The New Era

Chapitre 58 : La Brûlure de la Mémoire

14898 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/01/2026 12:21

Le lendemain matin, Sohalia se réveilla avec une détermination qui surprit même Yori habitué à son caractère têtu.

« Je veux parler à Maiya immédiatement, » annonça-t-elle dès qu'elle ouvrit les yeux, avant même que quiconque n'ait pu lui souhaiter le bonjour.

Marco, qui dormait difficilement dans le fauteuil inconfortable à côté du lit — il avait finalement cédé à l'épuisement pur vers quatre heures du matin après avoir lutté pendant des heures — se réveilla instantanément en sursaut comme si on l'avait giflé.

« Quoi, yoi ? »

« Maiya. »

Sa voix était encore rauque et abîmée mais plus forte et plus claire qu'hier.

« J'ai absolument besoin de lui parler maintenant. De comment elle va. Du scellement de Vieilombre. Du rituel ancien. De tout ce qui doit être fait rapidement. »

Yori, qui venait justement d'entrer silencieusement pour sa ronde matinale habituelle, fronça immédiatement les sourcils de désapprobation professionnelle.

« Tu devrais encore te reposer davantage. Tu viens à peine de te réveiller hier. »

« J'ai dormi pendant huit jours complets, » répliqua-t-elle avec une pointe d'humour noir. « Je pense que j'ai assez dormi pour le moment. » Elle essaya de s'asseoir plus droite, grimaçant visiblement quand ses côtes cassées protestèrent violemment contre ce mouvement. « J'ai vraiment besoin de savoir comment elle va et de ce qui doit être fait. Maintenant. Le monde ne peut pas attendre que je sois à cent pour cent. »

Marco l'aida doucement mais fermement à s'installer contre les oreillers, passant un bras protecteur autour de ses épaules pour la soutenir.

« Tu es sûre que tu es prête, yoi ? »

« Oui. »

Ferme. Sans aucune hésitation. Sans appel possible.

Marco soupira profondément mais hocha la tête en signe d'acceptation. Il sortit rapidement de la pièce et revint quelques minutes plus tard avec le den-den mushi spécial qu'ils gardaient précieusement — celui qui pouvait contacter l'île cachée du Royaume malgré la distance énorme qui les séparait.

Il aida Sohalia à s'installer aussi confortablement que possible, passa doucement un bras autour de ses épaules fragiles pour la soutenir et la stabiliser.

« Tu veux que je reste avec toi pour ça ? »

« Oui. » Elle n'hésita pas une seule seconde. « S'il te plaît. J'ai besoin que tu sois là. »

Il s'assit délicatement à côté d'elle sur le lit, la tenant précautionneusement contre lui.

Sohalia composa le numéro compliqué d'une main tremblante, ses doigts hésitant légèrement sur les boutons.

Le den-den mushi sonna une fois. Deux fois. Trois fois même.

Puis soudain :

« Allo ? »

La voix de Maiya. Tendue comme une corde de violon. Pleine d'espoir désespéré.

« Maiya... »

« LIA ! »

Un cri absolument déchirant mêlé de joie pure et de sanglots incontrôlables explosa à travers l'escargophone.

« LIA, C'EST VRAIMENT TOI ! TU ES RÉVEILLÉE ! OH MON DIEU, TU ES VRAIMENT RÉVEILLÉE ! NOSTRADAMUS M'A ENVOYÉ UN MESSAGE HIER SOIR MAIS JE N'OSAIS PAS Y CROIRE VRAIMENT ! »

Les pleurs de Maiya résonnaient à travers l'escargophone avec une intensité qui faisait mal, bruts et incontrôlables et déchirants.

Sohalia ne put retenir ses propres larmes qui jaillirent immédiatement de ses yeux.

« Je... je suis là... je suis là Maiya... je suis tellement désolée d'avoir mis si longtemps à revenir... »

« NON ! » Le cri était presque hystérique. « Ne t'excuse surtout pas ! Tu es en vie ! Tu es vivante ! C'est tout ce qui compte ! Tout le reste on s'en fout royalement ! »

Elles pleurèrent ensemble pendant ce qui sembla une éternité infinie. Maiya de l'autre côté du den-den mushi, probablement seule dans une pièce quelque part sur l'île cachée. Sohalia dans les bras protecteurs de Marco qui la tenait fermement mais délicatement, la gardant stable physiquement et émotionnellement.

Finalement, après plusieurs minutes interminables, les sanglots se calmèrent très progressivement pour devenir des reniflements et des hoquets.

« Comment tu vas vraiment ? » demanda Maiya d'une voix tremblante et inquiète. « Nostradamus m'a dit dans son message que tu étais très gravement blessée... »

« Ça va maintenant. » Mensonge évident. Mais mensonge nécessaire pour ne pas l'inquiéter davantage. « Je suis vivante. Je guéris lentement. C'est vraiment tout ce qui compte. »

« Tu me promets ? Tu ne me mens pas pour me rassurer ? »

« Je te promets, Maiya. Je ne te mentirais pas sur ça. »

Un long reniflement. Puis Maiya sembla reprendre progressivement le contrôle d'elle-même et de ses émotions.

« J'ai... j'ai tellement de choses à te dire. Le peuple veut absolument te voir. Ils ont besoin de savoir que tu vas bien. Qu'ils ne t'ont pas perdue aussi. »

« Je sais. Je viendrai les voir. » Sohalia ferma brièvement les yeux. « Après le scellement de Vieilombre. Je dois d'abord sceller le monstre. C'est prioritaire. »

« Je sais. » La voix de Maiya devint immédiatement plus sérieuse et professionnelle. « J'ai fait beaucoup de recherches depuis notre retour. Dans les archives royales. Les très vieux textes poussiéreux sur le Gardien et le scellement ancien. Ceux que personne ne lit plus depuis des décennies. »

Sohalia se redressa légèrement malgré la douleur, son intérêt piqué.

« Qu'est-ce que tu as trouvé exactement ? »

« Tout. » Il y avait de la fierté dans sa voix. « Le rituel complet. Comment sceller définitivement le Gardien. Ce dont tu as absolument besoin pour réussir. » Bruissement de papier de l'autre côté de la ligne. « Tu as bien les quatre Fragments ? Tous les quatre ? »

Sohalia regarda Marco qui hocha immédiatement la tête affirmativement.

« Oui. Marco les a tous les quatre en sécurité. Il les a récupérés. »

« Parfait. » Soulagement audible. « Maintenant, les Clés. Tu les as toujours ? »

« Les Clés... » Sohalia essaya de se rappeler dans la confusion de ses souvenirs. Tout était si flou et fragmenté après la bataille. Elle avait eu les Clés avec elle. Elle en était absolument sûre. Mais après l'effondrement des ruines...

Marco intervint rapidement :

« On a récupéré absolument toutes tes affaires, yoi. Tout ce que tu avais sur toi quand on t'a trouvée. Je vais vérifier maintenant. »

Il se leva prudemment du lit, s'assura que Sohalia était bien calée contre les oreillers moelleux, puis sortit rapidement de la pièce pour aller chercher.

« Il va vérifier, » dit Sohalia dans le den-den mushi. « Continue à m'expliquer. Qu'est-ce que je dois faire exactement une fois que j'ai tout ? »

Maiya prit une grande inspiration audible.

« D'abord, tu dois choisir l'endroit précis. Le nouveau domaine qui servira de prison éternelle pour le Gardien. Ça doit absolument être un endroit isolé. Très loin des routes maritimes fréquentées. De préférence une île ou un lieu fixe et stable. »

« L'endroit exact où Vieilombre a coulé ? »

« C'est le plus logique, » confirma Maiya sans hésiter. « Le monstre est déjà dans cette zone précise. Ça facilitera énormément le scellement. »

« D'accord. Et ensuite ? »

« Tu dois identifier précisément les quatre points cardinaux du domaine choisi. Nord, Sud, Est, Ouest. » Bruit de pages qui tournent rapidement. « À chaque point cardinal, tu places soigneusement un Fragment. »

« Un Fragment par point cardinal donc. »

« Exactement. Et avec chaque Fragment placé, tu utilises une Clé correspondante. » La voix de Maiya devint plus grave et solennelle. « Mais attention, Lia. C'est crucial. Les Clés doivent absolument correspondre aux bons Fragments. Chaque Clé est liée à un Fragment spécifique. »

« Comment je sais laquelle va avec laquelle ? Il y a des marques ? »

« Elles vont te le dire elles-mêmes. » Mystérieux et confiant. « Le sang de nos ancêtres. Quand tu les touches, elles vont réagir à ta présence. Te montrer clairement. Te guider. »

Sohalia fronça les sourcils d'incompréhension mais hocha la tête.

« D'accord. Un Fragment à chaque point cardinal. Une Clé correspondante avec chaque Fragment. Et après cette étape ? »

« Après... » Maiya hésita longuement. « C'est là que ça devient vraiment compliqué et dangereux. Tu dois accomplir le rituel sacré ancestral. »

« Quel rituel précisément ? »

« Les textes anciens ne donnent pas les paroles exactes malheureusement. » Frustration évidente dans sa voix. « Mais ils disent clairement que le sang royal doit 'forger les chaînes éternelles'. Que tu dois... lier les Fragments ensemble par ta volonté pure et ton pouvoir naturel. »

« Mon pouvoir ? »

« Oui. » Certitude absolue. « C'est précisément pour ça que seul un sang royal avec un pouvoir ancestral peut accomplir le rituel. Tu es la seule qui peut le faire, Lia. Absolument personne d'autre au monde. »

Sohalia digéra lentement l'information, le poids de la responsabilité pesant sur ses épaules.

« Combien de temps ça prend exactement ? »

« Je ne sais pas précisément. » Honnêteté brutale. « Les textes ne le disent pas clairement. Mais... » Pause longue et inquiète. « Ils disent que c'est extrêmement épuisant. Que ça va consumer une grande partie de ton énergie vitale. Que tu dois absolument être au maximum de tes forces pour réussir. »

Sohalia regarda son bras cassé dans son attelle rigide. Sentit la douleur sourde et constante de ses côtes fracturées. La faiblesse généralisée de son corps brisé.

« Je ne suis pas exactement à mon maximum là tout de suite. »

« C'est précisément pour ça que tu dois te reposer encore. Récupérer autant que possible. Prendre vraiment le temps qu'il faut même si c'est frustrant. »

« Mais le monstre pourrait se libérer... »

« Est toujours partiellement scellé pour l'instant. » Rassurante et confiante. « Tant que les quatre Fragments restent ensemble et en sécurité absolue, il ne peut pas se libérer complètement. Tu as du temps. Pas beaucoup certes. Mais un peu quand même. »

Marco revint précisément à ce moment-là, tenant précautionneusement une petite boîte en cuir ancien gravée de symboles étranges. Il la posa délicatement sur le lit, l'ouvrit avec soin.

À l'intérieur, reposant sur du velours sombre, quatre clés en métal ancien qui semblait presque vivant. Chacune différente des autres. Gravée de symboles mystérieux étranges qui semblaient briller très faiblement dans la lumière matinale qui entrait par la fenêtre.

Sohalia les regarda avec attention.

Et sentit immédiatement quelque chose. Un picotement familier. Une reconnaissance profonde et instinctive qui résonnait dans son sang royal.

« Elles sont là, » dit-elle à Maiya avec soulagement palpable. « Les quatre Clés. Marco les a retrouvées intactes dans mes affaires. »

« Parfait. » Soulagement immense et palpable. « Alors tu as absolument tout maintenant. Les Fragments. Les Clés. »

« Tout sauf la force physique de le faire. »

« Ça viendra progressivement. » Promesse ferme et sans équivoque. « Repose-toi autant que tu peux. Guéris correctement. Et quand tu seras vraiment prête, tu scelleras ce monstre pour toujours. Pour l'éternité. »

Sohalia hocha lentement la tête.

« D'accord. Je vais me reposer. Me renforcer. Et dès que je suis vraiment prête... »

« Tu accomplis le rituel ancestral. »

Silence chargé d'émotion et de responsabilité.

Puis Sohalia demanda doucement :

« Et toi ? Comment tu vas vraiment ? »

Maiya prit une longue inspiration tremblante qui disait tout.

« Je... j'essaie vraiment d'être forte. Comme toi. Comme papa aurait voulu que je sois. Mais c'est si dur, Lia. » Sa voix se brisa légèrement. « Maman est morte. Papa aussi. Tu es si loin. Je... je me sens si seule parfois. Si perdue. »

« Tu n'es pas seule. » Voix ferme et déterminée malgré la fatigue. « Je suis là. Toujours. Je reviendrai te voir. Je te le promets solennellement. »

« Quand ? Quand reviendras-tu ? »

« Dès que je peux physiquement. Après le scellement. » Elle regarda Marco qui hocha immédiatement la tête en accord. « Même si c'est juste quelques jours courts. Je viendrai te voir. Le peuple aussi. »

« Merci. » Murmure chargé d'émotion pure. « Ils ont vraiment besoin de te voir. De savoir que tu vas bien. Que tu es toujours là pour eux. Que tu n'as pas disparu aussi. »

« Je sais. Et je serai là. »

« Je t'aime, Lia. Plus que tout. »

« Je t'aime aussi. »

« Reviens-moi vite. S'il te plaît. »

« Promis. »

Un long silence confortable s'installa. Juste leurs respirations synchronisées à travers le den-den mushi qui créait un lien entre elles malgré la distance.

Puis Maiya dit doucement :

« Repose-toi maintenant. Guéris correctement. Et sauve le monde pour nous tous. »

« Pas de pression du tout, » plaisanta faiblement Sohalia avec un rire cassé.

Maiya rit à travers ses larmes qui coulaient encore.

« Pas de pression du tout. »

« Bonne nuit, Maiya. »

« Bonne nuit, Lia. Je t'aime. »

« Je t'aime aussi. »

Sohalia resta immobile un long moment, fixant le den-den mushi endormi devant elle.

Marco la serrait toujours doucement mais fermement contre lui.

« Ça va, yoi ? »

« Je... » Elle inspira difficilement. « Je ne sais pas vraiment. Il y a tellement à faire. Le scellement du monstre. Le peuple qui attend. Maiya toute seule là-bas. Et je suis... » Elle regarda son corps brisé couvert de bandages. « Je suis une épave ambulante. »

« Tu es une survivante. » Il embrassa tendrement son front. « Et tu vas guérir. On va t'aider. On a le temps nécessaire. »

« Mais si... »

« Pas de 'mais si'. » Ferme mais infiniment doux. « Ce soir, tu te reposes. Demain, on va voir Père pour lui parler du scellement en détail. Et après... on prend un jour à la fois, yoi. »

Elle hocha faiblement la tête, trop épuisée pour argumenter davantage.

« D'accord. »

« Bien. » Il l'aida à s'allonger à nouveau confortablement. « Dors maintenant. »

« Tu restes avec moi ? »

« Toujours. »

Elle ferma les yeux, s'endormant presque instantanément dans la sécurité de ses bras. Marco resta assis près d'elle, tenant fermement sa main, la regardant dormir paisiblement.

Demain, ils verraient Barbe Blanche. Ils feraient un plan détaillé.

Mais pour l'instant, elle était vivante.

Elle guérissait.

C'était tout ce qui comptait vraiment.


Ace vint la voir le soir même, quand le soleil commençait déjà à disparaître derrière l'horizon, peignant le ciel de teintes rouge sang et or liquide à travers la grande fenêtre de l'infirmerie qui donnait sur l'océan infini. Marco était sorti quelques minutes plus tôt pour s'assurer que tout se passait bien sur le navire.

La porte s'ouvrit doucement avec son grincement familier. Ace entra avec précaution, portant soigneusement un plateau en bois avec de la soupe fumante dans un bol de céramique et du pain frais qui sentait merveilleusement bon.

« Salut, Lia. »

Son sourire habituel et éclatant était là comme toujours, mais ses yeux sombres trahissaient clairement l'inquiétude profonde qu'il avait portée comme un fardeau pendant huit jours entiers sans pouvoir rien faire d'autre qu'attendre et espérer.

« Yori m'a personnellement chargé de m'assurer que tu manges correctement. Apparemment, je suis le seul assez intimidant pour te forcer si tu refuses, ce qui est complètement ridicule mais je ne vais pas argumenter avec lui. »

Sohalia essaya de sourire en retour pour le rassurer. Ses lèvres tremblèrent légèrement avec l'effort mais formèrent quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire sincère.

« Ace... merci d'être venu... »

« Attends, laisse-moi d'abord t'aider à t'installer correctement. »

Il posa le plateau avec précaution sur la table de chevet encombrée de médicaments, puis l'aida doucement et méthodiquement à s'asseoir plus droite avec des oreillers supplémentaires qu'il plaça stratégiquement dans son dos et sur ses côtés. Chaque mouvement même minuscule lui arracha une grimace visible de douleur mais elle ne se plaignit pas vocalement, serrant simplement les dents et endurant stoïquement comme elle le faisait toujours.

La pièce s'était progressivement assombrie pendant qu'il l'aidait patiemment, le soleil disparaissant complètement sous l'horizon lointain comme s'il se noyait dans l'océan. Les bougies fixées sur les murs dans leurs supports en fer forgé étaient toutes éteintes, plongeant graduellement l'infirmerie dans une semi obscurité grandissante qui rendait difficile de distinguer les détails.

« C'est beaucoup trop sombre ici, » marmonna Ace en regardant autour de lui avec une légère contrariété. « Tu ne vas pas pouvoir manger correctement si tu ne vois rien. Attends juste une seconde. »

Il tendit naturellement la main vers la bougie la plus proche fixée au mur juste à côté du lit.

Sohalia ouvrit instinctivement la bouche pour protester, un pressentiment indéfinissable la traversant, mais c'était déjà trop tard pour l'arrêter.

« Hibana. »

Un petit murmure presque inaudible. Un geste absolument familier et routinier qu'Ace faisait probablement mille fois par jour sans même y penser, aussi naturel pour lui que respirer.

Une flamme jaillit soudainement de son index tendu. Orange vif. Vive. Dansante comme une créature vivante. Belle dans sa simplicité élémentaire.

Elle toucha délicatement la mèche de la bougie qui s'enflamma immédiatement.

Puis Ace se déplaça vers la suivante avec désinvolture. Et la suivante encore. Et celle d'après.

Des petites flammes orange apparaissaient une par une, illuminant progressivement la pièce entière, créant une lueur chaude et dorée qui chassait les ombres et rendait l'espace accueillant et réconfortant.

Belles. Vivantes. Innocentes.

Et soudain —

Sohalia sentit quelque chose changer, une tension grandissante qui s'insinuait dans l'air invisible. Une anticipation horrible qui lui nouait l'estomac même dans cet état de semi-conscience flottante. Elle savait ce qui venait maintenant, son esprit essayait désespérément de s'accrocher à la réalité. Elle ne voulait pas voir ce qui allait suivre, ne voulait pas revivre ce trauma enterré depuis si longtemps. Mais les souvenirs ne demandent jamais la permission, et le passé refoulé réclamait maintenant son dû avec une insistance implacable.

Elle avait cinq ans ce jour-là, cinq ans exactement, et c'était le jour où sa vie s'était brisée en mille morceaux impossibles à recoller, où l'innocence de l'enfance avait volé en éclats comme du verre sous un marteau, ne laissant que des fragments coupants et des cicatrices invisibles.

C'était une belle journée au début, ironiquement belle, comme si le monde se moquait de ce qui allait se passer. Le soleil brillait d'un éclat aveuglant dans un ciel sans nuages qui s'étendait à l'infini, d'un bleu si pur qu'il en était presque douloureux. Les oiseaux chantaient dans les arbres comme si rien ne pouvait jamais troubler leur sérénité innocente. Le jardin était en pleine floraison, explosant de couleurs vives et de parfums enivrants qui flottaient dans l'air chaud.

Elle jouait encore avec Akihide dans ce paradis qui leur semblait infini et éternel, immuable comme une promesse. Toujours les mêmes jeux innocents d'enfants qui ne connaissent pas encore la peur, qui croient que demain sera toujours identique à aujourd'hui. Kuro dormait paisiblement à l'ombre d'un cerisier, sa poitrine se soulevant et s'abaissant au rythme régulier de sa respiration tranquille.

Puis soudain, sans aucun avertissement, Akihide s'arrêta net dans sa course comme frappé par la foudre, figé comme une statue de sel.

« Tu entends ça ? » demanda-t-il d'une voix tendue et inquiète que Sohalia ne lui avait jamais entendue auparavant.

Sohalia inclina la tête avec curiosité, tendant l'oreille vers les bruits lointains. Au loin, portés par le vent tiède qui agitait doucement les feuilles, des sons inquiétants parvenaient jusqu'à eux comme une promesse de cauchemar. Des voix qui criaient avec urgence. Des explosions sourdes qui faisaient trembler le sol sous leurs pieds nus. Le bruit de quelque chose de terrible qui approchait inexorablement, détruisant tout sur son passage.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle, la peur commençant à se frayer un chemin glacé dans son cœur d'enfant encore innocent.

Akihide ne répondit pas, trop concentré sur ces sons menaçants qui se rapprochaient de plus en plus. Il regardait vers la maison avec une expression qu'elle ne lui avait jamais vue auparavant, une expression qui n'appartenait pas à l'enfance insouciante — de la peur. De la vraie peur viscérale.

Les adultes arrivèrent alors en courant depuis la maison, leurs visages complètement transformés par l'urgence et la terreur, toute trace de la joie paisible du repas d'hier soir disparue comme si elle n'avait jamais existé. Eri, le visage soudain très pâle mais avec une détermination féroce brillant dans ses yeux verts. Kazuo juste derrière elle, une épée à la main qu'elle ne l'avait jamais vu porter auparavant. Les parents d'Akihide, criant quelque chose d'incompréhensible dans la panique qui montait.

« ILS SONT LÀ ! IL FAUT PARTIR MAINTENANT ! » hurlait quelqu'un d'une voix rauque de terreur.

« Prenez les enfants ! Emmenez-les loin d'ici ! »

Eri se tourna vers Akihide avec une urgence terrible dans les yeux, une urgence qui contrastait violemment avec la douceur habituelle de son regard maternel.

« Akihide ! »

Sa voix était un ordre sans appel qui ne souffrait aucune désobéissance.

« Emmène Sohalia à la cachette ! Maintenant ! Tu te souviens où elle est ? Tu dois y aller immédiatement ! »

Le garçon hocha la tête avec une gravité soudaine, son petit visage devenant trop sérieux pour ses six ans à peine, comme si le poids du monde venait de tomber sur ses frêles épaules. Il attrapa la main de Sohalia avec une force surprenante qui lui fit presque mal.

« Viens ! On doit y aller ! Vite ! »

« Maman... »

Sohalia tendait désespérément les bras vers Eri, ne comprenant pas ce qui se passait, ne saisissant que la terreur ambiante qui épaississait l'air comme une brume toxique, ayant juste peur, une peur viscérale qui lui tordait le ventre et lui coupait le souffle.

Eri s'agenouilla rapidement devant sa fille, serra ce petit corps contre le sien une dernière fois avec une force désespérée, respirant profondément son odeur d'enfance, mémorisant chaque détail de ce visage adoré qu'elle ne reverrait peut-être jamais.

« Écoute Akihide, mon cœur. Fais tout ce qu'il dit sans discuter. Cache-toi dans l'endroit secret et ne sors pas, quoi qu'il arrive, quoi que tu entendes. Tu m'entends ? Promets-moi. »

« J'ai peur... »

La petite voix tremblait comme une feuille dans le vent.

« Je sais, ma chérie. Je sais que tu as peur et j'aurais tant voulu t'épargner ça. Mais tu dois être courageuse maintenant, plus courageuse que tu ne l'as jamais été dans ta courte vie. »

Elle l'embrassa sur le front avec une tendresse infinie, ses lèvres s'attardant comme si elle voulait graver ce baiser dans l'éternité.

« Je t'aime. Plus que tout au monde. Plus que ma propre vie. Plus que tout ce qui existe. N'oublie jamais ça, même si tout le reste disparaît, même si tu oublies mon visage, souviens-toi que je t'aime. »

Elle la poussa alors vers Akihide qui commença immédiatement à courir, tirant Sohalia par la main avec une urgence qui ne laissait pas de place à l'hésitation ou aux questions. Vers les bois qui bordaient le jardin comme une frontière sombre. Vers une cachette qu'il semblait connaître, qu'ils avaient peut-être utilisée pour jouer à cache-cache auparavant, transformant maintenant un jeu innocent en question de vie ou de mort.

Sohalia se retourna en courant tant bien que mal, cherchant désespérément ses parents du regard avec des yeux qui se remplissaient de larmes, voulant les graver dans sa mémoire, sentant confusément que c'était peut-être la dernière fois. Kazuo embrassait Eri avec passion et désespoir, un long baiser désespéré de deux personnes qui savent qu'elles se disent adieu, que c'est fini, que le temps est venu de se séparer pour toujours. Puis il leva son épée d'un geste résolu et se tourna vers l'endroit d'où venaient les cris et les explosions qui se rapprochaient inexorablement, se plaçant en première ligne de défense entre sa famille et ce qui venait les détruire.

Eri fit alors quelque chose avec ses mains, un geste ample et puissant que Sohalia n'avait jamais vu auparavant, libérant un pouvoir qui défiait l'entendement. Le sol explosa littéralement sous l'impact de son pouvoir déchaîné sans retenue. Des vignes jaillirent de la terre comme des serpents vivants et furieux — pas des centaines, mais des MILLIERS, plus épaisses que des troncs d'arbres centenaires, hérissées d'épines acérées comme des lames de rasoir qui brillaient dangereusement au soleil. Elles formèrent un mur végétal massif et impénétrable entre le jardin et ce qui approchait, une barrière de protection désespérée érigée par l'amour maternel et la détermination farouche de protéger ses enfants à n'importe quel prix.

Eri était puissante. Elle pouvait créer des forêts entières d'un simple geste de la main, faire trembler la terre sous ses pieds comme si elle commandait à la planète elle-même, donner vie à des créations végétales qui défiaient l'imagination et les lois naturelles. Tout ce que Sohalia pourrait un jour accomplir avec des années d'efforts et de pratique, Eri le faisait déjà avec une facilité déconcertante, comme si respirer, comme si c'était aussi naturel pour elle que pour les oiseaux de voler.

Mais ce jour-là, même sa puissance immense et extraordinaire ne suffirait pas contre ce qui venait. Car ce qui approchait était bien pire qu'une simple menace ordinaire qu'on pourrait combattre avec de la force ou de la ruse.

Le feu apparut alors à l'horizon, mais ce n'était pas du feu ordinaire qu'on pourrait éteindre avec de l'eau ou du sable. C'était de la lave pure et primordiale, rouge et brûlante comme le cœur de l'enfer lui-même, qui consumait absolument tout sur son passage sans distinction ni pitié. Les vignes d'Eri se mirent à brûler les unes après les autres dans un crépitement sinistre, le feu se répandant plus vite qu'elle ne pouvait les faire pousser malgré tous ses efforts désespérés, transformant sa défense végétale en un brasier infernal qui montait vers le ciel comme une condamnation.

Et à travers les flammes qui dansaient comme des démons déchaînés, une silhouette émergea lentement, prenant forme petit à petit. Un homme immense qui semblait fait de cauchemar et de mort. Manteau blanc de Marine qui flottait autour de lui comme un linceul mortuaire. Casquette tirée bas sur ses yeux, cachant une partie de son visage mais pas son expression.

Même à distance, même à travers la fumée épaisse et âcre qui obscurcissait l'air et piquait les yeux, Sohalia pouvait voir cette expression qu'elle n'oublierait jamais, qui la hanterait pour le reste de sa vie dans ses cauchemars. Froide comme la glace. Sans pitié ni compassion. Morte. Comme si l'homme avait brûlé toute humanité en lui-même pour devenir quelque chose d'autre, quelque chose de terrible et d'implacable qui ne connaissait ni le doute ni la miséricorde.

Akainu.

« COUREZ ! NE VOUS ARRÊTEZ PAS ! » hurla Eri de toutes ses forces, sa voix portant par-dessus le rugissement des flammes et le fracas de la destruction. « COUREZ ET NE VOUS RETOURNEZ PAS ! »

Akihide ne se le fit pas dire deux fois, comprenant instinctivement la gravité de la situation. Il tira plus fort sur la main de Sohalia, l'entraînant plus profondément dans les bois protecteurs, loin de l'horreur qui se déroulait. Mais Sohalia ne pouvait pas détacher ses yeux de la scène qui se déroulait derrière elle comme un tableau de l'apocalypse, hypnotisée par l'horreur malgré tous ses efforts pour regarder ailleurs.

Kazuo chargea Akainu avec son épée levée bien haut, un cri de guerre déchirant l'air avec une fureur désespérée, prêt à donner sa vie pour protéger sa famille et ralentir l'ennemi ne serait-ce que quelques secondes de plus. Il ne fit même pas trois pas avant que tout ne soit fini. Le poing d'Akainu — transformé en lave pure qui dégoulinait comme du sang liquide et fumant — le frappa au ventre avec une force dévastatrice qui souleva Kazuo du sol.

Il s'effondra lourdement, toussant du sang qui éclaboussait l'herbe verte, son épée tombant de ses mains devenues inutiles avec un cliquetis métallique qui résonna comme un glas. Pas mort, pas encore, mais vaincu, battu, brisé au-delà de toute réparation possible. D'autres marines émergèrent derrière Akainu comme des fantômes surgis des enfers ou comme des corbeaux attirés par la mort. Ils attrapèrent Kazuo sans ménagement, le traînèrent en arrière comme un vulgaire sac de grain ou un criminel de la pire espèce.

« PAPA ! »

Le cri de Sohalia déchira l'air avec une douleur et une terreur pures, arraché du plus profond de son être d'enfant qui ne comprenait pas, qui refusait de comprendre ce qui se passait.

Eri se plaça alors fermement entre Akainu et l'endroit où les enfants fuyaient, faisant rempart de son propre corps fragile, prête à tout sacrifier.

« Vous ne toucherez pas mes enfants ! »

Sa voix était à la fois une promesse sacrée et une menace mortelle, portant en elle toute la fureur d'une mère prête à déplacer des montagnes.

« Vous devrez me tuer d'abord, et même morte je trouverai un moyen de vous arrêter ! »

Le sol trembla violemment sous la force de son pouvoir déchaîné sans aucune retenue ni prudence. Des racines massives et noueuses explosèrent de la terre blessée — aussi épaisses que des tours, couvertes d'une écorce rugueuse qui semblait indestructible et de ronces mortelles qui pourraient déchiqueter un homme en quelques secondes. Elles formèrent une muraille vivante et mouvante entre elle et l'Amiral qui approchait inexorablement comme la mort elle-même. Des arbres entiers surgirent en quelques secondes à peine avec un craquement terrible, créant une forêt dense et impénétrable qui aurait arrêté n'importe quelle armée ordinaire.

Akainu s'arrêta brièvement, observant cette démonstration de pouvoir phénoménal avec une expression qui ressemblait presque à de l'appréciation clinique, comme un connaisseur admirant une œuvre d'art remarquable avant de la détruire simplement parce qu'il le peut.

« Impressionnant, » dit-il d'une voix plate et dénuée de toute émotion, comme s'il commentait le temps qu'il faisait. « Eri Shizen, n'est-ce pas ? J'ai beaucoup entendu parler de vous et de votre pouvoir légendaire. L'ordre du Gorosei était clair et sans aucune ambiguïté possible. Aucun survivant. Aucun témoin. Votre lignée entière doit être effacée de l'histoire, comme si vous n'aviez jamais existé, comme si votre nom n'avait jamais été prononcé. »

Il avança d'un pas mesuré, et son corps se transforma progressivement en lave pure sous leurs yeux horrifiés, devenant une force élémentaire incarnée et implacable. Les arbres qu'Eri avait créés avec tant d'efforts s'enflammèrent instantanément à son simple contact, comme du papier sec. Les racines massives se consumèrent en quelques secondes. Tout ce qu'elle créait avec désespoir et détermination brûlait presque immédiatement au contact de sa chaleur infernale et de sa puissance destructrice qui ne connaissait aucune limite.

« Vous êtes puissante, vraiment très puissante, » admit-il en marchant à travers les flammes rugissantes comme à travers une simple brume matinale qui ne le gênait pas le moins du monde. « Votre contrôle sur la nature est tout à fait remarquable et digne d'admiration. Mais cela ne change absolument rien au résultat final. Vous ne pouvez pas gagner ce combat. Personne ne peut gagner contre moi. »

Eri le savait, et Sohalia le vit dans ses yeux à travers la fumée et les larmes qui brouillaient tout, dans la façon dont ses épaules se raidirent imperceptiblement, acceptant l'inévitable avec dignité. Elle ne pouvait pas gagner ce combat inégal et désespéré contre un monstre comme Akainu. C'était impossible, aussi impossible que d'arrêter le soleil de se lever ou la marée de monter. Mais elle pouvait gagner du temps, précieux et vital. Juste assez pour que les enfants s'échappent et survivent. Juste assez pour que sa fille vive, même si elle-même devait mourir. C'était tout ce qui comptait maintenant. Tout ce qui avait jamais compté.

« AKIHIDE ! » hurla-t-elle sans se retourner, continuant à créer vague après vague de végétation luxuriante pour ralentir Akainu ne serait-ce que quelques précieuses secondes de plus. « EMMÈNE-LA LOIN D'ICI ! CACHE-LA BIEN ! NE LA LAISSE JAMAIS ! PROTÈGE-LA POUR MOI ! PROMETS-MOI ! »

« Je le ferai ! » cria le garçon en retour, sa petite voix tremblante portant difficilement par-dessus le rugissement assourdissant des flammes qui dévoraient tout. « Je promets ! Je la protégerai jusqu'à mon dernier souffle ! »

Il tira Sohalia plus profondément dans les bois sombres et protecteurs, loin de l'horreur qui se déroulait comme un cauchemar vivant. Elle résistait de toutes ses forces, pleurant et criant avec désespoir, voulant retourner vers sa mère, ne comprenant pas pourquoi ils devaient partir, pourquoi ils devaient abandonner les adultes à leur sort terrible.

« MAMAN ! » Son cri déchirant résonna dans la forêt comme une malédiction.

Le dernier regard que Sohalia jeta en arrière à travers ses larmes lui montra Eri créant un mur après mur de végétation dense avec une rapidité et une puissance qui confinaient au miracle. Des lianes épaisses qui s'enroulaient autour d'Akainu comme des serpents constricteurs tentant de l'étouffer. Des épines mortelles qui jaillissaient du sol comme des lances acérées cherchant à le transpercer. Des arbres qui poussaient à une vitesse physiquement impossible pour bloquer le passage encore et encore. Ralentissant l'Amiral implacable. Le retenant juste assez longtemps, sacrifiant sa vie minute par minute, seconde par seconde, pour que ses enfants puissent s'échapper et avoir une chance de survie.

Puis une explosion massive secoua le monde entier jusqu'à ses fondations, faisant trembler les arbres et tomber les oiseaux du ciel. Une vague de lave déferla comme un tsunami de feu destructeur, consumant absolument tout ce qu'elle touchait sans distinction, transformant le jardin paradisiaque en un enfer sur terre qui n'aurait pas déparé dans les plus terribles cauchemars.

La voix d'Eri s'éleva une dernière fois, portée par le vent chaud qui sentait la mort et la destruction, non pas un cri de douleur ou de désespoir mais un cri d'amour pur et inconditionnel qui transcendait même la mort :

« JE VOUS AIME ! COUREZ ET NE VOUS ARRÊTEZ JAMAIS ! JE VOUS AIMERAI TOUJOURS, DANS CETTE VIE ET AU-DELÀ ! »

Akihide et Sohalia plongèrent plus profondément dans les bois accueillants, main dans la main comme ils l'avaient été tant de fois en jouant, leurs petits cœurs battant si fort et si vite qu'ils pensaient qu'ils allaient exploser dans leurs poitrines. Puis une autre explosion retentit avec une violence inouïe, plus forte et plus proche que la précédente, faisant trembler le sol sous leurs pieds qui couraient désespérément.

Un projectile de lave incandescente frappa le sol juste entre eux avec la précision chirurgicale d'un missile guidé. La terre explosa dans un geyser de feu et de roche fondue, projetant de la terre brûlante et des débris dans toutes les directions comme une grenade.

Akihide fut projeté violemment d'un côté par la force de l'explosion brutale. Sohalia de l'autre côté. Leurs mains se séparèrent malgré leurs efforts désespérés pour rester ensemble, leurs doigts glissant les uns contre les autres dans un ralenti horrible avant de perdre complètement le contact salvateur.

Sohalia atterrit durement contre un arbre massif, le souffle complètement coupé, la tête tournant violemment comme si le monde entier avait été mis sur un tourniquet, des étoiles dansant devant ses yeux qui refusaient de faire le point. Quand elle leva enfin les yeux avec difficulté, essayant désespérément de reprendre son souffle et de comprendre ce qui se passait, Akihide avait disparu. Englouti par la fumée épaisse et le feu qui se répandait partout comme une marée vivante et vengeresse.

« AKIHIDE ?! » hurla-t-elle de toutes ses forces, sa petite voix se perdant complètement dans le chaos environnant et le rugissement des flammes.

Pas de réponse. Juste le rugissement des flammes qui se rapprochaient inexorablement, dévorant tout sur leur passage sans pitié, et le craquement sinistre des arbres qui s'effondraient les uns après les autres.

Sohalia essaya désespérément de se relever, mobilisant toutes les forces qui lui restaient, mais ses jambes tremblaient trop violemment pour la supporter et refusaient de lui obéir. Ses oreilles bourdonnaient comme si des milliers d'abeilles furieuses y avaient élu domicile. Le monde autour d'elle semblait tourner et tanguer dangereusement.

Puis elle entendit des pas, lourds et méthodiques, qui se rapprochaient avec la régularité implacable d'un métronome ou d'une horloge qui égraine les secondes avant l'exécution. Le son de quelqu'un qui marche vers sa proie sans se presser ni s'inquiéter, sachant parfaitement qu'elle ne peut pas s'échapper, qu'elle est prise au piège comme un animal blessé.

Akainu émergea de la fumée toxique comme un démon surgissant directement des enfers pour réclamer une âme innocente. Son manteau blanc était taché maintenant de cendres grises, de suie noire, et de sang frais qui formait des motifs abstraits sur le tissu immaculé. Mais il n'était pas blessé lui-même, pas même une égratignure, comme si rien ne pouvait jamais l'atteindre ou le blesser. Derrière lui, le jardin brûlait entièrement, consumé par les flammes qu'il avait déchaînées. Tout brûlait sans exception. Le paradis de son enfance n'était plus qu'un enfer de flammes, de fumée et de mort qui s'étendait à perte de vue.

« Petite fille. »

Sa voix résonna comme une sentence de mort prononcée par un juge sans cœur ni conscience, froide et définitive comme le verdict d'un bourreau.

« Tu as vu des choses que tu n'aurais absolument pas dû voir. Tu as été témoin de ce qui doit impérativement rester secret et enfoui. Le Gorosei a été extrêmement clair et précis dans ses ordres que je dois suivre à la lettre. Aucun témoin de la vie d'Eri Shizen ne doit survivre pour raconter son histoire au monde. Aucun survivant pour dire qu'elle a existé, qu'elle a vécu, qu'elle a aimé. Son nom même doit être effacé comme si elle n'avait jamais respiré. »

Il leva lentement son poing massif, et Sohalia le vit se transformer sous ses yeux horrifiés en lave pure, dégoulinante et mortelle, comme du sang liquide en fusion qui fumait dans l'air et dégageait une chaleur insupportable. Elle comprit alors avec une clarté terrible et absolue qu'elle allait mourir ici et maintenant, que dans quelques secondes à peine elle cesserait d'exister, que son cœur s'arrêterait de battre et qu'elle rejoindrait sa mère dans l'obscurité éternelle du néant.

Elle ferma les yeux avec résignation, trop terrifiée même pour pleurer, attendant simplement le coup fatal qui mettrait fin à sa courte existence de cinq ans.

Puis des bras l'attrapèrent de nulle part, surgissant comme une intervention divine, la soulevant du sol avec une force et une rapidité qui défiaient les lois de la physique.

« JE T'AI ! TIENS BON, PETITE ! NE LÂCHE PAS ! »

Une voix d'homme qu'elle ne connaissait pas, jeune et vibrante d'adrénaline et de peur. Déterminée malgré le danger mortel. Terrifiée mais ne renonçant absolument pas malgré la menace qu'elle pouvait sentir peser sur eux. Quelqu'un l'arracha brutalement du sol, la serra fermement contre lui comme si elle était la chose la plus précieuse du monde, se mit à courir à une vitesse qu'aucun humain normal ne pourrait jamais atteindre.

« Tiens bon, petite ! On sort d'ici vivants tous les deux, je te le promets ! Ne regarde pas en arrière, surtout ne regarde pas ! »

Sohalia ouvrit brièvement les yeux à travers le voile épais de ses larmes qui brouillaient tout et transformaient le monde en un kaléidoscope flou et incompréhensible. Elle vit confusément un visage qu'elle reconnaissait vaguement quelque part dans les brumes confuses et fragmentées de sa mémoire défaillante. Un homme jeune, peut-être dans la vingtaine, aux cheveux bruns attachés en catogan désordonné, avec un sourire rassurant et réconfortant malgré la peur évidente et brillante qui illuminait ses yeux comme des phares dans la nuit.

Et derrière lui, se détachant dans la fumée et le feu, d'autres silhouettes indistinctes qui se battaient avec fureur et détermination. Des pirates qui tenaient courageusement tête aux marines supérieurs en nombre. Qui créaient une diversion désespérée et dangereuse pour permettre à cet homme de s'échapper avec sa charge précieuse et fragile. Qui la sauvaient d'un destin qu'elle ne méritait pas, sacrifiant peut-être leur propre vie dans le processus.

Thatch...

Le souvenir s'arrêta là brutalement, coupé net comme par un coup de guillotine qui tranche tout.

« SOHALIA ! »

La voix d'Ace résonna dans la réalité, paniquée et terrifiée d'une manière qu'elle ne lui avait jamais entendue auparavant.

Elle était... elle ne pouvait pas respirer correctement. Pas du tout. L'air refusait d'entrer dans ses poumons qui semblaient s'être fermés complètement.

Son cœur battait beaucoup trop vite dans sa poitrine. Trop fort. Tellement fort qu'elle pouvait l'entendre dans ses oreilles comme un tambour de guerre. Comme s'il allait littéralement exploser et déchirer sa cage thoracique.

Ses mains tremblaient violemment et de façon incontrôlable, agitées de spasmes qu'elle ne pouvait absolument pas maîtriser.

Les flammes. Elle les voyait encore partout autour d'elle. PARTOUT. Sur les murs. Le plafond. Le sol. Qui se rapprochaient inexorablement pour la consumer comme elles avaient consumé sa mère.

« Éteins-les ! » Le cri déchira douloureusement sa gorge déjà abîmée. « ÉTEINS TOUTES LES FLAMMES MAINTENANT ! »

Ace comprit immédiatement avec une lucidité surprenante malgré sa panique. Il ferma brutalement sa main d'un geste sec et violent.

Toutes les bougies s'éteignirent instantanément dans un souffle invisible.

Obscurité totale et complète enveloppa la pièce.

Mais Sohalia ne se calmait absolument pas malgré l'absence de flammes visibles. La terreur était trop profonde, trop ancrée dans ses souvenirs retrouvés.

Elle tremblait de tout son corps brisé comme une feuille dans une tempête. Haletante et cherchant désespérément son souffle. Sanglotant de façon incontrôlable. Ses côtes cassées protestaient violemment à chaque respiration saccadée et irrégulière mais elle ne pouvait simplement pas s'arrêter, prise dans la spirale de la panique pure.

« Elle est morte. » Les mots sortaient hachés et brisés entre deux sanglots déchirants. « Il l'a tuée devant mes yeux. Devant moi. Akainu. Il... il a traversé sa poitrine avec son poing de lave et elle... elle a juste... elle est tombée et... »

« Lia, tu es ici maintenant. »

Ace était agenouillé précipitamment à côté du lit, les mains tendues vers elle mais n'osant pas la toucher de peur de lui faire mal ou d'aggraver sa panique.

« Tu es en sécurité absolue. C'est moi. Ace. Tu es sur le Moby Dick. Avec nous. Avec ta famille. »

« Ma mère... »

Sanglots violents qui secouaient tout son corps fragile malgré la douleur atroce que cela causait à ses blessures.

« Il l'a brûlée vive... devant moi... elle est morte en me regardant... en me disant qu'elle m'aimait... »

La porte s'ouvrit alors brutalement avec un fracas violent qui fit trembler les gonds.

Marco entra en trombe comme une tornade, le plateau de nourriture qu'il apportait tombant de ses mains et se fracassant bruyamment sur le sol en mille morceaux. Il avait dû entendre les cris déchirants depuis le couloir et avait couru aussi vite que possible.

Il vit immédiatement Sohalia en pleine crise de panique sévère, son corps secoué de tremblements violents. Ace agenouillé à côté d'elle qui ne savait manifestement pas quoi faire, complètement pétrifié de culpabilité et d'horreur devant ce qu'il avait involontairement déclenché.

« Qu'est-ce qui s'est passé, yoi ?! »

« Je... j'ai juste allumé les bougies et elle... » La voix d'Ace était brisée par l'émotion et la culpabilité. « Je ne savais pas du tout. Je ne pouvais pas savoir. Je n'aurais jamais... »

Marco comprit immédiatement la situation sans avoir besoin d'explications supplémentaires.

Le feu. Les flammes. Les souvenirs traumatiques qui étaient remontés pendant le coma.

Il se précipita vers le lit sans hésiter, prit Sohalia doucement mais fermement dans ses bras protecteurs, l'enveloppant complètement.

« Respire avec moi, yoi. Inspire lentement. »

Il prit une grande inspiration démonstrative et exagérée pour qu'elle puisse l'entendre clairement même dans son état de panique.

« Je ne peux pas... » Hoquets. Sanglots. Terreur pure et primitive. « Je n'y arrive pas... »

« Si tu peux. Tu peux le faire. Avec moi. Inspire maintenant. »

Elle essaya de son mieux. Échec complet. Les sanglots bloquaient tout passage d'air, créant une pression douloureuse dans sa poitrine.

« Encore une fois. Inspire très lentement. Ne te presse pas. »

Cette fois, elle réussit un peu mieux. Une inspiration tremblante, hachée et brisée, mais une inspiration quand même qui fit entrer un peu d'air dans ses poumons affamés.

« Bien. Très bien. Continue comme ça. Expire maintenant doucement. »

Elle expira en tremblant de tout son être.

« Encore. Inspire lentement. Expire encore plus lentement. Tu y es presque. Tu peux le faire. »

Progressivement, avec une lenteur frustrante mais réelle, sa respiration se calma peu à peu. Les tremblements violents diminuèrent progressivement d'intensité.

Mais les larmes ne s'arrêtaient toujours pas de couler. Elles coulaient en rivières silencieuses et abondantes sur ses joues pâles, trempant complètement la chemise de Marco qui ne s'en souciait absolument pas.

« Ma mère... » Murmure complètement brisé contre son épaule solide. « Je me souviens maintenant de tout. Il l'a tuée froidement. Akainu l'a tuée devant mes yeux. J'avais seulement cinq ans et je l'ai vue mourir lentement et je n'ai rien pu faire et... »

« Je sais, yoi. Je sais. »

Marco la serrait plus fort contre lui, faisant extrêmement attention à ses multiples blessures qui restaient fragiles.

« Je suis là maintenant. Tu n'es plus seule dans cette douleur. Plus jamais. »

Ace, toujours agenouillé au sol à côté du lit, regardait la scène qui se déroulait devant lui avec une horreur et une culpabilité absolues qui tordaient ses traits habituellement enjoués.

« Je suis tellement désolé. » Sa voix était cassée et tremblante. « Je ne savais pas. Je n'avais aucune idée. Je n'aurais jamais allumé ces maudites bougies si j'avais su... »

« Ce n'est absolument pas ta faute. » Marco parla d'une voix ferme tout en continuant à bercer doucement Sohalia. « Tu ne pouvais pas savoir. Personne ne pouvait savoir. Va chercher Yori immédiatement. Elle a besoin de quelque chose pour se calmer complètement. Un calmant. Maintenant. »

Ace hocha la tête vivement, soulagé d'avoir quelque chose d'utile à faire pour réparer son erreur involontaire. Il partit en courant, ses pas résonnant dans le couloir.

Marco continuait à bercer doucement Sohalia dans ses bras, murmurant des mots apaisants et rassurants contre ses cheveux emmêlés.

« C'est juste un souvenir terrible. Juste un souvenir du passé. Il ne peut plus te faire de mal maintenant. Tu es en sécurité. »

« Mais c'est arrivé. » Elle sanglotait toujours malgré ses efforts pour se calmer. « Ce n'est pas juste un cauchemar horrible que j'ai inventé. C'est un vrai souvenir. C'est réellement arrivé. »

Il n'avait pas de réponse satisfaisante à donner à ça. Aucune parole ne pouvait effacer la réalité de ce qui s'était passé il y a tant d'années.

Alors il la tint simplement fermement contre lui. Caressa doucement ses cheveux avec tendresse. La laissa pleurer toutes les larmes qu'elle avait retenues pendant toutes ces années d'amnésie.

Yori arriva en courant deux minutes plus tard, Ace sur ses talons comme une ombre coupable. Le médecin évalua rapidement la situation d'un coup d'œil expert et professionnel.

« Crise de panique sévère. Flash traumatique intense. »

Il sortit une seringue d'un compartiment et une petite fiole de liquide clair. Une dose légère mais efficace de calmant qui agirait rapidement.

« Ça va l'aider à se détendre progressivement. Elle va probablement s'endormir assez vite. C'est tout à fait normal et même souhaitable. Son corps a absolument besoin de repos après un tel choc émotionnel. »

Il injecta le produit avec précision dans la perfusion qui était toujours dans le bras de Sohalia, surveillant attentivement sa réaction.

Quelques secondes plus tard à peine, elle sentit une chaleur étrange se répandre progressivement dans ses veines comme du miel tiède. Une lourdeur agréable et bienvenue qui remplaçait progressivement la terreur paralysante par quelque chose de plus doux et de moins douloureux.

Les sanglots se calmèrent peu à peu. Son corps se détendit malgré elle, les muscles se relâchant enfin.

« Maman... » Murmure ensommeillé et confus.

« Chut. » Marco la berçait toujours tendrement. « Dors maintenant. Je suis là. Je ne pars nulle part. »

« Ne... pars... pas... s'il te plaît... »

« Jamais, yoi. Jamais de la vie. »

Ses yeux se fermèrent lentement malgré ses efforts pour les garder ouverts.

Elle s'endormit finalement dans ses bras protecteurs, épuisée émotionnellement et physiquement au-delà de toute description.

Mais même dans le sommeil artificiel induit par le calmant, des larmes coulaient encore silencieusement sur ses joues pâles, témoignant de la douleur qui ne s'arrêtait jamais vraiment.

Yori se tourna vers Ace qui se tenait toujours dans le coin de la pièce, l'air absolument dévasté et détruit par la culpabilité.

« Ce n'est vraiment pas ta faute. »

« Elle a eu cette réaction horrible à cause de mes flammes. »

« Non. » Ferme et sans appel. « Elle a eu cette réaction à cause d'un souvenir traumatique profondément enfoui qui est remonté violemment à la surface. Ça aurait pu être déclenché par absolument n'importe quoi d'autre. Une odeur particulière. Un son spécifique. La couleur particulière du coucher de soleil. Une voix. N'importe quoi. »

« Mais c'était mes flammes qui... »

« Tu n'as absolument rien fait de mal. » Yori posa une main ferme et rassurante sur son épaule tendue. « Elle a juste besoin de temps maintenant. Pour traiter et intégrer tous ces souvenirs terribles qui reviennent. Pour apprendre progressivement à vivre avec eux sans être paralysée. »

Ace hocha lentement la tête mais le poids écrasant de la culpabilité restait clairement visible sur son visage habituellement si expressif et joyeux.

Marco, tenant toujours Sohalia endormie contre lui avec une délicatesse infinie, dit doucement sans le regarder :

« Va te reposer maintenant, Ace. Elle ne t'en veut absolument pas. »

Il regarda Sohalia dormir paisiblement dans ses bras.

« Elle sait parfaitement que ce n'était pas ta faute. Elle le sait. »

Ace resta encore quelques longues minutes silencieuses, observant simplement Sohalia dormir et se demandant comment quelqu'un pouvait survivre à tant de traumatismes accumulés. Puis il partit finalement discrètement, laissant Marco seul avec elle dans l'obscurité de la pièce.

Yori vérifia une dernière fois ses constantes vitales avec attention, puis se retira également vers la porte.

« Appelle-moi immédiatement si elle se réveille en panique à nouveau. »

« Je le ferai sans hésiter. »

La porte se referma doucement derrière lui.

Marco s'installa plus confortablement dans le fauteuil qu'il connaissait maintenant par cœur, tenant toujours Sohalia fermement contre lui comme s'il avait peur qu'elle disparaisse s'il la lâchait.

Elle bougea très légèrement dans son sommeil artificiel, murmurant quelque chose d'absolument incompréhensible qui ressemblait vaguement à un nom.

Puis plus clairement :

« Maman... »

Son corps se tendit immédiatement, les muscles se crispant. Les cauchemars commençaient déjà à l'assaillir même dans ce sommeil censé être réparateur.

Marco resserra instinctivement et doucement son étreinte protectrice.

« Je suis là, yoi. Tu n'es plus seule dans cette douleur. Plus jamais. »

Comme si elle l'entendait même profondément endormie dans son inconscient, elle se détendit légèrement contre lui, cherchant instinctivement la chaleur et la sécurité qu'il représentait.

Mais la nuit fut longue et difficile pour eux deux.

Marco était instantanément alerte malgré son épuisement. Il n'avait toujours pas de réponse satisfaisante à donner à cette vérité terrible. Alors il la tint simplement contre lui. Caressa tendrement ses cheveux. Murmura des mots apaisants jusqu'à ce qu'elle se rendorme lentement.

Deux heures plus tard, vers deux heures du matin, ça recommença exactement de la même façon.

Puis à nouveau juste avant l'aube quand le ciel commençait à peine à pâlir.

Chaque fois, Marco était là instantanément. Patient. Constant. Inébranlable. La tenant à travers chaque terreur nocturne récurrente.

Ne la lâchant pas une seule seconde.

Quand le soleil se leva finalement sur un nouveau jour, peignant le ciel de teintes roses et dorées, Sohalia était complètement épuisée. Pas physiquement — le calmant l'avait fait dormir par intermittence. Mais émotionnellement. Mentalement. Spirituellement vidée.

« Je suis désolée, » murmura-t-elle d'une voix rauque et cassée. « Tu n'as pas dormi du tout à cause de moi. »

« Ça va parfaitement, yoi. »

« Non. Tu as besoin de repos aussi. Tu ne peux pas continuer comme ça. »

« Toi d'abord. » Sans discussion possible.

Elle n'avait pas la force d'argumenter davantage.

« Il est toujours vivant et libre. » Quelque chose de dur et de froid dans sa voix. « Amiral de la Marine. Libre. Respecté. Alors qu'il a massacré ma famille. Détruit ma vie. Tué ma mère devant mes yeux. »

Marco la regarda attentivement, inquiet par ce ton nouveau.

« Qu'est-ce que tu veux faire exactement, yoi ? »

« Je ne sais pas. » Honnêteté brutale. « Une partie de moi veut... »

Elle ne finit pas la phrase mais ils savaient tous les deux ce qu'elle voulait dire.

« Un jour peut-être. » Marco caressa doucement sa joue. « Peut-être qu'un jour tu pourras lui faire face. Obtenir justice ou vengeance. Mais pas maintenant. Maintenant, tu guéris. »

« Et après la guérison ? »

« Après, on scelle le monstre. On sauve le monde entier. » Pause significative. « Et ensuite... ensuite on verra ce qui doit être fait. »

Elle hocha faiblement la tête, acceptant cette logique implacable.

C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour l'instant.

Survivre. Guérir. Sauver le monde.

La vengeance pouvait attendre son heure.


Le lendemain après-midi, alors que Sohalia commençait lentement à retrouver un semblant de calme après la terrible crise de panique de la veille, Marco entra dans l'infirmerie avec le den-den mushi à la main et une expression légèrement hésitante sur son visage habituel.

« Quelqu'un veut te parler, yoi. »

Sohalia leva les yeux de l'infusion de plantes médicinales que Yori l'avait forcée à boire pour calmer ses nerfs encore à vif.

« Qui ? »

« Akihide. » Marco posa le den-den mushi sur la table de nuit à côté d'elle. « Il a appelé hier soir pendant que tu dormais. Izo lui a expliqué que tu étais réveillée et il a demandé à te parler dès que possible. J'ai dit que je lui transmettrais aujourd'hui. »

Le cœur de Sohalia fit un bond dans sa poitrine. Akihide. Son ami d'enfance. Celui avec qui elle jouait dans le jardin paradisiaque avant que tout ne s'effondre.

« Oui. » Sa voix tremblait légèrement. « Oui, je veux lui parler. »

Marco activa le den-den mushi avec précaution et composa le numéro qu'Akihide avait laissé.

Le petit escargot sonna une fois. Deux fois.

Puis une voix masculine familière résonna à travers l'appareil :

« Allo ? »

Sohalia reconnut immédiatement cette voix. Celle qui avait déclenché un flash de souvenirs la dernière fois qu'elle l'avait entendue.

« Akihide... c'est moi... Sohalia... »

« Lia ! » L'exclamation était chargée de soulagement immense. « Ils m'ont dit que tu étais réveillée ! Comment tu vas ? Vraiment ? »

« Je... » Elle hésita, ne sachant pas trop quoi dire. « Je suis vivante. Je guéris lentement. C'est déjà beaucoup. »

« J'aurais voulu venir te voir en personne, » dit-il avec frustration évidente. « Mais Maiya a besoin de moi ici pour gérer les affaires du Royaume et organiser tout ce qui doit être fait. On est débordés. »

« C'est normal. Ne t'inquiète pas. »

Un silence confortable s'installa brièvement.

Puis Akihide demanda doucement :

« Izo m'a dit quelque chose... il a dit que tu te souvenais de choses maintenant. De nous quand on était enfants. »

Sohalia sentit sa gorge se serrer.

« Oui. » Murmure. « Pendant le coma. Les souvenirs sont remontés. Je me souviens du jardin. De nous qui jouions ensemble. »

« Raconte-moi. »

Sa voix était remplie d'espoir et de curiosité.

« S'il te plaît. Je ne me souviens presque de rien. Juste des fragments flous. Mais quand tu en parles... c'est comme si quelque chose résonnait en moi. »

Sohalia ferma brièvement les yeux, laissant les images remonter doucement.

« Le jardin était immense et magnifique. Plein de roses de toutes les couleurs. Rouges, blanches, roses. Elles sentaient tellement bon. »

« Oui... » Murmure d'Akihide à travers le den-den mushi. « Continue. »

« On jouait à cache-cache presque tous les jours. Tu courais plus vite que moi parce que tu étais plus grand. Tu te cachais toujours derrière le rosier géant près de la pergola. »

« La pergola... » répéta-t-il comme s'il essayait de saisir un souvenir qui lui échappait. « Il y avait des fleurs dessus ? »

« Des glycines. » Les mots sortirent naturellement. « Des glycines mauves qui retombaient en grappes magnifiques. Nos parents s'asseyaient dessous pour dîner ensemble le soir. »

Un son étranglé vint d'Akihide.

« Je... je pense que je me souviens vaguement de ça. Comme dans un rêve très lointain. Continue s'il te plaît. Qu'est-ce qu'on faisait d'autre ? »

« Il y avait un chien. » Sohalia sourit malgré elle. « Un gros chien noir qui s'appelait... »

« Kuro ! »

Ils le dirent en même temps, leurs voix se superposant à travers la connexion.

Silence stupéfait.

Puis Akihide rit, un rire incrédule et émerveillé.

« On se souvient ! On commence vraiment à se souvenir ! »

« Oui. » Sohalia riait aussi maintenant malgré les larmes qui coulaient. « On se souvient. »

« Kuro dormait toujours sous la table pendant les repas, » continua Akihide avec excitation. « Il ronflait très fort ! »

« Oui ! » Sohalia se redressa légèrement malgré la douleur. « Et il nous léchait le visage quand on tombait en jouant ! »

Ils rirent ensemble à travers le den-den mushi, partageant ces fragments précieux de leur enfance perdue.

Puis Akihide demanda plus doucement :

« Tu te souviens... de ce jour-là ? Le jour de l'attaque ? »

Le rire de Sohalia mourut immédiatement.

« Oui. » Voix plate. « Je me souviens de tout maintenant. »

« Raconte-moi. » Supplication dans sa voix. « S'il te plaît. J'ai besoin de savoir. Tout est si flou pour moi. »

Sohalia prit une grande inspiration tremblante.

« On jouait dans le jardin comme d'habitude. Puis des explosions au loin. Des cris. Nos parents qui couraient vers nous complètement paniqués. »

« Je me souviens de ça, » murmura Akihide. « La peur sur leur visage. »

« Ta mère t'a dit de m'emmener à la cachette. Un endroit secret que tu semblais connaître. Tu m'as attrapé la main et on a couru vers les bois. »

« Oui... » Sa voix tremblait. « Je me souviens de courir. De ta main dans la mienne. »

« Nos parents sont restés en arrière pour nous protéger. Ma mère... » Sa voix se brisa. « Ma mère a créé des milliers de vignes pour ralentir celui qui venait. »

« Qui ? »

« Akainu. » Le nom sortit comme un poison. « Amiral de la Marine. Il est venu sur ordre du Gorosei pour nous tuer tous. Pour effacer toute trace de la vie de ma mère. »

Un silence choqué.

« Mon père a essayé de le combattre, » continua Sohalia d'une voix mécanique. « Il a été battu en quelques secondes. Capturé vivant. Ma mère a continué à se battre seule pour nous donner le temps de fuir. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? »

« Une explosion. » Les mots sortaient avec difficulté. « Entre nous. Ça nous a séparés violemment. Tu as été projeté d'un côté, moi de l'autre. Nos mains se sont séparées. »

« Je me souviens de l'explosion maintenant, » dit Akihide d'une voix brisée. « Et de la douleur. Puis plus rien. Le noir complet. »

« Je ne sais pas ce qui t'est arrivé après, » admit Sohalia. « Quand j'ai levé les yeux, tu avais disparu dans la fumée. »

« Leïko m'a dit qu'elle m'avait trouvé inconscient dans les bois plusieurs jours plus tard. Seul. Blessé à la tête. Elle m'a soigné. Mais je n'avais aucun souvenir de qui j'étais ou d'où je venais. »

« Moi c'est Thatch qui m'a sauvée, » murmura Sohalia. « Juste avant qu'Akainu ne me tue. »

Silence lourd.

Puis Akihide demanda très doucement :

« Nos parents... ? »

« Morts. » Voix plate. « Ou capturés. Mon père était vivant la dernière fois que je l'ai vu mais les marines l'emmenaient. Leïko m'a dit qu'il était mort à Impel Down. Ma mère... » Elle ne put finir.

« Je suis tellement désolé, Lia. »

« Moi aussi. Pour les tiens aussi. »

Ils restèrent silencieux un moment, partageant ce deuil à travers la distance.

Puis Akihide dit doucement :

« Au moins on s'est retrouvés. C'est déjà quelque chose. »

« Oui. »

« Et on va continuer à se souvenir ensemble. Petit à petit. »

« Oui. »

« Repose-toi maintenant. Guéris. Et quand tout ça sera fini... »

« On se verra en personne. »

« Promis. »

« Promis. »

Le den-den mushi se tut.

Sohalia resta immobile, fixant l'escargot endormi.

Marco, qui était resté silencieux pendant tout l'échange, posa doucement sa main sur son épaule.

« Ça va, yoi ? »

« Je ne sais pas. » Honnête. « Mais au moins maintenant je sais qu'il va bien. »

Elle ferma les yeux, épuisée émotionnellement.

Mais quelque chose en elle s'était apaisé.

Elle n'était pas seule dans ces souvenirs.

Quelqu'un d'autre se souvenait aussi.


Le lendemain matin arriva avec une clarté surprenante, le soleil se levant lentement sur un océan calme qui brillait comme du verre poli sous la lumière dorée de l'aube. Sohalia se sentait étrangement forte pour quelqu'un qui sortait à peine d'un coma de huit jours et d'une série de crises de panique nocturnes. Une détermination nouvelle brûlait en elle, alimentée par la nécessité et l'urgence de ce qui devait être accompli avant qu'il ne soit trop tard.

« Je veux voir Père, » annonça-t-elle avec fermeté dès qu'elle ouvrit les yeux et vit Marco qui changeait méticuleusement ses bandages avec l'aide attentive de Yori.

« Tu es vraiment sûre, yoi ? »

Marco leva les yeux de la longue bande qu'il enroulait soigneusement autour de ses côtes encore fragiles, son regard scrutateur cherchant le moindre signe de faiblesse ou de douleur excessive.

« Absolument. » Aucune hésitation dans sa voix. « On doit parler du scellement de Vieilombre sans plus attendre. Je ne peux pas me permettre d'attendre plus longtemps. Chaque jour qui passe est un jour de plus où le monstre pourrait se libérer. »

Yori fronça immédiatement les sourcils avec désapprobation professionnelle, cette expression sévère qu'il réservait aux patients qui ne suivaient pas ses recommandations médicales à la lettre.

« Tu as absolument besoin de repos continu. Surtout après la nuit terrible que tu as passée hier. »

Il faisait référence aux cauchemars récurrents, aux crises de panique qui l'avaient réveillée quatre fois, aux flashs traumatiques qui ne lui laissaient aucun répit même dans le sommeil.

« Je me reposerai après cette réunion. » Son ton ne laissait aucune place à la négociation ou au compromis. « Mais d'abord, je dois absolument expliquer à Père ce qui doit être fait précisément. Le rituel ancien. Les Clés. Les Fragments. Tout. Chaque détail compte. »

Marco et Yori échangèrent un long regard significatif qui en disait long sur leur inquiétude mutuelle. Finalement, après ce qui sembla une éternité de délibération silencieuse, Yori soupira profondément avec résignation.

« Une heure maximum. Pas une minute de plus. » Ses conditions étaient non négociables. « Et après, tu reviens directement ici et tu te reposes au moins trois heures complètes. Sans discussion. »

« D'accord, j'accepte. »

« Et tu y vas en fauteuil roulant. » Marco ajouta fermement cette condition supplémentaire.

« Quoi ? Non ! » Protestation immédiate. « Je peux parfaitement marcher jusqu'à sa cabine. Je ne suis pas invalide. »

« Avec un bras complètement cassé et immobilisé, et des côtes fracturées qui te font grimacer à chaque respiration ? » Il croisa les bras sur sa poitrine dans une posture qui ne laissait aucune place au compromis. « Non, yoi. Absolument pas. Fauteuil roulant obligatoire. »

Elle voulut argumenter, défendre son autonomie et sa dignité. Mais honnêtement, l'idée même de marcher tout le chemin jusqu'à la cabine imposante de Barbe Blanche l'épuisait déjà rien que d'y penser, son corps encore si fragile protestant à la simple pensée de cet effort.

« D'accord, » céda-t-elle avec réticence. « Mais je déteste vraiment ça. »

Marco la porta jusqu'au fauteuil roulant que Yori avait soigneusement apporté de la réserve médicale, la soulevant avec une délicatesse infinie comme si elle était faite de verre soufflé. Chaque mouvement même minime la faisait grimacer malgré ses efforts pour rester stoïque, mais elle serra obstinément les dents et endura sans se plaindre.

« Désolé, yoi. »

« Je vais bien. »

Il la poussa doucement et régulièrement à travers les couloirs familiers du navire immense. Les pirates qu'ils croisaient dans leur progression s'arrêtaient invariablement dans leurs activités, leurs visages s'illuminant de soulagement et de joie en la voyant enfin éveillée et consciente après tant de jours d'attente anxieuse. Certains semblaient visiblement choqués et troublés par son état actuel — si pâle qu'elle en était presque translucide, bandages couvrant presque chaque partie visible de son corps, bras immobilisé dans une attelle rigide et imposante — mais aucun ne fit de commentaire déplacé ou de remarque qui aurait pu la blesser.

Elle gardait la tête haute malgré tout, refusant de montrer la moindre faiblesse ou vulnérabilité devant son équipage qui la regardait avec tant d'espoir et d'admiration.

Ils arrivèrent finalement devant la porte massive de la cabine de Barbe Blanche, cette porte de chêne sculpté qui en imposait toujours autant.

Marco frappa fermement avec ses jointures.

« Entrez ! » La voix tonnante résonna de l'intérieur.

Il poussa délicatement la porte, faisant entrer le fauteuil roulant avec précaution pour ne pas la secouer inutilement.

Barbe Blanche était assis dans son fauteuil habituel imposant, mais à l'instant précis où il aperçut Sohalia dans son état fragile, il se leva immédiatement avec une agilité surprenante pour un homme de sa taille et de son âge. Il s'approcha d'elle avec des pas mesurés et s'agenouilla solennellement pour être exactement à sa hauteur, pour pouvoir la regarder droit dans les yeux.

Il posa une main énorme mais incroyablement douce et paternelle sur sa tête bandée.

« Ma fille. » Sa voix était chargée d'une émotion profonde qu'il ne cherchait pas à dissimuler. « Tu nous es revenue des ténèbres. Tu as survécu à l'impossible. »

« Père... » Sohalia sentit immédiatement les larmes monter dans ses yeux malgré tous ses efforts pour rester composée.

Il la prit alors dans ses bras massifs — avec une délicatesse infinie et une attention extrême, faisant énormément attention à ne pas la blesser davantage ou d'aggraver ses multiples blessures qui guérissaient lentement.

« Tu as été si courageuse, » murmura-t-il contre ses cheveux emmêlés avec tendresse. « Si incroyablement forte alors que tu aurais pu abandonner. Je suis fier de toi, ma fille. Plus fier que tu ne peux même l'imaginer ou le comprendre. »

« J'ai juste fait ce qui devait être fait. Ce que n'importe qui aurait fait à ma place. »

« C'est précisément ça qui me rend si fier de toi. »

Il la relâcha doucement après un dernier instant d'étreinte, retourna s'asseoir dans son fauteuil massif avec lenteur.

Marco poussa soigneusement le fauteuil roulant de Sohalia pour la placer juste à côté de Barbe Blanche, puis s'installa debout derrière elle dans une posture protectrice, une main rassurante posée délicatement sur son épaule valide.

« Maintenant, » commença Barbe Blanche en la regardant avec une attention soutenue qui ne ratait aucun détail. « Parle-moi en détail de ce monstre ancien qu'on doit sceller avant qu'il ne soit trop tard. »

Sohalia prit une grande inspiration qui fit protester ses côtes, puis se lança dans son explication détaillée.

« Le Gardien des Abysses. Vieilombre. » Elle le regarda droit dans les yeux sans ciller. « C'est une créature ancienne et primordiale qui se nourrit exclusivement de lumière sous toutes ses formes. Si elle est complètement libérée de son sceau affaibli, elle dévorera absolument tout ce qui brille dans le monde. Le soleil d'abord. Puis les étoiles une par une. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les ténèbres éternelles et absolues recouvrant le monde entier. »

Barbe Blanche ne cilla même pas devant cette révélation apocalyptique.

« Et comment exactement on arrête une telle créature ? »

« On le rescelle avec un rituel ancestral qui n'a été utilisé qu'une seule fois auparavant. » Sohalia sortit soigneusement le papier froissé sur lequel elle avait pris des notes détaillées durant son long appel avec Maiya, le dépliant avec précaution. « Avec les quatre Fragments de la Sphère Éternelle et les quatre Clés mystiques correspondantes. »

« Qu'on a tous les deux en sécurité, yoi, » confirma immédiatement Marco en hochant la tête.

« Les Fragments sont dans la sacoche rouge que tu gardes toujours sur toi, » précisa Sohalia en regardant Marco. « Et les Clés... »

Marco sortit prestement la petite boîte de cuir ancien gravée de symboles étranges de sa veste, l'ouvrit pour en révéler le contenu précieux.

Les quatre clés en métal ancien qui semblait presque vivant brillaient très faiblement dans la lumière filtrée qui entrait par la fenêtre, comme si elles possédaient leur propre source de luminescence interne.

Barbe Blanche les observa attentivement et longuement, ses yeux expérimentés étudiant chaque détail de ces artefacts mystérieux.

« Et qu'est-ce qu'on doit faire exactement avec ces objets ? Quel est le protocole précis ? »

Sohalia expliqua alors tout avec une clarté et une précision méticuleuses.

Le nouveau domaine qui servirait de prison éternelle — probablement l'endroit exact où Vieilombre avait coulé tragiquement, là où le monstre se trouvait déjà partiellement emprisonné par les restes de l'ancien sceau qui s'affaiblissait dangereusement.

Les quatre points cardinaux précis de ce domaine choisi qu'il faudrait identifier avec exactitude.

Un Fragment de la Sphère Éternelle à placer soigneusement à chaque point cardinal identifié.

Une Clé mystique correspondante pour chaque Fragment placé — le sang royal permettrait de savoir quelle Clé correspondait à quel Fragment grâce à une résonance instinctive.

Et finalement, le rituel sacré ancestral qu'elle seule au monde pouvait accomplir grâce à son sang royal et à son pouvoir sur la nature.

« Pourquoi toi ? » demanda Barbe Blanche avec curiosité. « Qu'est-ce qui fait que personne d'autre ne peut accomplir ce rituel ? »

« Parce que je suis de sang royal du Royaume. »

Elle toucha instinctivement son poignet nu où elle portait habituellement le bracelet précieux de sa mère — mais il avait été temporairement retiré pour faciliter les soins médicaux intensifs.

« Et parce que j'ai le pouvoir ancestral que mes ancêtres possédaient. Les deux conditions sont absolument nécessaires simultanément. Sans l'une ou l'autre, le rituel échouerait et le monstre resterait libre. »

« Et ce rituel va te consumer énormément ? »

La question était directe et sans détour.

« Oui. » Honnêteté brutale sans essayer d'édulcorer la vérité. « Maiya a été très claire là-dessus. Elle a dit que ça allait épuiser considérablement mon énergie vitale en puisant directement dedans. Que je dois absolument être au maximum de mes forces pour avoir une chance de réussir. »

Tous les regards présents dans la pièce se tournèrent immédiatement vers elle avec inquiétude.

Vers son bras complètement cassé et immobilisé. Ses côtes fermement bandées qui limitaient chaque respiration. Son état général si fragile qui témoignait de combien elle était proche de la mort il y a encore quelques jours.

« Combien de temps exactement avant que tu sois vraiment prête physiquement ? » demanda Barbe Blanche avec une gravité inquiète.

« Yori ? » Sohalia se tourna vers le médecin qui était resté discrètement en retrait pour surveiller attentivement son état pendant la réunion.

Le médecin s'avança alors avec son professionnalisme habituel.

« Dans son état actuel précaire ? Minimum absolu deux semaines complètes. Peut-être trois pour être vraiment sûrs. » Il marqua une pause significative. « Les côtes vont guérir progressivement si elle se repose correctement et suit mes instructions. Le bras va prendre beaucoup plus de temps mais on peut le stabiliser davantage pour qu'il ne soit pas un handicap. Le vrai problème majeur c'est l'épuisement complet de son énergie vitale. Elle a absolument tout utilisé contre Jef jusqu'à la dernière goutte. Il faut impérativement que ça se régénère naturellement et progressivement. On ne peut pas accélérer ce processus. »

« Deux semaines... » Sohalia regarda Barbe Blanche avec anxiété. « On a ce temps ? Le monstre ne va pas se libérer avant ? »

« Le monstre est toujours partiellement scellé pour l'instant grâce aux restes de l'ancien rituel, » la rassura-t-il immédiatement avec autorité. « Jozu et Vista sont déjà sur place exactement à l'emplacement de Vieilombre. Ils surveillent constamment la situation vingt-quatre heures sur vingt-quatre. S'il y a le moindre changement inquiétant, le moindre signe que le sceau s'affaiblit davantage, ils nous préviendront immédiatement par den-den mushi. »

Sohalia se détendit très légèrement en entendant cette confirmation rassurante.

« Alors on attend ces deux semaines. Je me repose complètement. Je guéris autant que possible. Et dès que je suis prête... »

« On scelle ce monstre pour toujours dans sa prison éternelle. » Il compléta sa phrase avec détermination.

Il la regarda avec une fierté évidente qui brillait dans ses yeux.

« Tu as déjà sauvé tant de gens innocents à Ohara avec ton courage et ton sacrifice. Maintenant tu vas sauver le monde entier d'une menace qui le dépasse. »

« Je n'ai pas vraiment le choix dans cette affaire. » Petite voix qui trahissait sa vulnérabilité. « Faut bien réparer les conneries de Jef. »

« Mais tu choisis quand même de le faire sans hésiter. » Il se pencha en avant avec intensité. « Tu pourrais te cacher loin de tout ça. Laisser quelqu'un d'autre essayer de trouver une solution. Mais tu ne le fais pas parce que ce n'est pas qui tu es. C'est précisément ça qui te rend si spéciale, ma fille. »

Sohalia ne sut absolument pas quoi répondre à ces mots qui la touchaient profondément.

Alors elle hocha juste lentement la tête en signe d'acceptation, les larmes aux yeux qui menaçaient de déborder malgré tous ses efforts pour les retenir.

« Voilà exactement ce qu'on fait maintenant, » déclara Barbe Blanche avec l'autorité d'un capitaine qui donne des ordres à son équipage. « Marco, tu restes constamment avec Sohalia. Tu t'assures personnellement qu'elle se repose correctement et guérit sans complications. »

« Oui, yoi. » Acquiescement immédiat et sans hésitation.

« Ace, tu envoies un message détaillé à Jozu et Vista par den-den mushi. Dis-leur précisément qu'on arrive dans deux à trois semaines maximum. Qu'ils continuent de surveiller attentivement sans relâche. »

« Compris parfaitement, Père. »

Barbe Blanche balaya du regard tous ses fils présents dans la cabine.

« Tout le monde se prépare mentalement et physiquement. On ne sait pas comment ça pourrait se passer. »

« Oui, Père ! » La réponse collective résonna avec détermination.

« Parfait. » Il se tourna une dernière fois vers Sohalia avec tendresse. « Toi maintenant. Tu te reposes sans exception. Tu manges correctement. Tu guéris progressivement. C'est un ordre direct de ton capitaine. »

Elle sourit faiblement malgré son épuisement évident.

« Oui, Père. »

« Excellent. »

Marco la ramena soigneusement à l'infirmerie peu de temps après cette réunion importante et pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée de son long coma, Sohalia se sentit... en paix avec ce qui allait venir.

Elle avait maintenant un plan clair. Elle savait précisément ce qui devait être fait et comment le faire.

Maintenant, elle devait juste guérir suffisamment pour pouvoir l'accomplir sans échouer.


Les deux semaines qui suivirent cette réunion décisive furent un mélange complexe et éprouvant de douleur physique constante, de progrès encourageants mais frustrants par leur lenteur, et de petits moments précieux de normalité quotidienne qui gardaient Sohalia relativement saine d'esprit malgré tout ce qu'elle endurait.


Troisième jours.

Marco l'aida patiemment à se lever pour la toute première fois depuis son réveil du coma, un moment à la fois excitant et terrifiant.

« Doucement, yoi. Très doucement. »

Elle posa précautionneusement ses pieds nus sur le sol froid de l'infirmerie, s'appuyant lourdement sur lui avec tout son poids sur son bras valide. L'autre bras, toujours fermement immobilisé dans son attelle rigide et inconfortable, pendait complètement inutilement à son côté comme un poids mort.

« Je peux... je peux vraiment le faire... »

Un premier pas. Vacillant dangereusement. Douloureux à un point qui lui arracha une grimace. Mais un pas quand même, un vrai pas qui signifiait qu'elle n'était pas paralysée.

« Bien, très bien. Encore quelques pas si tu peux. »

Deux autres pas hésitants. Puis ses jambes tremblèrent violemment et menacèrent de céder sous elle.

« D'accord, c'est largement assez pour aujourd'hui, yoi. »

« Non, je peux continuer encore un peu... »

« Yori a été très clair : cinq minutes maximum pour aujourd'hui. » Ferme et sans appel. « Repos maintenant. Pas de discussion. »

Elle grogna de frustration mais obéit finalement, laissant Marco la rallonger doucement et soigneusement dans le lit.

« Je déteste vraiment être aussi faible et dépendante. »

« Tu n'es absolument pas faible. » Il embrassa tendrement son front avec affection. « Tu guéris progressivement. C'est complètement différent. »

« Dixit le phénix », grommela-t-elle, envieuse de son pouvoir.


Cinquième jours.

Les cauchemars continuaient implacablement leur assaut nocturne.

Presque chaque nuit maintenant sans exception. Parfois même plusieurs fois par nuit dans une répétition épuisante.

Toujours exactement les mêmes images terrifiantes qui revenaient la hanter. Le feu qui dévorait tout. La lave brûlante. Sa mère qui mourait lentement devant ses yeux impuissants.

Mais Marco était toujours là instantanément. Patient et inébranlable. La réveillant doucement et délicatement. La tenant fermement contre lui jusqu'à ce qu'elle se rendorme lentement.

« Je suis tellement désolée de te réveiller constamment, » murmurait-elle avec culpabilité.

« Ne t'excuse jamais pour ça, » répondait-il aussi avec douceur.


Septième Jours.

Yori retira enfin quelques bandages qui n'étaient plus nécessaires, révélant la peau en dessous.

« Bien. Très bien même. Les plaies guérissent proprement et rapidement. Aucun signe d'infection malgré la gravité. Continue exactement comme ça et tu pourras bientôt essayer de canaliser prudemment un peu de ton pouvoir naturel. »

« Vraiment ? »

L'excitation perçait dans sa voix.

« Juste un tout petit peu pour commencer. Pour voir précisément si ton énergie vitale se régénère correctement. » Il leva un doigt d'avertissement strict. « Mais pas aujourd'hui. Demain seulement. »

« D'accord. Demain alors. »


Huitième jours.

Sohalia tendit sa main valide tremblante vers une fleur morte dans un pot en terre cuite qu'Ace avait apporté spécialement pour ce test. Elle se concentra intensément sur la plante desséchée et sentit son pouvoir — faible, vacillant dangereusement, mais indéniablement PRÉSENT — couler très doucement et prudemment vers la plante morte.

La fleur frémit imperceptiblement.

Puis s'ouvrit lentement et graduellement. Pétales rouges qui se déployèrent comme des ailes de papillon.

Vivante à nouveau.

Sohalia sourit largement de soulagement et de fierté.

« Ça marche vraiment. Mon pouvoir revient. »

Marco, qui observait attentivement depuis son fauteuil habituel, sourit aussi avec évident soulagement.

« Je vois ça, yoi. »

« Lentement certes. Mais oui, il revient. »

Elle était complètement épuisée immédiatement après juste cet effort minime et s'endormit presque instantanément dans les secondes qui suivirent.

Mais c'était un début encourageant et prometteur.


Dixième jours.

Curiel vint gentiment jouer aux cartes avec elle pour la distraire et lui remonter le moral.

Elle ne pouvait pas vraiment tenir correctement les cartes avec un seul bras valide, alors Marco l'aida patiemment en tenant les siennes pour elle. Ils jouèrent en équipe contre Curiel dans une atmosphère détendue.

Et perdirent absolument lamentablement.

Mais Sohalia rit sincèrement. Un vrai rire authentique. Pas forcé. Pas brisé par la douleur constante.

Juste... normal et léger.

« On va vraiment devoir s'entraîner sérieusement, yoi, » plaisanta Marco avec bonne humeur.

« Parle pour toi. C'est toi qui as joué cette dernière carte absolument horrible qui nous a fait perdre. »

« C'était stratégique et calculé. »

« C'était complètement stupide et inefficace. »

Curiel riait franchement aux éclats en les écoutant se chamailler comme un vieux couple.


Onzième jours.

Akihide appela à nouveau via le den-den mushi pour continuer leur reconstruction mémorielle. Ils continuèrent patiemment à partager des souvenirs fragmentés. Petit à petit. Morceau par morceau.

« Tu te souviens du grand chêne au fond du jardin ? » demanda-t-il avec espoir à travers l'escargophone.

Sohalia fronça les sourcils de concentration.

« Le grand chêne ? Quel grand chêne ? »

« Au fond du jardin près du mur. On avait construit une cabane rudimentaire dedans avec des planches qu'on avait trouvées. »

Un flash soudain et brutal la frappa.

Un arbre immense et ancien. Des planches clouées maladroitement pour faire une échelle bancale. Une petite plate-forme précaire tout en haut.

« Notre fort secret ! » criait Akihide avec excitation.

« Personne ne peut nous trouver ici ! » répondait-elle en riant aux éclats.

Elle rouvrit les yeux lentement.

« Oui. Je me souviens maintenant. Notre fort secret. Personne d'autre ne connaissait son existence. »

La voix d'Akihide résonna avec joie à travers le den-den mushi.


Douzième jours.

Marco l'aida méthodiquement à faire des exercices physiques thérapeutiques. Doux. Lents. Progressifs.

Bouger ses jambes prudemment pour maintenir les muscles actifs et éviter l'atrophie. Étirer son bras valide dans différentes directions. Respirer profondément et régulièrement malgré les côtes qui protestaient encore à chaque inspiration.

« Bien, yoi. Encore une fois. Tu peux le faire. »

« Je suis vraiment fatiguée maintenant. »

« Je sais parfaitement que tu es fatiguée. Mais Yori a été catégorique : tu dois absolument bouger un peu chaque jour sans exception. Sinon tes muscles vont s'atrophier rapidement et dangereusement. »

« Yori est complètement tyrannique et sadique. »

« Yori veut simplement que tu guérisses correctement et complètement. »

Soupir profond de résignation. Mais elle continua courageusement les exercices malgré son épuisement.


Treizième jours.

Elle réussit enfin à faire pousser une petite plante entièrement nouvelle. Pas juste une fleur morte qu'elle faisait renaître. Une nouvelle plante vivante. De la simple graine à la pousse verte.

Ça lui prit absolument toute sa concentration disponible. Toute son énergie péniblement accumulée.

Mais elle y arriva finalement.

« Progrès significatif, » dit Yori en observant attentivement. « Très bon progrès encourageant. »


Quatorzième jours.

Yori fit un examen médical complet et approfondi qui dura presque deux heures. Il vérifia méticuleusement chaque plaie individuellement. Chaque bandage. Chaque os en train de guérir progressivement. Il testa soigneusement sa force musculaire. Sa coordination motrice. Son niveau d'énergie vitale.

Finalement, après avoir terminé tous ses tests, il hocha lentement la tête avec satisfaction prudente.

« Je pense... » Il hésita longuement, pesant ses mots. « Je pense que tu es aussi prête que tu pourras l'être. Pas à cent pour cent de tes capacités normales. Peut-être soixante-dix à soixante-quinze pour cent maximum. Mais c'est honnêtement le mieux qu'on puisse faire dans le temps limité qu'on a. »

« Alors on y va vraiment ? »

« Demain matin. On lève l'ancre demain à l'aube pour rejoindre Jozu et Vista à Vieilombre. »

Sohalia sentit son cœur s'accélérer brusquement dans sa poitrine.

Peur viscérale. Anticipation nerveuse. Détermination farouche.

« D'accord. Demain alors. »


Cette nuit-là particulière, Sohalia ne pouvait absolument pas trouver le sommeil malgré son épuisement physique.

Allongée immobile dans le lit familier de l'infirmerie, elle fixait le plafond blanc dans l'obscurité, son esprit tournant à toute vitesse sans pouvoir s'arrêter.

Demain, ils partiraient pour Vieilombre et l'affrontement final.

Dans quelques jours seulement, elle devrait accomplir le rituel ancestral qui déciderait du sort du monde.

Sceller le Gardien des Abysses pour l'éternité.

Sauver le monde entier d'une catastrophe apocalyptique.

Pas de pression du tout.

Elle rit doucement, amèrement dans l'obscurité.

« Tu ne dors toujours pas, yoi. »

La voix familière de Marco résonna dans l'obscurité. Assis fidèlement dans son fauteuil habituel inconfortable, un livre ouvert sur ses genoux qu'il lisait à la lumière d'une petite lampe.

« Je ne peux simplement pas. »

« Peur de ce qui arrive ? »

« Absolument terrifiée. »

Honnêteté brutale et sans filtre.

Il ferma son livre avec un claquement doux, se leva souplement, s'assit doucement sur le bord du lit pour ne pas la secouer.

« C'est parfaitement normal de ressentir ça. »

« Et si j'échoue lamentablement ? »

« Tu n'échoueras pas. Je te connais mieux que personne. Tu ne laisses jamais tomber quoi qu'il arrive. Même quand c'est impossible. Surtout quand c'est impossible. »

« Mais... »

« Mais absolument rien. »

Il prit sa main valide dans la sienne avec tendresse.

« Demain, on va naviguer jusqu'à Vieilombre. Tu vas accomplir ce rituel ancestral. On va sceller ce monstre une bonne fois pour toutes. »

« Et si je n'y arrive pas ? Si je ne suis vraiment pas assez forte malgré tout ? »

« Tu es la personne la plus forte que je connaisse, yoi. »

Il caressa doucement sa joue avec son pouce.

« Tu as survécu à l'attaque horrible qui a tué ta mère sous tes yeux. Tu t'es forgé une place dans l'équipage pirate le plus puissant. Tu as survécu à notre éducation plus que douteuse, à une embuscade. Tu as grandi seule pendant des années, sans nous avoir pour te protéger, te faisant une place sur cette île. Tu as combattu Jef malgré tout ce qu'il représentait. Tu as détruit la sphère maudite. Tu as sauvé deux cents marines d'une mort certaine. Tu as survécu à la mort de tellement de gens. Tu t'es réveillée d'un coma de huit jours. »

Il se pencha plus près, posa délicatement son front contre le sien dans ce geste intime qu'ils partageaient.

« Tu peux absolument faire ça. Je n'ai aucun doute. Pas le moindre. »

« Tu as tellement confiance en moi. Plus que je n'en ai en moi-même. »

« Toujours. Pour toujours. »

Elle ferma les yeux, puisant toute la force dont elle avait besoin dans sa présence solide et rassurante.

« Alors allons sauver ce monde ensemble. »

« Ensemble, yoi. Toujours ensemble. »

« Ensemble. »

Ils restèrent ainsi un long moment suspendu hors du temps. Front contre front. Respirations parfaitement synchronisées. Cœurs battant à l'unisson. Puis Marco l'aida tendrement à s'installer plus confortablement dans le lit, remontant les couvertures douces jusqu'à son menton.

« Dors maintenant. Tu as absolument besoin de toutes tes forces pour demain et ce qui suivra. »

« Tu restes avec moi ? »

« Toujours. Je ne bouge pas. »

Sohalia resta un moment à réfléchir à ses mots, laissant la chaleur apaisante du phénix la berçait doucement.

« Tu sais, dis comme ça, on dirait que je suis maudite... » souffla-t-elle.

« Les dieux te mettent juste à l'épreuve », répondit-il doucement.

« Bah qu'ils prennent des vacances ou changent de cible. »

Marco rit doucement, lui caressant les cheveux pour l'apaiser. Elle s'endormit enfin après tant de résistance. Pas de cauchemars cette nuit-là miraculeusement. Juste la paix douce et bienvenue.


Publié : 30/01/2026

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