The New Era
L'aube se levait lentement sur l'océan infini qui s'étendait à perte de vue autour du Moby Dick, peignant le ciel de teintes roses et dorées qui filtraient à travers les fenêtres de l'infirmerie avec une douceur presque irréelle, transformant la pièce habituellement austère et fonctionnelle en quelque chose de plus chaleureux et d'accueillant. Sohalia émergea du sommeil progressivement et naturellement, sans le sursaut paniqué qui accompagnait ses réveils depuis Ohara, sans les cauchemars qui la hantaient nuit après nuit comme des spectres persistants qui refusaient de la laisser en paix. Non, ce matin-là, elle se réveilla dans une paix qu'elle n'avait pas connue depuis des semaines qui lui semblaient des années entières.
La première chose qu'elle perçut fut la chaleur qui l'enveloppait complètement comme une couverture vivante, cette chaleur si particulière et reconnaissable entre toutes qui n'appartenait qu'à une seule personne au monde.
Marco.
Elle était blottie contre lui dans le lit étroit de l'infirmerie, son dos pressé contre son torse dont elle sentait chaque respiration lente et régulière, son bras valide reposant sur celui qu'il avait passé autour de sa taille pendant la nuit dans un geste protecteur et possessif à la fois, la tenant contre lui avec une tendresse qui contrastait étrangement avec la force brute dont elle savait qu'il était capable. Même endormi, profondément endormi pour une fois — ce qui était rare tant il était habituellement aux aguets, toujours vigilant, toujours prêt à réagir au moindre danger — il la tenait comme si elle risquait de disparaître s'il relâchait ne serait-ce qu'une seconde son étreinte délicate mais ferme.
Elle sourit doucement dans la pénombre encore teintée de l'aube naissante, savourant ce moment de paix parfaite et suspendue hors du temps où le monde et ses exigences n'existaient pas encore, où ils étaient juste deux personnes enlacées dans un lit trop petit pour deux mais parfait pour cette intimité qu'ils partageaient. Sa main libre — celle qui n'était pas immobilisée dans cette attelle rigide et inconfortable qui lui rappelait constamment ses limites actuelles — caressa doucement le bras de Marco qui reposait sur sa taille, traçant du bout des doigts les muscles définis et les cicatrices qui racontaient chacune une histoire de bataille, de survie, de douleur surmontée. Elle sentait son souffle régulier dans ses cheveux emmêlés par le sommeil, sentait son cœur battre contre son dos dans un rythme lent et apaisant qui résonnait avec le sien comme s'ils partageaient un seul et même pouls, comme si leurs corps avaient appris depuis longtemps à fonctionner en parfaite synchronie.
« Même en dormant, tu me tiens comme si j'allais disparaître, » murmura-t-elle si doucement que les mots étaient à peine audibles, une constatation empreinte de tendresse et d'une pointe de tristesse qu'elle ne comprenait pas encore vraiment mais qui pesait quelque part dans sa poitrine comme un pressentiment.
Marco se réveilla immédiatement au son de sa voix, comme s'il n'avait attendu que ce signal pour émerger d'un sommeil qui n'avait jamais été vraiment profond malgré les apparences. Son bras se resserra instinctivement autour d'elle avec une urgence presque désespérée avant même qu'il ne soit complètement conscient, et elle le sentit se tendre contre son dos, tous ses muscles se contractant en alerte maximale pendant une fraction de seconde avant qu'il ne réalise où il était et avec qui il était.
« Lia ! »
Le mot sortit comme un cri étouffé, chargé d'une inquiétude qui trahissait combien ses nuits étaient hantées par la peur de la perdre, combien chaque réveil où elle n'était pas là le plongeait dans une panique qu'il cachait soigneusement le reste du temps derrière son masque de calme et de contrôle.
« Calme-toi, » répondit-elle en se retournant doucement dans ses bras pour lui faire face, grimaçant légèrement quand ses côtes encore fragiles protestèrent contre le mouvement mais refusant de montrer combien cela lui faisait mal parce qu'elle ne voulait pas qu'il s'inquiète davantage. « Je suis juste là. Respire. »
Il la regarda avec des yeux encore embrumés de sommeil mais déjà parfaitement alertes et concentrés sur elle comme s'il vérifiait qu'elle était vraiment là, vraiment entière, vraiment vivante et non pas une illusion cruelle que son esprit épuisé aurait créée pour le torturer. Sa main libre vint immédiatement caresser son visage avec une douceur tremblante qui contrastait violemment avec l'urgence de son réveil, traçant les contours de ses pommettes, de sa mâchoire, de ses lèvres comme pour se rassurer qu'elle était bien réelle et tangible.
« J'ai rêvé que... que tu... »
Il ne finit pas sa phrase, incapable de mettre des mots sur les cauchemars qui le hantaient, sur les images de sa mort qui revenaient encore et encore dans son sommeil malgré le fait qu'elle soit là, vivante, respirant contre lui.
Elle l'embrassa pour le faire taire, pressant ses lèvres contre les siennes avec une tendresse qui se transforma rapidement en quelque chose de plus urgent et de plus profond, quelque chose qui disait "Je suis là, je suis vivante, arrête d'avoir peur" mieux que n'importe quels mots n'auraient pu le faire. Il répondit immédiatement au baiser avec une intensité qui lui coupa presque le souffle, une de ses mains se perdant dans ses cheveux tandis que l'autre se resserrait autour de sa taille comme s'il voulait la fondre en lui, la garder tellement près qu'elle ne pourrait jamais partir, jamais le quitter, jamais le laisser seul avec ses peurs et ses cauchemars.
Quand ils se séparèrent finalement, tous les deux légèrement essoufflés et le cœur battant à toute vitesse dans leur poitrine, Sohalia posa son front contre le sien dans ce geste qu'ils partageaient depuis si longtemps qu'elle ne se souvenait même plus quand il avait commencé à faire partie de leur langage silencieux.
« Arrête, » murmura-t-elle doucement mais fermement, ses yeux verts plongés dans les siens avec une intensité qui ne laissait aucune place au doute. « Je suis vivante. Je suis ici. Et aujourd'hui, on scelle ce monstre une bonne fois pour toutes. »
Il hocha la tête lentement, sachant qu'elle avait raison mais incapable de faire taire complètement cette peur viscérale et irrationnelle qui s'était installée en lui depuis qu'il l'avait retrouvée mourante sous les ruines d'Ohara, cette peur qui lui murmurait constamment que la prochaine fois, il ne serait peut-être pas là pour la sauver, que la prochaine fois, elle pourrait vraiment mourir et le laisser seul.
Le silence confortable qui s'installa entre eux fut rompu quelques instants plus tard par Sohalia, dont le regard avait pris cette lueur particulière qu'il connaissait bien, cette lueur qui promettait généralement des problèmes ou au moins des situations qui le mettaient profondément mal à l'aise par leur imprévisibilité.
« Tu sais ce dont j'ai vraiment envie là maintenant? » demanda-t-elle avec un sourire qui se voulait innocent mais qui ne trompait personne, certainement pas lui qui la connaissait trop bien pour se laisser abuser par cette façade de candeur.
Marco la regarda avec une suspicion immédiate et justifiée, ses sourcils se fronçant légèrement tandis qu'il essayait d'anticiper où elle voulait en venir exactement avec cette question qui ne présageait rien de bon pour sa tranquillité d'esprit.
« De te reposer encore un peu, yoi? » suggéra-t-il avec un espoir qui sonnait faux même à ses propres oreilles, sachant pertinemment que ce n'était pas du tout ce qu'elle allait dire mais essayant quand même parce qu'il était incapable de ne pas au moins tenter de la raisonner même quand il savait que c'était peine perdue.
« Non, » répondit-elle avec ce sourire qui s'élargissait maintenant en quelque chose de définitivement provocateur et dangereux pour son self-control déjà largement entamé. « De te prouver que je vais VRAIMENT bien. »
Et avant qu'il ne puisse protester ou même comprendre complètement ce qu'elle voulait dire exactement par là — même s'il avait une assez bonne idée qui faisait déjà monter sa température corporelle de plusieurs degrés — elle l'embrassa à nouveau, mais cette fois-ci il n'y avait rien de doux ou de rassurant dans ce baiser. C'était pur feu et désir et besoin, ses lèvres se pressant contre les siennes avec une urgence qui ne laissait aucun doute sur ses intentions, sa main valide glissant sous sa chemise pour tracer les muscles de son abdomen avec une familiarité qui envoyait des frissons le long de sa colonne vertébrale.
« Lia... »
Il essaya de protester faiblement même si son corps trahissait déjà ses paroles en répondant instinctivement à ses caresses, même si ses mains bougeaient déjà d'elles-mêmes pour l'attirer plus près.
« Tes côtes... ton bras... Yori a dit que tu devais te reposer et éviter tout effort physique... »
« Je ne suis pas en verre, Marco, » l'interrompit-elle entre deux baisers qu'elle déposait maintenant le long de sa mâchoire, descendant vers son cou avec une précision calculée qui visait directement tous les points sensibles qu'elle avait appris à connaître au fil du temps passé ensemble. « Et j'en ai assez d'être traitée comme si j'allais me briser au moindre mouvement. »
« Tu es plus proche de la porcelaine ébréchée que de l'acier trempé en ce moment, yoi, » rétorqua-t-il avec ce sarcasme mordant qui était sa défense habituelle quand il était acculé et qu'il ne savait pas comment gérer une situation qui lui échappait complètement. « Il y a une différence significative entre les deux états. »
Elle s'arrêta juste assez longtemps pour lever les yeux vers lui, ses yeux verts brillant de cette lueur amusée et exaspérée à la fois qui lui était si caractéristique quand il disait quelque chose de particulièrement irritant mais techniquement vrai.
« Wow, » dit-elle avec un sourire sarcastique qui égalait le sien en intensité. « Tellement romantique. Je suis émue aux larmes par ta poésie, vraiment. Continue comme ça et je vais fondre d'amour. »
Il ne put s'empêcher de sourire malgré son inquiétude persistante, malgré cette voix dans sa tête qui lui criait que c'était une mauvaise idée, qu'elle avait besoin de repos et non pas d'activités physiques intenses qui risquaient d'aggraver ses blessures encore fragiles. Mais c'était Sohalia, et elle avait ce pouvoir étrange et terrifiant de le faire céder à peu près n'importe quoi quand elle le regardait comme ça, avec ce mélange de défi et de vulnérabilité dans les yeux qui court-circuitait complètement sa capacité à penser rationnellement et à faire les choix sages et responsables qu'il était censé faire en tant que premier commandant.
« Si tu grimaces ne serait-ce qu'une seule fois à cause de la douleur, j'arrête immédiatement, yoi, » capitula-t-il finalement, sachant qu'il venait de perdre cette bataille mais essayant au moins de négocier des conditions qui garantiraient sa sécurité autant que possible dans les circonstances. « Non négociable. »
« Deal, » accepta-t-elle beaucoup trop rapidement pour que ce soit rassurant, ce qui confirmait ses soupçons qu'elle avait probablement déjà prévu de l'ignorer complètement s'il tentait de s'arrêter en plein milieu. « Maintenant arrête de parler et embrasse-moi. »
Il obéit parce qu'il était physiquement incapable de faire autrement quand elle lui donnait des ordres avec cette voix-là, cette voix légèrement rauque et chargée de promesses qui faisait fondre toutes ses résolutions et toute sa volonté comme neige au soleil. Le baiser qui suivit fut tout sauf doux ou tendre — c'était urgent et désespéré et affamé, comme s'ils essayaient tous les deux de se prouver quelque chose à eux-mêmes et à l'autre, comme s'ils avaient besoin de cette connexion physique intense pour chasser les fantômes qui les hantaient, pour se rappeler qu'ils étaient vivants et ensemble et que rien d'autre ne comptait vraiment en cet instant précis.
Sohalia prit le contrôle de la situation avec une assurance qui le surprenait toujours un peu même après tout ce temps, se déplaçant pour s'installer à califourchon sur lui malgré ses côtes qui protestaient — il le vit dans le léger tressaillement de ses paupières, dans la tension brève de sa mâchoire — mais elle ne s'arrêta pas, refusant obstinément de laisser la douleur la ralentir ou la détourner de son objectif qui était apparemment de lui prouver de la manière la plus définitive et physique possible qu'elle allait bien, qu'elle était vivante, qu'elle était forte.
Ses mains exploraient son torse nu avec une familiarité née de l'intimité partagée, traçant chaque muscle, chaque cicatrice, chaque contour comme si elle les redécouvrait pour la première fois ou comme si elle essayait de les mémoriser au cas où — au cas où quoi exactement, elle ne voulait pas y penser, ne voulait pas imaginer un futur où ils ne seraient pas ensemble comme ça, où elle ne pourrait pas le toucher comme ça.
Marco, de son côté, gardait ses mains sur ses hanches avec une douceur presque révérencielle malgré le désir qui brûlait dans ses veines comme du feu liquide, terriblement conscient de sa fragilité actuelle malgré toute sa bravade et son refus d'admettre qu'elle était encore convalescente, prêt à la rattraper au moindre signe de faiblesse ou de douleur excessive.
Elle grimaca une fois — juste une fois, une contraction brève de ses traits quand elle se pencha d'une certaine manière qui tira sur ses côtes fracturées d'une manière particulièrement douloureuse — et il réagit immédiatement comme il l'avait promis, ses mains se resserrant sur ses hanches pour l'immobiliser, prêt à mettre fin à tout ça avant qu'elle ne se blesse davantage par pure obstination.
« Non, » dit-elle fermement avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche pour protester ou pour insister qu'ils s'arrêtent maintenant. « Continue. Ne t'arrête pas. »
« Lia, tu as mal, yoi... » commença-t-il, son inquiétude transparaissant clairement dans sa voix malgré ses efforts pour rester calme et rationnel.
« Marco, » l'interrompit-elle en le regardant droit dans les yeux avec une intensité qui lui coupa le souffle et toute velléité de protestation supplémentaire. « Si tu t'arrêtes maintenant par excès de prudence maladive, je te jure sur ma vie que je vais te tuer de mes propres mains dès que je serai capable de bouger normalement à nouveau. »
Il ne put s'empêcher de rire malgré la situation, malgré son inquiétude, malgré tout, parce que c'était tellement elle cette menace de mort prononcée avec un sérieux absolu alors qu'ils étaient au milieu de... ça.
« C'est censé être rassurant, yoi ? »
« C'est censé être une promesse, » rétorqua-t-elle avec un sourire qui était à la fois tendre et absolument terrifiant dans sa détermination. « Maintenant arrête de t'inquiéter et laisse-moi te prouver que je vais bien. »
Il céda finalement parce qu'il était humainement impossible de résister à Sohalia quand elle était comme ça, déterminée et vulnérable et absolument magnifique dans la lumière dorée de l'aube qui entrait par la fenêtre et illuminait sa peau pâle parsemée de cicatrices récentes qui racontaient l'histoire de sa survie miraculeuse. Il la laissa prendre le contrôle complètement, la laissa lui montrer qu'elle était vivante et forte et là avec lui, mais ses mains restèrent sur elle constamment, attentives au moindre signe de douleur ou d'inconfort, prêtes à tout arrêter au premier signal même si elle le maudissait pour ça ensuite.
Ce qui suivit fut tendre malgré l'urgence qui les animait tous les deux, passionné malgré la douceur nécessaire imposée par ses blessures, une danse délicate entre le besoin et la prudence, entre le désir et la préoccupation, entre la vie qu'ils célébraient et la mort qu'ils avaient frôlée de trop près. Ils se mouvaient ensemble avec une synchronicité qui venait de la pratique et de l'intimité profonde qu'ils partageaient, chacun sachant exactement comment toucher l'autre, comment donner du plaisir tout en évitant de causer de la douleur, comment créer cette connexion parfaite qui transcendait le purement physique pour devenir quelque chose de plus profond et de plus significatif.
Quand tout fut terminé et qu'ils gisaient enlacés dans les draps en désordre, tous les deux légèrement essoufflés et le cœur battant à toute vitesse, Sohalia posa sa tête sur le torse de Marco avec un soupir de contentement complet qui contrastait étrangement avec l'intensité de ce qu'ils venaient de partager.
« Tu vois? » murmura-t-elle contre sa peau encore chaude. « Pas morte. Même pas proche de la mort. En fait, je me sens plutôt vivante là tout de suite. »
« Pas encore morte serait plus exact, yoi, » répondit-il avec ce sarcasme affectueux qui était sa manière à lui de montrer son amour sans avoir à prononcer les mots qui lui venaient difficilement.« Mais la journée est encore jeune et tu as un rituel potentiellement mortel à accomplir, alors ne célèbre pas trop vite ta survie. »
Elle leva la tête pour le regarder avec une expression qui oscillait entre l'amusement et l'exaspération.
« Tu es vraiment un pessimiste incorrigible, tu le sais ça ? »
« Réaliste, » corrigea-t-il en caressant doucement ses cheveux emmêlés avec une tendresse qui démentait ses paroles sarcastiques. « Il y a une différence fondamentale entre pessimisme et réalisme que tu refuses obstinément de reconnaître. »
« Et toi tu es un rabat-joie professionnel. »
« Seulement parce que quelqu'un doit compenser pour ton optimisme aveugle et dangereux, yoi. »
Elle rit doucement, ce son merveilleux qu'il aimait tant entendre et qui semblait trop absent ces derniers temps avec tout ce qui s'était passé.
« Je t'aime aussi, phénix rabat-joie. »
Ils restèrent ainsi encore quelques minutes précieuses, savourant cette paix et cette intimité avant que le monde réel et ses exigences ne viennent les réclamer inévitablement. Puis, parce qu'ils ne pouvaient pas rester cachés dans cette bulle protectrice pour toujours aussi tentant que ce soit, ils commencèrent lentement à se préparer pour ce qui les attendait — le voyage vers Vieilombre, le rituel ancestral qui pourrait très bien tuer Sohalia si quelque chose tournait mal, le scellement d'un monstre ancien qui menaçait de plonger le monde entier dans les ténèbres éternelles.
Juste une journée normale dans leur vie, vraiment.
Marco l'aida à s'habiller avec une patience infinie qui contrastait avec son inquiétude évidente, ses mains bougeant avec une précision délicate pour ne pas tirer sur ses blessures encore sensibles. Il l'aida à enfiler ses vêtements de combat — ceux qu'elle n'avait pas portés depuis Ohara, ceux qui sentaient encore faiblement la fumée et la destruction malgré les lavages répétés — boutonnant sa chemise avec soin parce que son bras immobilisé ne lui permettait pas de le faire elle-même, attachant son pantalon, ajustant sa ceinture d'armes.
Elle regarda son bras gauche emprisonné dans cette attelle rigide qui limitait terriblement ses mouvements avec une grimace de dégoût et de frustration.
« Super look pour aller sauver le monde, » marmonna-t-elle sarcastiquement. « Très intimidant comme présentation. Je suis sûre que le monstre va trembler de peur en voyant une fille avec un bras cassé arriver pour le sceller. »
Marco, qui était en train d'ajuster les sangles de l'attelle pour s'assurer qu'elle était bien en place et qu'elle ne bougerait pas pendant le voyage, leva les yeux vers elle avec ce sourire sarcastique qui était sa marque de fabrique.
« Très intimidant en effet, yoi. Absolument terrifiant. Je tremble déjà. »
Elle lui lança un regard noir qui aurait pu faire fondre de l'acier.
« Tais-toi. Tu es censé me soutenir moralement là, pas te moquer de mon état pitoyable. »
« Je fais les deux, yoi, » répondit-il avec une telle désinvolture qu'elle ne put s'empêcher de sourire malgré son irritation. « C'est mon talent spécial — le sarcasme comme forme de soutien émotionnel. »
« C'est un talent vraiment merdique. »
« Et pourtant tu m'aimes, yoi. »
« Un mystère qui me dépasse, » soupira-t-elle théâtralement, mais ses yeux brillaient d'affection malgré ses paroles sarcastiques.
Le moment suivant fut plus sérieux et chargé émotionnellement quand Marco sortit de sa poche le bracelet de sa mère — ce bracelet ancien en argent terni orné de motifs floraux délicats qu'elle avait porté à son poignet depuis qu'elle avait des souvenirs, ce bracelet qui était l'un des rares objets physiques qui la reliaient encore à sa famille perdue et à son héritage de sang royal. Il avait été retiré pendant les soins médicaux intensifs qui avaient suivi Ohara, mis de côté en sécurité pour ne pas être endommagé pendant les interventions chirurgicales et les changements de pansements, et elle ne l'avait pas remis depuis parce qu'elle n'en avait pas eu la force ou le courage ou les deux.
Elle le prit avec une hésitation visible, le tenant dans sa paume ouverte et le regardant comme si c'était la première fois qu'elle le voyait vraiment, comme si elle voyait enfin ce qu'il représentait vraiment au-delà de son statut d'objet matériel.
« Elle serait fière de moi, tu penses ? » demanda-t-elle doucement, sa voix à peine audible et teintée de vulnérabilité. « Ou terrifiée de ce que je m'apprête à faire ? »
Marco l'aida à l'attacher autour de son poignet valide — une tâche qui aurait été simple avec deux mains fonctionnelles mais qui devenait compliquée avec une seule — ses doigts travaillant avec soin sur le fermoir délicat.
« Probablement les deux en même temps, yoi, » répondit-il honnêtement parce qu'il avait appris depuis longtemps qu'elle préférait la vérité brute même quand elle faisait mal plutôt que les mensonges réconfortants qui ne trompaient personne. « Fière de ton courage et de ta détermination. Terrifiée des risques que tu prends. C'est normal pour une mère. »
« Elle n'a jamais voulu que je sois mêlée à tout ça, » murmura Sohalia en regardant le bracelet maintenant attaché à son poignet, brillant faiblement dans la lumière de l'aube. « Elle voulait que je grandisse en sécurité, loin de toutes ces responsabilités et ces dangers. Elle a donné sa vie pour me protéger de tout ça. »
« Et tu honores son sacrifice en utilisant exactement ce qu'elle t'a donné — ton pouvoir, ta force — pour protéger le monde entier, yoi, » dit Marco en soulevant doucement son menton pour qu'elle le regarde dans les yeux. « Elle voulait ta sécurité, oui. Mais elle voulait aussi que tu vives, vraiment vives, et non pas que tu te caches toute ta vie. Et vivre signifie parfois prendre des risques pour ce qui est juste. »
Elle hocha la tête lentement, acceptant ses paroles même si elles ne chassaient pas complètement la culpabilité et le doute qui rongeaient son cœur. Puis elle se tourna vers le petit miroir accroché au mur de l'infirmerie, regardant son reflet pour la première fois vraiment depuis qu'elle s'était réveillée du coma, et ce qu'elle vit la fit grimacer involontairement.
Les cicatrices étaient toujours là sur son visage, plus visibles maintenant qu'une partie du gonflement avait diminué — des lignes rouges et irritées qui coupaient à travers sa peau comme des souvenirs permanents gravés dans sa chair, des témoignages indélébiles de sa proximité avec la mort. La plus notable traversait son arcade sourcilière gauche et descendait sur sa joue, un rappel constant de la pierre qui avait failli lui fracasser le crâne complètement. D'autres marques plus petites parsemaient son front et sa mâchoire, créant une carte de douleur et de survie sur son visage autrefois intact.
« J'ai une sale tête, » constata-t-elle avec une franchise brutale qui ne laissait aucune place au réconfort ou aux platitudes. « Je ressemble à un champ de bataille. »
Marco se plaça derrière elle devant le miroir, ses mains se posant sur ses épaules avec douceur, et quand il parla sa voix était chargée de ce sarcasme mordant qu'elle connaissait si bien.
« Oui, yoi. Tu as effectivement l'air d'avoir été traînée derrière un navire pendant plusieurs kilomètres. »
Elle se retourna brusquement pour le regarder, choquée qu'il ait osé confirmer plutôt que nier, qu'il ait choisi l'honnêteté brutale plutôt que les mensonges réconfortants qu'elle attendait presque. Mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, il sourit — ce sourire rare et sincère qui transformait complètement son visage et qui n'apparaissait que dans les moments vraiment importants.
« Mais tu es toujours la plus belle chose que j'ai jamais vue, yoi, » continua-t-il en caressant doucement une de ses cicatrices du bout des doigts avec une tendresse qui contrastait violemment avec ses paroles précédentes. « Ces marques ne font que prouver à quel point tu es forte, à quel point tu as survécu à des choses qui auraient tué la plupart des gens. Elles te rendent plus belle, pas moins. »
« Tu dis ça uniquement parce que tu m'aimes et que ton jugement est complètement biaisé, » rétorqua-t-elle mais sa voix tremblait légèrement d'émotion malgré son ton sarcastique.
« Je dis ça parce que c'est la vérité absolue, yoi, » insista-t-il avec une conviction qui ne laissait aucune place au doute. « Et mon jugement est parfaitement clair et objectif. »
Elle se retourna pour lui faire face complètement, se levant sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec une tendresse qui les surprit tous les deux par son intensité.
« Tu es impossible, » murmura-t-elle contre ses lèvres.
« Seulement avec toi, yoi. »
« Flatteur. »
Ils restèrent ainsi encore un instant, front contre front, savourant ces derniers moments de paix et d'intimité avant que le monde réel ne vienne les réclamer définitivement. Puis Sohalia recula et prit une grande inspiration qui fit protester ses côtes mais qu'elle ignora complètement par pure obstination.
« Allons-y, » dit-elle avec cette détermination qu'il aimait tant et qui le terrifiait en même temps parce qu'elle signifiait qu'elle était prête à se sacrifier pour ce qu'elle croyait juste. « Allons sauver le monde avant que je change d'avis et décide que rester au lit avec toi est une bien meilleure option. »
« C'est définitivement une meilleure option, yoi, » marmonna-t-il mais il la suivit quand même hors de l'infirmerie, sachant qu'il la suivrait n'importe où même si c'était directement en enfer parce qu'il ne pouvait tout simplement pas faire autrement.
Ils sortirent de l'infirmerie main dans la main, prêts à affronter ce qui les attendait, prêts à sauver le monde ensemble.
Ou à mourir en essayant.
De préférence la première option, bien sûr.
Le pont du Moby Dick grouillait déjà d'activité frénétique malgré l'heure encore matinale, l'équipage entier semblant avoir été mobilisé dès l'aube pour préparer le voyage vers Vieilombre qui s'annonçait aussi périlleux qu'essentiel pour la survie du monde tel qu'ils le connaissaient. Des pirates couraient dans tous les sens comme des fourmis affolées, transportant des provisions, vérifiant les cordages, ajustant les voiles, criant des ordres et des contre-ordres qui créaient une cacophonie organisée qui aurait dû être chaotique mais qui fonctionnait parfaitement grâce à des années d'habitude et de coordination instinctive. L'air salé du matin portait les odeurs familières de goudron, de bois, d'embruns et de cette essence indéfinissable qui était propre au Moby Dick et qui signifiait chez soi pour tous ceux qui y vivaient.
Quand Sohalia et Marco émergèrent enfin de l'infirmerie, main dans la main comme s'ils avaient besoin de ce contact physique constant pour se rassurer mutuellement qu'ils étaient là et vivants, le premier pirate qui les aperçut — un jeune homme de la cinquième division dont elle ne se souvenait jamais du nom malgré tous ses efforts — s'arrêta net dans ce qu'il était en train de faire, laissant tomber la caisse qu'il transportait avec un bruit sourd qui résonna sur le pont, et cria avec un enthousiasme qui manquait totalement de subtilité ou de discrétion:
« HÉ ! Sohalia est là ! Elle est sortie de l'infirmerie ! »
L'effet fut immédiat et spectaculaire comme une réaction en chaîne qui se propageait à la vitesse de la lumière. Tous les pirates présents sur le pont se figèrent instantanément dans leurs activités respectives, leurs têtes se tournant simultanément vers l'endroit d'où venait le cri, créant un moment de silence absolu qui contrastait étrangement avec le chaos organisé d'il y a quelques secondes à peine. Puis, après cette fraction de seconde de surprise collective où le temps sembla se suspendre complètement, ce fut l'explosion — des cris de joie, des sifflements, des applaudissements qui créaient un vacarme assourdissant qui fit grimacer Sohalia dont la tête était encore sensible à ce genre de stimulation sonore excessive.
Mais avant qu'elle ne puisse vraiment réagir ou même commencer à traiter ce qui se passait exactement, avant qu'elle ne puisse lever la main pour saluer ou dire quoi que ce soit, la quatrième division débarqua sur le pont principal.
Et quand la quatrième division débarquait quelque part, tout le monde le savait immédiatement parce qu'ils ne connaissaient apparemment pas le concept de discrétion ou de retenue, fonctionnant plutôt sur le principe que si quelque chose méritait d'être fait, ça méritait d'être fait avec le maximum de bruit et de chaos possible. Ils arrivèrent littéralement en courant depuis les ponts inférieurs où ils devaient préparer leurs propres affaires, dévalant les escaliers avec une précipitation qui frisait le danger mortel pour eux-mêmes et pour quiconque avait le malheur de se trouver sur leur chemin, bousculant sans ménagement tous ceux qui ne s'écartaient pas assez vite, créant une vague humaine bruyante et désordonnée qui se dirigeait droit vers Sohalia avec la subtilité d'un troupeau de bisons en fuite.
Marco sentit immédiatement le danger arriver comme un sixième sens développé après des années à côtoyer cette bande d'excités chroniques. Il soupira profondément, ce soupir long et résigné de quelqu'un qui savait exactement ce qui allait se passer et qui n'avait absolument aucun pouvoir pour l'empêcher malgré toute sa volonté et son autorité théorique en tant que premier commandant.
« Prépare-toi, yoi, » murmura-t-il à Sohalia avec un ton qui oscillait entre l'amusement et l'appréhension légitime. « Ils arrivent. »
« Qui arrive— » commença-t-elle mais elle n'eut pas le temps de finir sa question avant que Hogo n'arrive le premier, parce qu'évidemment c'était Hogo qui arrivait toujours le premier dans ce genre de situation, incapable qu'il était de modérer son enthousiasme ou de concevoir que sa taille et sa force pouvaient être problématiques dans certaines circonstances.
« SOHALIA ! » rugit-il avec un volume sonore qui aurait pu réveiller les morts dans un rayon de plusieurs kilomètres, ses bras s'ouvrant grands dans une invitation claire à une étreinte qui promettait d'être aussi affectueuse que potentiellement mortelle pour quelqu'un dans l'état de Sohalia.
Et avant que quiconque ne puisse l'arrêter ou même essayer de tempérer son enthousiasme débordant, il lui donna une grande tape enthousiaste dans le dos qui aurait probablement été amicale et réconfortante si elle n'avait pas été livrée avec la force d'un coup de massue géante.
Le résultat fut immédiat et catastrophique. Sohalia se plia littéralement en deux sous l'impact, un cri de douleur s'échappant de ses lèvres malgré tous ses efforts pour le retenir, ses côtes fracturées hurlant leur protestation véhémente contre ce traitement brutal et totalement inapproprié compte tenu de son état encore extrêmement fragile.
« MES CÔTES ! » parvint-elle à articuler entre deux grimaces de douleur pure et non filtrée, une main pressée contre son flanc comme si ça pouvait aider à contenir la douleur qui explosait dans sa cage thoracique malmenée.
Marco émit un grognement qui était à mi-chemin entre l'amusement exaspéré et la menace de violence imminente, ce grognement particulier qu'il réservait aux situations où la quatrième division faisait exactement ce qu'il avait prédit qu'ils feraient et qu'il aurait vraiment préféré qu'ils ne fassent pas.
« Hogo... » dit-il avec ce ton dangereusement calme qui signifiait généralement que quelqu'un allait se faire brûler vivant dans un futur très proche si il ne se calmait pas immédiatement.
Hogo recula précipitamment avec une expression horrifiée qui aurait été comique si la situation n'avait pas été aussi douloureuse pour Sohalia, ses grandes mains se levant dans un geste d'apaisement qui ne servait absolument à rien maintenant que le mal était fait.
« Merde, pardon! Désolé! Je suis vraiment désolé! »
Il avait l'air sincèrement contrit maintenant que son enthousiasme initial s'était dissipé assez pour qu'il réalise ce qu'il venait de faire.
« J'oublie toujours que t'es... euh... délicate en ce moment ! »
« DÉLICATE ? »
Sohalia releva la tête pour le fusiller du regard malgré la douleur qui irradiait encore de ses côtes, son ton montant dangereusement vers des octaves qui promettaient de la violence future.
« Tu m'appelles DÉLICATE ? »
« Fragile ? » tenta Hogo avec hésitation, cherchant visiblement le mot approprié qui ne la mettrait pas plus en colère qu'elle ne l'était déjà.
« PIRE ! »
Son indignation était palpable maintenant, dépassant même la douleur dans son ordre de priorités émotionnelles.
« Cassée ? »Il essayait vraiment de trouver le bon terme mais chaque tentative ne faisait qu'empirer la situation de manière exponentielle.
« ARRÊTE DE PARLER ! »
« Euh... comme une fleur délicate qui a besoin de protection et de soins attentifs ? » proposa-t-il avec un optimisme désespéré qui montrait clairement qu'il n'avait absolument aucune idée de comment gérer une Sohalia en colère, ce qui était étrange compte tenu qu'ils se connaissaient depuis des années mais cohérent avec son incapacité générale à lire les situations sociales.
Marco, qui observait cet échange avec l'expression de quelqu'un qui regardait un accident se dérouler au ralenti sans pouvoir rien faire pour l'empêcher, intervint finalement.
« Continue comme ça, yoi. C'est une excellente stratégie. Elle va définitivement apprécier la comparaison avec une fleur délicate. Je vois absolument aucun problème avec cette approche. »
Sohalia leva son poing valide — celui qui n'était pas immobilisé dans cette attelle ridicule — dans une menace claire et sans équivoque de violence physique imminente si Hogo ne fermait pas sa bouche immédiatement.
« Je vais te MONTRER à quel point je suis délicate et fragile quand je vais te frapper ! »
Hogo rit nerveusement et recula encore de plusieurs pas prudents, mettant une distance de sécurité respectable entre lui et cette petite femme furieuse qui était parfaitement capable de le faire souffrir malgré son état diminué.
« Hé, mais je suis vraiment content que tu sois vivante ! » tenta-t-il de se rattraper maladroitement. « Vraiment! On était tous inquiets ! »
« Tu as une façon vraiment merdique de montrer ton affection, » marmonna-t-elle mais elle souriait légèrement maintenant malgré la douleur persistante, incapable de rester vraiment en colère contre lui quand il avait l'air si sincèrement désolé et penaud.
Kan arriva en deuxième, comme toujours, toujours juste derrière Hogo dans ces situations parce qu'ils fonctionnaient apparemment en binôme chaotique la plupart du temps. Il avait ce sourire jusqu'aux oreilles qui était sa marque de fabrique, ce sourire qui disait clairement qu'il allait dire quelque chose d'incroyablement irritant ou complètement inutile ou les deux à la fois, et effectivement il ne déçut pas les attentes.
« J'avais prédit ça ! » annonça-t-il avec une fierté qui semblait totalement injustifiée compte tenu des circonstances. « J'avais EXACTEMENT prédit que tu serais prête aujourd'hui pour le rituel ! Mes prédictions sont vraiment d'une précision incroyable ! »
Sohalia le regarda avec une expression qui oscillait entre l'amusement et l'incrédulité totale face à cette affirmation manifestement ridicule.
« Prédit quoi exactement ? Que je serais capable de marcher un jour donné parmi tous les autres jours possibles? »
« Que tu serais prête PRÉCISÉMENT aujourd'hui pour accomplir le rituel de scellement ! » insista-t-il avec un enthousiasme qui ne faiblissait pas malgré le scepticisme évident dans la voix de Sohalia. « La précision temporelle est cruciale dans les prédictions de qualité ! »
Kenta, qui était arrivé juste derrière Kan et qui riait déjà avant même d'avoir dit quoi que ce soit parce qu'il semblait incapable de contrôler ses réactions émotionnelles face à n'importe quelle situation, intervint avec un ton qui trahissait son amusement évident devant cette situation absurde.
« Tu as dit ça TOUS LES JOURS pendant les deux dernières semaines ! Tous les matins tu arrivais et tu disais 'Aujourd'hui c'est le jour ! Je le sens !' avec la même conviction aveugle !»
« Et j'avais raison au moins une fois ! » rétorqua Kan avec une logique tordue qui avait un certain sens si on ne réfléchissait pas trop profondément aux implications. « Ce qui prouve que mes prédictions finissent toujours par se réaliser si on attend suffisamment longtemps ! C'est de la précision à long terme ! »
Sohalia leva les yeux au ciel dans un geste d'exaspération qui était devenu presque réflexe quand elle traitait avec Kan et ses affirmations ridicules sur ses soi-disant pouvoirs de prédiction qui étaient en réalité juste des suppositions aléatoires répétées jusqu'à ce que l'une d'entre elles se révèle accidentellement correcte.
« Ta logique est absolument imparable. Comment ai-je pu douter de tes talents divinatoires exceptionnels ? »
« Je sais ! » répondit Kan complètement insensible au sarcasme évident dans sa voix. « Les gens doutent toujours de mes capacités au début mais finissent toujours par reconnaître mon génie ! »
Marco intervint avec ce ton sarcastique et mordant qui était sa contribution habituelle à ce genre de conversation absurde.
« Un génie vraiment exceptionnel, yoi. Le monde ne mérite clairement pas un devin de ton calibre. Tu devrais peut-être ouvrir un stand de prédictions et facturer les gens pour tes services inestimables. »
« Tu te moques, » dit Kan mais il souriait quand même, « mais j'ai aussi prédit que Kenta me devait mille berrys pour notre pari sur quand exactement tu te réveillerais ! J'ai gagné ! »
« Tu me dois toujours MILLE berrys de CINQ autres paris que tu as PERDUS ! » protesta Kenta immédiatement, son rire s'arrêtant brusquement pour être remplacé par une indignation qui semblait sincère. « On ne peut pas juste compter les paris que tu gagnes et ignorer tous ceux que tu perds! C'est de la triche mathématique ! »
« Détails techniques sans importance ! » balaya Kan avec un geste de la main qui écartait complètement cette objection gênante. « Ce qui compte c'est que j'avais raison cette fois-ci et que tu me dois de l'argent ! »
Sohalia secoua la tête avec un mélange d'amusement et de désespoir face à ces deux-là qui ne changeraient apparemment jamais même si le monde était sur le point de se terminer.
« Vous êtes absolument impossibles tous les deux. Complètement et irrémédiablement impossibles. »
« Merci ! » répondirent-ils en chœur comme si c'était un compliment, ce qui en disait long sur leur compréhension des interactions sociales normales.
Kenta, qui riait à nouveau maintenant que le sujet du pari était temporairement clos, fit soudainement une erreur monumentale qui créa un silence gênant immédiat.
« C'est vraiment bon de te revoir, chef! » dit-il avec un enthousiasme sincère qui rendait l'erreur encore pire.
Le silence qui suivit fut si lourd et inconfortable qu'on aurait pu le couper au couteau. Tous les membres de la quatrième division présents se figèrent instantanément, leurs sourires s'effaçant comme si quelqu'un avait appuyé sur un interrupteur, réalisant simultanément l'énormité de ce qui venait d'être dit et les implications douloureuses que ce titre portait avec lui.
Kenta, pour sa part, sembla réaliser sa gaffe environ trois secondes trop tard, ses yeux s'élargissant avec horreur tandis qu'il comprenait ce qu'il venait de dire et à quel point c'était inapproprié ou du moins profondément compliqué.
« Euh... je veux dire... commandante... non attends ce n'est pas mieux... chef-pas-chef ? Temporaire ? Je... merde, qu'est-ce que je suis censé dire exactement? »
Sohalia le regarda pendant un long moment, son expression impossible à déchiffrer, le silence s'étirant inconfortablement tandis qu'elle cherchait comment répondre à ça, comment naviguer cette situation délicate qui touchait à quelque chose de fondamentalement douloureux pour eux tous.
« Chef de quoi exactement ? » demanda-t-elle finalement avec une voix soigneusement neutre qui ne laissait rien transparaître de ce qu'elle ressentait vraiment.
« De... nous ? » tenta Kenta avec hésitation, son visage rougissant progressivement tandis qu'il réalisait qu'il s'enfonçait de plus en plus profondément dans ce bourbier social. « De la quatrième division ? Depuis que... depuis que tu as pris le commandement temporaire il y a... »
« Il nous faut bien un commandant depuis que Thatch est mort » intervint Kan avec sa franchise habituelle qui manquait totalement de tact ou de sensibilité à l'atmosphère, énonçant le fait brutal que tout le monde pensait mais que personne ne voulait vraiment dire à voix haute.
Tout le monde se tourna pour le fusiller du regard simultanément avec une intensité qui aurait dû le réduire en cendres sur place, créant un moment de réprobation collective qui était presque palpable dans sa force.
« QUOI ? » se défendit Kan complètement inconscient ou délibérément ignorant du problème. « C'est techniquement vrai ! C'est un fait objectif ! Thatch est mort, Sohalia a pris le commandement temporaire pour la mission, et depuis elle est revenue elle est toujours techniquement la commandante parce que personne d'autre n'a été nommé officiellement! Je ne fais qu'énoncer les faits ! »
Hogo lui administra une claque sonore et méritée derrière la tête qui résonna comme un coup de tonnerre. « Tact, Kan. T-A-C-T. C'est un concept que tu devrais peut-être essayer d'apprendre un jour même si je sais que c'est difficile pour toi. »
« Aïe ! » Kan se frotta la tête avec une grimace exagérée. « Je disais juste la vérité! Depuis quand la vérité est-elle un problème ? »
« Depuis qu'elle blesse les gens qu'on aime, idiot, » marmonna Hogo mais suffisamment fort pour que tout le monde entende.
Sohalia regardait cet échange avec une expression qui était devenue progressivement plus amusée malgré la douleur sous-jacente du sujet, et finalement elle leva sa main valide pour arrêter cette discussion avant qu'elle ne dégénère davantage.
« D'accord, stop. Tous. Arrêtez de vous battre sur qui a raison ou tort ou qui manque de tact. »
Hade, qui était resté relativement silencieux jusqu'à présent comme il le faisait généralement dans ces situations chaotiques préférant observer plutôt que participer activement, choisit ce moment pour intervenir dans ce qui semblait être une tentative de sauver la situation mais qui se révéla être exactement le contraire.
« On pourrait peut-être t'appeler Commandante Temporaire de la Quatrième Division ? » suggéra-t-il avec ce qui semblait être un sérieux complet même si le titre proposé était ridiculement long et formel. « Ça clarifie ton statut tout en reconnaissant que Thatch reste le vrai commandant même dans la mort ? »
« C'est beaucoup trop long, » objecta immédiatement Kenta en secouant la tête. « Personne ne va utiliser un titre de huit mots dans la conversation normale. »
« Chef-Pas-Chef alors ? » proposa Kan avec un enthousiasme qui suggérait qu'il trouvait cette alternative beaucoup plus pratique et utilisable au quotidien.
« C'est encore pire ! » protesta Hade avec horreur. « Ça n'a même aucun sens grammatical ou logique! »
« Qu'est-ce que tu proposes alors, génie ? » demanda Kan défensivement.
« Chef-Peut-Être ? » suggéra Hogo en se joignant à cette discussion absurde qui prenait des proportions de plus en plus ridicules. « Ça laisse la question ouverte sans la trancher définitivement ? »
« Boss-Mais-Pas-Vraiment ? » tenta Kenta avec hésitation, clairement conscient que cette suggestion était aussi mauvaise que toutes les autres mais ne voulant pas être exclu de cette session de brainstorming collective aussi improductive soit-elle.
Sohalia leva ses deux mains — enfin, sa main valide et son bras dans l'attelle — dans un geste universel de capitulation et d'exaspération totale face à cette conversation qui était partie complètement hors de contrôle.
« APPELEZ-MOI JUSTE SOHALIA, BORDEL ! Mon NOM ! Celui que mes parents m'ont donné ! C'est vraiment trop demander ? »
Hade, ce traître, sourit avec ce sourire en coin qui apparaissait rarement mais qui était toujours signe de problèmes quand il se manifestait.
« Chef Sohalia Bordel. Noté. C'est un titre unique et mémorable. Un peu long mais très distinctif. »
Elle lui lança un regard qui promettait une vengeance future et douloureuse.
« Je vais te tuer. Lentement et douloureusement. Et je vais en profiter. »
« Tu devras me rattraper d'abord, » répliqua-t-il avec une désinvolture qui montrait qu'il ne prenait absolument pas sa menace au sérieux, ce qui était probablement une erreur de jugement majeure de sa part.
Marco, qui avait observé tout cet échange avec l'expression de quelqu'un qui regrettait profondément toutes les décisions de sa vie qui l'avaient mené à ce moment précis, intervint finalement.
« Très professionnel, yoi. Vraiment. Le Gouvernement Mondial tremblerait de peur s'ils voyaient cette démonstration impressionnante de discipline et de cohésion militaire. »
Mais avant que quiconque ne puisse répondre à cette remarque sarcastique ou continuer cette discussion qui ne menait nulle part de productif, Yori arriva enfin, traversant le pont avec cette démarche mesurée et professionnelle qui était sa marque de fabrique, son visage arborant cette expression sérieuse de médecin qui avait vu quelque chose qui ne lui plaisait pas du tout et qui avait bien l'intention de le corriger immédiatement peu importe les protestations.
Il s'arrêta devant Sohalia, l'examina du regard avec cette intensité professionnelle qui manquait totalement de chaleur humaine ou d'empathie superficielle, ses yeux de médecin scannant systématiquement chaque détail visible de son état actuel depuis sa posture légèrement voûtée jusqu'à la pâleur de son teint en passant par la façon dont elle favorisait son côté droit pour ne pas trop solliciter ses côtes fracturées du côté gauche.
« Tu devrais être alitée, » déclara-t-il sans préambule ou salutation, parce qu'apparemment les convenances sociales comme dire bonjour n'avaient aucune importance quand il s'agissait de l'état médical de ses patients. « Dans un lit. Immobile. De préférence inconsciente sous sédatif pour que tu ne puisses pas faire quelque chose de stupide qui aggraverait ton état déjà précaire. »
« Bonjour à toi aussi, Yori, » répondit Sohalia avec un sarcasme qui égalait le sien en intensité. « C'est vraiment merveilleux de te voir aussi. Ta personnalité chaleureuse et ta compassion débordante pendant mes moments d'inconscience m'a vraiment manquée. »
« Je suis sérieux, » insista-t-il sans se laisser démonter par son sarcasme. « Ton bras n'est pas complètement guéri et ne le sera pas avant plusieurs semaines au minimum. »
« Je sais, » répondit-elle patiemment comme si elle parlait à un enfant particulièrement têtu.
« Tes côtes non plus et elles vont faire mal à chaque respiration pendant au moins un mois. »
« Je sais. »
« Ton crâne qui était fracturé sur le côté gauche nécessite encore plusieurs semaines de repos complet avant que je puisse certifier que tu n'as aucun dommage cérébral permanent. »
« JE SAIS. »
« Et pourtant, » continua-t-il implacablement comme si elle n'avait rien dit, « tu te prépares à accomplir un rituel ancestral qui va littéralement épuiser ton énergie vitale jusqu'à la dernière goutte et qui pourrait très facilement te tuer si quelque chose tourne mal même légèrement. »
« Oui ? » admit-elle avec hésitation parce qu'il n'y avait vraiment aucun moyen de nier cette accusation qui était entièrement basée sur des faits vérifiables.
Yori soupira profondément, ce soupir long et las de quelqu'un qui avait abandonné tout espoir de faire entendre raison à ses patients mais qui allait quand même essayer par pur sens du devoir professionnel.
« Idiote, » dit-il mais son ton manquait de la véhémence réelle qui aurait fait de cette insulte quelque chose de blessant. « Complètement idiote et suicidaire. »
Marco, qui n'avait apparemment pas pu résister à la tentation de s'en mêler, intervint avec un timing parfaitement calculé pour créer le maximum d'embarras possible.
« Elle va bien, yoi. Je l'ai... examinée très soigneusement ce matin. Ses constantes sont excellentes compte tenu des circonstances. »
Le regard qu'il accompagna avec ces mots était chargé de sous-entendus qui ne laissaient absolument aucun doute sur le type d'examen auquel il faisait référence exactement, et Yori comprit immédiatement parce qu'il n'était pas stupide même s'il aurait vraiment préféré ne PAS comprendre et pouvoir maintenir une ignorance bienheureuse sur certains aspects de la vie privée de ses patients.
« Oh mon dieu, » dit Yori en fermant brièvement les yeux comme si ça pouvait effacer ce qu'il venait d'apprendre et qu'il ne voulait vraiment pas savoir. « S'il te plaît dis-moi que tu ne viens pas de me dire ce que je pense que tu viens de me dire. »
« Ses paramètres vitaux sont vraiment excellents, yoi, » insista Marco avec une désinvolture qui frisait l'insolence. « Rythme cardiaque stable, respiration régulière, réactivité neurologique optimale... »
« JE N'AI PAS BESOIN DE DÉTAILS MÉDICAUX SUR VOTRE VIE SEXUELLE ! » explosa Yori avec une véhémence qui montrait clairement qu'il était profondément inconfortable avec toute cette conversation. « Il y a des choses que je ne veux absolument PAS savoir en tant que votre médecin ! »
Hogo, bien sûr, ne put pas laisser passer cette occasion en or.
« ATTENDEZ, VOUS AVEZ FAIT QUOI CE MATIN ? » hurla-t-il avec un mélange d'horreur scandalisée et de fascination morbide qui était parfaitement caractéristique de sa personnalité. « Elle sort à peine d'un coma et vous... oh merde, Marco ! »
« MOI SI JE VEUX DES DÉTAILS ! » ajouta Kan avec un enthousiasme qui était vraiment inapproprié compte tenu des circonstances. « Raconte ! Comment c'était ? Qui a initié ? Est-ce que— »
« KAN JE TE JURE QUE JE VAIS TE TUER ! » rugit Sohalia avec un visage qui était passé du pâle au rouge tomate en approximativement trois secondes, son embarras atteignant des niveaux qui ne devraient pas être humainement possibles. « TOUS! JE VAIS TOUS VOUS JETER À LA MER ! »
« Tu me l'avais déjà promis plus tôt, » fit remarquer Dom qui s'était approché pendant cette conversation chaotique et qui avait apparemment entendu suffisamment pour être à jour sur la situation. « À ce rythme, on va tous finir noyés avant même d'arriver à Vieilombre. »
Marco, qui ne semblait absolument pas gêné ou honteux contrairement à Sohalia qui aurait voulu disparaître dans un trou et ne jamais en ressortir, ajouta avec un sarcasme mordant qui n'aidait vraiment pas la situation:
« Pour votre information à tous, yoi, ses constantes sont effectivement excellentes et elle a démontré une mobilité et une endurance remarquables compte tenu de son état. Du point de vue strictement médical. »
« MARCO ! » Sohalia le frappa avec son bras valide, ce qui n'eut absolument aucun effet sur lui à part le faire sourire. « ARRÊTE DE PARLER ! »
« Je fournis juste des données médicales pertinentes, yoi, » répondit-il avec une innocence feinte qui ne trompait personne. « C'est important pour que Yori puisse évaluer correctement ton état actuel. »
Yori le fusilla du regard avec une intensité qui aurait dû le réduire en cendres.
« Je n'ai AUCUN besoin de ces informations spécifiques pour évaluer son état médical. AUCUN. Zéro. Ces détails ne sont absolument pas pertinents pour mon travail de médecin. »
« C'est pourtant très pertinent d'un point de vue cardiologique et respiratoire, yoi, » insista Marco en enfonçant le clou avec une détermination qui frisait la cruauté. « Son rythme cardiaque a atteint des pics de— »
« SI TU FINIS CETTE PHRASE JE TE TUE ! » hurla Sohalia avec une véhémence qui était mi-mortifiée, mi-furieuse. « JE TE TUE, JE TE RESSUSCITE, ET JE TE TUE À NOUVEAU ! »
La quatrième division entière était maintenant pliée en deux de rire, certains s'appuyant les uns sur les autres pour ne pas tomber tant ils riaient fort, d'autres essayant vainement d'étouffer leurs gloussements dans leurs mains mais échouant lamentablement, créant une cacophonie de rires qui devait s'entendre depuis les ponts inférieurs et qui attirait probablement l'attention d'autres divisions qui se demanderaient ce qui pouvait bien se passer pour créer un tel vacarme si tôt le matin.
Yori leva les yeux au ciel dans un geste d'exaspération pure et abandonna apparemment toute prétention de maintenir une conversation productive ou professionnelle.
« Vous êtes tous impossibles. Complètement et irrémédiablement impossibles. Je ne sais pas pourquoi j'essaie même de vous raisonner. »
« Parce que tu nous aimes, » répondit Hogo avec un sourire jusqu'aux oreilles.
« C'est vraiment discutable en ce moment, » marmonna Yori mais il y avait une lueur d'affection dans ses yeux malgré son ton exaspéré.
Ritsu arriva à ce moment-là, attiré par le bruit et le chaos comme un requin attiré par le sang dans l'eau, et elle évalua la situation en quelques secondes avec l'efficacité d'une ancienne marine entraînée à analyser rapidement les situations tactiques. Son sourire en coin quand elle comprit ce qui se passait suggérait qu'elle allait absolument empirer les choses parce que c'était apparemment son rôle dans cette division de transformer les situations embarrassantes en situations encore plus embarrassantes.
« Alors, » dit-elle avec une désinvolture calculée qui ne trompait personne sur ses intentions réelles, « prête à sauver le monde avec un seul bras fonctionnel, des côtes cassées, et apparemment beaucoup d'énergie sexuelle qui a besoin d'être dépensée ? »
« RITSU ! »
Sohalia était maintenant officiellement au-delà de la mortification, dans des territoires émotionnels qui n'avaient probablement même pas de nom.
« Quoi ? » Ritsu haussa les épaules avec innocence. « Je pose juste une question pratique et légitime. Si tu peux faire... ça... avec tes blessures, alors le rituel devrait être facile en comparaison, non ? »
« Je déteste chacun d'entre vous, » déclara Sohalia mais elle souriait malgré elle, incapable de rester vraiment en colère contre cette bande d'idiots qui étaient sa famille choisie. « Profondément et sincèrement. »
« On t'aime aussi, Chef Sohalia Bordel, » répondit Hade avec un sourire qui montrait qu'il n'allait définitivement jamais laisser tomber ce surnom ridicule.
Elle lui lança son regard le plus meurtrier mais cela ne servit à rien parce qu'il souriait toujours, et bientôt tout le monde riait à nouveau, et malgré l'embarras et l'exaspération, Sohalia se sentit... chez elle. Entourée par ces idiots impossibles qui la taquinaient sans merci mais qui donneraient leur vie pour elle sans hésitation. Cette famille dysfonctionnelle mais aimante qui était la sienne.
Et pour un moment, juste un moment, elle oublia le rituel qui l'attendait, le monstre qu'il fallait sceller, les risques qu'elle allait prendre.
Pour un moment, elle fut juste heureuse d'être vivante et entourée de ceux qu'elle aimait.
Même si ils étaient tous absolument impossibles.
Le chaos joyeux et bruyant qui avait caractérisé les retrouvailles avec la quatrième division fut interrompu de manière aussi soudaine qu'absolue par une présence qui n'avait même pas besoin de s'annoncer vocalement pour se faire sentir à travers tout le navire comme une vague de puissance pure et incontestable. L'atmosphère changea instantanément, passant de l'hilarité désordonnée à un silence respectueux en l'espace d'une fraction de seconde, comme si quelqu'un avait coupé le son du monde entier d'un coup de ciseaux invisible et définitif. Tous les pirates présents sur le pont — qu'ils fassent partie de la quatrième division en pleine session de taquineries ou qu'ils soient occupés à leurs tâches respectives ailleurs sur le navire — se figèrent simultanément dans leurs mouvements respectifs, leurs têtes se tournant automatiquement vers la source de cette présence écrasante qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne dans tout le Nouveau Monde.
Barbe Blanche apparut sur le pont principal avec cette démarche lente et mesurée qui était la sienne, chaque pas résonnant sur les planches de bois comme un coup de tonnerre lointain qui annonçait l'arrivée d'une tempête inévitable, son bisento massif reposant contre son épaule comme si cette arme légendaire qui aurait écrasé n'importe quel homme normal sous son poids ne pesait pas plus qu'une plume pour lui. Sa simple présence physique commandait un respect et une attention qui n'avaient rien à voir avec la peur ou l'intimidation — c'était quelque chose de plus profond et de plus fondamental, une reconnaissance instinctive de la puissance absolue et de l'autorité naturelle qui émanaient de lui comme la chaleur émane du soleil, impossible à ignorer même si on le voulait.
L'équipage entier se mit au garde-à-vous sans qu'aucun ordre n'ait besoin d'être donné, leurs corps réagissant automatiquement à des années d'habitude et de respect profondément ancré, créant une image de discipline parfaite qui contrastait étrangement avec le chaos désorganisé d'il y a quelques secondes à peine. Même la quatrième division, cette bande d'excités chroniques qui semblaient incapables de prendre quoi que ce soit au sérieux pendant plus de cinq minutes, se tenait maintenant dans une posture de respect parfait qui aurait rendu fier n'importe quel officier marine, leurs sourires et leurs plaisanteries évaporés comme rosée sous le soleil matinal.
Barbe Blanche balaya le pont du regard, ses yeux perçants et encore incroyablement alertes malgré son âge avancé et sa santé déclinante s'arrêtant brièvement sur chaque membre d'équipage présent comme s'il les comptait tous individuellement, s'assurant que tout le monde était là et en bonne santé et prêt pour ce qui allait suivre. Quand ses yeux rencontrèrent finalement ceux de Sohalia qui se tenait au milieu de la quatrième division toujours entourée de ses frères comme un trésor précieux qu'ils refusaient de lâcher, son expression sévère se transforma en quelque chose de plus doux et de plus paternel, une fierté évidente brillant dans ses yeux qui en disait long sur ce qu'il ressentait pour cette fille qu'il avait adoptée comme sienne même si aucun lien de sang ne les unissait.
« Ma fille, » dit-il avec cette voix tonnante qui portait jusqu'aux confins les plus reculés du navire sans qu'il ait besoin d'élever le ton, une voix qui commandait naturellement l'attention et l'obéissance sans effort apparent.
Le titre n'était pas une simple formalité ou une convention — c'était une déclaration, une affirmation publique de leur lien qui transcendait la simple relation capitaine-membre d'équipage pour devenir quelque chose de plus profond et de plus significatif.
Sohalia s'inclina respectueusement malgré ses côtes qui protestèrent immédiatement contre ce mouvement, refusant de montrer la douleur qui irradiait de sa cage thoracique parce qu'elle ne voulait pas paraître faible devant tout l'équipage qui la regardait avec des yeux pleins d'espoir et d'admiration.
« Père, » répondit-elle simplement, ce mot portant tout le respect et l'affection qu'elle ressentait pour cet homme qui l'avait accueillie sans hésitation, qui l'avait protégée, qui l'avait aimée comme sa propre fille même quand elle-même ne se souvenait pas de qui elle était vraiment.
« Prête à accomplir ton destin? » demanda-t-il avec cette gravité qui soulignait l'importance monumentale de ce qui allait se passer aujourd'hui, de ce rituel qui pourrait très bien déterminer le sort du monde entier et de tous ceux qui y vivaient, pirates et marines et civils innocents confondus.
« Aussi prête que je peux l'être avec un bras cassé, des côtes fêlées, et un crâne fracturé, » répondit-elle avec une honnêteté brutale qui arracha des sourires à plusieurs membres de l'équipage qui appréciaient sa franchise directe et son refus de prétendre que tout allait parfaitement bien quand ce n'était manifestement pas le cas. « Mais prête quand même, oui. »
Barbe Blanche éclata de rire, ce rire tonitruant et sincère qui faisait vibrer l'air autour de lui et qui avait le pouvoir de dissiper les tensions même les plus épaisses comme le soleil dissipe le brouillard matinal.
« Gurarara ! Ça suffira largement ! Tu as survécu à pire que des os cassés, ma fille ! Un monstre ancien ne devrait pas poser trop de problèmes en comparaison ! »
« J'espère vraiment que tu as raison, » marmonna-t-elle mais assez fort pour qu'il entende, et il rit à nouveau parce qu'apparemment même sa nervosité évidente l'amusait.
Il se tourna alors vers l'équipage assemblé, son expression redevenant sérieuse et commandante, et quand il parla sa voix portait cette autorité absolue qui ne laissait aucune place à la discussion ou à la contestation.
« Écoutez tous! »
L'ordre était superflu car tout le monde écoutait déjà avec une attention totale, mais il le donna quand même parce que c'était la forme appropriée.
« Jozu et Vista nous attendent à Vieilombre avec les informations sur l'emplacement exact du monstre et l'état actuel du sceau affaibli. Nous y serons dans quelques heures si les vents restent favorables. »
Des murmures d'anticipation parcoururent l'équipage comme une onde se propageant à travers une mare, l'excitation et la nervosité se mélangeant en une émotion complexe et indéfinissable qui était parfaitement compréhensible compte tenu de l'enjeu.
« Le rituel de scellement requiert concentration absolue et précision parfaite, » continua Barbe Blanche en balayant l'assemblée du regard pour s'assurer que tout le monde comprenait bien la gravité de ce qu'il disait. « Trop de monde sur place nuirait à l'accomplissement du rituel et mettrait en danger non seulement Sohalia mais le succès de toute l'opération. Par conséquent, seule une équipe restreinte l'accompagnera jusqu'au site exact. »
Immédiatement, comme prévu, des grognements de protestation s'élevèrent de partout sur le pont mais particulièrement de la quatrième division qui semblait prête à se mutiner collectivement plutôt que de laisser Sohalia partir sans eux tous pour la protéger.
« MAIS—" » commença Hogo avant d'être coupé par un seul regard de Barbe Blanche qui aurait pu faire fondre de l'acier trempé.
« C'est un ordre, pas une suggestion ouverte au débat démocratique, » déclara-t-il avec une fermeté qui ne laissait absolument aucune place à la négociation ou au compromis. « Ceux qui ne sont pas choisis resteront sur le Moby Dick et seront prêts à intervenir si nécessaire, mais le site du rituel lui-même ne peut pas être encombré par une armée entière aussi bien intentionnée soit-elle. »
Le silence qui suivit était celui de l'acceptation résignée même si personne n'était vraiment heureux de cette décision, mais ils comprenaient tous la logique derrière et ils faisaient confiance au jugement de leur capitaine même quand ils n'aimaient pas ses conclusions.
« Qui l'accompagnera alors ? » demanda Izo qui s'était approché silencieusement pendant le discours de Barbe Blanche, son expression aussi élégante et contrôlée que toujours mais ses yeux trahissant son inquiétude sous-jacente pour Sohalia qu'il considérait clairement comme une petite sœur à protéger.
Barbe Blanche se tourna vers Sohalia avec une expression qui suggérait qu'il lui laissait le choix, ce qui était à la fois un honneur et un fardeau parce que cela signifiait qu'elle devait décider qui méritait de l'accompagner et qui devrait rester en arrière malgré leur désir évident d'être là pour elle.
« C'est ton rituel, ma fille. C'est ton choix à faire. Choisis sagement ceux qui t'accompagneront dans cette épreuve. »
Sohalia regarda la quatrième division qui la fixait avec des expressions d'espoir mêlé d'appréhension, sachant que peu importe qui elle choisissait, elle décevrait inévitablement ceux qu'elle ne choisirait pas, et le poids de cette responsabilité pesait lourd sur ses épaules déjà surchargées. Elle prit une grande inspiration qui fit protester ses côtes, organisa ses pensées aussi clairement que possible compte tenu du stress de la situation, et commença à énumérer ses choix avec une voix qui se voulait assurée même si elle ne l'était pas vraiment.
« Marco, » dit-elle en premier parce que c'était tellement évident que ça ne méritait même pas de discussion ou de justification, et effectivement personne ne sembla surpris ou n'essaya de contester ce choix qui allait de soi.
Marco hocha la tête simplement, acceptant cette responsabilité comme il acceptait tout ce qui concernait Sohalia — avec détermination absolue et sans hésitation d'aucune sorte.
« Yori," continua-t-elle en regardant le médecin qui fronça les sourcils immédiatement comme s'il voulait protester mais qui finalement hocha la tête parce qu'il comprenait parfaitement bien pourquoi elle avait besoin d'un médecin sur place au cas où quelque chose tournerait mal avec le rituel ou avec ses blessures encore fragiles qui pourraient se rouvrir sous l'effort. « Au cas où j'aurais besoin de soins médicaux urgents pendant ou après le rituel. »
« Hade, » ajouta-t-elle ensuite en regardant le jeune homme qui se tenait silencieusement comme toujours, et il sembla surpris d'être choisi mais hocha la tête avec cette gravité qui lui était caractéristique. « Pour le soutien moral et parce que tu restes calme dans les situations stressantes. »
« Hogo, » dit-elle ensuite et le grand costaud illumina comme un arbre de Noël, son sourire si large qu'il menaçait de se fendre le visage en deux. « Parce que j'ai besoin de quelqu'un avec une force brute considérable au cas où le monstre déciderait de ne pas coopérer gentiment. »
« Ritsu, » termina-t-elle en regardant l'ancienne marine qui sourit avec cette expression féline qui apparaissait quand elle était satisfaite. « Parce que ton Zoan pourrait être utile si les choses tournent mal et qu'on a besoin de quelqu'un qui peut se battre efficacement. »
Elle hésita un moment, regardant Kan qui la fixait avec ces yeux de chien battu qui espérait désespérément être choisi, et elle soupira parce qu'elle savait qu'elle allait le regretter mais elle ne pouvait pas résister à cette expression pathétique.
« Et Kan, parce que tu vas m'énerver pendant tout le voyage si je ne t'emmène pas et que je préfère t'avoir où je peux te surveiller. »
« C'est la meilleure raison que j'ai jamais entendue pour être choisi !" s'exclama Kan avec un enthousiasme qui était totalement injustifié compte tenu qu'elle venait essentiellement de dire qu'il était une nuisance. « J'accepte avec joie et fierté ! »
« Bien sûr que tu acceptes, » marmonna Sohalia mais elle souriait malgré elle.
Les autres membres de la quatrième division qui n'avaient pas été choisis semblaient déçus mais ils hochèrent la tête avec compréhension, sachant que quelqu'un devait rester en arrière et que ce n'était rien de personnel contre eux. Kenta donna une tape encourageante sur l'épaule de Hade qui avait été choisi, Ikaku serra brièvement le bras de Ritsu, et Dom fit un signe de tête respectueux à Hogo qui était clairement fier d'avoir été sélectionné parmi tous les autres.
Barbe Blanche hocha la tête avec approbation, satisfait de ses choix qui démontraient une réflexion tactique solide et une compréhension claire de ce qui serait nécessaire pour réussir cette mission dangereuse.
« Excellent choix, ma fille. Équilibre entre force, compétence médicale, et soutien. Vous partirez dans une heure avec le petit bateau rapide. Le reste de l'équipage préparera le Moby Dick à se positionner en soutien à distance respectable. »
« Une heure, » répéta Sohalia en hochant la tête, son estomac se serrant d'anticipation et de nervosité. « Ça nous laisse juste assez de temps pour les derniers préparatifs. »
« Utilisez ce temps sagement, » conseilla Barbe Blanche avant de se tourner pour s'adresser à tout l'équipage. « Tout le monde à vos postes! Préparez le navire pour la navigation vers Vieilombre ! Je veux qu'on soit prêts à partir dans quinze minutes ! Et que quelqu'un aille vérifier que les provisions pour l'équipe restreinte sont prêtes — nourriture, eau, matériel médical, tout ce qui pourrait être nécessaire ! »
L'équipage explosa en activité immédiate, chacun courant vers son poste respectif avec une efficacité qui démontrait des années d'entraînement et de coordination parfaite. La quatrième division se dispersa également après avoir serré brièvement Sohalia dans leurs bras — doucement cette fois, ayant appris de l'erreur de Hogo plus tôt — et lui avoir murmuré des encouragements et des promesses de l'attendre sur le navire principal.
Marco resta à côté de Sohalia, sa main trouvant automatiquement la sienne et la serrant avec une douceur qui contrastait avec la force qu'elle savait qu'il possédait, un geste de réconfort silencieux qui en disait plus que n'importe quels mots auraient pu le faire.
« Tu es sûre de tes choix, yoi ? » demanda-t-il doucement, assez bas pour que seule elle puisse entendre dans le chaos ambiant de l'équipage qui s'activait.
« Non, » admit-elle honnêtement parce qu'elle ne mentait jamais à Marco quand il lui posait des questions directes comme celle-là. « Mais ce sont les meilleurs choix que je pouvais faire compte tenu des circonstances. Yori pour la médecine, Hade pour le calme, Hogo pour la force, Ritsu pour le combat, Kan pour... je ne sais même pas pourquoi j'ai choisi Kan à part que je savais qu'il me rendrait folle si je ne le prenais pas."
« Des raisons parfaitement valables, yoi, » assura Marco avec ce demi-sourire qui suggérait qu'il la taquinait gentiment. « Kan est particulièrement doué pour rendre les gens fous, alors autant canaliser ça de manière productive. »
« Tu appelles ça productif? » demanda-t-elle avec scepticisme.
« Relativement parlant, yoi. »
Elle rit malgré la nervosité qui lui nouait l'estomac, s'appuyant contre lui pour quelques secondes précieuses de réconfort avant que le monde réel et ses exigences ne viennent les séparer à nouveau.
« Merci d'être toujours là, » murmura-t-elle contre son épaule. « Merci de venir avec moi même si c'est dangereux et stupide et potentiellement mortel. »
« Il n'y a nulle part ailleurs où je préférerais être, yoi, »répondit-il simplement, et le pire c'est qu'elle le croyait complètement parce que c'était Marco et il ne mentait jamais sur les choses importantes comme ça.
L'heure suivante passa dans un flou d'activité et de préparation. L'équipe choisie rassembla ses affaires personnelles et le matériel nécessaire pour le voyage — armes, provisions, équipement médical que Yori avait soigneusement sélectionné en marmonnant quelque chose sur "patients suicidaires qui ne savent pas rester au lit".
Sohalia récupéra la sacoche rouge qui contenait les quatre Fragments de la Sphère Éternelle, vérifiant obsessivement qu'ils étaient tous là et intacts même si elle savait parfaitement bien qu'ils l'étaient parce qu'elle les avait vérifiés au moins dix fois depuis qu'elle s'était réveillée du coma. Marco avait la petite boîte de cuir contenant les quatre Clés mystiques, la gardant dans sa veste intérieure près de son cœur comme si c'était le trésor le plus précieux du monde, ce qui n'était pas loin de la vérité compte tenu de leur importance pour le rituel.
Quand vint finalement le moment de partir, toute l'équipe se rassembla près du petit bateau rapide qui avait été préparé et mis à l'eau, leurs visages affichant divers degrés de détermination, de nervosité, et d'excitation face à ce qui les attendait. Barbe Blanche était là pour leur dire au revoir, posant une main énorme mais incroyablement douce sur la tête de Sohalia dans un geste paternel qui fit monter les larmes dans ses yeux malgré tous ses efforts pour rester forte et composée.
« Reviens-nous, ma fille, » dit-il simplement, mais ces mots portaient tout le poids de son amour et de son inquiétude.
« Je vais essayer, » promit-elle parce que c'était tout ce qu'elle pouvait promettre honnêtement. « Je vais vraiment essayer. »
« C'est tout ce que je demande. »
Ils montèrent dans le petit bateau un par un — Sohalia aidée par Marco parce que son équilibre n'était pas encore parfait avec un bras immobilisé, Yori transportant sa mallette médicale comme si c'était un enfant précieux, Hogo faisant tanguer dangereusement le bateau en y montant parce qu'il était trop lourd et pas assez délicat, Hade silencieux et concentré comme toujours, Ritsu avec cette grâce féline qui caractérisait tous ses mouvements, et Kan qui trébucha en montant et faillit tomber à l'eau avant que Hogo ne le rattrape par le col de sa chemise.
« Bon début, » commenta Sohalia sarcastiquement en regardant Kan se remettre en position avec une expression embarrassée.
« Je voulais juste tester la profondeur de l'eau, » se défendit Kan faiblement. « Pour des raisons scientifiques. »
« Bien sûr que oui, » répondit Marco avec un sarcasme qui égalait celui de Sohalia. « Très scientifique comme approche, yoi. »
Le bateau s'éloigna lentement du Moby Dick, les rames créant un rythme régulier qui les propulsait progressivement vers l'horizon où Vieilombre les attendait avec son monstre ancien et son rituel potentiellement mortel. Sohalia regarda le navire principal devenir de plus en plus petit derrière eux, l'équipage agitant la main en signe d'encouragement et de soutien, la quatrième division criant des encouragements qui étaient probablement inappropriés mais néanmoins sincères dans leur affection.
Elle se retourna finalement vers l'avant, vers l'avenir incertain qui les attendait, et prit une grande inspiration qui fit protester ses côtes.
« Allons sauver le monde, » dit-elle avec plus de confiance qu'elle n'en ressentait réellement.
« Ou mourir en essayant, » ajouta Kan joyeusement.
« Pas vraiment rassurant comme ajout, » fit remarquer Hade sèchement.
« Mais honnête ! »
« L'honnêteté n'est pas toujours la meilleure politique dans les situations stressantes, » observa Yori en ajustant sa mallette médicale sur ses genoux.
Marco serra la main de Sohalia qui reposait sur le banc entre eux.
« On va réussir, yoi. J'ai confiance." »
« Tu as toujours confiance, » murmura-t-elle.
« Parce que je te connais, yoi. Tu ne laisses jamais tomber. Jamais. »
Elle sourit malgré sa nervosité, puisant de la force dans sa confiance inébranlable même si elle ne la partageait pas complètement. Tant qu'il croyait en elle, tant qu'il était là à ses côtés, elle pouvait faire n'importe quoi.
Même sceller un monstre ancien qui menaçait de plonger le monde dans les ténèbres éternelles.
Facile, vraiment.
Le bateau continua sa progression régulière vers Vieilombre, portant avec lui les espoirs du monde entier sans que ses occupants ne réalisent vraiment le poids de cette responsabilité qui pesait sur leurs épaules.
Mais ils le découvriraient bientôt assez.