Noriko
Quand neuf autres navires firent leur apparition et qu’ils longèrent tous le pont en continuant leurs tirs incessants, les jambes de Robin cédèrent sous son propre poids. Noriko hurla son prénom et voulut lui porter son aide, mais le bras du cyborg se posant sur son ventre ainsi que les fusils qui se réajustèrent vers elle la dissuadèrent de faire le moindre mouvement.
Elle lâcha un grognement étouffé tandis qu’elle comprenait le geste de Franky qui, contrairement à elle, avait gardé son calme : si elle bougeait, elle serait fusillée.
Impuissante, elle observa son amie prostrée au sol qui se balançait légèrement en s’enfonçant violemment ses ongles dans ses bras. Sa respiration était devenue si bruyante et saccadée qu’elle laissait deviner qu’elle était en train de faire une crise d’angoisse.
— C’est… c’est…
Ses mots s’évanouirent et Noriko ne sut plus comment réagir.
Elle repensa aux deux navires qu’elles avaient vus au large de l’Île Principale qui s’occupaient soit disant d’ajuster leurs tirs et son cœur s’emballa. Lucci leur avait raconté n’importe quoi. À défaut de blesser des soldats au passage, c’était des tirs de sommation pour les inciter à prendre la fuite et certainement pour les récupérer avant que l’île ne soit réduite en cendres.
Elle chercha Franky du regard pour l’interpeller, mais se ravisa quand elle le vit complètement immobile et subjugué par ce qu’il se passait au loin.
Lentement, elle se dégagea mollement de son emprise et se redressa, la respiration de plus en plus courte quand elle suivit son regard.
Enies Lobby était déjà en flammes, envahie par une mer de feu qui ne cessait de grandir dans le ciel, tandis que les canons tiraient inlassablement dessus.
Trois navires s’étaient déjà détachés du convoi et se dirigeaient à vive allure vers la Porte Principale.
— Quel spectacle effroyable, lâcha Franky.
Il jeta un œil inquiet à Robin qui était toujours au sol.
— Eh, ça va ?
— Je n’arrive pas… à m’arrêter de trembler.
Noriko la regarda avec peine car elle savait qu’au fond d’elle-même, son amie luttait contre ses terribles souvenirs.
Un tremblement secoua le pont et de grosses bulles d’air s’échappèrent de l’endroit où se trouvait le tunnel englouti, indiquant qu’il avait été détruit et donc inondé.
Franky se tourna vers la manieuse d’eau et tous deux comprirent avec effroi que l’unique accès qui permettrait au reste des Chapeaux de Paille de les rejoindre venait d’être réduit en poussière.
— Il faut leur faire confiance, se força-t-elle à sourire pour se convaincre elle-même, tu l’as dit toi-même, on a le don de se mettre dans des situations pas possibles, mais on a également le don de toujours s’en sortir…
De sa paume, perlèrent plusieurs gouttes de sang, ses ongles étant si profondément enfoncés dans sa chair qu’elle en avait été entaillée.
Un fracas autre qu’un tir de boulet de canon attirèrent l’attention de tous ceux qui étaient sur le pont. Sortant d’un des étages du premier pilier, une main humaine géante venait de traverser le mur et rétrécissait à vue d’œil.
Au même moment, l’un des cuirassés fut violemment percuté et secoué par une ombre semblable à une silhouette humaine.
— Qu’est-ce qui se passe encore !? hurla Spandam.
Franky et Noriko restèrent silencieux, le premier pilier était l’endroit où se déroulait le combat de Luffy, et le poing aperçu indiquait que c’était Lucci qui en avait été éjecté.
Quelques secondes passèrent avant que le capitaine du Vogue Merry ne le suive en émergeant dans le ciel, certainement propulsé grâce à ses pouvoirs.
Une sensation de bonheur envahit la manieuse d’eau quand elle le vit et un sourire soulagé se dessina sur son visage.
Sans attendre, le Chapeau de Paille fit cette fois gonfler l’un de ses pieds et écrasa violemment la coque du cuirassé jusqu’à le briser en deux dans un terrible fracas.
— Mais bon sang, d’où tient-il une telle force ? s’étonna le cyborg avec de grands yeux.
Une annonce retentit d’un des navires, amplifiée par l’intermédiaire d’un escargophone.
— Luffy au Chapeau de Paille est sur le navire numéro 4 ! À tous les cuirassés, vous avez ordre de pointer vos canons dessus et de le détruire !
Noriko masqua ses tremblements et rassura Franky qui ne semblait pas croire ce qu’il se passait devant eux. Ils étaient impuissants face à ce carnage, mais Luffy était en caoutchouc et ne risquait donc rien tant qu’il ne tombait pas à l’eau. Il fallait lui faire confiance.
Les triples canons manœuvrèrent pour changer leur visée, prenant le temps de tous pointer au même endroit.
Une violente série de détonation se ensuite fit entendre, suivie de longs cris d’agonie des soldats qui se jetèrent à l’eau pour survivre et, l’instant d’après, le cuirassé numéro 4 sombrait doucement.
Il y eut une nouvelle explosion et cette fois, et, presque imperceptible à l’œil nu, Noriko crut brièvement apercevoir Luffy repartir dans le sens inverse, jusqu’au premier pilier.
Elle poussa un cri de stupeur quand elle vit Rob Lucci se tenir parmi les décombres du navire, un air furieux sur le visage. D’un claquement de doigts, il disparut pour rejoindre son capitaine.
Spandam éclata soudainement de rire.
— Le Chapeau de Paille a fini en bouillie ! s’amusa-t-il en claquant des mains, faisant ainsi comprendre qu’il ne l’avait pas vu s’en sortir.
Franky lui lança un regard noir.
— Il y avait aussi des soldats à bord, vous donc prêts à vous en prendre à vos propres hommes ?
— J’ai déclenché le Buster Call, c’est tout bonnement ça la puissance de la justice ! Maintenant, envoie-nous Nico Robin, si t’obéis, je passe l’éponge sur tes méfaits et je te laisse repartir.
Le cyborg leva un sourcil et porta son regard vers l’archéologue qui était toujours recroquevillée sur elle-même, incapable de bouger. Autour, les soldats avaient toujours leurs armes pointées sur eux, attendant l’ordre tirer.
Il coula ensuite un regard vers Noriko, puis hocha la tête de droite à gauche.
— Et la fille, tu comptes en faire quoi ?
Spandam fut surpris de sa question.
— Elle sera emprisonnée ou tuée, qu’est-ce que ça peut te faire ? Elle est recherchée vive uniquement pour répondre à la demande d’un Grand Corsaire qui a passé un accord avec le Gouvernement et je me fiche de cet accord !
— Je vois, c’est donc pas n’importe qui, railla le cyborg avec un sourire en coin, et tu crois que ses copains vont te laisser faire, après avoir démontré de quoi ils étaient capables pour sauver l’un des leurs ?
Noriko sentit son sang marteler dans ses veines. Elle avait très bien compris que l’influence de Mihawk n’avait pas sa place au sein du CP9 et n’était donc pas plus étonnée que ça de savoir qu’on cherchait à la tuer. Cependant, elle constata seulement à ce moment-là qu’à part dire qu’elle avait la classe, pas une seule fois Franky n’avait fait la moindre remarque au sujet de ses pouvoirs ; ce qui laissait croire – en plus de ses dernières paroles – qu’il ne savait pas qui elle était, mais que surtout, il s’en moquait.
Ce fut donc là, à ce moment précis où elle observait le cyborg comme si elle le voyait pour la première fois de sa vie, au milieu de tout ce chaos, qu’elle se rendit compte qu’une partie d’elle-même était enfin sereine.
Elle ne s’était pas demandé s’il savait qu’elle était la nièce de Mihawk car elle n’avait plus peur d’être reconnue comme telle. Elle n’avait plus peur car elle savait que si un jour cela tournait mal pour elle, ses amis seront là pour l’aider. Tout comme elle-même avait aidé Robin.
— J’en ai rien à faire, pesta Spandam qui la sortit de ses pensées en la pointant du doigt, Grand Corsaire ou pas, c’est un ancien ennemi du Gouvernement Mondial et pour moi, il n’a pas son mot à dire alors je la tuerai si je veux !
— Et tu crois que moi, je vais te laisser faire ? se moqua le cyborg en craquant son cou.
— De toute manière, seule Nico Robin m’importe alors je vais pas perdre mon temps avec elle ! D’ailleurs, je pige pas pourquoi tu te sens obligé de les protéger, t’es même pas un pirate. Dire que le gouvernement veille sur les gens comme toi… Pourquoi tu préfères faire confiance à ces deux criminelles plutôt qu’à nous ? Tu connais les risques si tu coopères pas, tu finiras comme ton ancien maître Tom, tu mourr…
Un coup de poing relié par une chaîne vint violemment s’écraser sur sa joue et l’envoya au sol. En retour, les marines ajustèrent mieux leurs fusils devant leurs yeux, sans pour autant oser tirer sans l’ordre de leur chef.
— Voilà longtemps que ça me démangeait, clama Franky en ramenant son poing à sa place initiale.
Quelques soldats se penchèrent vers leur chef qui vociférait des injures et l’aidèrent à se remettre debout.
— Comme si… j’avais pas… suffisamment la tête en vrac…, ahana-t-il. Assez joué, j’en ai plus qu’assez. Vous tous, ne tirez surtout pas, j’en fais une affaire personnelle.
Il dégaina de nouveau son sabre et ses hommes se reculèrent immédiatement en baissant leurs armes avec l’appréhension de ce qu’il s’apprêtait à faire.
— Vous m’empêcherez pas de l’avoir !!
Sans prévenir, il pointa sa lame vers Robin qui, en plus de s’allonger et de foncer vers elle, prit la forme d’un éléphant géant.
Noriko n’eut pas le temps de réagir et fut brusquement secouée avant de sentir un choc sur son ventre qui lui coupa la respiration.
La vision troublée par un nuage de fumée qui venait d’apparaitre, elle prit quelques secondes à comprendre qu’elle se trouvait perchée sur l’épaule de Franky.
Il l’avait non seulement balancée dessus en une fraction de seconde, mais avait également eut le temps d’intercepter l’animal géant.
— Saleté.
— COMMENT !? COMMENT IL A FAIT ÇA !? hurla Spandam avec des yeux exorbités lorsque le nuage de poussière eut disparu.
— C’est pas possible d’être aussi long à la détente, ces filles sont sous ma responsabilité, je te les laisserai pas les toucher, souffla Franky avant de reporter son attention sur l’éléphant dont il tenait la moitié de sa tête coincée son bras. Redonne à ta trompe son état normal toi, sinon je t’envoie un obus entre les deux yeux.
Docile et apeuré par le bazooka pointé sur lui, l’éléphant obéit, faisant ainsi reprendre à son nez en forme d’épée qui frôlait presque Robin son apparence d’antan.
— Brave bête, sourit le cyborg avant d'élever la voix. Descends, je risque de te faire mal.
Noriko n’en croyait pas ses yeux et songea pendant un instant qu’elle rêvait. Elle avait vaguement entendu la possibilité pour une arme de manger un Fruit du Démon, mais avait toujours pensé que c’était impossible. Ou bien, était-ce un éléphant qui avait mangé le Fruit de l’arme version épée ? Ce Fruit existait-il seulement ?
— Oh la fille, dépêche-toi de dégager de mon dos, tu me gênes.
Elle sursauta en comprenant soudainement que Franky s’adressait à elle et se dépêcha de mettre pieds à terre avant de se reculer.
— Les autres, vous êtes sûres qu’ils viendront ? aboya-t-il.
— Ils viendront, c’est certain, confirma la manieuse d’eau.
— CUTTY FLAM ! Réfléchis bien à tes actes, c’est ta dernière chance pour redevenir un honnête homme. Donne-moi Nico Robin !
Spandam était hors de lui, même s’il n’avait plus l’air de savoir quoi faire maintenant que son attaque s’était soldée par un échec.
— Ferme-la, tu parles trop. Le gouvernement veille sur des gars comme moi, vous faire confiance plutôt qu’à des criminels, non mais tu t’entends déblatérer tes propres conneries ou t’as été formé à devenir sourd ? Tout ce qui sort de ta bouche me débecte, tu me donnes envie de vomir Spandam…
— Comment oses-tu me tenir tête !? Tu sais pourtant qui je suis !
— Tss, laisse-moi rire, t’es juste un fonctionnaire de pacotille qui a réussi grâce à du piston et non à ses compétences.
Le chef du CP9 manqua de s’étrangler face à cette remarque mais Franky ne lui laissa pas l’occasion de répondre.
— Je t’avais dit je miserai tout sur eux, avertit-il sans se laisser impressionner, que quelqu’un s’en prenne à vous, je pensais pas qu’un tel jour arriverait.
Un air sérieux prit place sur son visage et ses sourcils se froncèrent petit à petit.
— Y a longtemps, je voulais sauver M’sieur Tom… le tirer de vos griffes. On avait tous entendu dire qu’Enies Lobby était imprenable, qu’il était impossible de tenir tête au Gouvernement Mondial, mais tout ça, les Chapeaux de Paille s’en moquent.
Il jeta un bref coup d’œil à Noriko qui se tenait sur ses gardes, ignorant où il voulait en venir.
— Pour sauver une amie, aucun d’entre eux n’a hésité à se mettre le monde entier à dos, alors autant te dire que ça remue les tripes et c’est pour ça que j’ai décidé de les aider. Les années ont passé mais j’ai pas oublié la mort de m’sieur Tom avec votre abjecte stratagème pour le piéger… Je sais que c’était ma faute, mais t’étais présent ce jour-là, avec ta sale tronche d’ahuri que j’ai défigurée et ton sourire triomphant… Ce sourire qui m’est resté à l’esprit pendant tout ce temps.
Franky tourna la tête vers Noriko avec un grand sourire machiavélique.
Elle ne saurait dire comment, mais elle comprit l’ordre silencieux et se recula, tout en se tenant prête à combattre.
Le cyborg resserra son emprise autour de l’éléphant puis reporta son attention sur Spandam.
— Alors ouais… J’ai toujours espéré secrètement qu’un jour, j’aurais enfin la chance de pouvoir te ratatiner de nouveau.
Le chef du CP9 ouvrit de grands yeux et, dans un élan de panique, ordonna à ses hommes de tirer avant de tenter de reculer.
Cependant, Franky avait été plus rapide et, prenant appui sur son pied qui était déjà enfoncé dans les dalles, il était déjà en train de faire passer l’éléphant au-dessus de sa tête.
Dans un terrible fracas, la bête s’écrasa sur Spandam.
Le cyborg éclata d’un rire sinistre.
— Pile comme ça ! Grâce à ces pirates, j’ai enfin pu vider mon sac ! hurla-t-il fièrement avant de se redresser en armant son bras. Maintenant, vous allez tous crever !
Sur ses dernières paroles, il tira en continue sur tous les soldats qui n’eurent pas le temps de riposter et qui s’effondrèrent les uns après les autres.
Les mains sur les oreilles à cause du bruit plus strident que les boulets de canon qui pleuvaient toujours sur l’île, Noriko sursauta lorsque Franky lui saisit le bras pour la lever sans ménagement.
— Ok les poulettes, on n’a plus le choix, faut se grouiller. On fonce récupérer le navire d’escorte et on se tire. Le dernier cuirassé est toujours à ses côtés, ce qui veut dire qu’il va pas se gêner pour nous canarder. Alors va falloir vous bouger pour m’aider et passer à travers les balles !
Il n’eut pas besoin de continuer davantage pour que tout ce qu’il venait d'annoncer ne se produise car aussitôt, une rampe venant du cuirassé mentionné s’abaissa bruyamment sur la place, laissant débarqués avec discipline des dizaines de soldats armés.
Avec rapidité, le cyborg pointa immédiatement son bazooka vers eux et sans attendre, tira dans le tas.
Une explosion s’en suivie accompagnée de cris d’agonie et Noriko mit un bras devant son visage pour se protéger de la chaleur extrême qui s’en dégagea.
— Quelle bande de lourdingues ! pesta le cyborg.
Deux nouvelles rampes s’abaissèrent, faisant surgir toujours plus de soldats.
— Eh bah, on n’est pas dans la merde…
— Attaquez ! hurla la voix étouffée de Spandam qui manqua de s’étouffer tellement il s’égosillait.
Toujours écrasé par son éléphant, ce dernier tentait désespérément se s’en extirper.
— Secouez-vous, continua-t-il, tuez Cutty Flam et cette démone sortie des enfers, capturez Nico Robin, trainez-la s’il le faut, mais ne l’abimez pas !
— L’est toujours pas crevé celui-là ? marmonna Franky avant de héler Noriko avec hargne. Oh, la fille ! Je sais que tu tiens plus debout, mais on peut pas s’arrêter là. S’ils veulent Robin vivante, ils n’oseront pas nous allumer avec les canons ; ils sont nombreux, mais c’est leur seule force !
Sans attendre sa réponse, il réitéra une attaque, puis enclencha de nouveau la mitraillette logée dans son bras.
La manieuse d’eau hocha vivement la tête avec ardeur et reporta son attention sur l’archéologue.
— Je t’en supplie, ressaisis-toi, implora-t-elle en s’agenouillant à son niveau. Je sais que c’est dur, je sais que tu as souffert de cette attaque il y a très longtemps, mais on a besoin toi, Robin !
Sortie de sa torpeur, cette dernière grinça des dents et fronça ses sourcils en hochant la tête.
— Ne t’en fais pas, c’est différent d’Ohara car cette fois, je ne suis pas seule.
Elle se releva brusquement, les bras croisés sur sa poitrine.
Aussitôt, de nouveaux cris s’élevèrent de l’endroit d’où affluaient les Marines. Des centaines de bras s’érigèrent du sol, attrapant leurs jambes pour les faire tomber et s’enroulant autour de leur cou pour les étrangler.
Avec un sourire encourageant, Noriko inclina le menton en signe de reconnaissance et de soutien, puis, se redressant à son tour, fit apparaitre une bulle à l’intérieur de ses deux paumes collées l’une contre l’autre qui fit immédiatement tressauter ses mains.
Son regard fut attiré par Franky qui, de son côté, mitraillait tous ceux qu’il voyait.
— Évite les bras de Robin, lui hurla-t-elle, si tu en blesses un, ça se répercutera sur son vrai corps !
— Compris ! acquiesça le cyborg qui changeait déjà la direction de ses tirs.
Les hommes toujours débout étaient désormais visés, sans aucun risque pour les membres de Robin qui tenaient ses ennemis au sol.
Noriko ferma ses yeux avec force, puis inspira ensuite pour contrer le tremblement qui avait pris possession de ses bras.
Tentant de contrôler la pression exercée sur l’eau qui ne demandait qu’à exploser, elle la libéra dans un grand cri de rage.
L’attaque fusa. Dans un vacarme assourdissant, un torrent d’eau se déploya à une vitesse phénoménale tout en s’épaississant de plusieurs mètres et alla balayer tous les soldats présents sur la place.
L’eau disparut aussi vite qu’elle était apparue, ne laissant que des cadavres jonchant la place pour ceux qui restaient et uniquement des armes pour ceux qui avaient été emportés.
De nouveaux coups de canon résonnèrent dans le ciel, et le Pont de l’Hésitation se mit à trembler dangereusement.
— Pas possible ! Mais pourquoi ils me canardent !? Ils ne savent donc pas que je suis là !? s’indigna Spandam alors qu’il avait fait reprendre sa forme d’épée à son éléphant.
Furieuse et passablement agacée de l’entendre se plaindre, Noriko lui envoya un torrent qui le balaya et le fit décoller vers la brume jusqu’à ce qu’un bruit sourd lui fasse comprendre qu’il s’était certainement écrasé contre le cuirassé. Elle ignorait s’il était toujours vivant, mais s’en moquait car compte tenu de sa ténacité, cela ne l’étonnerait même plus.
Lorsqu’elle reprit son souffle, elle remarqua que les rambardes avaient été relevées et que le cuirassé avait repris son chemin vers l’Île Principale.
— Hein ? s’étonna Franky en regardant autour de lui. C’est tout ?
— Tous les hommes ne sont pas intervenus, murmura Robin, je suppose que la plupart ont leur utilité pour le Buster Call.
— Alors on perd pas de temps et on fonce sur le navire d’escorte, rétorqua Franky en s’y précipitant.
Esquivant soigneusement les cadavres tout en continuant de repousser les douleurs de son corps épuisé, Noriko le suivit difficilement, accompagnée de Robin.
Ils parvinrent à se hisser sans peine à bord du navire et les deux jeunes femmes s’écroulèrent de fatigue dans un seul mouvement.
De son côté, Franky hurlait de joie. Il balança un ultime tir de bazooka vers la place, s’assurant de terrasser les derniers soldats qui bougeaient encore puis brandit deux bras victorieux.
— Désolé mes petits gars, mais on réquisitionne votre rafiot et j’organise l’évasion des pirates ! Je suis déjà mort une fois, si je peux leur permettre de fuir, je suis prêt à me sacrifier !
Il se tourna ensuite vers les ses deux comparses et leva un pouce dans leur direction.
— Bon le ménage est fait alors profitez de ce temps pour vous reposer les filles, vous en avez pas beaucoup. On va attendre le reste de votre équipage et se tirer d’ici.
Avec un sourire forcé, Noriko se traina contre une rambarde avant de se laisser lourdement retomber dessus.
Elle inspira avec peine avant de tousser douloureusement. L’odeur de poudre était insoutenable – bien que ce n’était rien comparé à l’odeur de cramé qui la brûlait la gorge – sans parler du chaos général qui régnait sur l’île et qui n’était absolument pas favorable à leur repos.
Les tirs de canon continuaient toujours, détruisant tout sur leur passage tandis que les cuirassés avançaient inlassablement et le terrible fracas qui en résultait les empêchaient presque de s’entendre les uns les autres.
Elle regarda sa main et s’aperçut que du sang s’était échappé de sa bouche, peut-être même de ses poumons. De nerf, elle s’essuya sur son short. Ce n’était pas le moment de se poser des questions futiles.
Elle entreprit plutôt de faire l’état de ses blessures et grimaça de douleur quand elle s’articula pour regarder ses côtes. Sa gorge se serra et un faible gémissement lui échappa quand elle constata que sa plaie s’était rouverte et saignait de nouveau.
Dans un faible soupir, elle passa ensuite une main sur son crâne avant de la rabattre sur son visage, mais la retira vivement en sentant sous ses doigts l’état de ce dernier.
Pour finir, elle bougea ses doigts pour pétrir le vide et secoua ses mains pour se forcer à maintenir leur mobilité. Elle en aurait besoin pour contrôler son eau.
Depuis qu’elle avait vaincu Moira, une souffrance terrible parcourait l’entièreté de son corps, constamment, mais elle ne pouvait pas le montrer, ni la laisser la contrôler.
Pas encore.
Elle porta son attention sur Robin qui n’avait pas bougé depuis qu’elle s’était effondrée. Son corps tremblait également et elle la savait épuisée même si elle gardait bien de s’en plaindre.
Noriko ferma les yeux en inspirant profondément, puis leva son regard vers le ciel désormais teinté de fumée opaque noire, ne laissant même plus passer les rayons du soleil.
Elle avait parfaitement conscience que le moment de répit accordé était uniquement dû au fait que le Gouvernement Mondial voulait Robin vivante, sinon, il aurait envoyé plus d’hommes pour les arrêter et leur navire aurait déjà été détruit.
Ses mains furent prises de tremblements et elle comprit qu’elle était terrifiée de ce qui l’attendait.
Bientôt, le reste de ses camarades serait présent. Eux aussi seraient épuisés après leurs combats respectifs contre les membres du CP9, sans compter qu'il leur faudrait ensuite récupérer Luffy qui risquait également de ne pas être au bout de sa forme.
Pour l’instant, ils étaient à l’abri du Buster Call, mais quand il serait terminé, les forces des neufs cuirassés restants se retourneront contre eux pour les exterminer et, au vu de leur état, le combat s’annonçait perdu d’avance.
Un grognement d’effort attira son attention à sa gauche et elle crut mourir d’un arrêt cardiaque lorsqu’elle aperçut tous ses amis attendus s’écraser en même temps sur le pont. Tous à moitié inconscients.
— Mais qu’est-ce que…
— Pas trop tôt, s’exclama Franky avec un grand sourire, content de vous voir en un seul morceau. Enfin…
— Ouais et c’était pas gagné, s’amusa Kokoro qui venait de faire son apparition sur le pont, Chimney et Gonbei perchés sur son dos, l’air effrayé parce ce qu’ils venaient de traverser.
Noriko cligna un nombre incalculable de fois des yeux. La vieille conductrice de train se tenait à moitié nue devant elle, deux coquillages cachant maladroitement son énorme poitrine tandis que deux grands pieds palmés terminaient la partie basse de son corps.
Une… une sirène ?
— Aller les petits, on se réveille ! hurla soudainement cette dernière en claquant plusieurs fois ses mains.
— Ils devaient être dans le tunnel quand celui-ci s’est retrouvé inondé, devina Robin.
— Hé, cria Franky en s’agenouillant près d’eux pour les observer, tu leur as fait quoi ? Ils sont tous à moitié morts noyés.
— T’inquiète pas, ils vont bien, s’amusa la vieille dame en sortant une bouteille de vin de son sac, je savais qu’ils survivraient, tout s'est passé comme prévu.
— Par miracle, oui. Je sais pas ce qu’il s’est passé mais ils sont salement choqués. Enfin, comme ils ont tous fait une syncope, ils ont pas l’air d’avoir trop bu la tasse.
Kokoro éclata de rire.
— Tant mieux alors ! Mais je me demande ce qui a pu leur filer un tel choc.
— C’est toi, voyons ! Tu crois qu’ils savaient que t’étais une sirène !?
— Mamie est une sirène !? hurla Chimney.
— T’avais pas remarqué ? s’exclama Franky.
Noriko soupira de lassitude, bien trop épuisée pour réagir à cette découverte inattendue.
Kokoro s’approcha de Robin avec un grand sourire et lui serra les mains, tandis que cette dernière souriait sincèrement.
— T’es l’amie que tout le monde veut sauver, je me souviens de toi quand je vous ai croisés à Shift Station. Bah dis-donc, je pensais pas qu’ils allaient y arriver, mais je suis bien contente que ce soit le cas !
— Tu veux pas t’habiller la vioque !? hurla le cyborg.
Les membres de l’équipage, jusque-là évanouis, se réveillèrent en même temps et tous parlèrent en même temps, tandis qu’ils tentaient de comprendre ce qu’il venait de se passer.
Sanji pleurait toutes les larmes de son corps pour protester, criant que les sirènes étaient censées être de toute beauté et que ce n’était pas possible que Kokore en soit une. Nami, très vite sur pieds, se précipita sur Robin pour la serrer dans ses bras en pleurant également. Ussop lui, toujours planqué sous son identité de Sniperking, se contentait de raconter à qui voulait l’entendre que son plan s’était déroulé exactement comme prévu. Chopper, quant à lui, hurlait à la mort qu’il ne se souvenait plus de rien et que son corps était tellement épuisé qu’il ne pouvait plus bouger. Zoro lui dit que ça ne l’étonnait pas et lui promit de tout lui raconter plus tard. Franky s’étonna du fait qu’ils aient tous la peau dure et Kokoro demanda si ça les tuerait de la remercier de leur avoir sauvé la vie.
Tous se turent soudainement en même temps et la remercièrent d’une seule voix.
Noriko ne put s’empêcher de sourire face à tout ce remue-ménage. Ses amis allaient tous bien, fidèles à eux-mêmes.
Leur bonheur lié à leurs retrouvailles fut cependant de courte durée car ils savaient tous que la bataille n’était pas terminée.
Ils firent un point sur la situation.
— Ce bombardement est un véritable massacre, commenta Zoro, le regard rivé vers les flammes qui montaient toujours dans le ciel.
— Comment peuvent-ils tuer des gens aussi facilement ? renifla Nami.
— Ils n’ont aucun état d’âme, frissonna Robin, ils se contentent seulement d’effacer une île insignifiante de notre monde. C’est ce qu’est réellement le Buster Call.
— Pour cette attaque, ils ont reçu l’ordre de garder Nico Robin en vie, surenchérit Franky, c’est pour ça que le pont est toujours intact et qu’on est en sécurité. Pour le moment.
— Autrement dit, quand ils auront complètement détruit Enies Lobby, ils vont venir la chercher et ça se terminera en combat au corps à corps, comprit Zoro. Ça nous évitera les bombardements des canons, mais pas les tirs de fusils qui seront braqués sur nous.
— Mais ça craint ça, on n’est plus en état de combattre et les navires doivent regorgés de soldats surentrainés, paniqua Ussop. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ?
— On ne pourra pas, lâcha gravement Noriko. Il faudra prendre la fuite, c’est notre seule chance de survie.
— Tu crois vraiment qu’on pourra leur échapper, t’as vu la taille de ces monstres !?
— On n’a pas le choix, il faudra essayer, coupa Sanji en s’allumant une cigarette, lorsque que le combat sera engagé, ça nous fera à peu près un navire entier par personne à détruire et on pourra pas venir à bout d’autant de soldats, pas dans notre condition.
— Sans oublier que la flotte est menée par cinq Vice-Amiraux, ce qui n’est pas rien comme grade, rappela la manieuse d'eau.
— Des… Des Vice-Amiraux ? réalisa Ussop en tremblant.
— Où est Luffy ? demanda Nami. Une fois qu’il sera là, il ne faudra pas perdre de temps pour lever l’ancre.
— Dans la partie supérieure du premier pilier du pont, répondit le cyborg, il combat Lucci, le plus puissant des agents du CP9.
— Il faut aller l’aider ! s’exclama Chopper, toujours immobilisé au sol.
— Laisse tomber, le rabroua Zoro, ce gars au pigeon, c’est pas n’importe qui.
— Il a raison, confirma le cyborg, je doute pas de la puissance de votre capitaine, mais Lucci l’est également et si le Chapeau de Paille ne l’avait pas retenu tout ce temps, je sais pas combien d’entre nous serait mort.
— C’est donc décidé, trancha le jeune bretteur, on sera bien avancés pour faire face aux cuirassés, si on se sépare tous à nouveau. Ils vont débouler ici tôt ou tard alors si on veut pas tous se retrouver en difficulté parce qu’on est éparpillés, on doit l’attendre ici, c’est tout.
Sanji expira longuement sa fumée, tandis qu’un silence pesant s’installait parmi les amis.
— Le plus dur est devant nous.
Au moment où il demanda ce qu’il était advenu des hommes de Franky, une voix émanant du mini-escargophone qu’il transportait surgit de nulle part et un soulagement général les envahit quand ils reconnurent la voix de Pauly.
Accompagné de la Franky Family, des Kings Bull et de Yokozuna, il leur rapporta qu’ils étaient tous perchés sur les deux géants et qu’ils tentaient toujours de fuir, mitraillés de toutes parts. Tous les soldats qui vivaient sur l’île ayant été évacués par deux navires qui avaient pris le large depuis, seul le Train des Mers pouvait leur permettre de s’en sortir sains et saufs. Ils se dirigeaient donc vers ce dernier.
Cette nouvelle rendit Franky heureux même s’il prônait avoir toujours su qu’il pouvait compter sur la chance de ses hommes.
Brusquement, une explosion attira leur attention tant elle était proche.
D’un accord commun, Noriko, Ussop et Franky allèrent voir ce qu’il en était en remontant les escaliers jusqu’au sommet du troisième pilier.
— Ils… Ils ont détruit l’accès au premier pilier, s’étonna la jeune femme tandis qu’ils étaient percher sur le deuxième, mais pourquoi ?
— Ils veulent sans doute réduire le terrain, marmonna le cyborg, si on est tous acculés sur la place, ce sera plus facile pour eux de nous encercler.
— Regardez ! cria Ussop.
En contrebas, au rez-de-chaussée du premier pilier, visible depuis que l’un des murs avait été arraché, se trouvait Luffy.
Le cœur de Noriko rata un battement quand elle le vit en mauvaise posture. Les bras ballants le long du corps, il peinait à se tenir debout et sa fatigue était clairement visible, tandis que devant lui, en meilleur forme, se trouvait Rob Lucci sous son apparence hybride.
— Bon sang, maugréa Franky, mais magne-toi bougre d’idiot de Chapeau de Paille, tous tes amis t’attendent et si tu crèves ici, je te pardonnerai pas.
— BRAVE LUFFY ! hurla soudainement Ussop.
Leur capitaine tourna la tête vers eux et ils purent voir un soulagement envahir son visage.
— On est tous là et tout le monde va bien ! scanda le cyborg en lui faisant de grands gestes.
— On a même libéré Robin, reprit le tireur d’élite, alors t’inquiète pas pour nous ! Dépêche-toi de le battre et rejoins-nous, il ne manque plus que toi, Luffyyyyyyyyy !
Les larmes aux yeux, Noriko ne pouvait s’empêcher de sourire de soulagement en lui faisant un signe de la main.
Un hoquet de stupeur prit brusquement place au dans sa gorge et tandis que ses deux compagnons continuaient de hurler leurs encouragements à Luffy, elle eut l’impression que les cuirassés s’étaient arrêtés.
— Les gars ? interpella-t-elle.
Non, elle ne rêvait pas, les navires les plus proches du pont étaient désormais en train de manœuvrer pour revenir vers eux.
— Les gars ! hurla-t-elle. Ils arrivent !
Ussop et Franky hochèrent la tête sans arrêter leurs cris de joie.
— T’as plus qu’à gagner, Chapeau de Paille !
— Et on partira tous d’ici ! surenchérit Ussop.
Une annonce résonna dans le ciel.
— À tous les navires, excepté le numéro 2 : encerclez le Pont de l’Hésitation, dix pirates dont Nico Robin, Zoro le chasseur de pirates et Noriko, la nièce de Mihawk, sont sur ce pont ainsi que sur le navire d’escorte. Il s’agit du groupe qui a anéanti le CP9 dans la tour judiciaire, épargnez Nico Robin mais ne faites aucun autre survivant.
— Dix ? Comment ça dix ? demanda Noriko d’une voix blanche.
— Ils ont dû prendre Kokoro et Chimney pour nos complices, comprit Ussop.
— Non, il faut les faire passer pour nos otages !
— Venez les enfants, leur cria Franky en détalant sans les attendre, on va tâcher de tenir tête à cette Marine de malheur ! Ouais !!
— Mais il est taré, pourquoi il est content !? pesta le tireur d’élite en s’élançant à sa suite, accompagné de Noriko.
— M’en parle pas, il est toujours comme ça !
Arrivés en haut de l’escalier, tandis que les cuirassés les avaient largement dépassés et encerclaient déjà le reste du pont, ils aperçurent Nami, Zoro et Robin qui se tenaient prêt pour le combat. La navigatrice leur hurla de rester loin du navire d’escorte, pour ne pas prendre le risque de le faire détruire par les tirs des soldats et Kokoro et Chimney, quant à elles, hurlaient qu’elles étaient des otages.
Noriko chercha des yeux Chopper – qu’elle trouva avec soulagement accroché sur le dos de la vieille conductrice de train, toujours dans l’incapacité de bouger – puis Sanji. Cependant, ce dernier avait disparu.
Une nouvelle annonce résonna.
— Ordre au corps d’élite des deux-cents Colonels et Capitaines de se débarrasser d’eux au plus vite.
— Les Colonels, c’est pas le grade de Smoker l’enfumeur ? paniqua Ussop avant de déglutir. Mais c’est une vraie armée de brutes qui nous attend !
— Ça prouve qu’ils nous craignent, les encouragea Franky. Maintenant, préparez-vous au combat, les loulous, on n’a plus le temps pour réfléchir.
Comme à l’accoutumé, des passerelles s’abaissèrent de part et d’autres tout autour de la place, aux côtés du navire, mais également en bas des escaliers.
Noriko prit une profonde inspiration puis força un sourire à se dessiner ses lèvres, malgré ses mains tremblantes.
— C'est parti.
Ce fut dans le plus grand chaos que la bataille s’engagea. De partout, les soldats affluèrent, toujours plus nombreux.
Dans un terrible vacarme où se mélangeait cris d’agonie, de peur et de rage, ainsi que des coups de fusils et de lames tranchant l’air, les Chapeaux de Paille luttaient tous chacun de leur côté.
Sur la place dallée, se trouvait la navigatrice, le sabreur et l’archéologue.
Nami électrocutait ses ennemis, leur balançant des séries d’éclair qu’elle tentait de maitriser du mieux qu’elle le pouvait pour ne pas blesser les siens. Elle eut ensuite l’idée de se servir des pouvoirs de Noriko, électrisant les torrents et les bulles d’eau qu’elle voyait autour d’elle afin de faire le plus de dégâts possible.
Zoro ne se battait plus qu’avec deux sabres, le dernier ayant été réduit en poussière, consumé par la rouille à cause d’un soldat qui avait le pouvoir de la maîtriser.
Robin, protégée à intervalle régulier par le bretteur aux cheveux verts avait ses bras croisés sur sa poitrine, pleinement concentrée pour faire apparaître une quantité incalculable de bras qui étranglaient, tordaient et brisaient tout ce qui lui tombait sous la main.
En haut de l’escalier, le cyborg, la manieuse d’eau et le tireur d’élite n’étaient pas en reste et luttaient également de toutes leurs forces.
Franky, qui était arrivé à court de munitions pour son bazooka, frappait à l’aveugle chaque soldat qui avait le malheur de le croiser, les tuant sur le coup pour la plupart du temps grâce à sa force liée à sa condition robotique. Lorsqu’il ne faisait pas valser son poing métallique, c’était à coups de mitraillette qu’il faisait le ménage, avant de continuer à mains nues de briser toutes les cervicales qu’il croisait pour économiser ses balles.
Noriko, de son côté, envoyait continuellement des attaques qu’elle faisait sortir de ses paumes, tout en tentant désespérément de faire apparaître de l’eau par la pensée, ce qui l’arrangerait pour prendre ses ennemis à revers. Elle avait fait apparaître un immense mur de plusieurs mètres de large et l’avait placé devant l’un des cuirassés afin d’empêcher les rambardes de s’abaisser et les soldats d’y descendre. Ce dernier point lui demandait une énergie considérable, mais réduire le nombre d’ennemis, même temporairement, était ce qui lui semblait le plus important à faire pour qu’ils puissent s’en sortir.
Ussop, toujours sous l’apparence de Sniperking, luttait vaillamment, n’ayant pas le temps de penser à la peur qui devait le consumer. Inlassablement, il tirait autour de lui, se focalisant surtout sur les soldats qui s’approchaient un peu trop près de ses amis afin de leur empêcher de sombrer dans un moment d’inattention.
Des annonces, plus forte que les précédentes pour masquer les bruits de lutte qui faisaient rage se firent soudainement entendre.
— Cuirassé 2 au rapport : tous les soldats et fonctionnaires ont été récupérés sans incident au nord-ouest de l’Île Principale. Un groupe de fuyards composé de pirates et de géants a été repéré, tentant de fuir par la Porte Principale pour rejoindre le Train des Mers.
— C’est Zambai et les autres ! s’exclama fièrement Franky. Je vous avais bien dit qu’il fallait pas s’inquiéter pour eux, ils sont increvables !
— Cuirassé 3 au rapport : au sud de l’île, le tribunal, la Tour Judiciaire et le passage souterrain ont tous été détruits. La seule cible restante est le Pont de l’Hésitation.
— Cuirassé 2 au rapport : correction suite au rapport précédent, le groupe de fuyards vient d’être exterminé. Grâce au bombardement massif, toute survie étant impossible, le nombre de rescapés d’Enies Lobby est de zéro. Il n’y a donc aucun survivant.
Noriko eut l’impression que tout se mit à tourner au ralenti autour d’elle tandis qu’elle assimilait les dernières informations entendues et pour conséquence, mur d'eau devant le cuirassé s’évapora dans les airs.
Leurs compagnons de route. Ceux qui avaient été leurs alliés et qui les avaient aidés car ils s’étaient retrouvés avec un ennemi commun.
Tous venaient de se faire tuer.
Tous.
Elle porta son regard vers Franky qui ne bougeait plus, malgré les soldats qui s’en prenaient à lui sans pour autant le faire bouger d’un centimètre.
Elle ne pouvait qu’imaginer… Non. Elle ne pouvait pas imaginer ce qu’il pouvait ressentir car elle n’avait jamais perdu d’être cher.
Un violent coup de crosse la propulsa au sol.
Elle roula sur le dos, réalisant qu'elle avait baissé sa garde. Au-dessus d’elle, le soldat qui l’avait frappée armait déjà son fusil pour l’abattre.
Elle eut tout juste le temps de se crisper qu'il disparut soudainement de son champ de vision, emmené par un poing métallique.
Suivant la chaîne des yeux qui se rétractait en repartant dans le sens inverse, elle se retrouva face à Franky qui la releva brutalement en lui broyant presque l’épaule.
— Qu’est-ce que tu fous !? Ressaisis-toi !
— Noriko ! intervint Ussop en éloignant des Marines qui se rapprochaient d’eux à coup de billes explosives. Tout va bien !?
Le cyborg ne lui laissa pas le loisir de répondre et dégagea d’un grand coup cinq ennemis trop curieux.
— Sérieusement, tu veux crever ou quoi !? Reste pas plantée là !
Hors de lui, Franky lui faisait face en la secouant douloureusement par les épaules et le peu de veines qui lui restaient à l’intérieur de son corps ressortaient très clairement sur son front et ses tempes.
— Je vais pas passer mon temps à te sauver les miches, alors bouge-toi !
Il la poussa sans aucune douceur vers une troupe de soldats qui courait vers eux et elle tituba, manquant presque d’en perdre l’équilibre.
N’ayant le temps de d’être prise au dépourvu par cette bousculade au risque que cela lui soit fatale, Noriko eut le réflexe vital de faire apparaître un mur d’eau qu’elle envoya violemment vers eux afin de les repousser.
Immédiatement après ça, elle se retourna et para le poignet d’un soldat qui tentait de lui donner un coup de sabre.
Elle continua ainsi de lutter, repoussant toute forme de logique et de réflexion au fond d’elle-même afin de ne compter que sur son instinct de survie.
Franky avait à peine réagi à l’annonce de la mort de tous ce qu’il connaissait, et surtout, il ne s’était pas laissé abattre ; elle n’avait donc pas le droit de le faire à sa place.
Il avait raison, elle devait se ressaisir.
Entre deux lancers de bulles et avec une hargne non dissimulée, elle fit apparaitre un torrent qu’elle envoya survoler Nami afin que cette dernière s’en serve comme réceptacle électrique pour pouvoir abattre plus facilement plusieurs dizaines d’ennemis en même temps.
Toutes les deux alliées et leurs forces ainsi combinées, elles étaient redoutables.
— Il en sort par centaines ! hurla Ussop tandis que de nouveaux Marines accostèrent sur la place.
— Il faut tenir bon, rétorqua Franky, de toute façon, ils feront exploser le navire d’escorte une fois qu’on sera dessus si on ne les anéantit pas !
L’eau fusait en tous sens, les soldats s’écroulèrent, étranglés jusqu’à ce qu’ils ne soient plus capables de se lever, tranchés, électrocutés tandis que le reste était mitraillé.
Pourtant, ce n’était pas suffisant car l’affrontement était bonnement interminable.
Des balles fusèrent aux côtés de Noriko et elle remarqua que des Marines perchés sur le navire l’avait prise pour cible.
Elle détourna un courant pour les emporter d’une seule traite, puis essoufflée, manqua de s’effondrer.
— Si tu flanches maintenant, c’est la fin ! lui cria la voix du cyborg dans son dos.
— Aucun risque, ahana-t-elle en guise de réponse avant de repousser dix soldats en même temps d’un coup de torrent qui obéit à un geste de sa main.
— Allez, la fille, la rabroua-t-il en apparaissant dans son champ de vision. Tu vas devoir concentrer ta force sur la coque du cuirassé le plus éloigné pour le faire couler, ça les empêchera de tous débarquer.
Ne prenant même pas la peine de regarder le navire en question, car trop occupée à contrer de nouveau soldats, Noriko crut à une blague de mauvais goût.
— La coque !?
— Tu comptes le couler en abattant le mât ? râla-t-il en abattant son poing sur le crâne d’un soldat.
Noriko sentit sa patience arriver à son terme. Elle n’en voulait pas au cyborg de la secouer, car c'était pour la bonne cause, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il était complètement fou et que ses idées étaient insensées et perdues d'avance.
— Arrête, c’est pas le moment…
— Ce sera un jeu d’enfant pour toi !
— Mais t’es cinglé, elle est en acier renforcé, je te signale !
— Ton Chapeau de Paille a réussi alors me soule pas !
— Mais tu me prends pour qui, au juste !? s’énerva-t-elle. Luffy est beaucoup plus puissant que moi !
— Te fous pas de moi, je t’ai vu à l’œuvre !
Elle ne rétorqua pas, préférant se jeter au sol pour éviter un énième coup de sabre.
— Je t’ai vue te battre, insista Franky, je t’ai vue quand tu étais énervée et…
— J’AI JUSTE PERDU LE CONTRÔLE, explosa-t-elle en faisant apparaître des bulles d’eau autour d’elle qui s’évanouirent aussitôt. Je sais pas comment j’ai fait, d'accord!? J’ai juste souhaité être plus forte !
Il lui attrapa le bras et la força à lui faire face.
— Alors sois encore plus forte ! tonna-t-il. Refais la même attaque, entoure le cuirassé comme tu l’as fait avec elle et broie-lui ses jambes !
Il la relâcha et lui tourna le dos pour mitrailler à l’aveugle autour d’eux, prenant soin de la garder elle et Ussop dans son dos.
La capacité de parler quitta le corps de Noriko pendant ces quelques secondes de répit et tout disparut autour d’elle.
Franky avait été témoin de son combat.
Il l’avait vue se battre oui, mais il l’avait surtout vue torturer Moira et n'avait fait aucun commentaire. Une fois encore, il s’en moquait éperdument. Il se fichait de qui elle était, de quoi elle était capable par haine, il se foutait qu’elle perde le contrôle ou non et à l’instar de ses amis, il n’avait jamais eu la moindre question dans ses yeux et pas une seule fois il ne l’avait jugée.
Ils se connaissaient à peine, il était apparu dans leur vie à tous en tant qu’ennemi, s’en était pris à Ussop et puis, par la force des choses, s'était finalement lié à eux. Dès lors, elle lui avait fait confiance et il le lui avait bien rendu. Il l’avait aidée et protégée, à plusieurs reprises même, allant jusqu'à refuser de la laisser aux mains de la Marine; et bien qu'il n'avait pris la peine de ne l'appeler qu'une seule fois par son prénom, il l'avait plusieurs fois secouée pour qu'elle réagisse dans ses moments de doute, la traitant ainsi comme une alliée.
Contrairement aux autres, il était le seul à savoir réellement ce dont elle était capable. C'est pour ça qu'il était aussi dur avec elle, car il voyait en elle une aide immense de se sortir cette bataille et se démenait pour le lui faire comprendre.
Pour résumer, Franky croyait en elle.
Mais elle, était-elle capable d'en faire autant ? Qu'adviendrait-il si elle perdait à nouveau le contrôle et qu'elle s'en prenait à l'un ses siens ?
— Noriko !
De nouveau, elle était sur le champ de bataille et Franky avait ses yeux ancrés dans les siens ainsi qu’une main posée sur son épaule.
— Je viens de perdre toute ma famille, tu veux vivre la même chose ?
Il sonda son regard en passant d’un œil à l’autre, tandis qu’elle sentait son sang bouillonner en son intérieur après cette dernière question.
— La tienne est toujours là, alors assure-toi de ne pas la perdre. Tu vas y arriver.
Il la relâcha pour faire volte-face et continua de se battre.
— Ne t’envole pas trop haut, tu serais une cible facile pour les fusils, prévint-il avant d’élever la voix. Long-Pif, prépare-toi, on va devoir assurer sa protection !
— Bien reçu, mon brave !
Noriko essuya négligemment ses joues du dos de sa main, puis poussa un râle de frustration mélangé à de la douleur, Franky pouvait lui faire confiance. Il avait trouvé les mots justes, sa famille avait besoin d’elle.
Elle fit apparaitre un torrent d’eau qui se mit à tourner autour d’elle, de plus en plus vite, repoussant ainsi les soldats qui tentaient de l’atteindre en combat rapproché et comptant sur ses deux compagnons pour assurer sa défense à distance.
Elle repoussa ce sentiment de haine qui l’avait submergée quand elle avait vu Robin se faire fracasser le visage par Spandam, car la haine ne la rendait pas puissante.
Elle fit donc le vide en elle, tentant le tout pour occulter son esprit malgré le chaos qui régnait autour d’elle.
Elle chercha, du mieux qu’elle put, à faire survenir cette soif de puissance qui ferait apparaitre son mal de crâne et les brûlures dans ses yeux.
Elle devait y arriver. Il en allait de la sécurité de ses amis.
Ussop et Franky étaient présents à ses côtés, lui assurant qu’ils allaient bien mais Zoro, Nami et Robin luttaient en contrebas, momentanément hors de son champ de vision. Sanji avait disparu, Chopper était blessé et quelque part derrière elle, Luffy s’acharnait à gagner le combat, qui, à ce stade, était le plus difficile de sa vie.
Une soudaine secousse la sortit de sa concentration quand un des cuirassés se cogna contre le pont, faisant surgir une vague qui l’éclaboussa.
Comme à son habitude, elle fit instinctivement apparaître de minuscules gouttes d’eau imperceptibles à l’œil nu autour d’elle, réceptionnant l’eau de la mer pour la dévier et la garder ainsi au sec.
Un frisson parcourut son échine, hérissant les poils de sa nuque.
Elle ouvrit ses mains et les observa. Comment avait-elle fait pour ne pas y penser plus tôt ?
Son cœur se mit à battre à un rythme effréné tandis qu’une illumination éclairait son esprit.
Elle n’avait jamais fait apparaître d’eau, du moins pas sortant de nulle part, mais l’avait toujours créée à partir de ses paumes. Les particules qui la composaient étaient juste si minuscules qu’elle-même avait été incapable de les discerner.
Elle referma ses poings avec force et serra des dents. Ce n’était pas le moment de tergiverser.
Elle repoussa donc sa culpabilité puis tendit ses mains devant elle, paumes ouvertes.
Un sourire se dessina doucement sur ses lèvres, rapidement rejoint par des larmes de joie qui roulèrent sur ses joues.