaque lui ayant demandé plus d’énergie qu’elle ne l’aurait cru.
Tandis que les soldats couraient vers leur chef pour s’assurer qu’il était bien en vie, elle se retourna et se traina vers Robin.
Le visage tuméfié et tout juste consciente, cette dernière souriait faiblement lorsqu’elle comprit que son amie n’avait rien et des larmes apparurent au coin de ses yeux.
— Noriko, souffla-t-elle, j’ai cru qu’il t’avait tuée… Je suis tellement désolée… pour tout…
Le moment étant mal choisi, Noriko lui intima de se taire et d’économiser ses forces. Elle fit danser une bulle d’eau sur son visage pour nettoyer son sang tout en l’aidant à s’agenouiller. Elle la tourna ensuite dos à elle pour qu’elle puisse lui retirer ses menottes, mais son cœur tomba dans ses talons quand elle se rappela avoir confié les clés à Franky.
Des cris de rage lui firent tourner la tête. Bien que complètement défiguré, Spandam était déjà en train de se relever.
— Mais qu’est-ce que vous attendez, pauvres crétins !? Tuez-la ! Tuez-la tout de suite !
Obéissant, les Marines se dirigèrent docilement vers Noriko, sabres en mains.
La manieuse d’eau se releva en tremblant, prête à affronter ses ennemis malgré la douleur qui lancinait ses jambes et la faisait tituber.
— Va-t-en Robin, ordonna-t-elle sans se retourner. Repars dans le tunnel, tu trouveras Luffy et les autres.
Sans se préoccuper des protestations de l’archéologue qui venait subitement de retrouver de la vigueur pour la convaincre de ne pas se battre seule, Noriko se dirigea d’un pas mal assuré vers ses ennemis en faisant apparaitre de l’eau dans la paume de sa main.
Au moment où le premier soldat se précipita vers elle, la bulle fusa vers sa tête, l’assommant sur le coup.
Un deuxième soldat arriva en hurlant vers elle. À bout de souffle, elle évita de justesse le coup de lame qui lui frôla l’épaule et, d’un geste, fit apparaitre de l’eau qui l’éjecta du pont.
Les autres soldats suivirent et foncèrent en masse sur elle. Ignorant où frapper, elle décida donc de laisser faire le hasard.
Dans un cri de rage, elle dirigea ses paumes ouvertes vers eux et, instantanément, deux bulles d’eau s’en échappèrent pour aller se positionner derrière les hommes avant de se transformer en deux torrents qui, un par un, les balaya dans les airs.
Trois d’entre eux furent éjectés du pont, tandis que les autres faisaient volte-face pour comprendre ce qu’il se passait.
Le premier courant réitéra son attaque, occupant une bonne partie des soldats qui étaient positionnés à l’arrière.
Cependant, lorsque le deuxième courant fit simultanément de même vers les hommes qui étaient le plus proche de Noriko, il n’eut pas autant de succès. Moins surpris, l’un d’entre eux fut seulement désarmé tandis que les autres dévièrent l’attaque qui faiblissait très vite en la contrant de coups de sabre.
Ils n’avaient même pas besoin d’utiliser leur Haki, si tant est qu’ils le possédaient. Le résultat était le même que s’ils avaient mis une petite cuillère sous un robinet ouvert.
L’eau déviée fut dirigée vers Noriko qui, d’un grand geste de la main, la dérouta pour la faire évaporer juste avant d’être touchée.
Cet effort inattendu lui fit de nouveau poser un genou et ses deux mains à terre avant de lui brûler la trachée tant sa respiration était difficile.
Le cri de Robin pour lui dire de faire attention lui fit relever la tête et elle eut juste le temps d’apercevoir le Marine désarmé qui profitait de sa confusion pour se jeter sur elle à mains nues, tandis que les autres passaient derrière elle pour l’encercler.
Prise de court, elle tenta de parer l’attaque à l’aide de son avant-bras, mais le soldat lui saisit son poignet avant de le tordre en le dégageant sur le côté. Ayant accès à son corps sans défense, il lui asséna un coup de poing dans les côtes, à l’endroit exact où se trouvaient les agrafes métalliques.
Noriko eut le souffle coupé et s’écroula à cause de la douleur, tout juste retenue par son adversaire qui n’avait pas lâché son poignet.
Ne prenant même pas la peine de chercher à emplir ses poumons d’air, elle saisit immédiatement le bras de son adversaire bras qu’elle serra avec force, prête à lui rompre les os. Dans un juron et loin de l’envie de se laisser faire, il se dégagea en la jetant au sol.
La respiration saccadée, Noriko leva une main tremblante pour faire apparaître une bulle d’eau, mais le soldat la lui écrasa d’un coup de talon, la faisant réagir douloureusement.
— Noriko !
Son attention fut soudainement détournée par Robin qui hurlait son prénom et qui tentait désespérément de s’approcher d’elle.
Le sang de Noriko ne fit qu’un tour lorsqu’elle vit les gardes qui tentaient de l’immobiliser, sans manquer de la violenter pour qu’elle obéisse et elle se maudit pour avoir laissé une telle chose se produire. Ils ne l’avaient pas encerclée comme elle le croyait, mais étaient allés ramasser Robin.
Les larmes aux yeux et sachant pertinemment que son ennemi profiterait de l’ouverture qu’elle s’apprêtait à lui laisser, la manieuse d’eau ouvrit la paume de sa main libre. Dans un hurlement de rage, elle fit apparaitre un torrent qui alla tourner à une vitesse folle autour de son amie, faisant décoller tous les gardes qui la menaçaient avant de se calmer et de repousser délicatement Robin en arrière, malgré ses suppliques de ne pas la forcer à la laisser là.
Comme elle s’y attendait, le Marine la retourna sur le ventre, interrompant ainsi son attaque avant de s’asseoir à califourchon sur elle pour lui tordre ses bras dans le dos afin de l’immobiliser.
Son poids empêchait Noriko de respirer correctement et ses doigts s’enfonçant dans ses poignets la fit grimacer de douleur. Cependant, elle ne chercha à se débattre, préférant se concentrer pour tenter de faire apparaitre de l’eau sans avoir recourt à l’utilisation de ses paumes.
Malheureusement, son esprit altéré rendu confus par les récents coups reçus, et surtout par l’explosion de la mine, refusait de lui obéir. Elle l’avait pourtant fait à la perfection lorsqu’elle se battait contre Moira mais devait se rendre à l’évidence : elle avait surtout agi sous le coup de l’adrénaline et ne maitrisait pas encore cette technique.
Lorsque deux chaussures vernies apparurent dans son champ de vision, elle sentit une haine profonde la consumer de l’intérieur, comprenant qu’il s’agissait de Spandam.
Le menton écrasé contre le sol dallé, elle leva les yeux et le vit la surplomber de toute sa hauteur, son nez cassé et son visage ensanglanté laissant clairement deviner sa colère.
— Redresse-la, siffla-t-il.
L’homme obéit à son chef, mais très vite, Noriko se retrouva de nouveau la joue collée au sol, victime d’un coup de poing de ce dernier.
Vivement secouée alors qu’on la forçait déjà à se relever, elle se rendit compte que ce n’était rien comparé à ce qu’elle avait déjà connu, rien comparé aux coups que lui avait infligé chacun de ses ennemis jusqu’à maintenant.
Un nouveau choc l’envoya au sol et Spandam ordonna ensuite à ce qu’elle soit immobilisée.
Furieuse, elle poussa un râle de frustration quand elle sentit le genou du soldat s’enfoncer douloureusement entre ses omoplates et ses cheveux être sauvagement tirés en arrière.
Elle n’eut pas le temps de se plaindre à voix haute car Spandam la devança en l’injuriant de tous les noms qu’il connaissait et sans manquer de lui rappeler l’autorité dont il faisait preuve.
— Je sais qui tu es, mais sache que tes relations ne te sauveront pas, je me fiche de savoir que Mihawk le Grand Corsaire est ton oncle, je me fiche de savoir que tu es recherchée vive ! Je t’exterminerai toi et ton minable équipage, tu m’entends !? Vous allez tous mourir !
D’habitude, entendre le nom de son ancien tuteur suffisait à faire accélérer les battements de son cœur, mais cette fois, le calme prit le pas sur ses autres émotions et un sourire trouva sa place à la commissure des lèvres de Noriko. Si Spandam la tuait vraiment et que Mihawk l’apprenait, ses jours seraient rapidement comptés. Ce serait peut-être même une manière d’être sûre de sa mise à mort.
— Pourtant, je suis toujours en vie, ahana-t-elle avant de cracher du sang.
Un rire effroyable sortit de la gorge de son interlocuteur.
— Profite, tu vas justement crever.
— ARRÊTE ! hurla une voix alors qu’il levait son pied pour l’écraser sur la tête Noriko.
Le chef du CP9 tourna vivement la sienne en direction de Robin qui se tenait debout à l’extrémité du pont, à l’endroit où la mine avait explosé.
— Robin, espèce d’idiote, pourquoi ne t’es-tu pas sauvée !? s’étrangla la manieuse d’eau avec peine avant d’être intimée de rester tranquille par le soldat qui augmenta la pression de ses appuis.
— C’est moi que tu veux alors laisse-la tranquille ! implora son amie sans relever sa remarque.
Noriko ferma ses yeux de désespoir et jura intérieurement quand elle comprit qu’elle n’avait pas voulu l’abandonner.
Spandam ne s’attarda pas sur son cas et se dirigea d’un pied ferme vers l’archéologue qui titubait dans leur direction.
— Je vais me faire le plaisir de tuer moi-même ta charmante copine devant tes yeux, Nico Robin, la prévint-il, je ferai en sorte qu’elle…
Sa phrase s’évanouit dans une explosion et les yeux de Noriko s’écarquillèrent d’incompréhension lorsqu’elle le vit s’effondrer au sol.
Très vite, ce fut son assaillant qui fut repoussé à son tour, la libérant ainsi du poids qui l’écrasait jusqu’alors.
Elle se redressa aussi vite que possible, repoussant la douleur de son corps au plus profond d’elle-même et cherchant à comprendre ce qu’il se passait.
Les Marines restants devaient se poser la même question, car aucun d’entre eux n’osait bouger.
— Bande d’incapables, mais qu’est-ce que vous attendez !? hurla Spandam en se redressant, une main plaquée sur son visage. Servez-vous de vos fusils !
Une nouvelle explosion le fit taire en le recouchant au sol.
Noriko leva la tête dans la direction d’où venait le projectile et son regard se posa sur sommet de la tour de la Justice qui menaçait toujours plus de s’effondrer.
Son cœur explosa dans sa poitrine quand elle aperçut une minuscule silhouette car elle ne connaissait qu’une seule personne capable de tirer d’aussi loin.
— USSOP !! ne put-elle s’empêcher de hurler en levant un poing victorieux avec un immense sourire sur son visage.
Elle ne sut dire si son ami l’avait entendue, mais – toujours sous l'apparence de Sniperking – il pointa un doigt vers le ciel pour lui indiquer qu’il était là, prêt à lui venir en aide.
Au même moment, des Marines se précipitèrent vers Noriko là où certains appelaient des renforts et d’autres tentaient d’abattre Ussop, se demandant par quel miracle il pouvait tirer d’aussi loin.
Elle n’eut ni le temps, ni le besoin de réagir car l’un après l’autre, ils s’écroulèrent, victimes des tirs du menteur invétéré.
Son intervention redonna espoir à Noriko. Si son ami était sorti indemne du jardin où se déroulaient les combats, c’est qu’il devait en être de même pour les autres.
D’ici peu de temps, ils pourraient rejoindre le tunnel et avoir une chance d’échapper au Buster Call.
Elle se joignit à lui, faisant apparaître des torrents d’eau qu’elle envoyait pour balancer les Marines dans le vide.
Spandam, lui, s’était redressé et fou de rage, se trainait vers Robin, le visage couvert de sang.
— Si je dois y passer, je t’emmènerai avec moi dans la tombe !
Noriko le vit dégainer le sabre qu’il portait à la ceinture. Cet homme était décidément une vraie plaie et elle ne comprenait pas d’où lui venait toute cette ténacité ; car elle avait bien compris qu’il n’était pas si puissant qu’il prétendait l’être vu les coups qu’il lui avait asséné et surtout vu la facilité avec laquelle elle l’avait éjecté après l’avoir frappé au visage.
Elle comprenait mieux pourquoi il se cachait derrière ses hommes de main et pourquoi il avait insisté pour que Lucci le protège. Spandam était faible. Ne s’en prenant qu’à ceux qui n’avaient pas le luxe de pouvoir riposter.
Elle décida de l’arrêter. Une bonne fois pour toutes.
Sa lèvre supérieure retroussée sur ses dents, elle se détourna des Marines qui affluaient toujours, comptant instinctivement sur Ussop pour assurer ses arrières. Tout en puisant dans ses forces dont elle était presque dépossédée, elle leva ses mains pour faire apparaître deux torrents d’eau qu’elle lança simultanément loin devant elle.
Le premier fila sans s’arrêter devant Robin et prit la forme d’un mur qui s’éleva pour la protéger avant de s’avancer vers elle pour l’inciter à reculer – malgré les cris de protestations de cette dernière – et le second prit la direction du chef des agents du CP9.
— Mais qu’est-ce… ? Aidez-moi ! s’égosilla ce dernier à l’intention des soldats. Vous voyez bien qu’elle tente de me tuer !
Rapidement, tandis qu’il était en proie à la panique et que son corps était secoué de spasmes, l’eau s’enroula autour de ses chevilles puis remonta sur ses genoux avant de l’envelopper entièrement.
Une main tendue vers Robin pour assurer sa protection, Noriko arqua les doigts de la seconde pour élever Spandam dans les airs.
Dans un râle de colère, elle fit un arc de cercle au-dessus de sa tête et le propulsa sur ses hommes qu’il entraina dans son élan.
Sans lui laisser le temps de réagir, elle envoya ensuite une vague qui en balaya plusieurs d’entre eux avant de les jeter dans le vide, Spandam inclus, puis dû poser une main à terre pour se ressaisir.
Cependant, bien que son ennemi hurlait en tombant dans le vide, il trouva le moyen d’utiliser son épée qui s’étira jusqu’au pont sans que la jeune femme ne comprenne comment c’était possible.
Devant ses yeux, la lame de l’arme s’était assouplie et avait fendu les airs pour aller profondément se planter dans les pavés avant de balancer son propriétaire dessus, le sauvant ainsi d’une chute fatale.
— Tu ne peux rien contre moi ! hurla-t-il avec colère en se redressant, les yeux injectés de sang. Si ton copain me tire une nouvelle fois dessus, mes hommes en profiteront pour te descendre !
Il attrapa un sifflet accroché sous sa chemise qu’il porta à sa bouche avant d’en faire sortir un bruit strident.
Ignorant ce qu’il manigançait, Noriko ne prit pas non plus la peine de s’attarder sur l’étrange phénomène lié à son arme et serra des dents. Il avait raison. Elle n’était pas insensible aux balles et savait qu’elle ne survivrait pas si elle se faisait tirer dessus. Ussop avait dû le comprendre également car il continuait de s’en prendre aux soldats sans toucher à leur chef, les empêchant ainsi de le rejoindre.
Simultanément, répondant à l’appel de leur supérieur, de nouveaux Marines arrivaient toujours plus nombreux de l’extrémité du Pont de l’Hésitation qui disparaissait vers la Porte de la Justice.
Inlassablement, le menteur invétéré faisait de son mieux pour les repousser à l’aide de billes explosives parfaitement ciblées mais malheureusement, leur nombre ne faisait qu’accroire, ce qui le désavantagea très vite.
Ils se mirent à tirer vers le sommet de la Tour Judiciaire, bien que la distance les empêchait d’atteindre clairement leur cible.
Déconcentrée par tout ce qu’il se passait en même temps et épuisée par les efforts intenses qu’elle fournissait pour maintenir le mur qui repoussait Robin, Noriko eut tout juste le temps de se jeter sur le côté pour éviter la lame de l’épée qui lui fonçait dessus.
Elle roula douloureusement sur elle-même avant de se redresser péniblement et de s’apercevoir avec effroi que son mur d’eau était en train de s’affiner. Elle releva la paume de sa main dans sa direction pour rajouter de l’eau et l’épaissir, puis jeta un œil en direction de Spandam.
Avec une grimace de haine qui le défigurait et la respiration haletante qui menaçait de faire exploser son thorax, il semblait être arrivé au bout de sa patience. Il se recula soudainement vers ses hommes, tout en faisant trainer la lame de son épée sur le sol – cette dernière ayant repris sa forme initiale pour redevenir normale.
— TUEZ-LES ! vociféra-t-il à leur intention. ÉVITEZ DE TUER NICO ROBIN, MAIS DESCENDEZ-LA QUAND MÊME !!
Les soldats s’entreregardèrent, ne comprenant plus ce qu’ils devaient faire.
— EXÉCUTION !
Obéissants, ils se mirent en position et armèrent leurs fusils tandis que certains continuaient de s’effondrer sous les coups d’Ussop.
— Tirez ! Les balles traverseront l’eau ! les pressa Spandam en se mettant derrière eux. Je préfère savoir Nico Robin morte que de nouveau en fuite !
La main toujours en l’air, le cœur de Noriko rata un battement. Elles allaient être fusillées. Si elle arrivait à donner de la force à son eau pour réussir assommer et même tuer quelqu’un, elle n’avait jamais pensé à en tester son opacité et sa solidité pour pouvoir arrêter une balle.
N’ayant plus le temps de réfléchir, elle ravala un cri d’angoisse qui lui prit la gorge et, tout en faisant disparaitre son mur de protection, se précipita vers Robin qui, à genoux, se démenait pour se libérer de ses menottes.
Quitte à mourir, la pirate aux cheveux blancs tenterait de la sauver jusqu’au bout.
Au moment où elle entendit les cliquetis métalliques indiquant que les fusils étaient prêts à tirer, elle atteignait sur son amie en se jetant sur elle.
Les coups de feu retentirent tandis qu’elle l’étouffait contre elle en la serrant de toutes ses forces, prête à faire de son corps un bouclier humain et priant pour que son Fruit ne la sauve pas en faisant traverser les balles.
Un long silence suivit, uniquement perturbé par les tirs momentanés de canon qui ciblaient toujours l’Île Principale.
La poitrine au bord de l’explosion à cause de sa respiration effrénée et de son souffle court, Noriko sentit Robin se contracter dans ses bras, indiquant qu’elle était toujours en vie. Contre toute attente, elle devait l’être aussi car elle pouvait sentir le parfum sucré de son amie et avait toujours un goût de sang dans sa bouche.
— Noriko…, gémit de terreur l’archéologue qui était au bord de l’évanouissement.
— Alors la fille, on s’amuse sans moi ?
La manieuse d’eau eut un cri de stupeur lorsqu’elle se retourna vers la voix familière.
— Franky ! hurla-t-elle, partagée entre la surprise et le soulagement de le revoir. Tu es en vie !
Dos à elle, complètement trempé, ce dernier se tenait sur toute sa hauteur, les bras écartés.
Une pluie de balles retomba au sol, faisant comprendre à Noriko qu’elles s’étaient écrasées sur son corps métallique sans pouvoir le traverser.
Le cyborg était arrivé juste à temps et les avait protégées, elle et Robin.
—Me dis pas que tu croyais t’être débarrassé de moi, railla-t-il en s’étirant. Désolé d’avoir mis autant de temps pour intervenir, ce pont était plus long que prévu à escalader.
Il s’avança vers ses ennemis en faisant craquer son cou puis frappa la paume de sa main d’un coup de poing.
— Tu t’es bien battu petite, maintenant, laisse-moi prendre le relais.
— Cutty Flam !? D’où il sort lui !? C’est impossible !! s’étrangla Spandam en pointant le nouveau venu du doigt. Je t’ai vu exploser !
— J’ai la peau dure, normal vu je suis en acier, espèce de crétin, ricana Franky en ajustant ses lunettes de soleil. Ta mine a fait un flop, Spandam !
Le chef du CP9 se décomposa sur place et Franky en profita pour le mettre en joue en pointant son bras vers eux avant de déboiter son poignet vers le haut.
— Ok bande d’enfoirés, maintenant, c’est mon tour !
Spandam se tétanisa de terreur, et, dans un élan de survie, se cacha derrière ses hommes.
Avec un rire sinistre qui frôlait la folie, le cyborg activa ce qui s’apparentait à une mitraillette à l’intérieur de son bras et bombarda les Marines.
Noriko détourna les yeux et plaqua Robin au sol pour éviter de se prendre une balle perdue.
— Mais il est malade !!
Le faible son du mini-escargophone volé à Kalifa attira ton attention et elle dû le coller à son oreille pour couvrir le vacarme de Franky.
— Noriko, c’est Ussop, j’ai pris l’escargophone de Nami, tu me reçois !? Je t’envoie un paquet avec la clé restante !
Un projectile atterrit une fraction de seconde plus tard aux côtés de la jeune fille qu’elle attrapa aussitôt.
Au même moment, Franky lui balança les autres clés par-dessus son épaule avant de reprendre son massacre avec un rire machiavélique.
Caché derrière un corps d’un de ses hommes, Spandam hurlait à plein poumons de lui envoyer des renforts. Lorsqu’il aperçut ce que Noriko avait entre les mains, il manqua de faire une attaque.
— Ils ont toutes les clés !?
La jeune femme se hâtait pour libérer Robin, tentant toutes les clés une par une et sentant son énergie la vider tandis que ses mains agrippaient les menottes en Granit Marin.
Franky assurait ses arrières et de rage, elle jeta les clés numéro 1 et 4 qui ne fonctionnaient pas. Elle tenta la numéro 6 tandis que Spandam s’égosillait toujours, hurlant plus fort que le boucan qui résonnait autour d’eux, provoqués par les tirs de mitraillette.
— ILS ONT VRAIMENT LA CLÉ !?
Noriko sentit son cœur s’alléger et ses yeux s’emplir de larmes de joie lorsque la clé numéro 5 tourna dans la serrure.
Les menottes tombèrent lourdement au sol. Robin était libre.
— NON !! C’EST IMPOSSIBLE !! hurla Spandam.
Un immense sourire se dessina sur le visage de la manieuse d’eau tandis qu’elle se relevait et son corps fut secoué par un regain d’énergie. Elle aida à mettre son amie debout et, avisant les menottes qui trainait par terre, leur donna un coup de pieds pour les dégager avec force dans l’océan afin de s’assurer qu’elles ne nuiraient plus à personne.
S’apercevant que Robin était sur le point de s’effondrer de fatigue, Franky arrêta son massacre et la retint par le bras.
— Reprends-toi ma grande, reprends-toi. Je sais que c’est dur mais on n’est pas encore sortis d’affaire.
— Vous pouvez pas avoir vaincu les membres de mon CP9, vous pouvez pas être aussi forts ! Vous avez certainement volé les clés !!
Un projectile s’écrasa dans sa tête, le faisant s’écraser sur le dos en une fraction de seconde. Le choc fut tellement violent que de la fumée s’échappait du masque de Spandam qui était pourtant fait d’acier.
Franky avait sursauté et, suivant le trajet inverse du lancer, aperçut Noriko, une paume tendue devant elle et le souffle court.
— Eh bah. On dirait que t’as retrouvé ta forme la fille de l’eau, s’amusa Franky avec un sourire en coin.
— Ouais, lâcha-t-elle en essuyant le sang qui coulait sur son menton à l’aide du dos de sa main libre, j’en avais assez de l’entendre jacasser.
La respiration saccadée, elle regardait un à un les hommes qui gisaient à terre, tous abattus par Franky. Ce dernier avait fait un carnage et un bain de sang s’offrait désormais à eux.
Elle inspira profondément en se rendant compte qu’elle n’en avait rien à faire. Ces hommes avaient tenté de s’en prendre à l’un d’entre eux, ils n’avaient que ce qu’ils méritaient.
Tout en gardant un œil sur Spandam qu’elle savait toujours en vie. Elle tendit le mini-escargophone qui était toujours branché.
— Long-Pif, grogna Franky en s’en emparant, Robin est libre.
— Je peux voir ça, résonna joyeusement la voix du tireur d’élite qui les observait de loin.
— Merci grand-nez, ajouta l’archéologue en reniflant. Remercie les autres.
— Ma chère Robin, tu n’as plus aucun doute à avoir désormais. Tu fais bel et bien partie de l’équipage de Luffy.
Un rire s’échappa de la bouche de Robin et en l’entendant, Noriko dû retenir les larmes de lui monter aux yeux.
La main toujours tendue vers la Porte de la Justice, elle restait concentrée, à l’affut du moindre soldat qui pouvait se pointer, car avant de sombrer, Spandam avait appeler des renforts.
Elle se figea lorsqu’elle sentit deux bras l’enlacer tendrement.
La voix brisée de Robin résonna dans ses oreilles quand cette dernière colla sa joue contre la sienne pour la remercier de lui avoir sauver la vie et d’avoir toujours cru en elle. Quand elle s’excusa pour ses agissements, Noriko s’effondra, ne pouvant retenir ses larmes plus longtemps qui se mirent rapidement à couler jusqu’à inonder complètement son visage.
Le CP9 était vaincu. Son amie était sauvée, elle était libre et elle était de retour à leurs côtés.
Alors qu’elle pleurait, elle se retourna et la serra de toutes ses forces contre elle et du coin de l’œil, elle aperçut Franky qui pleurait également à chaudes larmes, sans chercher à se cacher.
Devant son air amusé, il se justifia en précisant que les histoires qui se terminaient bien l’avait toujours rendu sensible.
Un gémissement de douleur les interrompit et tous se retournèrent vers son origine. Sans réelle surprise, Spandam était en train de se redresser.
— Tu peux t’en donner à cœur joie, murmura Noriko en se mouchant avec le dos de sa main.
— Je vais pas me faire prier, cracha Robin qui mettait déjà ses mains en croix sur sa poitrine.
Le doux son des hurlements de Spandam se faisant éclater par les bras de l’archéologue qui avait poussé sur son corps résonna comme une douce musique dans les oreilles de Noriko.
Elle n’était pas cruelle au point de faire souffrir inutilement ses ennemis et n’était pas partisante de la torture, mais elle devait bien admettre qu’elle était plus que ravie d’assister à ce spectacle. Son soupçon se confirma quand elle se rendit compte qu’il ne cherchait même pas à se défendre. Spandam était faible et lâche.
Il fut ensuite éjecté si loin vers le dernier pilier qu’il disparut de leur champ de vision.
— Bon les gars, dépêchez-vous de ramener vos fesses ici, ordonna Franky par l’intermédiaire du mini-escargophone, je me charge des préparatifs d’évasion avec les deux donzelles.
— Bien reçu, répondit la voix d’Ussop, on te les confie. Je rejoins Sanji et les autres.
La communication n’eut pas le temps d’être coupée. Une explosion fracassante dû à un boulet de canon retentit et Noriko, Franky et Robin assistèrent, impuissants, à l’effondrement de la partie haute de la Tour de la Justice. Cette dernière déjà fragilisée et coupée en deux avait finalement cédé sous son propre poids lorsqu’elle fut touchée par un des nombreux tirs venant des deux navires ennemis.
Le tout tomba dans l’immense gouffre pour rejoindre les tréfonds de Grand Line.
— USSOP ! hurla Noriko en agrippant l’avant-bras du cyborg pour porter le mini-escargophone à sa bouche.
Un hurlement lointain résonna dans le ciel, amplifié par la communication établie avec le tireur d’élite. Ce dernier était en vie et vraisemblablement en train de tomber.
Noriko sentit le rythme de son cœur s’accélérer et, de désespoir, voulut se précipiter vers la tour mais Franky la retint par le bras en lui lançant un regard inquiet qui indiqua qu’elle ne pouvait rien faire.
— Bon sang, surgit soudainement la voix indistincte de Sanji, ce boulet a détruit la barrière d’un coup, c’est pas de la gnogotte, on peut pas le prendre à la légère.
Noriko regarda au loin, il devait certainement parler de la barrière qui encerclait Enies Lobby.
Franky scruta le mini-escargophone et tous comprirent qu’Ussop avait dû le laisser tomber durant sa chute sans que le cuisinier ne s’en soit aperçut. Ils restèrent silencieux pour savoir ce qu’il était advenu du tireur d’élite et dans quel état il se trouvait.
— Sanji, intervint la voix grave de Zoro, si la Marine nous arrosent avec ça, on est mal.
— Les furieux tourbillons qui empêchaient la navigation ont disparu car la porte s’est ouverte en entier pour l’attaque, reprit le jeune cuistot. La vieille Kokoro avait dit que c‘était impossible, mais ils n’ont certainement pas eu le choix pour laisser passer les navires. Quand c’est ouvert, les courants reprennent leurs formes initiales et ils peuvent donc avancer sans problèmes.
Des nouveaux coups de canon retentirent et résonnèrent dans le ciel.
— Ils continuent leur bombardement, reprit Sanji. Oh ? Voilà Ussop. Il a l’air d’aller bien.
Des bruits de gravats roulant sur le sol se firent entendre, suivit de gémissements plaintifs.
Un soulagement se lit sur le visage de Noriko et Robin qui comprirent qu’il était plus ou moins en un seul morceau.
— Vous m’avez dit de descendre…, bougonna difficilement le tireur d’élite avec une voix étranglée par la peur, mais j’ai pas eu le temps d’atteindre l’escalier.
— Pourquoi t’as pas sauté ?
— Vous oubliez que j’ai pas de force surhumaine, moi !
— Bah ça va, t’es là, rétorqua Zoro, on te croyait mort.
— Vous n’aviez pourtant pas l’air très inquiets, explosa Ussop, et vous auriez pu me rattraper !
— Tu as été d’une grande aide, félicita la voix lointaine de Nami, tu as aidé Robin à coup sûr !
— Ils vont bien, murmura Noriko avec un sourire.
— Quel soulagement, ajouta Robin.
— Eh les gars ! hurla Franky qui s’impatientait. Secouez-vous un peu, le bombardement va commencer !
Un grésillement se fit entendre avant de laisser place à la voix distincte de Sanji.
— Oh Franky, s’exclama-t-il, vous êtes toujours là ? Ce crétin d’Ussop avait laissé échapper le mini-escargophone.
— Oui, bah j’avais d’autres priorités, j’essayais de sauver ma vie, je te signale ! hurla la voix du tireur d’élite.
— Franky, continua Sanji, tout va bien, on va vous rejoindre mais avant il faut que je sache quelque chose de très important.
— J’écoute, rétorqua le cyborg.
— COMMENT VONT MA NORI-JOLIE ET MA ROBIN D’AMOUR !? hurla tellement fort la voix du cuisinier que les trois compagnons durent éloigner le mini-escargophone.
Un bruit de coup résonna.
— Tu crois que c’est le moment !? cria Nami. J’ai pas envie de mourir ici, il faut fuir !
Franky leva les yeux au ciel en raccrochant et puis observa Robin.
— Bon à nous de jouer, je peux t’enrôler dans la bataille, ma grande ?
— Avec joie.
Il porta ensuite son attention sur Noriko qui faisait peine à voir.
— T’es aussi pâle que la mort, ça va aller pour toi, la fille ?
Une main posée sur ses côtes pour passer outre les douleurs qui lui parcouraient le corps, elle se contenta de lui lancer un regard déterminé en réponse au sien qui était atterré. Pas question de flancher maintenant, pas si près du but.
— Bon les poulettes, les interpella-t-il en se frottant les mains, c’est une situation critique mais même dans les pires circonstances, il y a toujours une situation adaptée. De l’autre côté de la porte se trouve un navire d’escorte d’où sortaient tous les soldats. On va le réquisitionner, c’est notre seul espoir et notre unique porte de sortie. Sans les tourbillons, on pourra facilement le manœuvrer et quitter Enies Lobby.
D’un geste, il les invita à le suivre.
— Quoi qu’il arrive, vous restez près de moi, j’ai pas envie d’avoir votre perte sur la conscience, c’est clair ?
— Attends, l’arrêta Noriko, si ce navire est bien là, pourquoi y avait-t-il aussi peu de soldats à son bord ?
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Spandam a appelé des renforts mais ils ne sont toujours venus.
— Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir, maugréa Franky en avançant.
Avec prudence, ils enjambèrent les corps des soldats morts et arrivèrent à l’extrémité du pont, sur le troisième pilier qui débouchait sur un grand escalier ainsi qu’une immense place dallée.
Sur les premières marches, des hommes y avaient été repoussés et gisaient, inertes.
Noriko ignorait ce qu’elle s’attendait à trouver en regardant en direction de Marineford et Impel Down, mais certainement pas un immense vide cerné par le brouillard.
L’endroit pavé était également désert et seul un navire de taille moyenne pouvant à tout casser, contenir une soixantaine d’hommes, y était amarré. Cependant et curieusement, personne ne se trouvait à bord.
— Bon, ça devrait le faire pour s’enfuir, commenta Franky, j’espère que vous savez naviguer. On risque de devoir partir devant pour aller chercher vos copains si le tunnel est détruit, ce qui voudra dire réussir à éviter le gouffre sans fin et… oh la fille, tu m’écoutes ?
— Ce n’était pas toute l’escorte, souffla Noriko qui sentit les poils de ses bras se hérisser, ce devait être des éclaireurs. Ceux que tu viens de terrasser, qui sont venus à la rencontre de Spandam…
Elle reprit d’une voix plus forte, tentant de maitriser sa panique.
— Ils devaient être chargés de s’assurer que Robin était bien là !
— Qu’est-ce que tu racontes ? rétorqua le cyborg.
— Elle était recherchée pendant plus de vingt ans, je doute qu’ils n’aient mis qu’une vingtaine d’hommes pour l’accueillir !
— Il n’y a qu’à le lui demander, suggéra la principale concernée avec froideur.
Devant eux, remontant l’escalier en rampant lamentablement parmi les cadavres qui jonchaient le sol, Spandam tentait encore de s’enfuir, bien que la dérouillée que lui avait infligé l’archéologue lui compliquait ardument sa tâche.
— Je peux me charger de le faire parler, rajouta-t-elle en descendant la première marche.
Elle s’immobilisa cependant lorsque Spandam porta à nouveau son sifflet à ses lèvres.
Noriko eut tout juste le temps de fait apparaitre une bulle d’eau qu’elle plaça devant Robin pour la faire reculer quand le reste des Marines qui devait se trouver à bord du navire d’escorte affluèrent à leur tour en hurlant, émergeant de l’intérieur du troisième pilier dans lequel ils étaient cachés jusqu’à présent.
Tous armés d’un fusil, ils leur barrèrent rapidement la route vers la place en contrebas avant de les pointer vers eux.
Chacun pris de court, Noriko fit apparaitre de l’eau dans ses paumes tandis qu’elle se retrouvait en première ligne après avoir violemment dégagé Robin une dizaine de mètres en arrière ; à ses côtés, Franky les visa immédiatement avec sa mitraillette tandis que, derrière eux, l’archéologue croisa ses bras devant sa poitrine.
Toutefois, aucun des trois ne pouvait répliquer car si Franky était intouchable, il n’en était pas de même pour les deux jeunes femmes et cette fois, de par leur positionnement, le cyborg n’aurait pas le temps d’intercepter les balles qui leur étaient destinées.
— Un geste et je vous allume tous, cracha le cyborg.
Bien que ce n’était qu’un mensonge et que ce serait pur folie, la menace fit tout de même son effet car les soldats se contentèrent de les tenir en joue sans oser réagir.
— Allons, allons, du calme tout le monde, intervint Spandam en jouant des coudes entre eux, il est inutile de nous énerver pour si peu.
Non seulement, il tenait encore debout, mais le fait de ne plus être seul l’avait ragaillardi et le rendait d’autant plus dangereux. Cet homme compensait sa faiblesse par le pouvoir qu’il avait entre ses mains et le moindre de ses ordres pouvait donc être fatal. Sans se cacher, il s’amusait clairement de la situation.
Une série d’explosion leur fit lever la tête. Cette fois, ce n’était pas seulement deux ou trois tirs de canon, mais une bonne dizaine et tous furent centrés sur le même point d’impact qui se trouvait loin derrière eux.
Les dents serrées et les sourcils froncés à cause du bruit effroyable, Noriko devinait la présence des canons près d’elle, sans pourtant pouvoir les distinguer.
De nouveau, une nouvelle salve se fit entendre, plus puissante cette fois, qui fit même trembler le pont.
Le rire machiavélique de Spandam retentit, interrompu par une quinte de toux sanguinolente avant de reprendre de plus bel.
— Enfin les voilà ! Vous allez tous… mourir ici… Toute une flotte de cuirassés. Le Buster Call vient enfin… de commencer !
Les trois compagnons restèrent silencieux tandis qu’un vacarme assourdissant résonna brusquement derrière eux. S’autorisant à regarder par-dessus leurs épaules malgré la situation, ils ne purent que constater l’horreur qui se déroulait sur l’Île Principale.
De part et d’autre, elle était en train de succomber à diverses explosions qui continuaient de pleuvoir sans cesse. Des cris de panique s’élevèrent rapidement dans les airs. Tous ceux présents sur l’île cherchant certainement à fuir par le Train des Mers qui était la seule solution.
Toujours face à ses ennemis, Noriko fit brusquement disparaitre son eau quand elle se retourna, puis secoua la tête en serrant ses poings jusqu’au sang tandis que son menton se mit à trembler.
Elle songea à Zambai et à toute la Franky Family, à Pauly, Tilesbone et Lulu, aux King Bulls Sodom et Gomorrhe, à Yokozuna, la grenouille géante ainsi qu’aux deux géants – Oimo et Kaashi selon Ussop – qui les avaient aidés. Qu’adviendrait-il d’eux ?
Un souffle lui fit tourner la tête vers Franky. Hors de lui et le regard fixé au loin, il respirait bruyamment, rapidement, tandis que la haine le consumait de l’intérieur et qu’il avait l’air de lutter contre lui-même.
Les soldats présents autour d’eux s’agitèrent également en voyant les navires de guerre, comprenant qu’ils pourraient très facilement y passer. Seul Spandam qui avait retrouvé toute son énergie était serein et même joyeux.
— Ne vous en faites pas, on ne risque rien, les cuirassés vont tout calciner en dehors de cet endroit ! s’exclama-t-il fièrement. Je suis leur commandant et ils ont pour ordre d’épargner le pont pour ne pas tuer Nico Robin !
— Cette fois, je le bute, cingla Franky.
Sans attendre, il fit apparaitre un bazooka à la place de son poignet, quitte à tout faire sauter autour de lui.
— Franky…, s’étrangla soudainement Noriko d’une voix blanche, les yeux écarquillés d’horreur.
Se moquant royalement qu’il fasse tout exploser, elle ne regardait pas Spandam qui devait prier pour sa vie, mais au-dessus de lui, au-delà de la petite place qu’ils surplombaient.
Pointant du doigt la brume autour d’eux pour attirer l’attention du cyborg, elle sentit son sang se glacer dans ses veines et déglutit difficilement lorsque la silhouette d’un cuirassé s’y découpa parfaitement.
Son corps entier se mit à trembler lorsqu’elle avisa, pour la première fois de sa vie, la réelle taille du plus puissant navire de guerre de la Marine qui était désormais parfaitement visible car en comparaison, les deux navires qui se trouvaient à proximité de l’île étaient minuscules.
Tout bonnement gigantesques, les mastodontes qui émergeaient lentement du brouillard étaient composés d’une dizaine de ponts, de quatre mâts énormes qui leur permettaient d’avancer à grande vitesse et de triples canons – disposés à intervalle régulier – postés à l’avant, sur les côtés et certainement à l’arrière.
— Je crois qu’on n’a plus le temps de tergiverser pour des broutilles, murmura faiblement Franky en remettant sa main en place, il déjà est trop tard pour réagir.