The New Era

Chapitre 60 : Scellement

12651 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/02/2026 11:29

Sohalia sortit la sacoche rouge de cuir souple qu'elle avait gardée précieusement contre elle pendant tout le voyage, serrant les sangles avec ses doigts qui tremblaient légèrement malgré tous ses efforts pour les garder stables et contrôlés. Cette nervosité physique trahissant l'anxiété qui bouillonnait sous la surface de son calme apparent et forcé. Elle ouvrit délicatement la sacoche avec des gestes presque révérencieux, comme si elle manipulait quelque chose de sacré et d'infiniment précieux plutôt qu'un simple objet matériel, et en sortit un par un les quatre Fragments de la Sphère Éternelle qui avaient été récupérés à si grand prix et avec tant de sacrifices au fil de leur quête longue et périlleuse.

Les Fragments étaient magnifiques d'une manière presque surnaturelle qui défiait les descriptions conventionnelles — quatre morceaux d'énergie cristallisée qui brillaient avec une lumière interne douce et pulsante qui semblait vivante plutôt que simplement réfléchie, chacune approximativement de la taille d'une grosse pomme ou d'un petit poing fermé, leur surface lisse et translucide révélant des profondeurs insondables où des motifs complexes semblaient danser et se reconfigurer constamment comme s'ils étaient animés par une intelligence propre et mystérieuse. La lumière qu'ils émettaient n'était pas aveuglante ou agressive mais plutôt apaisante et hypnotique, pulsant doucement dans un rythme qui rappelait étrangement un battement de cœur lent et régulier, comme si ces objets anciens possédaient leur propre vie organique malgré leur nature apparemment minérale et inerte.

Tous les membres de l'équipe présents se penchèrent instinctivement pour mieux voir ces objets légendaires dont ils avaient tant entendu parler mais que la plupart n'avaient jamais vus de leurs propres yeux jusqu'à ce moment précis, leurs visages reflétant un mélange complexe de fascination, d'admiration et d'une certaine appréhension respectueuse face à la puissance ancienne et incompréhensible qui émanait de ces artefacts millénaires.

Marco, de son côté, sortit la petite boîte de cuir rigide qu'il avait gardée dans sa veste intérieure près de son cœur pendant tout le voyage, la traitant avec autant de soin et de précaution que Sohalia avait traité sa propre sacoche. Il l'ouvrit avec des gestes délicats, révélant les quatre Clés mystiques qui reposaient sur un coussin de velours noir usé par le temps, parfaitement immobiles et silencieuses mais dégageant néanmoins une aura de pouvoir ancien qui faisait frissonner quiconque les regardait trop longtemps.

Les Clés étaient fabriquées dans un métal étrange que personne ne pouvait vraiment identifier avec certitude — pas exactement de l'or même si elles brillaient avec des reflets dorés dans la lumière, pas exactement de l'argent même si elles avaient cette qualité lunaire et réfléchissante, pas exactement du bronze même si elles portaient cette patine verdâtre caractéristique du métal ancien qui a survécu à des siècles d'exposition aux éléments. Leur surface était couverte de gravures complexes et entrelacées qui formaient des motifs géométriques et floraux si minutieusement détaillés qu'il aurait fallu une loupe pour vraiment apprécier toute leur complexité et leur beauté, des symboles et des runes dans une langue que personne ne parlait plus depuis des millénaires mais qui résonnaient néanmoins avec une signification profonde et inarticulée dans l'esprit de ceux qui les contemplaient.

« Maintenant vient la partie délicate et cruciale, » dit Sohalia en regardant les quatre Fragments disposés devant elle sur le bois du bateau, brillant doucement dans la lumière diffuse et étrange qui filtrait à travers la brume environnante. « Je dois identifier quelle Clé correspond exactement à quel Fragment. Chaque paire est unique et spécifique, et les mélanger serait catastrophique pour le rituel. »

« Comment tu vas faire ça exactement? » demanda Hade avec curiosité légitime, observant attentivement le processus qui allait suivre avec cet intérêt calme et concentré. « Elles se ressemblent toutes tellement similaires visuellement. Comment tu peux les distinguer? »

« Le sang royal, » expliqua-t-elle en tendant sa main valide vers le premier Fragment avec hésitation, ses doigts s'approchant lentement de la surface brillante comme si elle craignait ce qui allait se passer quand elle établirait le contact physique. « Mon héritage me permet de sentir les connexions anciennes, de percevoir les affinités cachées entre les objets magiques liés à ma lignée. C'est difficile à expliquer rationnellement... c'est plus une sensation instinctive qu'une connaissance intellectuelle. »

Elle frôla finalement le premier Fragment avec le bout de ses doigts, établissant un contact délicat et presque craintif, et immédiatement une sensation de chaleur intense se répandit depuis le point de contact, remontant le long de son bras comme du feu liquide qui coulait dans ses veines plutôt que du sang, une chaleur qui n'était pas douloureuse ou brûlante mais étrangement réconfortante et familière, comme retrouver quelque chose qu'on avait perdu depuis longtemps sans même réaliser qu'on le cherchait. Ses yeux se fermèrent instinctivement tandis qu'elle se concentrait entièrement sur cette sensation, laissant son instinct ancestral et son héritage génétique guider sa perception au-delà des limitations normales de ses sens physiques conventionnels.

Puis, comme si elle répondait à un appel silencieux et invisible que personne d'autre ne pouvait entendre, une des quatre Clés dans la boîte commença à briller légèrement, émettant une lueur dorée douce qui pulsait en parfaite synchronisation avec la lumière interne du Fragment, les deux objets anciens résonnant ensemble comme deux instruments de musique accordés sur la même fréquence harmonique exacte, créant une symphonie silencieuse mais palpable d'énergie magique qui faisait vibrer l'air autour d'eux.

« Celle-ci, » murmura Sohalia en ouvrant les yeux et en pointant la Clé brillante sans la moindre hésitation ou incertitude, sa voix teintée d'émerveillement face à ce processus mystique qu'elle comprenait intuitivement sans pouvoir vraiment l'expliquer logiquement. « Cette Clé va avec ce Fragment. Je peux le sentir aussi clairement que je sens mon propre pouls. »

Marco prit délicatement la Clé désignée et la plaça soigneusement à côté du Fragment correspondant, créant la première paire complète qui brillait maintenant ensemble dans une harmonie visible et tangible, leurs lumières se mélangeant et s'intensifiant mutuellement comme deux amants longtemps séparés qui se retrouvaient enfin après des siècles de solitude forcée.

Sohalia répéta le processus méthodiquement pour les trois Fragments restants, touchant chacun à tour de rôle avec cette même concentration intense et presque méditative, laissant son sang royal lui révéler les connexions cachées et les affinités secrètes qui existaient entre ces artefacts anciens créés il y a si longtemps par des mains depuis longtemps retournées à la poussière. Chaque fois, une Clé différente répondait à l'appel silencieux, brillant en harmonie parfaite avec son Fragment correspondant, les paires se formant naturellement et inévitablement comme si elles avaient été destinées depuis le début des temps à être réunies exactement de cette manière précise.

Le processus entier prit environ dix minutes de concentration absolue et ininterrompue, pendant lesquelles personne n'osa parler ou même respirer trop fort de peur de briser la transe mystique dans laquelle Sohalia semblait plongée, tous conscients qu'ils assistaient à quelque chose de profondément important et sacré même s'ils ne comprenaient pas exactement tous les mécanismes impliqués. Quand elle eut finalement terminé, les quatre paires complètes étaient disposées devant elle, chaque Fragment brillant en harmonie parfaite avec sa Clé correspondante, créant un tableau magnifique et presque hypnotique de lumière pulsante et synchronisée qui semblait battre comme un seul cœur gigantesque et mystique.

« C'est fait, » annonça-t-elle en retirant finalement sa main et en ouvrant les yeux complètement, clignant plusieurs fois pour réajuster sa vision à la lumière normale après avoir été immergée si profondément dans cette perception magique altérée. « Toutes les paires sont identifiées correctement. Je suis absolument certaine de chaque correspondance. »

« Impressionnant, » murmura Vista avec admiration sincère, ses yeux fixés sur les paires brillantes avec une expression de respect profond pour ce pouvoir ancien et mystérieux qu'il ne possédait pas et ne comprendrait jamais vraiment.

« C'est le privilège et le fardeau du sang royal, » répondit Sohalia avec une touche de mélancolie dans la voix qui suggérait qu'elle n'était pas entièrement heureuse de posséder ce don qui la distinguait et l'isolait des autres. « Certaines choses ne peuvent être accomplies que par ceux qui portent l'héritage dans leurs veines. »

Jozu hocha la tête avec satisfaction, ce qui passait pour une approbation enthousiaste venant de lui.

« Bien. Maintenant distribution des positions. »

Sohalia prit une grande inspiration qui fit protester ses côtes mais qu'elle ignora par habitude maintenant, se concentrant sur la tâche suivante qui était de décider qui irait à quel point cardinal et porterait quelle paire Fragment-Clé. C'était une décision cruciale parce que les positions n'étaient pas interchangeables — chaque point cardinal avait sa propre signification symbolique et magique dans le rituel ancien, et placer la mauvaise personne au mauvais endroit pourrait compromettre tout le processus avec des conséquences potentiellement catastrophiques.

« Jozu, » commença-t-elle en regardant le colosse avec cette expression sérieuse qui ne laissait aucun doute sur l'importance de ce qu'elle disait. « Tu prends le Nord. » Elle lui tendit la première paire — un Fragment qui brillait d'une lumière bleutée froide et une Clé gravée de symboles qui ressemblaient à des flocons de neige stylisés. « Le Nord représente la force et la stabilité dans le rituel ancien. Tu es parfaitement adapté pour cette position. »

Jozu prit la paire avec révérence, la tenant dans ses mains massives qui auraient pu facilement écraser ces objets délicats mais qui les manipulaient maintenant avec une douceur surprenante et touchante.

« Compris, » dit-il simplement, et ce mot unique portait tout le poids de son engagement et de sa détermination absolue.

« Vista, tu prends le Sud, » continua Sohalia en se tournant vers l'escrimeur élégant. Elle lui donna la deuxième paire — un Fragment qui brillait d'une lumière rougeâtre chaude et une Clé ornée de motifs qui évoquaient des flammes dansantes. « Le Sud représente la passion et le courage. Ta nature ardente correspond parfaitement à cette position. »

Vista s'inclina gracieusement en acceptant sa paire, un sourire confiant jouant sur ses lèvres.

« Je ne te décevrai pas, » promit-il avec cette assurance tranquille qui inspirait confiance.

« Hade, tu vas à l'Est, » dit-elle ensuite en regardant le jeune homme calme et silencieux. La troisième paire brillait d'une lumière verdâtre apaisante et la Clé portait des gravures qui ressemblaient à des feuilles et des vignes entrelacées. « L'Est symbolise le renouveau et l'espoir. Ton calme naturel sera crucial pour maintenir l'équilibre énergétique. »

Hade accepta sa paire avec ce hochement de tête sérieux qui était sa manière de montrer qu'il comprenait parfaitement l'importance de sa responsabilité et qu'il l'acceptait sans réserve ni hésitation.

« Ritsu, tu prends l'Ouest, » termina Sohalia en donnant la dernière paire à l'ancienne marine. Ce Fragment brillait d'une lumière argentée changeante et sa Clé était couverte de symboles qui évoquaient des vagues et des marées. « L'Ouest représente la transformation et l'adaptabilité. Ton Zoan te rend idéale pour cette position qui requiert flexibilité. »

Ritsu serra la paire contre elle avec détermination, ses yeux brillant avec cette intensité féline qui apparaissait quand elle était totalement concentrée sur une mission.

« Je ne laisserai pas le sceau faillir, » promit-elle avec une conviction féroce qui ne laissait aucun doute sur sa sincérité.

« Parfait, » dit Sohalia en regardant les quatre personnes qui tenaient maintenant les paires Fragment-Clé, ces quatre piliers sur lesquels reposerait le succès ou l'échec du rituel entier. « Maintenant écoutez-moi très attentivement parce que je ne vais expliquer les instructions qu'une seule fois et il est absolument crucial que vous compreniez parfaitement ce que vous devez faire. »

Tous se penchèrent plus près, leurs visages affichant une concentration totale et absolue, conscients que la moindre erreur ou confusion pourrait avoir des conséquences désastreuses non seulement pour eux mais pour le monde entier.

« Quand nous serons tous en position à nos points cardinaux respectifs, » expliqua-t-elle lentement et clairement en articulant chaque mot avec soin, « je commencerai le rituel depuis le centre où je me tiendrai avec Marco. Je vais utiliser mon pouvoir sur les plantes pour créer des connexions vivantes entre les quatre points, tissant un réseau énergétique qui englobera toute la zone au-dessus du monstre endormi. »

Elle marqua une pause pour s'assurer qu'ils suivaient tous, puis continua avec cette même clarté délibérée.

« À un moment précis pendant le rituel, je ferai ce signal. »

Elle leva sa main valide bien haut au-dessus de sa tête dans un geste clair et impossible à manquer même à distance.

« Quand vous verrez ce signal — et seulement quand vous le verrez, pas avant, pas après — vous devez simultanément enfoncer vos Clés dans vos Fragments. »

« Ça va activer les Fragments? » demanda Yori qui prenait mentalement des notes sur tout le processus avec son esprit analytique de médecin habitué à mémoriser des procédures complexes.

« Exactement, » confirma Sohalia. « L'insertion des Clés va déclencher l'activation complète des Fragments qui vont alors commencer à créer la barrière de scellement. Mais — et c'est extrêmement important — une fois que vous aurez enfoncé les Clés, vous ne devez JAMAIS, sous AUCUN prétexte, les retirer. Jamais. Même si ça fait mal. Même si l'énergie brûle vos mains. Même si vous avez l'impression de mourir. Vous devez tenir bon jusqu'à ce que le rituel soit complètement terminé. »

« Et si l'un de nous retire sa Clé prématurément? » demanda Vista avec cette franchise directe qui exigeait des réponses honnêtes plutôt que des platitudes rassurantes.

Sohalia le regarda droit dans les yeux sans ciller.

« Alors le rituel échouera. La barrière s'effondrera. Le monstre se libérera probablement immédiatement. Et le monde tel que nous le connaissons prendra fin dans les ténèbres éternelles qu'il a promises. Pas de pression. »

Un silence lourd suivit cette déclaration brutale, chacun digérant le poids écrasant de la responsabilité qui pesait maintenant sur leurs épaules individuelles et collectives.

« Compris, » dit finalement Jozu avec cette gravité absolue qui montrait qu'il comprenait parfaitement les enjeux et qu'il était prêt à tenir sa position même si cela le tuait. « On ne lâchera pas. Peu importe quoi. »

Les trois autres hochèrent la tête avec la même détermination farouche, leurs visages affichant cette résolution qui venait de la compréhension claire qu'ils participaient à quelque chose qui dépassait largement leurs vies individuelles, quelque chose qui déterminerait le destin de millions de personnes innocentes qui ne sauraient jamais ce qui s'était passé ici aujourd'hui dans cette brume mystérieuse au-dessus d'un monstre endormi.

« Bon, » dit Sohalia en prenant une autre grande inspiration tremblante. « Alors allons-y avant que je perde complètement mon courage et décide de fuir en courant. »

« Trop tard pour ça, yoi, » fit remarquer Marco avec ce demi-sourire sarcastique qui était destiné à la détendre même si ça ne marchait pas vraiment. « On est déjà trop loin pour faire demi-tour maintenant. »

« Merci pour ce rappel tellement rassurant, » marmonna-t-elle mais elle lui prit quand même la main, serrant ses doigts avec force comme si ce contact physique était la seule chose qui l'empêchait de se désintégrer complètement sous le stress et la peur.

Kan, qui avait été inhabituellement silencieux pendant toute cette discussion technique et sérieuse, choisit ce moment pour offrir ses encouragements à sa manière caractéristique et complètement inappropriée.

« Pas de pression du tout! » dit-il avec un enthousiasme forcé et une joie manifestement fausse. « On sauve juste littéralement le monde entier de la destruction apocalyptique! Facile! On fait ça tous les jours! »

« Kan, » dit Hogo avec lassitude, « tais-toi. S'il te plaît. Juste... tais-toi. »

« Quoi ? J'essaie d'alléger l'atmosphère tendue ! »

« Tu fais littéralement l'opposé exact de ça. »

Sohalia rit malgré elle, malgré la terreur qui lui nouait l'estomac, malgré tout, parce que c'était tellement eux cette capacité à être complètement inappropriés dans les moments les plus graves et solennels.

« Merci quand même, Kan, » dit-elle avec sincérité. « Même si c'était terrible comme encouragement, au moins c'était sincère. »

« De rien ! » répondit-il joyeusement, complètement insensible au fait qu'elle venait essentiellement de dire qu'il était nul pour remonter le moral.

Marco serra la main de Sohalia une dernière fois avant de la relâcher, se tournant vers elle avec cette expression sérieuse qui apparaissait seulement dans les moments vraiment importants.

« Reviens-moi, yoi, » dit-il simplement, mais ces trois mots portaient tout le poids de son amour et de sa peur de la perdre. « Peu importe ce qui arrive. Reviens-moi. »

« Toujours, » promit-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser doucement, un baiser qui goûtait le sel de l'océan et la promesse désespérée de survie. « Je te le promets. Je vais revenir. »

« Tu as intérêt, yoi. »

Puis il n'y eut plus rien à dire, plus aucune parole qui pourrait retarder davantage l'inévitable ou rendre ce qui allait suivre moins terrifiant ou dangereux. C'était le moment. Le moment qu'ils avaient tous anticipé et redouté simultanément depuis qu'ils avaient quitté le Moby Dick ce matin.

Le moment de sauver le monde.

Ou de mourir en essayant.


Le positionnement se fit dans un silence presque religieux, chacun se déplaçant vers son point cardinal assigné avec une solennité qui aurait été appropriée pour une procession funéraire ou un rite sacré ancien, conscients qu'ils participaient à quelque chose qui transcendait largement leur compréhension normale et rationnelle du monde. Jozu rama vers le Nord avec des mouvements puissants et réguliers qui propulsaient son petit radeau à travers l'eau noire et visqueuse, Vista glissa élégamment vers le Sud dans son propre bateau léger qu'il manipulait avec grâce, Hade navigua calmement vers l'Est sans un mot ou une hésitation, et Ritsu se dirigea avec puissance vers l'Ouest.

Sohalia et Marco restèrent au centre exact de ce qui allait devenir la croix rituelle, leur petit bateau se balançant doucement sur l'eau noire au point précis où les quatre lignes cardinales se croisaient selon les calculs soigneux de Jozu et Vista. Marco avait arrêté de ramer maintenant, laissant le bateau flotter librement et trouver son propre équilibre naturel sur les vagues lentes et régulières qui pulsaient au rythme du battement de cœur lent du monstre endormi quelque part en dessous d'eux dans les profondeurs abyssales et insondables.

« Prête? » demanda Marco en regardant Sohalia dont le visage était pâle mais déterminé, ses mâchoires serrées avec une résolution qui masquait mal la terreur qui brillait dans ses yeux verts.

« Non, » admit-elle honnêtement parce qu'elle ne voulait plus mentir à Marco sur les choses importantes. « Mais on le fait quand même parce qu'on n'a pas vraiment le choix à ce stade. »

« Jamais trop tard pour fuir en courant, yoi, » suggéra-t-il mais son ton taquin indiquait clairement qu'il plaisantait, essayant de la faire sourire une dernière fois avant que tout ne devienne sérieux et potentiellement mortel.

« Si seulement, » murmura-t-elle avec un sourire tremblant qui ne dura qu'une fraction de seconde avant de se transformer en cette expression de concentration intense et presque méditative qu'elle adoptait quand elle s'apprêtait à utiliser son pouvoir à grande échelle.

Elle se leva debout dans le bateau avec précaution, utilisant sa main valide pour s'équilibrer contre le mouvement des vagues, ignorant complètement la protestation immédiate de ses côtes fracturées qui n'appréciaient pas du tout cette sollicitation soudaine et inattendue. Marco se leva également pour la stabiliser, ses mains se posant légèrement sur ses hanches pour l'empêcher de tomber si elle perdait l'équilibre, prêt à la rattraper au moindre signe de faiblesse ou de vacillement.

Sohalia ferma les yeux et prit plusieurs grandes respirations lentes et profondes malgré la douleur que chaque inspiration causait dans sa cage thoracique malmenée, se centrant mentalement et émotionnellement, cherchant cette connexion profonde et ancestrale avec la nature qui dormait toujours au cœur de son être comme une graine attendant patiemment de germer. Elle sentit son pouvoir s'éveiller progressivement en réponse à son appel silencieux, cette énergie verte et vibrante qui coulait dans ses veines comme de la sève vivante, ce don ancien transmis par des générations de Shizen qui avaient porté ce même fardeau et cette même bénédiction avant elle.

Son pouvoir explosa littéralement autour d'elle comme une supernova verte et brillante, une éruption massive d'énergie vitale pure qui fit vibrer l'air et l'eau simultanément avec une intensité qui était presque douloureuse pour ceux qui étaient assez proches pour la ressentir directement. Ses mains brillaient maintenant d'une lumière verte intense et pulsante qui semblait vivante, des veines lumineuses courant le long de ses bras comme des rivières de pouvoir liquide qui cherchaient désespérément une sortie et une direction.

Et puis les plantes commencèrent à surgir.

Pas lentement ou progressivement comme elles grandissaient normalement dans la nature avec patience et temps, mais explosant littéralement depuis les profondeurs océaniques invisibles avec une vitesse et une force qui défiai toute logique biologique ou physique, répondant à l'appel impératif et irrésistible de leur maîtresse ancestrale qui commandait leur croissance et leur forme avec une autorité absolue que la nature elle-même ne pouvait pas ignorer ou refuser.

Des lianes massives et épaisses comme des troncs d'arbres centenaires jaillirent de l'eau noire tout autour d'eux, s'élevant vers le ciel dans des spirales majestueuses et terrifiantes, leurs surfaces couvertes de feuilles brillantes qui émettaient cette même lumière verte intense que les mains de Sohalia, créant un spectacle à la fois magnifique et profondément troublant dans son caractère surnaturel et impossible. Des racines géantes suivirent, plongeant profondément dans l'eau sombre vers le fond océanique lointain où reposait l'épave de Vieilombre et le monstre qu'elle abritait, cherchant, explorant, cartographiant les profondeurs avec une intelligence qui n'aurait pas dû exister dans des structures végétales mais qui était néanmoins indéniablement présente et active.

Des fleurs lumineuses s'ouvrirent sur les lianes en explosion de couleur et de lumière, des bourgeons impossiblement grands et beaux qui brillaient comme des étoiles miniatures, illuminant la brume environnante et transformant toute la zone en quelque chose qui ressemblait plus à un royaume féerique qu'à un champ de bataille contre un monstre ancien, créant une beauté surréaliste et presque irréelle qui contrastait violemment avec l'horreur de ce qu'ils affrontaient réellement.

Sur les quatre bateaux disposés en croix autour du centre, les porteurs de Fragments regardaient ce spectacle avec des expressions qui oscillaient entre la fascination émerveillée et la terreur respectueuse, conscients qu'ils assistaient à quelque chose qui ne s'était probablement pas produit depuis des siècles voire des millénaires, quelque chose qui appartenait à une ère ancienne et mythique plutôt qu'au monde moderne et rationnel qu'ils connaissaient.

Mais le monstre n'était pas content.

Absolument pas content du tout.

L'eau commença à bouillonner violemment tout autour d'eux comme si quelqu'un avait soudainement porté l'océan entier à ébullition, d'énormes bulles crevant la surface avec des sons explosifs et troublants, projetant des gerbes d'eau noire dans toutes les directions comme des geysers chaotiques et imprévisibles. La température chuta dramatiquement et soudainement, passant de fraîche à glaciale en l'espace de quelques secondes, leur souffle devenant visible en nuages de vapeur blanche qui se dissipaient lentement dans l'air humide.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » cria Hade depuis sa position à l'Est, sa voix portant à peine au-dessus du rugissement soudain de l'eau agitée et bouillonnante.

« Le monstre réagit ! » répondit Vista depuis le Sud, agrippant fermement son Fragment et sa Clé pour ne pas les laisser tomber dans l'agitation croissante qui menaçait de faire chavirer son petit bateau. « Il sent ce qu'on fait ! »

Et puis les tentacules apparurent.

Pas des tentacules physiques et tangibles faits de chair et de muscle comme ceux d'un poulpe ou d'un calmar géant, mais des tentacules d'ombre pure et condensée qui semblaient être faits de ténèbres liquides et vivantes, des extensions de l'essence même du monstre qui se manifestaient dans le monde matériel comme des doigts noirs cherchant désespérément à saisir et à détruire tout ce qui osait le défier. Ils jaillirent de l'eau comme des serpents gigantesques et furieux, fouettant l'air avec une violence aveugle et destructrice, frappant la surface de l'océan avec une force qui créait des vagues immenses capables de renverser facilement leurs petites embarcations vulnérables.

« MERDE ! » hurla Kan depuis le bateau central où il était resté avec Yori et Hogo pour observer et assister si nécessaire, s'agrippant désespérément au bord du bateau tandis qu'une vague massive soulevait leur embarcation de plusieurs mètres dans les airs avant de la laisser retomber brutalement avec un impact qui aurait brisé une structure moins solide. « On va tous mourir ! Je le savais ! J'avais prédit ça ! »

« FERME-LA ! » rugit Hogo en le rattrapant par le col avant qu'il ne soit éjecté complètement du bateau par une autre vague violente. « Et accroche-toi espèce d'idiot inutile ! »

Sohalia intensifia son pouvoir malgré l'effort immense que cela demandait à son corps déjà épuisé et fragilisé, sentant son énergie vitale se drainer rapidement comme du sang s'écoulant d'une blessure ouverte, mais refusant obstinément de ralentir ou d'abandonner maintenant qu'ils étaient allés trop loin pour faire marche arrière. Du sang commença à couler de son nez en un filet mince mais constant, signe évident que son corps atteignait ses limites physiologiques et qu'elle le poussait bien au-delà de ce qu'il était capable de supporter dans son état actuel.

Ses plantes répondirent à son commandement avec une obéissance absolue, se multipliant et s'étendant encore plus rapidement, devenant progressivement plus lumineuses et plus intenses, tissant un réseau complexe et géométriquement parfait entre les quatre points cardinaux comme une gigantesque toile d'araignée verte et brillante qui englobait toute la zone au-dessus du monstre furieux, créant les fondations énergétiques sur lesquelles la prison permanente serait construite.

C'était le moment.

Le moment crucial où tout se jouerait.

Sohalia leva sa main valide aussi haut qu'elle pouvait physiquement l'élever, ignorant complètement la douleur explosive qui irradiait de ses côtes sollicitées au-delà de toute raison médicale, son bras tremblant sous l'effort mais restant néanmoins fermement pointé vers le ciel comme un phare guidant des navires perdus dans la tempête.

« MAINTENANT ! » hurla-t-elle de toutes ses forces restantes, sa voix se brisant légèrement sur le mot mais portant néanmoins clairement jusqu'aux quatre coins cardinaux où attendaient ses compagnons avec leurs Fragments et leurs Clés. « ENFONCEZ LES CLÉS ! MAINTENANT ! »

Les quatre obéirent simultanément et sans la moindre hésitation, leurs mains se mouvant comme une seule entité coordonnée malgré la distance qui les séparait, enfonçant leurs Clés mystiques dans les Fragments brillants avec une force et une détermination qui ne laissaient aucun doute sur leur engagement absolu.

L'effet fut immédiat et spectaculaire.

Une explosion de lumière pure jaillit simultanément des quatre points cardinaux, quatre colonnes brillantes d'énergie concentrée qui s'élevèrent vers le ciel invisible quelque part au-dessus de la brume dense, montant et montant sans fin apparente comme si elles cherchaient à toucher les étoiles elles-mêmes ou peut-être les dieux qui résidaient au-delà du firmament. La lumière était aveuglante dans son intensité, forçant tous ceux qui la regardaient directement à fermer les yeux ou détourner le regard sous peine de se brûler la rétine, créant des ombres nettes et tranchantes qui dansaient follement dans toutes les directions.

Puis les quatre colonnes de lumière commencèrent à se connecter.

Des arcs d'énergie pure jaillirent entre elles comme des éclairs contrôlés et dirigés, créant d'abord les quatre côtés d'un carré parfait qui englobait toute la zone au-dessus de Vieilombre, puis tissant des connexions diagonales qui formaient un X géant à l'intérieur du carré, puis créant des motifs de plus en plus complexes et géométriquement sophistiqués qui se superposaient et s'entrelaçaient comme une broderie de lumière vivante, construisant couche après couche une structure énergétique d'une complexité et d'une beauté à couper le souffle.

Ce qui se formait n'était pas juste une simple barrière plate, mais une cage tridimensionnelle complète qui s'étendait aussi bien verticalement vers le ciel qu'horizontalement à travers l'eau et profondément vers le fond océanique où dormait le monstre, une prison de lumière pure qui contenait et isolait complètement la zone maudite du reste du monde normal et sain.

Mais le prix de cette activation était terrible.

Les quatre porteurs de Fragments hurlèrent presque simultanément, leurs cris de douleur pure et non filtrée perçant l'air et le chaos ambiant avec une clarté horrible qui glaça le sang de tous ceux qui les entendaient, leurs mains fumant littéralement là où elles touchaient les Fragments activés dont l'énergie brûlait leur chair avec une intensité qui aurait normalement fait lâcher prise à n'importe qui doté d'un instinct de survie fonctionnel.

« PUTAIN DE MERDE ! » rugit Jozu au Nord, sa voix normalement si contrôlée et maîtrisée brisée par une douleur qui devait être absolument insupportable pour arracher un tel cri à quelqu'un d'aussi stoïque et endurant que lui.

Vista au Sud grimaçait de manière si intense que son visage était presque méconnaissable, ses dents serrées si fort qu'on pouvait presque entendre l'émail craquer sous la pression, mais ses mains restaient fermement agrippées à son Fragment malgré la douleur évidente qui le torturait.

Hade à l'Est ne criait pas mais ses yeux étaient fermés hermétiquement et des larmes de douleur pure coulaient sur ses joues, son corps entier tremblant violemment comme s'il était secoué par des convulsions mais ses doigts ne relâchant pas leur prise même d'un millimètre.

Ritsu à l'Ouest avait partiellement involontairement déclenché sa transformation de Zoan sous la douleur, son visage oscillant entre humain et félin dans une distorsion grotesque et troublante, un grognement bas et guttural s'échappant de sa gorge qui était maintenant quelque part entre celle d'une femme et celle d'un tigre.

« LA BARRIÈRE SE FISSURE ! » cria Hade soudainement en ouvrant les yeux, pointant vers l'une des connexions lumineuses où une ligne sombre commençait effectivement à apparaître, une fissure qui s'élargissait lentement mais inexorablement comme du verre sous pression excessive. « Elle ne va pas tenir ! Le monstre est trop fort ! »

« NON ! » hurla Sohalia avec une véhémence qui venait du plus profond de son être. « Elle DOIT tenir ! Je ne vais pas échouer maintenant ! »

Elle plongea encore plus profondément dans son pouvoir, bien au-delà de toute limite raisonnable ou saine, puisant directement dans son essence vitale elle-même pour alimenter le rituel, sacrifiant littéralement sa force de vie pour sauver le monde même si cela la tuait dans le processus. Le sang ne coulait plus seulement de son nez maintenant mais aussi de ses yeux en larmes rouges et épaisses qui traçaient des lignes macabres sur ses joues pâles, et ses oreilles également commençaient à saigner, signe clair et indéniable que son corps était en train de se détruire de l'intérieur sous l'effort surhumain qu'elle lui imposait.

Ses plantes répondirent à son appel ultime avec une explosion finale de croissance et de pouvoir, tissant maintenant entre les quatre points cardinaux des structures végétales si denses et si entrelacées qu'elles devenaient presque solides, des chaînes vivantes faites de racines et de lianes qui brillaient avec leur propre lumière interne verte et intense, s'enroulant autour des colonnes de lumière pure émises par les Fragments et les renforçant, ajoutant une composante organique et vivante à la prison purement énergétique.

Marco la tenait maintenant fermement contre lui, ses bras enroulés autour de sa taille pour l'empêcher de s'effondrer complètement tandis qu'elle continuait à canaliser son pouvoir avec une détermination qui défiait toute logique ou instinct de survie.

« Lia, arrête ! » supplia-t-il avec une panique évidente dans sa voix normalement si contrôlée. « Tu vas te tuer ! Arrête maintenant ! »

« Je... Dois... Finir... » parvint-elle à articuler entre des respirations laborieuses et sifflantes qui suggéraient que ses poumons commençaient à se remplir de liquide, probablement du sang provenant de quelque hémorragie interne que son corps brisé ne pouvait plus contenir. « Presque... fini... »

« TU MEURS ! » hurla Marco avec une véhémence désespérée, la secouant légèrement comme pour la ramener à la raison. « Tu es en train de mourir sous mes yeux ! Si tu continues encore une seconde, tu vas mourir ! »

« Tant pis, » murmura-t-elle mais assez fort pour qu'il entende, et ces deux mots brisèrent quelque chose en lui d'une manière que rien n'avait jamais fait auparavant.

Il fit la seule chose qu'il pouvait faire pour la sauver d'elle-même.

Il l'enveloppa complètement dans ses flammes bleues de phénix.

Pour partager sa propre force vitale avec elle, pour alimenter le rituel avec son énergie à lui plutôt que la sienne à elle, donnant littéralement de sa propre vie pour qu'elle ne soit pas obligée de donner entièrement la sienne, créant une connexion énergétique entre eux deux qui permettait au pouvoir du phénix de se mêler au pouvoir ancien des Shizen dans une symbiose qui n'aurait normalement jamais dû être possible.

L'effet fut immédiat et miraculeux.

Sohalia sentit la force affluer en elle depuis Marco, chaude et vivifiante et régénératrice, repoussant temporairement les ténèbres qui menaçaient de l'engloutir complètement, lui donnant juste assez d'énergie pour terminer ce qu'elle avait commencé sans se tuer dans le processus.

Elle canalisa cette énergie combinée dans un dernier effort monumental et désespéré, poussant avec tout ce qui lui restait pour finaliser les chaînes éternelles qui emprisonneraient le monstre pour toujours.

Les chaînes végétales lumineuses se solidifièrent soudainement, passant de structures semi translucides et éthérées à quelque chose de beaucoup plus tangible et réel, devenant des liens physiques aussi durs que le diamant mais vivants et conscients, capables de se réparer et de se régénérer si jamais ils étaient endommagés, des chaînes qui ne pourraient jamais être brisées par la force brute parce qu'elles étaient alimentées par la vie elle-même et tant qu'il y aurait de la vie dans ce monde, elles persisteraient et tiendraient bon.

Les quatre Fragments activés furent alors irrésistiblement attirés vers le bas par une force invisible et implacable, comme s'ils étaient soudainement devenus incroyablement lourds ou comme si quelque chose en dessous les appelait avec une intensité impossible à résister. Ils plongèrent dans l'eau noire en entraînant avec eux leurs porteurs stupéfaits qui n'avaient pas anticipé ce mouvement et qui n'avaient aucun moyen de l'arrêter, les Clés toujours fermement enfoncées dans les Fragments brillants, descendant, descendant, descendant vers les profondeurs où attendait le monstre endormi et l'épave qui respirait.

« QU'EST-CE QUI SE PASSE ? » cria Vista en sentant son Fragment l'entraîner inexorablement vers le fond, sa voix portant à peine au-dessus du rugissement de l'eau et du vent et du pouvoir qui tourbillonnait autour d'eux tous.

« LAISSEZ-LES ! » répondit Sohalia avec les dernières forces qui lui restaient. « ILS DOIVENT S'ANCRER DANS LE CORPS DU MONSTRE LUI-MÊME ! »

Les quatre Fragments plongèrent profondément, jusqu'à ce qu'ils atteignent finalement quelque chose de solide — l'épave de Vieilombre qui pulsait et respirait comme un organisme vivant, ses planches de bois anciennes se contractant et se dilatant en parfaite synchronisation avec le battement de cœur lent du monstre tapi en dessous.

Les Fragments s'enfoncèrent dans le bois comme des clous chauffés à blanc s'enfonçant dans du beurre, pénétrant la structure avec une facilité troublante qui suggérait que l'épave elle-même voulait les accepter ou peut-être qu'elle n'avait aucun moyen de les refuser, traversant les planches pourries et les poutres affaiblies pour atteindre finalement ce qui se trouvait en dessous — la chair même du monstre endormi qui reposait là depuis des siècles entiers, attendant patiemment sa libération.

Les Fragments s'enfoncèrent profondément dans cette chair surnaturelle et impossible, les Clés toujours fermement insérées en eux, créant quatre points d'ancrage permanents et impossibles à retirer, quatre épines plantées dans le corps du monstre qui ne pourraient jamais être arrachées tant que le monstre existerait, le marquant et le liant pour l'éternité.

Puis les chaînes lumineuses de Sohalia s'enroulèrent.

Elles descendirent depuis la surface comme des serpents gigantesques et conscients, suivant les Fragments jusqu'à leur destination finale, s'enroulant autour de l'épave entière dans des spirales serrées et impénétrables, puis continuant encore plus profondément pour envelopper le monstre lui-même dans un cocon de lumière et de vie végétale, créant couche après couche après couche de liens qui se superposaient et se renforçaient mutuellement, formant une prison si absolue et si complète qu'aucune force imaginable ne pourrait jamais la briser de l'intérieur.

Le monstre hurla.

Un cri qui n'était pas vraiment un son mais plutôt une vibration qui se propageait à travers l'eau et l'air et la pierre et peut-être même à travers le temps lui-même, un hurlement de rage et de frustration et de haine pure qui fit trembler l'océan entier dans un rayon de plusieurs kilomètres, un cri primal de colère impuissante face à sa défaite et son emprisonnement pour l'éternité promise.

C'était un cri de rage absolue.

Mais c'était aussi un cri de défaite finale et irréversible.

Puis... le silence.

Un silence si total et si complet qu'il était presque tangible, un silence qui semblait absorber tous les sons comme un trou noir absorbant la lumière, créant un vide acoustique troublant après le chaos assourdissant des minutes précédentes.

Tout s'arrêta simultanément.

L'eau bouillonnante se calma instantanément, redevenant lisse et plate comme un miroir parfait sans la moindre ride pour en troubler la surface.

Les tentacules d'ombre disparurent comme s'ils n'avaient jamais existé, se dissolvant dans le néant d'où ils étaient venus.

La brume commença à se dissiper progressivement, s'éclaircissant lentement pour révéler un ciel bleu parfait qui avait attendu patiemment au-dessus pendant tout ce temps.

Le soleil perça finalement à travers les derniers vestiges de brume, inondant toute la zone d'une lumière dorée et chaude qui chassait les dernières ombres et transformait la scène de cauchemar en quelque chose de presque paisible et serein.

C'était terminé.

Vraiment terminé.

Le rituel avait fonctionné.

Le monde était sauvé.

Sohalia s'effondra immédiatement dans les bras de Marco, toute la tension qui l'avait maintenue debout et fonctionnelle disparaissant d'un coup comme un fil coupé net, son corps devenant complètement mou et sans force, mais elle resta consciente, ses yeux restant ouverts même si ils étaient vitreux et flous, sa respiration restant régulière même si elle était superficielle et laborieuse.

« Lia ! » Marco la rattrapa avant qu'elle ne tombe, la serrant contre lui avec une douceur désespérée, ses mains tremblant légèrement sous l'adrénaline et le soulagement et la peur résiduelles. « Lia, reste avec moi, yoi ! Ne t'évanouis pas maintenant ! »

« C'est... fait... » murmura-t-elle faiblement contre son torse, chaque mot nécessitant un effort considérable mais sortant quand même avec une satisfaction épuisée mais triomphante. « On a... réussi... »

« On a réussi ? » répéta-t-il comme s'il n'osait pas y croire, comme s'il avait besoin de l'entendre confirmé à voix haute pour que ce soit réel.

« Oui, » confirma-t-elle avec un sourire épuisé mais genuine qui illumina brièvement son visage pâle et ensanglanté. « Le monstre est scellé... pour toujours... »

Les quatre porteurs de Fragments commençaient à les rejoindre, ayant finalement lâché leurs Fragments une fois qu'ils étaient sûrs qu'ils étaient solidement ancrés dans le monstre et l'épave.

Jozu fut le premier à les atteindre.

« Fini? » demanda-t-il simplement une fois qu'il eut récupéré suffisamment de souffle pour parler.

Marco, toujours tenant Sohalia affaiblie mais consciente contre lui, hocha la tête avec emphase.

« Oui, yoi. C'est fini. On l'a fait. On a vraiment réussi. »

Vista arriva ensuite, haletant et visiblement épuisé mais avec un sourire triomphant sur le visage malgré la douleur évidente de ses mains.

« Le sceau tient ? » demanda-t-il anxieusement. « Vraiment ? Il est solide ? »

Sohalia tourna légèrement la tête pour le regarder, rassemblant juste assez de force pour répondre d'un hochement de tête.

Hade les atteint à son tour, silencieux comme toujours même après une telle épreuve, mais ses yeux brillaient avec quelque chose qui ressemblait à de l'émerveillement mêlé d'incrédulité face à ce qu'ils venaient tous d'accomplir ensemble.

Ritsu fut la dernière à les atteindre, toujours partiellement transformée en tigre avec des rayures visibles sur sa peau humide et ses yeux félinement élargis, mais elle souriait néanmoins avec cette satisfaction féroce qui venait de savoir qu'elle avait participé à quelque chose de véritablement important et significatif.

Le bateau central où attendaient Yori, Hogo et Kan s'approcha rapidement du bateau de Marco et Sohalia, Yori se penchant immédiatement pour examiner l'état de Sohalia avec ce professionnalisme médical qui reprenait automatiquement le dessus même après avoir assisté à quelque chose d'aussi extraordinaire et surnaturel que ce qu'ils venaient tous de voir.

« Épuisement total mais pas mortelle, » diagnostiqua-t-il rapidement après avoir vérifié son pouls et ses pupilles et sa respiration. « Elle va vivre. Elle va avoir besoin de beaucoup de repos et probablement de plusieurs jours de récupération complète, mais elle va s'en sortir. »

« Dommage, » murmura Sohalia avec un humour faible mais présent qui arracha des rires soulagés à plusieurs personnes présentes. « J'espérais secrètement ne pas avoir à affronter Père après avoir failli me tuer encore une fois. »

« Il va être fier de toi, yoi, » assura Marco en caressant doucement ses cheveux collés par la sueur et le sang. « Pas en colère. Juste... immensément fier. »

« J'espère vraiment que tu as raison. »

Kan, qui avait réussi à survivre au chaos sans se blesser grâce principalement au fait qu'il était resté prudemment dans le bateau central loin de l'action réelle, choisit ce moment pour exprimer son soulagement à sa manière caractéristique et totalement inappropriée.

« ON L'A FAIT ! » hurla-t-il avec un enthousiasme qui semblait disproportionné compte tenu qu'il n'avait pas vraiment fait grand-chose personnellement. « ON A VRAIMENT SAUVÉ LE MONDE ENTIER ! JE L'AVAIS PRÉDIT ! J'AVAIS DIT QU'ON RÉUSSIRAIT ! »

« Tu as littéralement prédit qu'on allait tous mourir il y a dix minutes, » fit remarquer Hogo sèchement en levant les yeux au ciel. « Littéralement tes mots exacts étaient 'on va tous mourir'. »

« Mais on n'est pas morts ! » protesta Kan sans se laisser démonter par cette contradiction flagrante. « Donc techniquement j'avais raison de prédire qu'on survivrait ! »

« Ce n'est absolument pas logique. »

« C'est de la logique suffisamment bonne pour moi ! »

Sohalia rit faiblement malgré son épuisement, trouvant du réconfort dans cette normalité absurde après l'intensité surréaliste du rituel.

« Vous êtes tous impossibles, » murmura-t-elle affectueusement. « Complètement et irrémédiablement impossibles. »

« On t'aime aussi, Chef Sohalia Bordel, » répondit Hade avec ce sourire rare qui montrait qu'il taquinait gentiment.

« Je vais vraiment vous tuer tous un jour, » menaça-t-elle mais sans aucune conviction réelle dans sa voix fatiguée.

« Tu devras nous rattraper d'abord, » dit Ritsu en souriant.

« Et dans ton état actuel, ça va être difficile, » ajouta Vista.

Marco serra Sohalia plus fort contre lui, la protégeant instinctivement même si le danger était passé maintenant, refusant de la lâcher même pour une seconde parce qu'il avait encore trop peur de ce qu'il avait failli perdre pendant ces minutes terrifiantes où elle s'était littéralement vidée de sa vie pour sauver le monde.

Le soleil brillait maintenant pleinement au-dessus d'eux, chassant les dernières traces de brume et d'ombre, transformant la zone qui avait été si sombre et terrifiante en quelque chose de presque paradisiaque dans sa beauté simple et naturelle. L'eau était redevenue bleue et claire, reflétant le ciel comme un miroir parfait. Les oiseaux marins recommençaient à voler au-dessus d'eux, leurs cris perçants rompant le silence de manière rassurante et normale.

Tout était fini.

Le monstre était scellé pour l'éternité.

Le monde était sauvé.

Et ils étaient tous encore vivants pour en témoigner.

« Rentrons à la maison, » dit finalement Marco en commençant à ramer doucement vers l'endroit où le Moby Dick les attendait quelque part au-delà de l'horizon. « Il est temps de célébrer notre victoire et de laisser cette fille impossible se reposer avant qu'elle ne trouve un autre moyen de se tuer pour sauver le monde. »

« Je peux encore t'entendre, tu sais, » marmonna Sohalia contre son torse.

« Je sais, yoi. C'était intentionnel. »

« Je te déteste parfois. »

« Menteuse. »

Elle sourit malgré son épuisement total, se permettant finalement de fermer les yeux et de se détendre complètement dans ses bras, sachant qu'elle était en sécurité maintenant, que tout était terminé, qu'elle pouvait enfin arrêter de se battre et juste... se reposer.

Ils avaient sauvé le monde.

Ensemble.

Et c'était tout ce qui comptait vraiment.


Le voyage de retour vers le Moby Dick se fit dans une atmosphère étrange et presque surréelle qui oscillait entre l'euphorie du succès et l'épuisement total qui suivait toujours les grandes batailles et les épreuves intenses. Marco ramait avec des mouvements réguliers et mécaniques, ses muscles fonctionnant automatiquement tandis que son esprit était ailleurs, probablement encore en train de revivre ces moments terrifiants où Sohalia s'était littéralement vidée de sa vie devant ses yeux impuissants et où il avait cru sincèrement qu'il allait la perdre pour toujours malgré tous ses efforts pour la sauver.

Sohalia s'était finalement endormie dans ses bras, non pas d'un sommeil vraiment réparateur mais plutôt de cet état semi-conscient d'épuisement complet où le corps force l'esprit à se déconnecter temporairement pour pouvoir commencer le processus de récupération et de guérison sans l'interférence de pensées conscientes et stressantes. Sa tête reposait contre son torse, sa respiration était superficielle mais régulière, et Marco pouvait sentir son cœur battre faiblement.

Les autres bateaux les suivaient en formation lâche, chacun ramant à son propre rythme selon l'énergie qui leur restait après l'épreuve qu'ils venaient de traverser. Jozu ramait avec sa force habituelle qui semblait inépuisable malgré tout ce qu'il avait enduré, Vista glissait avec élégance même dans son état fatigué, Hade avançait calmement et méthodiquement, et Ritsu avait repris sa forme humaine complète maintenant et ramait, ses muscles puissants la propulsant efficacement à travers l'eau redevenue bleue et accueillante.

Kan ne pouvait apparemment pas supporter le silence même maintenant, même après avoir littéralement sauvé le monde et mérité peut-être quelques minutes de contemplation tranquille et respectueuse.

« Alors on est officiellement des héros maintenant, non ? » demanda-t-il avec un enthousiasme qui semblait inapproprié mais qui était néanmoins sincère dans sa naïveté joyeuse. « Des sauveurs du monde ! Ils vont écrire des chansons sur nous ! Raconter des histoires ! Construire des statues ! »

« Personne ne saura jamais ce qu'on a fait aujourd'hui, » répondit Yori avec ce pragmatisme terre-à-terre qui caractérisait sa vision du monde. « Le monde continuera exactement comme avant, complètement ignorant du fait qu'il était à quelques heures de sa destruction totale et qu'un petit groupe de pirates l'a sauvé dans le secret le plus complet. »

« C'est vraiment déprimant comme perspective, » observa Kan avec une déception évidente dans la voix. « On sauve le monde entier et personne ne le saura jamais ? Où est la justice dans tout ça ? »

« On n'a pas fait ça pour la gloire ou la reconnaissance, idiot, » dit Hogo en lui donnant sa tape habituelle à l'arrière de la tête. « On l'a fait parce que c'était la bonne chose à faire et parce que personne d'autre ne pouvait le faire. C'est suffisant comme récompense. »

« Je suppose, » admit Kan à contrecœur. « Mais quand même, une petite statue n'aurait pas fait de mal. »

Marco sourit légèrement malgré lui, trouvant du réconfort dans cette normalité absurde qui signifiait que tout revenait vraiment à la normale, que le chaos et le danger étaient vraiment terminés et qu'ils pouvaient tous recommencer à être juste eux-mêmes sans la pression écrasante de devoir sauver le monde pesant sur leurs épaules.


Le Moby Dick apparut finalement à l'horizon, sa silhouette massive et reconnaissable se détachant contre le ciel bleu comme un phare guidant ses enfants perdus vers la maison et la sécurité. Même de cette distance, ils pouvaient voir que le pont était bondé de silhouettes qui devaient être l'équipage entier rassemblé là en attente anxieuse de leur retour, scrutant l'horizon avec cette intensité qui venait de l'inquiétude sincère et de l'espoir désespéré que tous reviendraient vivants et entiers.

Quelqu'un sur le navire les aperçut finalement — probablement quelqu'un dans le nid de pie avec une longue-vue — parce qu'immédiatement un cri retentit qui porta même jusqu'à leur position éloignée, un cri de soulagement et de joie qui fut rapidement repris et amplifié par des dizaines puis des centaines de voix créant une cacophonie de célébration spontanée et débridée.

« ILS REVIENNENT ! »

« ILS SONT VIVANTS ! »

« TOUS VIVANTS ! »

« SOHALIA ! »

« ILS L'ONT FAIT ! »

À mesure qu'ils s'approchaient suffisamment pour que l'équipage puisse vraiment les voir clairement et distinguer les détails, l'ovation monta en intensité et en volume, devenant un rugissement assourdissant d'approbation et de soulagement et de fierté qui faisait littéralement vibrer l'air autour du navire géant. Des pirates agitaient leurs bras frénétiquement, certains pleuraient ouvertement sans honte, d'autres criaient des encouragements et des félicitations qui se mélangeaient en une bouillie incompréhensible mais néanmoins chaleureuse et sincère dans son affection collective.

Quand les bateaux accostèrent finalement contre la coque massive du Moby Dick et que des cordes furent lancées pour les aider à monter, l'ovation atteignit des niveaux qui auraient probablement été audibles depuis plusieurs kilomètres de distance, un tonnerre de voix humaines célébrant leur victoire et leur survie avec une intensité qui témoignait de combien ils avaient tous été inquiets et combien ce succès signifiait pour eux tous.

Marco monta en premier, portant Sohalia endormie dans ses bras avec une douceur extrême, la tenant contre lui comme le trésor le plus précieux du monde tandis qu'il utilisait son pouvoir de phénix pour s'envoler légèrement plutôt que de grimper aux cordes et risquer de la secouer ou de la blesser davantage. Il atterrit doucement sur le pont principal au milieu d'un cercle qui s'était automatiquement formé pour leur faire de la place, tous les pirates présents les regardant avec des expressions qui allaient de l'admiration pure à l'inquiétude visible pour l'état manifestement épuisé de Sohalia.

L'équipage entier éclata immédiatement en cris assourdissants et de joie qui devaient être audibles depuis l'autre bout du Nouveau Monde.

Les autres membres de l'équipe montèrent également, chacun accueilli avec des embrassades enthousiastes et des tapes dans le dos qui auraient probablement été douloureuses si ils n'avaient pas tous été trop épuisés pour vraiment les sentir pleinement. Jozu fut pratiquement submergé par des membres de sa propre division qui voulaient tous toucher leur commandant et s'assurer qu'il était vraiment là et vraiment en un seul morceau. Vista fut entouré par un groupe de ses admirateurs habituels qui voulaient entendre tous les détails glorieux de ce qui s'était passé. Hade, Ritsu, Hogo et Kan furent tous accueillis comme des héros revenus d'une guerre lointaine, ce qui n'était pas si éloigné de la vérité finalement.

Mais toute l'attention finit inévitablement par converger vers Marco qui se tenait au centre du pont tenant toujours Sohalia endormie et ensanglantée dans ses bras, créant une image qui était simultanément triomphante et inquiétante dans sa juxtaposition de victoire et de fragilité évidente.

Barbe Blanche lui-même descendit de son trône surélevé avec cette démarche lourde et mesurée qui faisait trembler le bois sous ses pieds, s'approchant de Marco et Sohalia avec une expression qui était difficile à déchiffrer mais qui semblait contenir plusieurs couches complexes d'émotions contradictoires — fierté, soulagement, inquiétude, affection paternelle, tout mélangé en quelque chose de profondément puissant et émouvant.

Il s'arrêta devant eux et regarda Sohalia endormie pendant un long moment silencieux, ses yeux prenant en compte chaque détail visible de son état — le sang séché sur son visage, la pâleur extrême de sa peau, les cernes sombres sous ses yeux fermés, la respiration superficielle mais régulière. Puis il leva les yeux vers Marco avec une question silencieuse mais claire dans son regard.

« Elle va bien, Père, » assura immédiatement Marco même si sa voix tremblait légèrement sous l'émotion résiduelle et l'adrénaline qui commençait seulement maintenant à se dissiper. « Épuisée complètement. Elle a donné tout ce qu'elle avait et plus encore. Mais Yori dit qu'elle va s'en sortir avec du repos. Elle va vivre. »

Barbe Blanche hocha lentement la tête, cette tension qu'il avait portée dans ses épaules se relâchant visiblement maintenant qu'il savait que sa fille allait survivre à cette épreuve qu'elle s'était imposée.

« Bien, » dit-il simplement, mais ce mot unique portait tout le poids de son soulagement profond et de sa fierté paternelle.

Puis il se tourna vers l'équipage assemblé qui attendait avec une anticipation palpable, sachant qu'il allait faire une annonce importante mais ne sachant pas encore exactement quelle forme cette annonce prendrait.

« MES FILS ! » rugit Barbe Blanche avec cette voix tonnante qui portait jusqu'aux confins les plus reculés du navire et probablement au-delà. « MES FILLES ! »

Un silence immédiat et absolu tomba sur le pont bondé, tous les pirates présents se figeant dans leurs positions respectives pour écouter avec une attention totale ce que leur capitaine et père allait dire.

« Aujourd'hui, vous avez été témoins de quelque chose d'extraordinaire, » continua-t-il avec cette gravité qui commandait automatiquement le respect et l'attention. « Vos frères et vos sœurs sont partis accomplir une mission qui aurait terrifié même les pirates les plus courageux et les plus fous. Ils sont allés affronter un monstre ancien qui menaçait de plonger notre monde entier dans les ténèbres éternelles. »

Des murmures d'accord parcoururent l'équipage, tous conscients maintenant de la magnitude de ce qui avait été en jeu même si beaucoup ne connaissaient pas tous les détails précis.

« La Sphère Temporelle, » déclara Barbe Blanche en énumérant leurs victoires récentes comme s'il dressait une liste de batailles gagnées. « Détruite par ma fille qui a risqué sa vie pour empêcher son utilisation contre des innocents. »

Un rugissement d'approbation et de fierté secoua le navire.

« La Sphère Éternelle, » continua-t-il. « Sa reconstitution complète empêchée par le courage et la détermination de ceux qui ont combattu à Ohara. Jef, » cracha presque le nom comme si il avait mauvais goût dans sa bouche. « Le traître qui a orchestré tout cela. Vaincu et détruit par ma fille qui a refusé de laisser ses crimes impunis. »

Plus d'acclamations, plus sauvages cette fois, la satisfaction de la vengeance accomplie résonnant dans chaque voix.

« Et maintenant, le Gardien des Abysses lui-même, » termina Barbe Blanche en regardant Sohalia endormie avec une fierté qui brillait clairement dans ses yeux. « Le monstre ancien qui dormait sous Vieilombre. Scellé pour l'éternité. »

Le silence qui suivit cette déclaration était chargé d'émerveillement et d'incrédulité face à la magnitude de ce qui avait été accompli, face à la réalisation progressive que leur famille pirate avait littéralement sauvé le monde entier de la destruction apocalyptique.

« Vous avez tous mérité de célébrer cette victoire ! » rugit finalement Barbe Blanche avec un sourire qui illumina son visage habituellement sévère. « Vous avez tous mérité de vous reposer et de profiter de la vie que nous avons préservée ! »

L'excitation monta immédiatement, l'équipage commençant déjà à anticiper ce qui allait suivre cette annonce.

« Demain matin, » déclara-t-il en levant une main massive pour calmer temporairement l'enthousiasme débordant, « nous mettons le cap sur San Faldo! »

L'explosion de joie qui suivit cette annonce fut probablement audible depuis trois îles différentes dans toutes les directions, un rugissement collectif d'anticipation et de bonheur qui faisait trembler le navire entier sous la force pure de l'enthousiasme de plusieurs centaines de pirates excités simultanément.

« L'ÎLE DU CARNAVAL ! »

« PERMISSION GÉNÉRALE ! »

« DE LA NOURRITURE ! »

« DE L'ALCOOL ! »

« DES SPECTACLES ! »

Ace était particulièrement exubérant, sautant littéralement en l'air avec une excitation qui était presque enfantine dans sa pure joie non filtrée.

« DE LA VIANDE ! TELLEMENT DE VIANDE ! JE VAIS MANGER JUSQU'À CE QUE JE ROULE ! »

« Tu fais déjà ça tous les jours, idiot, » fit remarquer quelqu'un mais avec affection plutôt qu'avec critique.

Curiel levait déjà une bouteille d'alcool qu'il avait apparemment gardée sur lui pour une occasion spéciale exactement comme celle-ci.

« À LA VICTOIRE ! À LA VIE ! »

« À LA VIE ! » reprirent des centaines de voix en chœur chaotique mais sincère.

La quatrième division était particulièrement bruyante dans ses célébrations, ayant plusieurs de leurs membres directement impliqués dans le rituel et donc ayant une raison personnelle supplémentaire de célébrer au-delà de la victoire générale. Kenta agitait frénétiquement cette bannière horrible que Genjiro et Hayate avaient fabriquée, la brandissant comme un étendard de guerre victorieux malgré le fait qu'elle était toujours aussi mal dessinée et esthétiquement discutable. Ikaku criait quelque chose d'incompréhensible mais clairement positif dans son ton. Dom faisait semblant de pleurer de joie ce qui lui valut plusieurs tapes affectueuses de ceux qui l'entouraient.

Barbe Blanche leva à nouveau la main pour obtenir un dernier moment de silence avant de laisser les célébrations vraiment commencer sans retenue.

« Une semaine complète de permission pour tous ! » annonça-t-il généreusement. « Profitez-en ! Vous l'avez plus que mérité ! »

Si c'était possible, les cris devinrent encore plus forts, certains pirates tombant littéralement à genoux sous l'émotion pure de cette générosité inattendue, d'autres s'embrassant spontanément dans leur joie débordante.

Marco ne participait pas vraiment à ces célébrations bruyantes, trop concentré sur Sohalia qu'il tenait toujours avec soin dans ses bras, trop conscient de son état fragile pour vraiment se permettre de se détendre et de célébrer complètement.

« Je l'emmène à l'infirmerie, yoi, » annonça-t-il à Barbe Blanche qui hocha la tête avec compréhension.

« Prends soin d'elle, » ordonna le capitaine doucement. « Elle a bien mérité tout le repos qu'elle peut obtenir. »

« Toujours, yoi. »

Marco se fraya un chemin à travers la foule joyeuse qui s'écarta automatiquement pour le laisser passer, leurs célébrations se calmant légèrement par respect pour Sohalia endormie qu'il transportait avec tant de soin visible. Il descendit les escaliers vers l'infirmerie avec des mouvements délibérément lents et prudents pour ne pas la secouer, entrant dans la pièce familière qui sentait encore faiblement les antiseptiques et les herbes médicinales que Yori utilisait dans ses traitements.

Il la déposa délicatement sur le lit le plus proche, arrangeant avec soin les oreillers sous sa tête et tirant doucement les couvertures propres jusqu'à son menton, ses gestes empreints d'une tendresse qui contrastait fortement avec sa personnalité habituellement sarcastique et détachée qu'il montrait au reste du monde. Elle bougea légèrement dans son sommeil quand sa tête toucha l'oreiller, murmurant quelque chose d'incompréhensible avant de s'enfoncer plus profondément dans l'inconscience réparatrice, son corps prenant enfin vraiment le repos dont il avait désespérément besoin pour commencer le processus de guérison et de récupération.

Marco s'assit dans le fauteuil familier à côté du lit — ce même fauteuil où il avait passé tant de nuits pendant son coma et sa convalescence, ce fauteuil qui avait probablement une empreinte permanente de sa forme maintenant après tant d'heures d'occupation continue — et prit sa main dans la sienne, entrelaçant leurs doigts avec douceur et tenant cette connexion physique comme si c'était la chose la plus précieuse et la plus fragile du monde.

Il la regarda dormir pendant un long moment silencieux, mémorisant chaque détail de son visage paisible.

Elle avait encore du sang séché sur son visage — des traînées sombres qui avaient coulé de son nez et de ses oreilles pendant le rituel quand elle s'était poussée bien au-delà de toute limite raisonnable ou saine. Elle avait des cernes profonds et sombres sous ses yeux qui témoignaient de l'épuisement total de son corps. Sa peau était d'une pâleur qui aurait été inquiétante si Yori n'avait pas déjà confirmé qu'elle allait bien et qu'elle récupérerait complètement avec du temps et du repos.

Mais elle était vivante.

Elle respirait.

Son cœur battait régulièrement sous ses doigts qu'il gardait légèrement pressés contre son poignet pour sentir son pouls constant.

Elle avait survécu.

Encore une fois.

Malgré tout.

Et c'était tout ce qui comptait vraiment.


Sohalia se réveilla quelques heures plus tard alors que le soleil commençait déjà à décliner vers l'horizon occidental, peignant le ciel de teintes orangées et roses qui filtraient à travers la petite fenêtre de l'infirmerie et créaient des motifs de lumière et d'ombre dansants sur les murs blancs et stériles. Elle émergea progressivement de son sommeil profond et sans rêves, ses paupières papillonnant plusieurs fois avant de s'ouvrir complètement, ses yeux verts mettant quelques secondes à s'ajuster à la lumière et à se concentrer sur son environnement immédiat.

La première chose qu'elle vit fut Marco endormi dans le fauteuil à côté de son lit, sa tête penchée dans un angle inconfortable qui allait probablement lui donner un torticolis terrible quand il se réveillerait, sa main tenant toujours la sienne même dans son sommeil comme si il avait peur qu'elle s'envole s'il la lâchait. Il avait l'air épuisé même en dormant, des cernes sombres sous ses yeux témoignant du stress et de l'inquiétude et de la peur qu'il avait endurés pendant le rituel quand il avait cru sincèrement qu'il allait la perdre.

Elle sourit doucement en le regardant dormir, son cœur se serrant avec affection et culpabilité simultanément — affection pour cet homme qui l'aimait tellement qu'il était prêt à donner littéralement sa propre vie pour la sauver, culpabilité pour lui infliger constamment cette inquiétude et cette peur à cause de ses décisions imprudentes et de sa tendance à se sacrifier pour les autres sans vraiment penser aux conséquences pour ceux qui l'aimaient et qui resteraient derrière si elle mourait.

Elle bougea légèrement sa main — juste un petit mouvement pour voir si elle avait récupéré suffisamment de force motrice — et Marco se réveilla instantanément comme s'il avait été électrocuté, ses yeux s'ouvrant brusquement et se fixant immédiatement sur elle avec une intensité qui était presque palpable dans sa force et son soulagement évident.

« Lia ! »

Le mot sortit comme une exclamation soulagée et paniquée simultanément, chargée de toute l'inquiétude qu'il avait portée pendant ces heures où elle dormait et où il veillait anxieusement en attendant qu'elle se réveille et prouve qu'elle allait vraiment bien.

« Salut, phénix, » murmura-t-elle avec un sourire fatigué mais genuine, sa voix rauque d'avoir dormi mais néanmoins claire et cohérente d'une manière qui devait le rassurer immédiatement sur son état mental. « Tu as l'air terrible. Tu as dormi du tout ? »

« Comment tu te sens, yoi ? » demanda-t-il en ignorant complètement sa question et sa remarque sur son apparence, se penchant plus près pour l'examiner de ses propres yeux même si Yori avait déjà confirmé qu'elle allait bien, ayant besoin de cette vérification visuelle directe pour vraiment croire et accepter qu'elle avait survécu encore une fois à quelque chose qui aurait dû la tuer.

« Comme si j'avais été écrasée par un Roi des Mers géant, » admit-elle honnêtement en grimaçant légèrement quand elle essaya de bouger et que chaque muscle de son corps protesta violemment contre cette sollicitation soudaine. « Puis traînée derrière un navire pendant plusieurs kilomètres. Puis jetée contre un mur de pierre. Plusieurs fois. »

« Donc normal pour toi après avoir sauvé le monde, yoi, » répondit-il avec ce sarcasme affectueux.

Elle rit doucement malgré la douleur que ce rire provoqua dans ses côtes encore sensibles.

« Exactement. Une journée parfaitement normale dans ma vie. Rien d'extraordinaire. »

Ils restèrent ainsi un moment dans un silence confortable, juste se regardant l'un l'autre, se rassurant mutuellement par leur présence physique que tout allait vraiment bien maintenant, que le danger était passé, qu'ils étaient tous les deux vivants et ensemble et en sécurité.

Puis Sohalia remarqua les bruits au-dessus d'eux — des cris de joie, de la musique, des rires, le son caractéristique d'une célébration massive en cours quelque part sur les ponts supérieurs du navire.

« Qu'est-ce qui se passe là-haut ? » demanda-t-elle avec curiosité. « Ça a l'air d'être une sacrée fête. »

« Barbe Blanche a annoncé qu'on met le cap sur San Faldo demain matin, yoi, » expliqua Marco. « Une semaine complète de permission pour tout le monde. L'équipage célèbre la victoire et anticipe déjà le carnaval qui les attend. »

« San Faldo, » répéta-t-elle en testant le nom sur sa langue. « L'île du Carnaval permanent. Ça a l'air... bruyant. »

« Extrêmement bruyant, yoi. Et chaotique. Et complètement fou. Tu vas adorer ou détester sans zone intermédiaire possible. »

« J'ai hâte de découvrir dans quelle catégorie je tombe. »

Un autre silence s'installa, mais celui-ci était légèrement différent du précédent — plus pensif, plus chargé de choses non dites qui flottaient dans l'air entre eux comme des fantômes attendant patiemment d'être reconnus et affrontés.

Marco caressa doucement le dos de sa main avec son pouce, traçant des motifs abstraits sur sa peau avec une attention qui suggérait qu'il réfléchissait profondément à quelque chose qu'il hésitait à exprimer à voix haute.

« Quoi ? » demanda finalement Sohalia en le regardant avec cette perspicacité. « Tu as cette expression qui dit que tu penses à quelque chose d'important mais que tu ne sais pas comment le dire. »

Il la regarda dans les yeux pendant un long moment, semblant débattre intérieurement s'il devait vraiment partager ce qui occupait ses pensées ou s'il devait garder ça pour lui et éviter de gâcher ce moment de repos et de récupération avec des sujets difficiles et potentiellement douloureux.

« Tu vas devoir retourner au Royaume, » dit-il finalement, énonçant simplement le fait qu'ils avaient tous les deux évité de discuter ouvertement même si ils y pensaient tous les deux constamment depuis des semaines. « Ton peuple a besoin de toi. Maiya a besoin de toi. C'est ton devoir et ton héritage. »

Sohalia se figea légèrement, son sourire s'effaçant progressivement tandis qu'elle digérait ces paroles et leurs implications inévitables.

« Je sais, » murmura-t-elle après un long moment de silence chargé. « Je savais que ce n'était que temporaire, que je devrais éventuellement retourner et assumer mes responsabilités. »

« Mais tu ne veux pas y aller, » observa Marco, énonçant l'évidence qu'elle refusait d'admettre à voix haute par fierté ou par culpabilité ou probablement les deux simultanément.

« Non, » admit-elle honnêtement parce qu'elle ne mentait jamais à Marco sur les choses vraiment importantes. « Je ne veux pas partir. Je veux rester ici avec toi et avec notre famille. Je veux continuer à être pirate et libre et insouciante. Je ne veux pas être reine et responsable et enchaînée à un trône et à des devoirs que je n'ai jamais vraiment voulus. »

« Mais tu vas quand même y aller, » dit-il et ce n'était pas vraiment une question mais plutôt une affirmation de ce qu'il savait déjà sur elle et sa nature profonde qui ne lui permettait jamais de fuir ses responsabilités peu importe combien elle les détestait ou combien elle voulait les éviter.

« Oui, » confirma-t-elle avec une résignation triste qui faisait mal à entendre. « Je vais y aller. Parce que Maiya a besoin de moi. Parce que mon peuple a besoin de moi. Parce que c'est mon devoir que je ne peux pas simplement ignorer ou abandonner parce que ce serait plus facile et plus agréable. »

Marco hocha lentement la tête, acceptant cette réalité même si ça lui brisait le cœur de penser à la perdre, de penser à un futur où elle ne serait pas là à ses côtés tous les jours, où il ne pourrait pas la protéger et veiller sur elle et s'assurer qu'elle ne faisait pas quelque chose d'incroyablement stupide et suicidaire pour sauver quelqu'un d'autre.

« Et moi, » continua-t-il avec cette même résignation qui égalait la sienne, « je suis le premier commandant de Barbe Blanche. Mon devoir est ici, sur ce navire, avec mon père et mes frères. Je ne peux pas abandonner ma position et mes responsabilités juste parce que je veux te suivre où que tu ailles. »

« Je sais, » dit-elle en serrant sa main plus fort, comme si ce contact physique pouvait combler le fossé qui allait inévitablement s'ouvrir entre eux. « Tu appartiens ici. Autant que j'appartiens au Royaume maintenant même si je déteste l'admettre. »

« Alors qu'est-ce qu'on fait ? » demanda-t-il même si il connaissait probablement déjà la réponse, ayant sûrement réfléchi à cette question pendant des heures tandis qu'elle dormait et qu'il veillait anxieusement à son chevet.

Sohalia ferma brièvement les yeux, rassemblant son courage pour dire ce qu'elle devait dire, pour affronter cette réalité qu'elle avait évitée mentalement aussi longtemps que possible.

« On profite du temps qu'il nous reste, » dit-elle finalement en rouvrant les yeux pour le regarder directement. « Une semaine à San Faldo. Une semaine où on peut juste être nous-mêmes sans penser à l'avenir ou aux responsabilités ou aux devoirs qui nous attendent. Une semaine pour être juste deux personnes qui s'aiment et qui profitent de la vie ensemble. »

« Et après ? » insista-t-il doucement mais fermement, refusant de laisser cette conversation se terminer sans affronter complètement ce qui allait se passer une fois que cette semaine idyllique serait terminée.

« Après, » murmura-t-elle avec une voix qui tremblait légèrement sous l'émotion qu'elle essayait de contenir, « je retourne au Royaume. Je retrouve Maiya. Je commence à apprendre à devenir la reine que mon peuple mérite et a besoin que je sois. Et toi tu restes ici avec Barbe Blanche et l'équipage et tu continues à être le meilleur premier commandant qu'ils pourraient espérer avoir. »

« Et nous ? »

La question sortit plus vulnérable qu'il ne l'aurait probablement voulu, trahissant combien cette séparation le terrifiait vraiment malgré tous ses efforts pour paraître stoïque et acceptant.

Elle le regarda avec des yeux brillants de larmes non versées.

« Nous trouvons un moyen. Je ne compte pas abandonner. Je suis une pirate, je trouverais un moyen. »

Il se pencha pour l'embrasser doucement, versant toute son amour et sa peur et son désespoir et son espoir dans ce baiser qui goûtait les larmes salées qu'elle ne voulait pas laisser couler mais qui échappaient quand même à son contrôle strict, créant un moment d'intimité pure et vulnérable qui transcendait les mots et les promesses verbales.

Quand ils se séparèrent finalement, tous les deux légèrement essoufflés et émotionnellement épuisés, Marco posa son front contre le sien dans ce geste qu'ils partageaient depuis toujours et qui signifiait plus que n'importe quel baiser ou n'importe quelle déclaration d'amour élaborée.

Ils restèrent ainsi un long moment, front contre front, respirations synchronisées, cœurs battant en harmonie malgré la douleur sourde de savoir que leur temps ensemble était compté, que bientôt ils devraient se séparer et apprendre à vivre des vies séparées reliées seulement par des promesses et des souvenirs et un amour qui devrait être suffisamment fort pour survivre à la distance et au temps.

Mais pour l'instant — pour cette semaine précieuse à San Faldo qui les attendait — ils pouvaient juste être ensemble.

Et ils avaient bien l'intention de profiter de chaque seconde.


Publié : 01/02/2026

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