The New Era
Chapitre 61 : Sous les lanternes de San Faldo
13171 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 02/02/2026 16:12
Barbe Blanche se tenait debout sur le pont principal du Moby Dick, ses mains massives posées sur la rambarde de bois usé par des décennies de navigation et d'aventures qui avaient traversé tous les océans du monde et affronté tous les dangers que la mer pouvait offrir. Le vent marin faisait onduler doucement sa longue cape blanche tandis que ses yeux perçants scrutaient l'horizon où San Faldo commençait finalement à apparaître, cette île légendaire du Carnaval permanent dont la réputation avait depuis longtemps dépassé les frontières du Nouveau Monde et atteint même les coins les plus reculés de Grand Line.
L'île se matérialisait progressivement à travers la brume matinale qui se dissipait lentement sous les premiers rayons chauds du soleil levant — d'abord comme une masse sombre et indistincte à peine différenciable de l'océan environnant, puis de plus en plus clairement tandis qu'ils s'approchaient, révélant des contours colorés et vibrants qui semblaient presque irréels dans leur vivacité exubérante après les tons gris et bleus monotones de l'océan ouvert qu'ils avaient traversé pendant des jours.
Même de cette distance considérable encore séparant le navire de l'île, on pouvait déjà percevoir quelque chose de fondamentalement différent et unique à propos de San Faldo — une énergie palpable et électrique qui semblait émaner de l'île elle-même comme une aura visible, une vibration presque physique dans l'air qui faisait frissonner la peau et accélérer le pouls. C'était comme si l'île entière résonnait sur une fréquence particulière de joie pure et d'exubérance sans retenue qui appelait irrésistiblement quiconque s'en approchait à abandonner ses soucis et ses responsabilités pour se laisser emporter par la célébration perpétuelle.
Les couleurs devenaient de plus en plus distinctes à mesure que le Moby Dick progressait inexorablement vers l'île — des rouges éclatants et des oranges vibrants, des jaunes lumineux et des verts émeraude, des bleus profonds et des violets royaux, tous se mélangeant et se contrastant dans une explosion visuelle qui aurait pu sembler criarde et excessive n'importe où ailleurs mais qui ici semblait parfaitement naturelle et appropriée. Les bâtiments eux-mêmes étaient peints dans ces teintes impossibles, créant un patchwork architectural qui défiait toute logique esthétique conventionnelle mais réussissait néanmoins à être harmonieux dans son chaos organisé.
Des drapeaux multicolores flottaient partout — suspendus entre les bâtiments sur des cordes qui zigzaguaient à travers les rues comme des toiles d'araignées géantes et festives, attachés aux mâts des navires amarrés dans le port bondé, plantés sur les toits des maisons et des commerces comme des étendards de joie proclamant fièrement que San Faldo ne dormait jamais et ne cessait jamais de célébrer. Les drapeaux claquaient joyeusement dans la brise marine, créant une symphonie visuelle de mouvement et de couleur qui hypnotisait quiconque la regardait trop longtemps.
Des lanternes de papier pendaient en grappes généreuses le long des rues principales visibles même de cette distance, leurs formes rondes et oblongues se balançant doucement dans le vent comme des fruits colorés mûrs pour être cueillis. Barbe Blanche savait que ces lanternes resteraient allumées toute la nuit — San Faldo ne connaissait pas vraiment de distinction entre le jour et la nuit, la fête continuant simplement sans interruption pendant vingt-quatre heures, sept jours par semaine, toute l'année sans exception ni repos.
Et puis il y avait la musique.
Même à cette distance encore considérable, le vent portait jusqu'au navire les échos lointains mais distincts d'une cacophonie joyeuse et organisée — des tambours battant des rythmes complexes et entraînants, des trompettes sonnant des mélodies brillantes et enjouées, des guitares grattant des accords rapides et passionnés, des violons pleurant des airs mélancoliques mais magnifiques, le tout se mélangeant en une symphonie chaotique mais étrangement harmonieuse qui définissait l'essence même de San Faldo.
L'excitation montait tangiblement sur le pont du Moby Dick tandis que l'équipage commençait à réaliser pleinement qu'ils approchaient vraiment de leur destination tant attendue après les épreuves récentes qui avait failli leur coûter la vie de Sohalia. Les hommes se pressaient progressivement contre les bastingages, abandonnant leurs corvées et leurs occupations quotidiennes pour mieux voir cette île légendaire dont ils avaient tant entendu parler mais que beaucoup n'avaient jamais visitée personnellement.
Ace était probablement le plus excité de tous — ce qui était remarquable étant donné qu'Ace était généralement déjà dans un état d'excitation permanent de toute façon. Il sautillait littéralement sur place près de la proue, incapable de tenir en place même une seconde, ses yeux brillants fixés sur l'île avec une intensité qui suggérait qu'il prévoyait déjà mentalement son itinéraire optimal à travers tous les stands de nourriture qu'il allait absolument vider de leurs stocks avant la fin de la journée.
« Je sens l'odeur de la viande grillée d'ici ! » s'exclama-t-il avec enthousiasme débordant même si c'était physiquement impossible à cette distance encore considérable. « Et du poisson frit ! Et des beignets ! Et... » Il s'interrompit, reniflant l'air avec l'intensité d'un chien de chasse sur une piste fraîche. « ... je crois que je sens aussi du poulet rôti ? Ou peut-être du porc ? Oh mon Dieu, peut-être les deux ! »
« Tu ne sens rien du tout, crétin, » répliqua Vista avec amusement affectueux tout en polissant méticuleusement ses lames comme toujours, même dans des moments de loisir apparent. « On est encore trop loin. Tu inventes juste des odeurs parce que tu penses avec ton estomac comme d'habitude. »
« Je NE pense PAS juste avec mon estomac ! » protesta Ace avec une indignation exagérée qui ne trompait personne. « Je pense aussi avec... » Il s'interrompit, cherchant visiblement un autre organe pour compléter sa défense. « ... avec mes poings ! Et mon cœur ! Et... et plein d'autres choses ! »
Les rires fusèrent autour d'eux — rires affectueux et familiers d'hommes qui se connaissaient depuis des années et qui appréciaient ces échanges légers et taquins qui constituaient le tissu quotidien de leur vie ensemble à bord du Moby Dick.
Jozu se tenait légèrement à l'écart, ses bras massifs croisés sur son torse imposant, mais même lui ne pouvait complètement masquer l'étincelle d'anticipation dans ses yeux normalement stoïques tandis qu'il observait l'île approcher. Barbe Blanche savait exactement ce qui l'intéressait — les démonstrations de force étaient une tradition populaire à San Faldo, où les hommes forts venaient de partout pour prouver leur puissance dans des compétitions amicales mais féroces qui attiraient des foules massives de spectateurs enthousiastes.
Mais le regard de Barbe Blanche ne s'attardait pas sur Ace ou Jozu ou Vista ou aucun des autres membres d'équipage qui se pressaient maintenant le long des bastingages avec une excitation croissante. Ses yeux cherchaient — et trouvaient rapidement — deux silhouettes particulières se tenant ensemble près de la proue du navire, légèrement séparées du reste de l'équipage dans leur propre bulle intime et privée.
Marco et Sohalia.
Ils se tenaient côte à côte, leurs mains entrelacées d'une manière qui semblait à la fois naturelle et précieuse — comme s'ils avaient fait ce geste un millier de fois auparavant mais que chaque fois restait spéciale et significative. Marco avait positionné son corps légèrement devant elle dans ce geste protecteur inconscient qu'il adoptait automatiquement maintenant chaque fois qu'ils étaient ensemble, créant un bouclier humain entre elle et n'importe quel danger potentiel même si aucun danger n'existait vraiment en ce moment.
Sohalia était encore un peu pâle — des traces visibles du rituel brutal qui l'avait presque tuée persistaient dans la légère pâleur de sa peau normalement bronzée et dans la façon dont elle s'appuyait très subtilement contre Marco pour un support physique qu'elle n'aurait probablement jamais admis avoir besoin si quelqu'un le lui demandait directement. Mais elle souriait — un sourire radieux qui illuminait son visage et chassait les ombres de fatigue et de douleur qui s'y attardaient encore.
Marco ne la quittait pas des yeux sauf pour jeter des regards occasionnels vers l'île qui approchait. Son expression était un mélange complexe d'émotions que Barbe Blanche pouvait facilement lire après des décennies de connaissance de son premier commandant — soulagement que Sohalia soit vivante et en voie de guérison, bonheur anticipé de la semaine qu'ils allaient passer ensemble à San Faldo, mais aussi une tristesse sous-jacente et profonde que le vieil empereur reconnaissait immédiatement pour ce qu'elle était.
La conscience que cette semaine était précieuse précisément parce qu'elle était limitée.
Que bientôt — trop bientôt — Sohalia devrait retourner sur son île et assumer ses responsabilités royales.
Que bientôt ils devraient se séparer et apprendre à vivre des vies séparées reliées seulement par des promesses et un amour qui devrait être suffisamment fort pour survivre à la distance et au temps.
Barbe Blanche avait pris la décision consciemment et délibérément de leur offrir cette semaine à San Faldo — une bulle hors du temps où les responsabilités et les devoirs pouvaient être temporairement oubliés ou du moins mis de côté, où ils pouvaient simplement être deux jeunes gens amoureux profitant de la vie ensemble sans penser constamment à l'avenir qui les attendait inévitablement.
C'était un cadeau qu'il pouvait leur faire en tant que père et capitaine — le don du temps suspendu, de moments précieux qui seraient gravés dans leurs mémoires et qui les soutiendraient pendant les longues périodes de séparation à venir.
Le Moby Dick continuait son approche inexorable, les détails de San Faldo devenant de plus en plus nets et distincts. On pouvait maintenant voir les foules de gens dans les rues — des masses colorées de corps en mouvement constant, dansant et riant. On pouvait distinguer les différents quartiers de l'île — celui des musiciens avec ses scènes ouvertes et ses amphithéâtres improvisés, celui des acrobates et des danseurs avec ses places spacieuses parfaites pour les performances de rue, celui des mangeurs avec ses innombrables stands de nourriture et restaurants familiaux, celui des artisans avec ses boutiques colorées vendant des masques et des costumes et mille autres créations festives.
« Préparez l'accostage ! » ordonna finalement Marco, sa voix de commandant portant clairement sur tout le pont même si elle gardait cette qualité détendue qui suggérait qu'il était déjà mentalement en mode vacances plutôt qu'en mode travail strict.
L'équipage s'activa immédiatement mais avec une efficacité décontractée, mais aujourd'hui il y avait une légèreté dans leurs mouvements, une anticipation joyeuse qui rendait même les corvées routinières plus agréables.
Le port de San Faldo grouillait d'activité même à cette heure relativement matinale — ce qui n'était pas vraiment surprenant étant donné que San Faldo ne connaissait pas vraiment de distinction entre les heures de jour et de nuit. Des navires de toutes tailles et de toutes origines étaient amarrés le long des quais : des galions marchands massifs côtoyant de petites embarcations de pêche locales, des vaisseaux pirates arborant fièrement leurs Jolly Roger aux côtés de yachts de luxe appartenant à des nobles et des riches en quête de divertissement exotique.
Personne ne se souciait vraiment de qui vous étiez à San Faldo — pirate, marine, noble, roturier, criminel recherché ou citoyen respectueux des lois. L'île opérait sous une trêve tacite et universellement respectée : toutes les querelles et tous les conflits devaient être laissés à la porte, pour ainsi dire. San Faldo était territoire neutre, un sanctuaire de joie pure où la seule règle était de célébrer et de profiter de la vie.
Le Moby Dick glissa majestueusement vers un emplacement d'amarrage qui avait été miraculeusement libéré juste au moment où ils arrivaient — probablement parce que les habitants locaux reconnaissaient le navire légendaire de Barbe Blanche et savaient qu'il valait mieux lui faire de la place plutôt que de risquer d'offenser un empereur de la mer, même dans ce territoire neutre.
Les amarres furent lancées, attrapées par des dockers qui attendaient sur le quai avec l'efficacité de gens qui faisaient ce travail plusieurs dizaines de fois par jour. La passerelle fut abaissée avec un bruit sourd contre le bois du quai.
Barbe Blanche attendit que le navire soit complètement sécurisé avant de se diriger lentement vers le centre du pont principal où toute son attention pouvait se rassembler autour de lui. L'équipage entier — ou du moins la majorité de ceux qui étaient à bord et disponibles — se regroupait déjà instinctivement, sachant que leur capitaine allait prendre la parole.
Le vieil empereur balaya du regard tous ces visages familiers — ses fils, sa famille, les hommes et femmes qui l'avaient suivi fidèlement à travers d'innombrables dangers et aventures. Il vit Ace qui trépignait littéralement d'impatience, Jozu qui se tenait stoïque mais avec cette lueur d'anticipation dans ses yeux, Vista qui souriait derrière sa moustache élégante, et tant d'autres encore.
Et puis ses yeux trouvèrent Marco et Sohalia — toujours ensemble, toujours connectés par cette main entrelacée qui symbolisait tant de choses non dites.
« Écoutez bien, mes fils ! » tonna Barbe Blanche de cette voix puissante qui pouvait porter sur des kilomètres quand il le voulait, une voix qui commandait l'attention instantanée et le respect absolu. « Vous avez tous bien travaillé ces dernières semaines. Vous avez affronté des dangers, surmonté des épreuves, et prouvé encore une fois pourquoi vous êtes la meilleure famille qu'un vieil homme pourrait espérer avoir. »
Des acclamations et des applaudissements spontanés éclatèrent autour du pont. Barbe Blanche laissa le bruit se poursuivre quelques secondes avant de lever une main massive pour réclamer le silence à nouveau.
« Et maintenant, » continua-t-il avec un large sourire qui creusait les rides profondes de son visage tanné, « vous allez profiter de la récompense que vous méritez. Une semaine complète de permission à San Faldo ! » Il marqua une pause pour l'effet dramatique. « Une semaine entière ! Sept jours complets ! Pas de corvées, pas de quarts de veille obligatoires, pas de responsabilités sauf celle de vous amuser comme des fous et de revenir au navire avec suffisamment de bonnes histoires pour me divertir pendant le prochain mois ! »
Cette fois, les acclamations explosèrent avec une force qui fit presque trembler le navire entier. Les hommes criaient, sifflaient, applaudissaient, se tapaient dans le dos mutuellement avec des expressions de joie pure et sans retenue. Même les plus stoïques d'entre eux — Jozu, certains des commandants plus âgés — souriaient ouvertement maintenant.
« Amusez-vous bien, mes fils ! » conclut Barbe Blanche en faisant un geste majestueux vers la passerelle et l'île qui attendait au-delà. « San Faldo est à vous ! »
Ce fut comme ouvrir les vannes d'un barrage.
L'équipage explosa littéralement du navire dans toutes les directions simultanément, se précipitant vers la passerelle avec l'enthousiasme de prisonniers fraîchement libérés — ce qui n'était pas vraiment loin de la vérité métaphorique, étant donné que même un navire aussi grand et confortable que le Moby Dick restait essentiellement un espace confiné après des semaines en mer sans escale.
Ace fut probablement le premier à toucher le quai, ayant littéralement sauté par-dessus la rambarde plutôt que d'attendre son tour pour descendre la passerelle comme une personne normale et sensée. Il atterrit en roulé-boulé parfait, se releva immédiatement, et fila comme une flèche vers les odeurs de nourriture qui flottaient effectivement dans l'air maintenant qu'ils étaient suffisamment proches pour vraiment les sentir.
« VIANDE GRILLÉE J'ARRIVE ! » hurla-t-il en disparaissant dans les rues colorées avec une vitesse qui impressionna les plus rapides d'entre eux.
Barbe Blanche rit — un rire profond et riche qui venait du fond de sa poitrine massive. Il resta sur le pont, observant ses fils se disperser dans toutes les directions avec l'enthousiasme d'enfants lâchés dans un magasin de bonbons, chacun se dirigeant instinctivement vers ce qui l'attirait le plus dans cette île de délices multiples.
Mais ses yeux revenaient toujours à Marco et Sohalia.
Ils n'avaient pas bougé immédiatement avec le reste de l'équipage dans cette ruée chaotique vers la liberté. Ils étaient restés près de la proue, se tenant toujours la main, regardant l'île avec des expressions qui mélangeaient l'anticipation et quelque chose de plus profond et de plus mélancolique.
Marco se tourna finalement pour croiser le regard de Barbe Blanche à travers le pont qui se vidait rapidement. Leurs yeux se rencontrèrent — père et fils dans tout sauf le sang, connectés par des décennies de compréhension mutuelle et de respect profond.
Barbe Blanche hocha imperceptiblement la tête.
Profitez-en. Cette semaine est à vous.
Marco hocha la tête en retour, comprenant parfaitement le message non verbal. Il serra légèrement la main de Sohalia, attirant son attention. Quand elle le regarda avec curiosité et interrogation, il sourit — un de ces sourires rares qui transformaient complètement son visage habituellement sérieux et concentré.
« On y va, yoi ? » murmura-t-il doucement.
Elle sourit en retour, ce sourire radieux qui chassait toutes les ombres et la fatigue de son visage.
« Allons-y. »
Ils descendirent ensemble la passerelle, main dans la main, pas pressés comme les autres mais marchant à un rythme délibéré et mesuré — comme s'ils savouraient déjà chaque seconde de cette semaine précieuse qui commençait à peine.
Barbe Blanche les regarda partir jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans les rues colorées de San Faldo, avalés par les foules joyeuses et la musique omniprésente.
Puis il soupira doucement — un soupir qui contenait des décennies de sagesse et de compréhension sur l'amour et le sacrifice et les choix impossibles que la vie forçait parfois les gens à faire.
« Profitez bien, mes enfants, » murmura-t-il pour lui-même, sachant qu'ils ne pouvaient pas l'entendre mais espérant quelque part que ses pensées les atteindraient quand même comme une bénédiction silencieuse. « Cette semaine est un cadeau. Faites-en quelque chose de mémorable. »
Ace avait déjà atteint le premier stand de viande grillée avant même que la plupart des autres membres de l'équipage aient complètement quitté le navire — ce qui était une performance impressionnante étant donné la distance considérable entre le quai et le quartier culinaire, mais Ace avait toujours eu un talent particulier pour apparaître instantanément partout où de la nourriture gratuite ou bon marché était disponible, comme s'il possédait un radar inné spécialement calibré pour détecter les sources de calories dans un rayon de plusieurs kilomètres.
Le stand était une structure simple mais accueillante faite de bois sombre et usé qui avait probablement vu des décennies de service, avec un toit de toile rouge délavée par le soleil et la pluie qui offrait une ombre bienvenue contre la chaleur déjà montante de la journée. Un grand grill occupait l'essentiel de l'espace de travail, ses flammes dansant joyeusement sous une variété impressionnante de viandes — bœuf, porc, poulet, quelque chose qui ressemblait à de l'agneau, et plusieurs créatures maritimes que même Ace ne pouvait pas identifier immédiatement mais qui sentaient délicieusement bon.
Le propriétaire du stand — un homme massif avec une barbe épaisse et des avant-bras qui suggéraient des années de travail manuel intensif — leva les yeux quand Ace s'approcha comme un missile guidé par l'odorat, ses yeux s'illuminant d'abord avec la joie naturelle d'un commerçant voyant un client potentiel, puis s'écarquillant légèrement quand il réalisa la quantité et l'intensité de l'appétit qui brillait dans le regard du jeune homme qui venait de surgir devant son stand.
« Bonjour ! » s'exclama Ace avec enthousiasme débordant, déjà en train de saliver visiblement. « Je vais prendre... » Il s'interrompit, ses yeux balayant rapidement toute la sélection disponible avec l'intensité d'un général planifiant une stratégie militaire complexe. « ... tout. »
« Tout ? » répéta le vendeur avec un mélange d'amusement et d'incrédulité.
« Tout, » confirma Ace avec un hochement de tête solennel et déterminé. « Enfin, pour commencer. Je reviendrai probablement plusieurs fois. Vous êtes ouvert toute la journée, n'est-ce pas ? Toute la nuit aussi ? Parce que j'ai une semaine complète et j'ai vraiment l'intention de profiter de chaque opportunité de manger quelque chose de délicieux. »
Le vendeur éclata de rire — un rire profond et riche qui venait du ventre.
« J'aime ton enthousiasme, gamin ! D'accord, on va commencer avec une sélection variée et on verra combien tu peux vraiment manger. »
En quelques minutes à peine, Ace se retrouva avec trois brochettes massives dans chaque main — bœuf mariné sur l'une, poulet épicé sur une autre, porc caramélisé sur la troisième, et ainsi de suite — toutes encore fumantes et dégoulinant de jus savoureux qui coulaient le long du bois des brochettes et menaçaient de tomber sur ses mains et ses vêtements, mais Ace s'en fichait complètement parce que la nourriture était exactement aussi délicieuse qu'elle sentait.
« C'EST DÉLICIEUX ! » hurla-t-il après la première bouchée, sa bouche encore pleine mais son enthousiasme trop grand pour attendre qu'il ait fini de mâcher avant de s'exprimer. « ABSOLUMENT INCROYABLE ! MEILLEUR VIANDE GRILLÉE QUE J'AI JAMAIS MANGÉE ! »
Le vendeur sourit largement, visiblement flatté même si il entendait probablement des compliments similaires plusieurs fois par jour de la part de clients enthousiastes.
À ce moment précis, un homme local — grand, musclé, avec une expression compétitive qui suggérait qu'il était habitué à gagner des défis physiques — s'approcha du stand et observa Ace dévorer ses brochettes avec une rapidité qui défait les lois de la physique conventionnelle.
« Hé, » dit l'homme avec un sourire provocateur. « Tu manges vite. Tu penses pouvoir me battre dans un concours ? »
Les yeux d'Ace s'illuminèrent avec une joie pure — parce qu'Ace aimait deux choses plus que tout au monde : manger et gagner des compétitions, et l'opportunité de faire les deux simultanément était essentiellement son rêve devenu réalité.
« ABSOLUMENT ! » répondit-il immédiatement, avalant rapidement la bouchée qu'il avait dans la bouche pour pouvoir parler plus clairement. « Quelles sont les règles ? Combien on mange ? Qu'est-ce qu'on gagne ? »
Le vendeur rit à nouveau, reconnaissant immédiatement une opportunité commerciale quand il en voyait une — un concours de mangeurs attirerait une foule, et une foule signifiait plus de clients potentiels.
« D'accord, les gars ! » annonça-t-il d'une voix forte qui portait sur toute la place environnante. « Concours de mangeurs ! Qui peut finir le plus de brochettes en dix minutes ! »
Une petite foule commença immédiatement à se rassembler — parce qu'à San Faldo, toute opportunité de divertissement attirait instantanément l'attention, et les gens adoraient regarder des compétitions même amicales et sans enjeu réel.
Ace et son adversaire se positionnèrent de chaque côté du stand tandis que le vendeur commençait à empiler des brochettes devant eux — une pile impressionnante qui aurait nourri une famille normale pendant une semaine entière mais qui pour Ace représentait simplement un déjeuner léger.
« Prêts ? » demanda le vendeur en levant la main comme un arbitre officiel. « Attention... »
Ace se pencha en avant, ses muscles tendus avec anticipation, ses yeux fixés sur les brochettes avec une intensité prédatrice.
« Partez ! »
De l'autre côté de l'île, dans un quartier différent dédié aux démonstrations de force et aux compétitions physiques, Jozu se tenait devant un stand qui proclamait fièrement : « QUI PEUT SOULEVER LE PLUS LOURD ? TESTEZ VOTRE FORCE ! PRIX POUR LE CHAMPION ! »
Les organisateurs — deux frères musclés qui ressemblaient à des lutteurs professionnels et qui géraient probablement ce stand depuis des années — ne savaient pas encore dans quoi ils s'étaient embarqués en acceptant la participation de Jozu, mais ils allaient le découvrir très bientôt.
Le défi était simple : soulever des poids progressivement plus lourds — des haltères, des barres chargées, des blocs de pierre massifs — jusqu'à ce que vous ne puissiez plus, avec le record actuel clairement affiché sur un tableau : 800 kilos, établi par un homme dont la photo montrait qu'il était essentiellement fait de muscles et de détermination.
Jozu observa le tableau avec cette expression stoïque caractéristique qui ne révélait rien de ses pensées intérieures.
« Tu veux essayer ? » demanda l'un des frères avec un sourire encourageant, probablement habitué à des tentatives de la part de gens qui surestimaient largement leurs capacités. « On commence léger et on monte progressivement. Ça coûte juste quelques berrys pour participer. »
Jozu hocha la tête silencieusement et paya sans discuter.
Les premières épreuves étaient presque insultantes dans leur facilité — 100 kilos, 200 kilos, 300 kilos — Jozu les soulevait comme s'ils ne pesaient rien du tout, son expression ne changeant même pas légèrement, pas le moindre signe d'effort visible sur son visage ou dans ses mouvements.
À 500 kilos, les organisateurs commencèrent à réaliser que ce n'était pas un client ordinaire.
À 800 kilos — le record actuel — Jozu souleva le poids au-dessus de sa tête et le maintint là pendant plusieurs secondes avant de le reposer doucement, toujours sans montrer le moindre signe de difficulté.
« Nouveau record ! » s'exclama l'un des frères, mais Jozu secoua simplement la tête.
« Continuez, » dit-il de sa voix profonde et économe en mots.
Les organisateurs échangèrent un regard — un mélange d'excitation et d'inquiétude croissante — puis commencèrent à empiler encore plus de poids.
1000 kilos. Soulevé facilement.
1200 kilos. Pas de problème.
1500 kilos. Jozu ne transpirait même pas.
Une foule considérable s'était maintenant rassemblée, attirée par les murmures excités qui se propageaient à travers le quartier :
« Il y a un monstre au stand de force ! »
« Il soulève des poids impossibles ! »
« Vous devez voir ça ! »
Dans un quartier différent encore, plus artistique et raffiné, Vista s'était installé confortablement à une table de café en terrasse avec une vue parfaite sur une petite scène où une troupe de danseurs de flamenco exécutait une performance qui était absolument magnifique dans sa passion et sa précision technique.
Les danseuses portaient des robes rouges et noires qui tourbillonnaient dramatiquement avec chaque mouvement, créant des motifs visuels hypnotiques tandis qu'elles tapaient des pieds contre le bois de la scène avec une intensité rythmique qui complétait parfaitement la guitare espagnole rapide et complexe jouée par un musicien assis sur le côté.
Vista sirotait un excellent café — fort, aromatique, parfaitement préparé — tout en observant la performance avec l'appréciation d'un connaisseur qui comprenait vraiment l'art et la discipline nécessaires pour atteindre ce niveau de maîtrise. Les danseurs bougeaient avec une précision qui rappelait l'escrime — chaque pas délibéré et contrôlé, chaque geste expressif mais jamais excessif, tout le corps participant à la narration silencieuse de l'histoire que la danse racontait.
« Magnifique, n'est-ce pas ? »
Vista se tourna pour voir qu'une femme élégamment vêtue s'était assise à la table voisine — elle aussi regardant la performance avec une attention concentrée qui suggérait qu'elle n'était pas simplement une touriste ordinaire mais quelqu'un qui appréciait vraiment ce qu'elle voyait.
« Absolument, » répondit Vista avec son sourire courtois habituel. « La technique est impeccable. On voit rarement ce niveau de contrôle même chez des professionnels accomplis. »
« Vous vous y connaissez en danse ? » demanda la femme avec curiosité.
« En mouvement précis et contrôlé, certainement, » répondit Vista. « Bien que mon domaine soit l'escrime plutôt que la danse. Mais les principes sont similaires — équilibre, timing, expression à travers le mouvement. »
Ils continuèrent à discuter tranquillement tout en regardant la performance, Vista profitant de ce moment de sophistication culturelle après des semaines en mer où les divertissements étaient nécessairement plus limités et rustiques.
Pendant ce temps, quelque part entre le quartier culinaire et le quartier artistique, la 4e division — l'unité de Sohalia — s'était regroupée près d'une fontaine ornementale qui crachait de l'eau colorée en arcs gracieux, créant un arc-en-ciel perpétuel dans la brume produite.
Hogo était déjà complètement saoul.
Pas juste légèrement éméché ou agréablement buzz — complètement, totalement, indubitablement saoul au point où il devait s'appuyer lourdement contre la fontaine pour rester debout et où ses paroles étaient devenues presque incompréhensibles pour quiconque n'était pas habitué à déchiffrer son dialecte particulier de baragouin alcoolisé.
« Comment tu fais ça ?! » s'exclama Kenta avec un mélange d'exaspération et d'admiration stupéfaite. « On vient juste d'arriver ! Ça fait quoi, vingt minutes qu'on est sur l'île ?! Comment tu es déjà dans cet état ?! »
« Talent naturel, » marmonna Hogo avec un sourire stupide et satisfait, levant une bouteille à moitié vide d'un alcool local qui était probablement suffisamment fort pour dissoudre la peinture. « Et aussi... » Il fit une pause, cherchant visiblement ses mots à travers le brouillard éthylique. « ... détermination. »
Kan observait la scène avec son sourire mystérieux habituel — celui qui suggérait qu'il voyait des choses que personne d'autre ne pouvait voir, qu'il comprenait des secrets cachés de l'univers que les simples mortels ne pouvaient qu'effleurer.
« Je sens des aventures romantiques dans l'air, » annonça-t-il soudainement avec cette voix rêveuse caractéristique qui faisait toujours légèrement frissonner les gens parce qu'ils ne savaient jamais s'il plaisantait ou s'il était sérieux dans ses prédictions étranges.
« Arrête avec tes prédictions bizarres, » grogna Hogo même si l'effet dramatique de sa protestation était considérablement diminué par le fait qu'il dut s'arrêter au milieu pour roter bruyamment. « Tu dis toujours des trucs comme ça et la moitié du temps ça ne veut absolument rien dire. »
« La moitié du temps ça arrive exactement, » corrigea Kan avec patience. « L'autre moitié, vous n'avez simplement pas reconnu l'accomplissement de la prédiction quand elle s'est réalisée. »
« C'est pas comme ça que marchent les prédictions, » protesta Kenta en secouant la tête, mais il souriait malgré lui parce que ces échanges étaient devenus une partie tellement familière et réconfortante de leur dynamique de groupe qu'il aurait été étrange de ne pas les avoir.
« Alors, » dit Ikaku en s'étirant paresseusement, ses tatouages complexes ondulant sur ses bras musclés avec le mouvement, « on fait quoi ? On reste groupés ou on se disperse pour explorer individuellement ? »
« Restons ensemble au moins au début, » suggéra Kenta. « On peut toujours se séparer plus tard si quelqu'un veut faire quelque chose de spécifique. Mais pour l'instant, explorons en groupe. C'est plus fun comme ça. »
Les autres hochèrent la tête en accord — même Hogo, bien que son hochement de tête fut considérablement plus exagéré et instable que celui des autres.
« Par contre, » ajouta Ritsu en regardant Hogo avec inquiétude, « on devrait peut-être trouver de la nourriture pour ce crétin avant qu'il s'écroule complètement. L'alcool à jeun, c'est jamais une bonne idée. »
« Trop tard pour ça, » murmura Kan avec son sourire énigmatique.
« BEAUCOUP trop tard, » confirma Hogo joyeusement avant de prendre une autre gorgée de sa bouteille.
Ils commencèrent à déambuler dans les rues colorées, s'arrêtant occasionnellement pour observer des performances de rue ou pour acheter de la nourriture ou des boissons dans les stands nombreux qui bordaient chaque rue, profitant simplement de l'atmosphère festive et de la compagnie mutuelle sans vraiment avoir de destination ou d'objectif particulier au-delà de profiter de cette semaine de liberté qui leur avait été offerte.
C'était exactement ce dont ils avaient besoin après les tensions récentes — simplement être ensemble, détendus, sans responsabilités ni dangers imminents, juste une famille choisie profitant de la vie dans toute sa simplicité joyeuse.
Marco et Sohalia marchaient main dans la main à travers les rues de San Faldo, avançant à un rythme délibérément lent et mesuré qui contrastait fortement avec l'énergie frénétique et constante des foules qui les entouraient de toutes parts, comme s'ils existaient dans leur propre bulle temporelle où le temps s'écoulait différemment — plus lentement, plus précieusement, chaque seconde comptant double ou triple parce qu'ils savaient tous les deux combien cette semaine était limitée et combien il était important de savourer chaque instant plutôt que de se précipiter à travers comme le faisaient les touristes ordinaires pressés de voir tout ce que l'île offrait.
Sohalia était encore visiblement affaiblie par le rituel — pas dangereusement ou même sérieusement, mais suffisamment pour que Marco le remarque dans la façon dont elle s'appuyait légèrement contre lui quand ils marchaient, dans la façon dont elle devait occasionnellement prendre une respiration légèrement plus profonde quand ils montaient une pente même modeste, dans la pâleur subtile qui persistait sous son bronzage habituel comme une ombre refusant de se dissiper complètement.
Mais elle souriait — un sourire radieux qui illuminait son visage, un sourire qui disait clairement qu'elle était heureuse d'être exactement là où elle était en ce moment précis, avec lui à ses côtés.
« Ça va ? » demanda Marco pour la troisième fois en vingt minutes, incapable de s'empêcher de vérifier constamment même si il savait qu'elle lui dirait si quelque chose n'allait vraiment pas. « On peut s'arrêter pour se reposer si tu veux. »
« Marco, » dit-elle avec une patience amusée et affectueuse. « Je ne suis pas en sucre. Je ne vais pas fondre ou me casser si on marche un peu. Arrête de t'inquiéter autant. »
« Je sais, yoi, » admit-il avec un sourire penaud. « Mais laisse-moi prendre soin de toi quand même. Ça me fait du bien. »
Elle serra sa main légèrement plus fort, ce geste silencieux communiquant plus que les mots n'auraient pu — acceptation de son besoin de s'occuper d'elle, appréciation de sa sollicitude constante, amour pour cet homme qui ne pouvait pas s'empêcher de la protéger même quand la protection n'était pas vraiment nécessaire.
Ils tournèrent dans une rue légèrement moins bondée — toujours pleine de gens et de musique et de couleurs mais avec un peu plus d'espace pour respirer — et Sohalia s'arrêta soudainement avec une exclamation de ravissement pur qui fit instantanément sourire Marco parce qu'il adorait la voir heureuse et excitée par les petites choses simples de la vie.
Des stands de fleurs bordaient ce côté de la rue — des étalages magnifiques et colorés qui transformaient tout le bloc en un jardin improvisé explosant de couleurs et de parfums. Il y avait des roses de toutes les teintes imaginables, des lys blancs purs et élégants, des orchidées exotiques dans des pourpres profonds et des oranges vibrants, des pivoines rondes et pleines qui semblaient presque irréelles dans leur perfection, des tournesols jaunes joyeux qui suivaient la lumière, des tulipes délicates dans des roses et des rouges doux, et tant d'autres variétés que Marco ne pouvait même pas toutes nommer.
« Oh, Marco, regarde ! » s'exclama Sohalia en tirant doucement sur sa main pour l'attirer vers le stand le plus proche. « C'est magnifique ! »
Elle s'approcha des fleurs avec une révérence presque enfantine, ses doigts effleurant délicatement les pétales comme si elle craignait de les abîmer par un contact trop brusque, son visage s'illuminant avec une joie pure qui rappela à Marco pourquoi il l'aimait tellement — cette capacité qu'elle avait de trouver de la beauté et de l'émerveillement dans les choses simples malgré toutes les horreurs qu'elle avait vues et vécues, cette partie d'elle qui restait innocente et ouverte et capable de joie spontanée malgré les responsabilités écrasantes et les tragédies personnelles.
« Elles te plaisent ? » demanda Marco même si la réponse était évidente.
« Elles sont magnifiques, » murmura-t-elle en se penchant pour sentir un bouquet de pivoines blanches dont le parfum doux et délicat semblait l'enchanter complètement.
Marco fit discrètement signe au vendeur — une vieille femme avec un sourire chaleureux et des mains calleuses par des décennies de travail avec les plantes — et lui désigna les pivoines blanches que Sohalia admirait avec tant d'attention.
Quelques minutes plus tard, il tenait un bouquet généreux de pivoines fraîchement coupées, leurs pétales d'un blanc presque lumineux contrastant magnifiquement avec le papier brun simple dans lequel la vendeuse les avait enveloppées.
« Tiens, yoi, » dit-il en les présentant à Sohalia qui se tourna vers lui avec surprise.
« Marco, tu n'avais pas besoin... »
« Je sais que je n'avais pas besoin, » l'interrompit-il doucement. « Mais je voulais. Elles te vont bien. »
Elle prit le bouquet et le porta à son visage pour respirer profondément le parfum délicat.
« Merci, » murmura-t-elle avec une voix épaisse d'émotion. « Elles sont parfaites. »
Marco retira délicatement une des fleurs du bouquet et, avec des gestes tendres, il la glissa soigneusement dans les cheveux de Sohalia, la positionnant juste au-dessus de son oreille droite où le blanc pur de la pivoine créait un contraste saisissant avec les tons dorés de sa chevelure.
« Voilà, yoi, » dit-il en reculant légèrement pour admirer son œuvre. « Maintenant tu es encore plus belle. »
Sohalia rougit — un rougissement visible qui monta de son cou jusqu'à ses joues, la faisant ressembler à une adolescente recevant son premier compliment d'un garçon qu'elle aimait plutôt qu'une guerrière accomplie et une future reine habituée aux compliments et aux flatteries des courtisans.
« Tu es incorrigible, » protesta-t-elle faiblement même si son sourire trahissait combien elle appréciait vraiment le compliment.
« Seulement avec toi, » répondit-il avec ce sourire doux et rare qu'il réservait uniquement pour elle.
Ils continuèrent leur promenade, Sohalia tenant précieusement son bouquet contre elle comme un trésor précieux tandis que Marco gardait sa main libre fermement entrelacée avec la sienne.
La musique changea tandis qu'ils pénétraient dans un quartier différent — les rythmes rapides et entraînants des tambours et des trompettes laissant progressivement place à quelque chose de plus doux et plus romantique, des violons et des guitares jouant des mélodies langoureuses et mélancoliques qui semblaient faites spécifiquement pour les couples marchant main dans la main sous le soleil d'après-midi.
Ils arrivèrent à une petite place pavée où un orchestre modeste — juste trois musiciens avec un violon, une guitare acoustique et un petit accordéon — jouait une valse lente et magnifique qui faisait tourner plusieurs couples sur l'espace de danse improvisé au centre de la place.
Les lanternes suspendues au-dessus projetaient des ombres colorées qui dansaient avec les vraies danseurs, créant une atmosphère presque magique et hors du temps malgré le fait qu'il faisait encore plein jour.
Marco s'arrêta au bord de la place, observant les danseurs avec une expression pensive. Puis il se tourna vers Sohalia et lui tendit sa main libre dans un geste formel et courtois qui contrastait avec leur proximité habituelle décontractée.
« Une danse, yoi ? »
Sohalia regarda la main tendue, puis les danseurs tournoyant gracieusement, puis de nouveau Marco.
« Je ne suis pas sûre d'avoir la force pour danser, » admit-elle avec hésitation. « Je ne voudrais pas m'écrouler au milieu de la place. »
« Appuie-toi sur moi, yoi, » dit Marco doucement, sa main toujours tendue en invitation. « Je te porterai si nécessaire. Danse juste avec moi. S'il te plaît. »
Comment aurait-elle pu refuser quand il demandait comme ça ?
Elle lui donna le bouquet à tenir, puis plaça sa main dans la sienne et le laissa la guider sur l'espace de danse improvisé.
Marco positionna leurs mains correctement — la sienne sur la taille de Sohalia, la sienne libre tenant sa main levée — puis commença à la guider doucement à travers les pas de base de la valse, bougeant lentement et prudemment pour ne pas la forcer à des mouvements trop brusques ou fatigants.
Sohalia suivait sa conduite avec une grâce naturelle qui suggérait qu'elle avait appris à danser — probablement des leçons obligatoires pour une princesse royale — mais qu'elle n'avait pas pratiqué depuis longtemps. Ses pas étaient légèrement hésitants au début, mais elle trouva rapidement le rythme, se laissant guider par Marco avec une confiance.
Ils dansaient lentement, plus lentement que les autres couples, collés l'un contre l'autre d'une manière qui était plus intime qu'appropriée pour une valse formelle traditionnelle mais qui leur semblait parfaitement naturelle et confortable. Le monde autour d'eux commença progressivement à s'estomper — les autres danseurs, les spectateurs, la musique elle-même devenant distante et secondaire tandis qu'ils se concentraient uniquement l'un sur l'autre.
Sohalia appuya sa tête contre l'épaule de Marco, fermant les yeux et se laissant simplement porter par ses mouvements, profitant de la sensation de ses bras autour d'elle et du rythme régulier de la musique et de la chaleur du soleil sur son visage.
Marco la tenait comme quelque chose de précieux et fragile, guidant leurs pas avec une attention constante à sa fatigue et à ses limites physiques actuelles, prêt à la rattraper instantanément si elle trébuchait ou faiblissait.
Ils restèrent ainsi pendant trois danses complètes — ou peut-être quatre, ils perdirent le compte — se balançant doucement ensemble dans leur propre bulle temporelle où rien d'autre n'existait sauf la musique et le contact mutuel et l'amour silencieux mais palpable qui vibrait entre eux comme une chose vivante.
Quand la musique s'arrêta finalement pour une pause, ils se séparèrent lentement, presque à contrecœur, tous les deux légèrement essoufflés — Sohalia de l'effort physique, Marco de l'intensité émotionnelle.
« C'était... » commença Sohalia.
« Parfait, » compléta Marco.
« Oui, » confirma-t-elle avec un sourire radieux. « Parfait. »
Ils continuèrent leur exploration de l'île, s'arrêtant occasionnellement pour observer des performances de rue qui attiraient leur attention — un groupe d'acrobates exécutant des flips impossibles, un jongleur manipulant des torches enflammées avec une dextérité terrifiante, un mime qui réussissait à faire rire Sohalia aux éclats avec ses imitations exagérées des passants.
Puis ils tombèrent sur une performance de tango qui les arrêta tous les deux net.
Deux danseurs — un homme et une femme vêtus de rouge et noir — exécutaient une routine si passionnée et dramatique qu'elle était presque hypnotique à regarder. Leurs mouvements étaient rapides et précis, leurs corps se pressant l'un contre l'autre puis se séparant brusquement, créant une tension sexuelle palpable qui faisait frissonner les spectateurs.
« C'est magnifique, » murmura Sohalia, complètement captivée par la performance.
Mais Marco ne regardait pas les danseurs.
Il regardait Sohalia — la façon dont ses yeux brillaient tandis qu'elle observait la danse, la façon dont ses lèvres s'entrouvraient légèrement avec fascination, la façon dont la fleur dans ses cheveux se balançait doucement quand elle bougeait la tête pour mieux voir, la façon dont la lumière du soleil illuminait son profil et créait une aura presque éthérée autour d'elle.
« Oui, » murmura-t-il en réponse même si il ne parlait pas de la danse. « Magnifique. »
Elle se tourna vers lui et le surprit en train de la regarder plutôt que le spectacle, et elle rougit à nouveau — ce rougissement adorable qui montait jusqu'à ses joues et la faisait ressembler à une jeune fille malgré tout ce qu'elle avait vécu.
« Tu ne regardes même pas la danse, » protesta-t-elle doucement.
« Non, » admit-il sans honte. « Je regarde quelque chose de beaucoup plus beau. »
« Flatteur, » murmura-t-elle, mais son sourire et la façon dont elle serra sa main montraient qu'elle appréciait le compliment même si elle prétendait le trouver excessif.
Ils restèrent là jusqu'à la fin de la performance, puis applaudirent avec le reste de la foule avant de continuer leur promenade sans but précis, juste profitant d'être ensemble dans cette île magique où le temps semblait s'écouler différemment et où les soucis du monde extérieur semblaient lointains et presque irréels.
Le soleil commençait à descendre vers l'horizon quand Marco et Sohalia trouvèrent finalement un endroit calme loin de l'agitation constante des rues principales — une petite plage semi-isolée sur la côte est de l'île, accessible par un chemin étroit qui serpentait entre des rochers couverts de végétation luxuriante et qui décourageait apparemment la plupart des touristes pressés qui préféraient rester dans les zones plus facilement accessibles.
La plage elle-même était modeste — juste un croissant de sable blanc bordé de palmiers qui se balançaient doucement dans la brise marine, avec quelques rochers lisses et arrondis dispersés ici et là comme des meubles naturels placés par une main délibérée.
Un muret de pierre ancien — probablement construit il y a des siècles pour protéger contre l'érosion — longeait la limite entre la plage et le chemin d'accès, offrant un siège parfait avec une vue imprenable sur l'océan qui s'étendait à l'infini dans toutes les directions, sa surface ondulante capturant et reflétant les couleurs changeantes du ciel crépusculaire.
Marco et Sohalia s'assirent côte à côte sur le muret, leurs jambes se balançant légèrement dans le vide, leurs épaules se touchant dans ce contact physique constant qu'ils recherchaient maintenant automatiquement chaque fois qu'ils étaient ensemble.
Sohalia avait finalement posé son bouquet de pivoines — maintenant légèrement fané après une journée dans la chaleur mais toujours magnifique — sur le muret à côté d'elle, la fleur unique dans ses cheveux tenant bon malgré toutes leurs activités.
Le ciel commençait sa transformation quotidienne spectaculaire — le bleu vif de l'après-midi cédant progressivement place à des teintes plus chaudes et plus dramatiques tandis que le soleil approchait de l'horizon. Des traînées de rose pâle et d'orange doux apparaissaient d'abord, comme des coups de pinceau délicats appliqués par un artiste patient. Puis le rose s'intensifiait en fuchsia et le orange en ambre brûlant. Des touches de pourpre profond et de rouge sang commençaient à se mêler aux couleurs plus douces, créant un tableau complexe et presque surréaliste qui changeait littéralement de minute en minute.
L'océan reflétait toutes ces couleurs, sa surface ondulante transformée en un miroir mouvant qui fragmentait et réfractait la lumière en mille éclats dorés et argentés. Les vagues léchaient doucement le sable de la plage avec un murmure rythmique et apaisant qui créait une bande sonore parfaite pour ce moment de tranquillité partagée.
« C'est beau, » murmura finalement Sohalia, ses yeux fixés sur le spectacle naturel qui se déroulait devant eux.
Marco se tourna pour la regarder — vraiment la regarder — notant la façon dont la lumière dorée du soleil couchant illuminait son profil et faisait briller ses cheveux blonds, la façon dont ses yeux brillaient, la façon dont le vent marin faisait danser doucement la fleur dans ses cheveux et les mèches qui s'étaient échappées de sa coiffure simple.
« Toi tu es belle, yoi, » dit-il doucement mais avec une conviction absolue qui ne laissait aucun doute sur sa sincérité.
Sohalia rougit — encore ce rougissement adorable qui montait jusqu'à ses joues malgré tous ses efforts pour le contrôler — et le frappa légèrement sur l'épaule avec une protestation qui manquait complètement de conviction.
« Tu es incorrigible, » dit-elle pour la deuxième fois de la journée, mais cette fois sa voix était teintée d'un mélange complexe d'affection, d'amusement et quelque chose de plus profond et de plus vulnérable qui faisait briller ses yeux d'une manière qui n'avait rien à voir avec le reflet du coucher de soleil.
« Seulement avec toi, » répondit-il avec ce sourire doux qu'il réservait uniquement pour elle, répétant la réponse qu'il lui avait déjà donnée plus tôt dans la journée mais qui restait tout aussi vraie et significative.
Sohalia appuya sa tête contre son épaule, un soupir long et profond s'échappant de ses lèvres — pas de tristesse ou de fatigue mais de contentement pur, d'un bonheur simple et complet.
Marco passa son bras autour d'elle, l'attirant plus près contre lui, créant un cocon de chaleur et de sécurité contre la brise marine qui devenait progressivement plus fraîche tandis que le soleil continuait sa descente inexorable vers l'horizon.
Ils restèrent ainsi en silence pendant de longues minutes, juste respirant ensemble et regardant le ciel changer et sentant le poids précieux de ce moment suspendu — conscients tous les deux sans avoir besoin de le dire à voix haute que c'était exactement le genre de moment qu'ils devaient graver dans leurs mémoires, le genre de moment qui les soutiendrait pendant les longues périodes de séparation à venir.
« Plus qu'une semaine, » murmura finalement Sohalia si doucement que Marco faillit ne pas l'entendre par-dessus le bruit des vagues.
Il ne répondit pas immédiatement, sachant qu'elle ne cherchait pas vraiment une réponse ou une discussion mais qu'elle énonçait simplement à voix haute la pensée qui les hantait tous les deux constamment malgré tous leurs efforts pour vivre pleinement dans le moment présent.
« Six jours, » corrigea-t-il finalement avec la même douceur. « Plus ce soir. »
« Six jours et ce soir, » répéta-t-elle comme une prière ou un mantra. « Nous avons encore six jours et ce soir. »
« Et nous allons profiter de chaque seconde, yoi, » dit Marco avec une détermination farouche qui était presque défensive, comme s'il défiait l'univers lui-même de leur voler ce temps précieux qui leur avait été donné.
« Chaque seconde, » confirma Sohalia en se blottissant plus étroitement contre lui, cherchant et trouvant du réconfort dans sa chaleur et sa solidité et sa présence rassurante.
Le soleil toucha finalement l'horizon, transformant l'océan en une mer de feu liquide qui semblait s'étendre à l'infini. Le ciel explosa en un spectacle final de couleurs impossibles — des rouges profonds et des oranges incandescents et des pourpres royaux qui n'existaient nulle part ailleurs dans la nature sauf dans ces moments éphémères où le jour cédait place à la nuit.
« Je veux me souvenir de ça pour toujours, » murmura Sohalia en fermant brièvement les yeux comme si elle pouvait ainsi imprimer la scène plus profondément dans sa mémoire. « Ce moment exact. Toi et moi ici. Le soleil couchant. Le son des vagues. La sensation de ton bras autour de moi. Tout. »
« Moi aussi, yoi, » murmura Marco en déposant un baiser doux sur le sommet de sa tête. « Moi aussi. »
Ils restèrent assis sur le muret jusqu'à ce que le soleil disparaisse complètement sous l'horizon et que les premières étoiles commencent à apparaître dans le ciel qui s'assombrissait progressivement, transformant le spectacle diurne en spectacle nocturne tout aussi magnifique mais différent dans sa qualité et son atmosphère.
Les lanternes de San Faldo commençaient à s'illuminer dans le lointain, créant une lueur chaude et colorée qui contrastait avec la lumière froide et argentée de la lune qui montait maintenant à l'est, ces deux sources de lumière artificielle et naturelle se mélangeant pour créer une ambiance magique et presque irréelle.
« On devrait probablement y retourner, » dit finalement Marco même si il ne fit aucun mouvement pour se lever, clairement aussi réticent qu'elle à mettre fin à ce moment parfait de paix et d'intimité.
« Encore quelques minutes, » murmura Sohalia. « S'il te plaît. Juste quelques minutes de plus. »
« D'accord, yoi, » céda-t-il immédiatement parce qu'il était physiquement incapable de lui refuser quoi que ce soit.
Ces quelques minutes se transformèrent en une demi-heure supplémentaire, aucun d'eux ne voulant vraiment être celui qui romprait ce moment suspendu hors du temps, mais finalement la fraîcheur nocturne devint trop insistante et Sohalia frissonna légèrement malgré la chaleur de Marco contre elle.
« Viens, yoi, » dit-il doucement en se levant et en lui tendant la main pour l'aider à se lever. « On va te trouver quelque chose de chaud à boire et puis on retournera au navire pour que tu puisses te reposer correctement. »
« Je ne suis pas fatiguée, » protesta-t-elle faiblement même si ses yeux et sa posture la contredisaient clairement.
« Bien sûr que non, » répondit-il avec un amusement affectueux. « Mais tu vas te reposer quand même parce que tu as encore besoin de récupérer complètement et parce que je le demande gentiment. »
Elle soupira mais accepta sa main et se laissa aider à se lever, vacillant très légèrement quand le sang afflua vers ses jambes après être restée assise si longtemps dans la même position.
Marco la stabilisa instantanément, son bras autour de sa taille la maintenant fermement contre lui jusqu'à ce que son équilibre se rétablisse complètement.
« Je vais bien, » assura-t-elle même si elle s'appuyait clairement sur lui plus que nécessaire.
« Je sais, » dit-il. « Mais appuie-toi sur moi quand même. »
Ils retournèrent ensemble vers les rues principales de San Faldo, marchant lentement dans la nuit illuminée par mille lanternes colorées, le bouquet de pivoines de Sohalia pressé précieusement contre sa poitrine et la fleur unique dans ses cheveux tenant toujours bon comme un symbole têtu de leur amour qui refusait de se flétrir malgré le temps qui passait et les défis qui les attendaient.
Le lendemain après-midi, Marco dut s'absenter pour rencontrer Barbe Blanche et quelques autres commandants — une réunion brève mais nécessaire concernant la logistique de leur séjour prolongé à San Faldo et quelques affaires qui ne pouvaient pas attendre même pendant leurs vacances officielles.
« Je te retrouve dans une heure, yoi ? » demanda-t-il à Sohalia alors qu'ils se tenaient près de la fontaine centrale de la place principale, cette même fontaine où la 4e division s'était rassemblée la veille.
« Va, » dit-elle en se levant sur la pointe des pieds pour l'embrasser rapidement. « Je vais survivre sans toi pendant une heure. Promis. »
« Tu es sûre ? » insista-t-il, manifestement réticent à la laisser même pour cette courte période.
« Marco, » dit-elle avec patience amusée. « Je suis entourée de ma division. » Elle désigna un groupe visible à quelques mètres qui semblait déjà en train de débattre bruyamment de quelque chose d'apparemment très important. « Je serai parfaitement en sécurité et parfaitement divertie. Maintenant va avant que Père envoie quelqu'un te chercher. »
Il hésita encore quelques secondes, puis capitula avec un soupir.
« D'accord. Une heure. Pas plus. »
« Pas plus, » confirma-t-elle avec un sourire rassurant.
Il l'embrassa une dernière fois — plus longuement cette fois, versant toute sa réticence à la quitter dans ce baiser — puis partit finalement vers le port où le Moby Dick était amarré et où Barbe Blanche l'attendait probablement déjà.
Sohalia le regarda partir jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la foule, puis se tourna vers sa division qui l'avait vue approcher et qui l'accueillait déjà avec des vagues enthousiastes et des sourires chaleureux.
« COMMANDANTE ! » s'exclama Hogo avec enthousiasme — moins saoul qu'hier mais certainement pas sobre non plus, tenant une bouteille à moitié pleine de quelque chose qui sentait suffisamment fort pour l'atteindre même à cette distance. « Viens profiter avec nous ! »
« Comment tu vas ce matin, Hogo ? » demanda-t-elle avec amusement en s'approchant du groupe. « Mal de tête ? »
« Quoi ? Non ! » protesta-t-il avec indignation exagérée. « Je vais parfaitement bien ! Jamais eu de gueule de bois de ma vie ! »
« Il ment, » intervint Kenta sèchement. « Il a passé la première heure après son réveil à gémir comme un bébé et à supplier quelqu'un de le tuer pour mettre fin à sa souffrance. »
« Traître ! » accusa Hogo en pointant dramatiquement Kenta. « Tu n'étais pas censé raconter ça ! »
Les rires fusèrent autour du groupe.
Sohalia se joignit aux rires, sentant quelque chose se détendre dans sa poitrine qu'elle n'avait même pas réalisé être tendu. C'était bon d'être avec sa division — ces hommes qui étaient devenus ses frères, qui la connaissaient et l'acceptaient complètement avec tous ses défauts et ses bizarreries.
« Alors, » dit Ritsu en s'étirant paresseusement, « qu'est-ce que tu veux faire, Commandante ? On a une heure complète avant que ton phénix surprotecteur revienne te récupérer. »
« Hé, » protesta doucement Sohalia même si elle souriait. « Il n'est pas surprotecteur. Enfin, pas vraiment. Enfin... » Elle s'interrompit. « D'accord, peut-être un peu. Mais c'est mignon. »
« C'est adorable, » confirma Kan avec son sourire mystérieux. « Vous êtes tous les deux adorables ensemble. Ça fait mal aux dents tellement c'est sucré. »
« Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment ou une insulte, » dit Sohalia en levant un sourcil interrogateur.
« Compliment, » assura Kan immédiatement. « Définitivement un compliment. »
Ils commencèrent à déambuler dans les rues, s'arrêtant occasionnellement pour observer des performances ou pour acheter de la nourriture ou des boissons. L'atmosphère était détendue et familiale — exactement ce dont Sohalia avait besoin après l'intensité émotionnelle de la veille avec Marco.
Les hommes de sa division la traitaient avec un mélange unique de respect et d'affection fraternelle — conscients de son rang et de ses responsabilités futures mais refusant de la traiter différemment à cause de cela, insistant pour la protéger discrètement sans l'étouffée ou l'infantilisée.
Quand elle montrait le moindre signe de fatigue, quelqu'un suggérait immédiatement de s'asseoir pour se reposer. Quand elle semblait avoir soif, une bouteille d'eau apparaissait comme par magie. Quand elle avait l'air d'avoir légèrement froid, quelqu'un lui offrait sa veste sans qu'elle ait besoin de demander.
« Vous savez, » dit-elle finalement après la troisième fois que Kenta avait subtilement manœuvré le groupe vers un banc quand il avait remarqué qu'elle commençait à boiter très légèrement, « vous êtes aussi surprotecteurs que Marco. Peut-être pire. »
« Notre commandant nous tuerait si tu te blessais ou te fatiguais trop pendant qu'on est censés te surveiller, » répondit Raito avec un sourire innocent.
« Marco n'est pas votre commandant, » souligna Sohalia. « Je suis votre commandante. »
« Oui, » admit Kenta. « Mais Marco est le premier commandant de tout l'équipage. Et plus important, c'est ton... » Il s'interrompit, cherchant le mot approprié.
« Petit ami ? » suggéra Hogo avec un sourire en coin.
« Amoureux ? » offrit Ritsu.
« Âme sœur destinée ? » proposa Kan de manière dramatique.
Sohalia rougit violemment, ce qui ne fit qu'encourager les taquineries.
« D'accord, d'accord ! » protesta-t-elle en levant les mains en signe de capitulation. « J'ai compris ! Vous pouvez arrêter maintenant ! »
Mais ils ne s'arrêtèrent pas vraiment — continuant à faire des suggestions de plus en plus ridicules et romantiques sur la nature de sa relation avec Marco jusqu'à ce qu'elle rit tellement qu'elle en avait mal au ventre. Elle dû les supplier d'arrêter avant qu'elle ne meure d'embarras ou d'essoufflement, elle n'était pas sûre laquelle arriverait en premier.
C'était exactement ce dont elle avait besoin.
« Merci, » dit-elle soudainement, interrompant leur conversation sur les meilleurs stands de nourriture de l'île.
« Pour quoi ? » demanda Kenta avec confusion.
« Pour être vous, » dit-elle simplement.
Un silence embarrassé s'installa pendant quelques secondes — ce genre de silence qui arrive quand des hommes qui ne sont pas habitués à exprimer leurs émotions ouvertement sont confrontés à des déclarations sincères d'affection et de gratitude.
Puis Hogo brisa le silence avec son timing parfait habituel.
« Câlin de groupe ! »
Et avant que Sohalia puisse protester ou s'échapper, elle se retrouva écrasée au centre d'un câlin de groupe massif et légèrement chaotique où tout le monde essayait de la serrer contre eux simultanément tout en s'écrasant mutuellement dans le processus.
« Vous... étouffez... moi... » protesta-t-elle faiblement même si elle riait et serrait certains d'entre eux en retour.
« C'est l'idée ! » répondit joyeusement Hogo.
Quand ils la libérèrent finalement, elle avait les cheveux complètement décoiffés et les vêtements froissés et probablement quelques nouvelles contusions mineures, mais elle souriait d'une oreille à l'autre avec une joie pure.
« Je vous aime, les gars, » dit-elle en tentant vainement de remettre de l'ordre dans ses cheveux.
« Nous aussi on t'aime, Commandante, » répondit Kenta avec un sourire rare. « Même si tu vas nous quitter bientôt pour aller jouer à la reine. »
L'humeur changea légèrement à cette mention de son départ futur — pas dramatiquement mais suffisamment pour que tous sentent le poids de ce qui allait inévitablement arriver.
« Hé, » dit doucement Ritsu en mettant sa main sur l'épaule de Sohalia. « On a encore une semaine. Pas besoin de penser à ça maintenant. »
« Tu as raison, » dit-elle en secouant la tête comme pour chasser les pensées sombres. « Une semaine. Et je compte bien en profiter avec vous tous autant qu'avec Marco. »
« Bien dit ! » approuva Hogo en levant sa bouteille. « À notre Commandante ! »
« À Sohalia ! » répétèrent les autres en levant leurs propres boissons.
Elle sourit, sentant son cœur se gonfler d'affection pour ces idiots merveilleux qui formaient sa division.
L'heure passa trop rapidement — remplie de rires et de taquineries affectueuses et de moments de connexion sincère qui renforçaient les liens qui les unissaient déjà si fortement.
Quand Marco réapparut exactement à l'heure promise, il trouva Sohalia assise au milieu de sa division, riant à quelque chose que Hogo venait de dire, son visage illuminé d'un bonheur pur qui fit sourire Marco malgré sa fatigue de la réunion.
« On dirait que tu as passé un bon moment, yoi, » observa-t-il en s'approchant.
« Le meilleur, » confirma-t-elle en se levant pour le rejoindre. « Mais je suis contente que tu sois revenu. »
« Toujours, yoi, » murmura-t-il en l'attirant contre lui pour un câlin rapide. « Je reviens toujours. »
Ce soir-là, après avoir raccompagné Sohalia au navire et s'être assuré qu'elle se reposait correctement dans sa cabine, Marco retourna à San Faldo avec l'intention de simplement marcher un peu et profiter de l'atmosphère nocturne avant de dormir.
Il n'avait pas fait dix mètres dans les rues illuminées par les lanternes qu'Izo apparut à ses côtés comme s'il l'avait attendu — ce qui était probablement le cas, connaissant Izo.
« Marche avec moi, » dit Izo sans préambule, déjà en mouvement vers un quartier plus calme de l'île.
Marco suivit sans poser de questions, reconnaissant cette approche directe pour ce qu'elle était — Izo avait quelque chose à dire et préférait le faire en privé plutôt que sur le navire bondé où les murs avaient des oreilles.
Ils marchèrent en silence pendant plusieurs minutes, s'éloignant progressivement de la cacophonie joyeuse du centre-ville vers les zones résidentielles plus calmes où les locaux vivaient leur vie quotidienne moins touristique.
Finalement, Izo les guida vers un petit bar discret — presque caché dans une ruelle latérale, le genre d'endroit que seuls les habitants et les visiteurs vraiment bien informés connaissaient. L'intérieur était chaleureux et intime, avec une douzaine de tables tout au plus et un bar en bois sombre qui brillait doucement sous l'éclairage tamisé.
Ils s'installèrent à une table dans le coin le plus reculé, et Izo commanda pour eux deux sans consulter Marco — deux verres du meilleur saké local, servi chaud comme la tradition le dictait.
Le serveur apporta rapidement les verres et une petite carafe fumante, puis s'éloigna discrètement.
Izo versa pour tous les deux avec les gestes précis et élégants, puis leva son verre en un toast silencieux que Marco imita automatiquement.
Ils burent en silence, savourant le saké de qualité qui réchauffait agréablement en descendant.
Finalement, après ce qui sembla être une éternité mais qui ne fut probablement que quelques minutes, Izo posa son verre vide et regarda directement Marco avec cette intensité calme qui suggérait qu'il allait dire quelque chose d'important.
« Tu vas la laisser partir. »
Ce n'était pas une question. C'était une affirmation tranquille d'un fait que Izo comprenait déjà complètement.
Marco hésita pendant une seconde, puis hocha lentement la tête.
« Je n'ai pas le choix, yoi. »
« Il y a toujours un choix, » corrigea doucement Izo. « Mais tu as choisi le bon. »
Marco ne répondit pas immédiatement, faisant tourner son verre vide entre ses mains et regardant les reflets de la lumière dans le fond de porcelaine avec une attention qui suggérait qu'il réfléchissait profondément à quelque chose qu'il avait du mal à articuler.
« Tu sais ce qui est le plus dur, yoi ? » dit-il finalement, sa voix basse et chargée d'une émotion qu'il ne laissait habituellement jamais transparaître. « Pas de savoir qu'elle va partir. Pas même de savoir que je vais horriblement souffrir de son absence. Mais de savoir que c'est la bonne décision et que je n'essaierai même pas de la convaincre de rester parce que ce serait égoïste et que ça la blesserait encore plus à long terme. »
Izo hocha la tête avec compréhension.
« L'amour véritable n'est pas de garder quelqu'un près de soi quand ils ont besoin d'être ailleurs. C'est de les laisser partir même quand chaque fibre de ton être hurle de les retenir. »
« Je sais, » murmura Marco. « Ça ne rend pas les choses plus faciles. »
« Non, » confirma Izo. « Rien ne rend les choses plus faciles. Mais tu fais ce qu'il faut. Et elle le sait. Et elle t'aime encore plus pour ça même si ça vous fait souffrir tous les deux. »
Marco rit amèrement.
« L'amour ne devrait pas faire aussi mal, yoi. »
« L'amour fait toujours mal, » dit Izo avec cette sagesse qu'il semblait avoir acquise à travers ses propres expériences difficiles. « Différemment selon les circonstances, mais toujours. C'est le prix qu'on paye pour laisser quelqu'un assez proche pour toucher notre cœur. »
Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes, Izo versant plus de saké pour tous les deux.
« Qu'est-ce que je fais, yoi ? » demanda finalement Marco, et pour une fois sa voix portait toute la vulnérabilité et l'incertitude qu'il cachait si soigneusement habituellement derrière son masque de confiance et de contrôle. « Quand elle sera partie et que je devrai continuer à vivre normalement comme si mon cœur n'était pas resté avec elle ? »
« Tu fais ce que tu as toujours fait, » répondit Izo calmement. « Tu continues à être le meilleur premier commandant que Père et l'équipage pourraient espérer avoir. Tu protèges notre famille. Tu accomplis tes devoirs. Et dans les moments où ça devient trop dur, tu te rappelles pourquoi tu as fait ce choix — parce qu'elle avait besoin de partir et que tu l'aimais suffisamment pour ne pas l'en empêcher. »
« Et si ce n'est pas suffisant ? »
« Alors tu nous auras, » dit Izo avec une simplicité qui contenait néanmoins un poids immense de promesse et de soutien. « Moi. Tous tes frères. Père. Nous serons là quand ça deviendra trop difficile à porter seul. »
Marco sentit quelque chose se serrer dans sa gorge — de la gratitude et du soulagement mêlés à une tristesse profonde.
« Merci, » murmura-t-il.
« Pas besoin de me remercier, » dit Izo en haussant les épaules.
Ils continuèrent à boire et à parler pendant encore une heure — pas toujours de sujets lourds, parfois simplement de souvenirs partagés ou de plans futurs ou de rien d'important du tout. Mais la présence d'Izo était réconfortante d'une manière que Marco n'avait pas pleinement réalisée avoir besoin jusqu'à ce moment précis.
Finalement, quand la carafe de saké fut vide et que la nuit était déjà bien avancée, Izo se leva et posa une main sur l'épaule de Marco — un geste simple mais chargé de signification et de fraternité.
« Profite de cette semaine, » dit-il doucement. « Chaque moment compte. Fais des souvenirs qui te soutiendront quand elle sera partie. Et ne pense pas trop à après — après viendra bien assez tôt de toute façon. »
Marco hocha la tête, reconnaissant la sagesse de ce conseil même si la partie de lui qui avait tendance à toujours planifier et anticiper protestait contre l'idée de simplement vivre dans le moment présent.
« Je vais essayer, yoi. »
« Bien, » dit Izo avec un sourire rare. « Maintenant va dormir. Demain est un nouveau jour avec ta princesse, et tu as besoin d'être reposé pour suivre son énergie. »
Marco rit doucement, se levant pour suivre Izo hors du bar.
Ils marchèrent ensemble de retour vers le port en silence confortable, le genre de silence qui n'avait pas besoin d'être rempli parce que tout ce qui devait être dit avait déjà été exprimé.
Quand ils arrivèrent au Moby Dick, Izo s'arrêta au pied de la passerelle.
« Marco, » dit-il, faisant se retourner son frère. « Tu vas survivre à ça. Ça va faire mal — vraiment mal — mais tu vas survivre. Et un jour, peut-être pas dans un futur immédiat mais un jour, vous trouverez un moyen d'être ensemble d'une manière ou d'une autre. »
Marco voulait croire ces paroles — voulait désespérément croire qu'il y avait un avenir où lui et Sohalia pouvaient être ensemble sans que leurs devoirs et responsabilités ne les séparent constamment.
Mais pour l'instant, il se contenta de hocher la tête et de monter sur le navire, portant avec lui le soutien silencieux de son frère comme un talisman contre la douleur future qui l'attendait inévitablement.
Trois jours plus tard — exactement à mi-parcours de leur semaine à San Faldo — Barbe Blanche se tenait sur le pont du Moby Dick dans le silence relatif de la nuit tardive, observant l'île illuminée qui continuait à célébrer sans interruption même à cette heure où la plupart des endroits civilisés auraient été endormis depuis longtemps.
La plupart de son équipage était toujours dispersé dans la ville, profitant de leur liberté bien méritée de différentes manières — Ace probablement encore en train de manger quelque part, Jozu ayant probablement établi tous les records possibles de force et cherchant maintenant de nouveaux défis, Vista appréciant les arts et la culture, et tant d'autres trouvant leurs propres plaisirs dans ce paradis temporaire.
Mais les yeux de Barbe Blanche cherchaient — et trouvaient rapidement — deux silhouettes particulières marchant lentement le long de la promenade côtière visible même de cette distance grâce aux lanternes qui illuminaient ce chemin populaire.
Marco et Sohalia.
Même de loin, même dans l'obscurité relative de la nuit, il pouvait les identifier facilement — la façon dont ils marchaient si près l'un de l'autre que leurs épaules se touchaient constamment, la façon dont leurs mains étaient entrelacées comme si elles avaient été faites pour se tenir mutuellement, la façon dont Marco se penchait occasionnellement vers Sohalia pour murmurer quelque chose qui la faisait rire ou sourire, la façon dont elle s'appuyait contre lui avec une confiance totale et une affection évidente.
Barbe Blanche sourit — un sourire doux et paternel teinté d'une mélancolie profonde parce qu'il savait ce que ces deux jeunes gens refusaient encore de complètement affronter dans leur volonté de profiter de chaque instant de cette semaine précieuse qui s'écoulait inexorablement.
Dans quatre jours, Sohalia devrait partir.
Dans quatre jours, ils devraient se séparer et apprendre à vivre avec une distance qui semblerait insurmontable même si techniquement elle ne l'était pas.
Dans quatre jours, Marco devrait laisser partir la personne qu'il aimait le plus au monde et continuer à fonctionner normalement comme si son cœur ne s'était pas arraché de sa poitrine pour suivre une princesse vers un royaume caché.
Barbe Blanche avait pris la décision consciemment de leur offrir cette semaine — de créer cette bulle hors du temps où les responsabilités et les devoirs pouvaient être temporairement oubliés ou du moins mis de côté, où ils pouvaient simplement être deux jeunes gens amoureux profitant de la vie ensemble sans penser constamment à l'avenir qui les attendait.
C'était son cadeau en tant que père et capitaine — le don du temps suspendu, de moments précieux qui seraient gravés dans leurs mémoires et qui les soutiendraient pendant les longues périodes de séparation à venir.
Mais même lui, avec toute sa sagesse et sa puissance, ne pouvait pas arrêter le temps indéfiniment.
Même lui ne pouvait pas empêcher la réalité de finalement rattraper cette bulle magique et de la faire éclater avec toute la subtilité d'un ouragan.
Tout ce qu'il pouvait faire était de leur donner ce temps et espérer que ce serait suffisant.
Il observa Marco et Sohalia s'arrêter près d'un banc face à l'océan, s'asseoir ensemble, Sohalia immédiatement se blottissant contre Marco qui l'enveloppa de ses bras dans ce geste protecteur et affectueux qui était devenu si naturel entre eux.
Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes — juste assis ensemble, regardant l'océan illuminé par la lune, probablement parlant doucement de choses sans importance ou peut-être ne parlant pas du tout, juste profitant de la présence mutuelle et du contact physique qui deviendrait bientôt un luxe rare plutôt qu'une constante quotidienne.
« Parfois, le plus grand cadeau qu'on puisse offrir est le temps, » murmura Barbe Blanche pour lui-même, ses paroles portées par la brise marine vers l'île mais n'atteignant personne sauf peut-être les étoiles qui observaient silencieusement depuis leur hauteur infinie.
Il pensait à toutes les fois dans sa longue vie où il avait dû faire des choix difficiles entre le devoir et le désir, entre ce qui était nécessaire et ce qui était voulu, entre protéger ceux qu'il aimait et les laisser voler de leurs propres ailes même quand cela signifiait les voir partir et potentiellement se blesser.
Il pensait à tous ses fils — pas seulement Marco et Sohalia mais tous ces hommes et femmes qu'il avait recueillis au fil des décennies, qu'il avait transformés en une famille, qu'il aimait avec une intensité qui défiait parfois sa propre compréhension.
Chacun d'eux avait leur propre destin, leur propre chemin à suivre.
Certains chemins menaient vers l'extérieur — loin du navire et de la famille, vers leurs propres aventures et leurs propres responsabilités.
D'autres chemins menaient toujours de retour — peut-être après de longues absences, peut-être après des détours imprévus, mais finalement de retour au Moby Dick et à la famille qui les attendait toujours.
Il ne savait pas encore quel chemin suivrait finalement Sohalia — si elle resterait au Royaume pour toujours une fois qu'elle y serait retournée, emprisonnée par ses responsabilités royales et sa dette envers son peuple, ou si elle trouverait un moyen de revenir périodiquement, de maintenir un équilibre précaire entre ses deux vies et ses deux familles.
Mais il savait que Marco l'attendrait.
Marco attendrait des années si nécessaire, des décennies même, parce que c'était dans sa nature profonde d'être loyal et patient et constant comme la marée qui revenait toujours peu importe combien de fois elle repartait.
Marco et Sohalia se levèrent finalement de leur banc et commencèrent à marcher de retour vers le port, toujours enlacés, toujours dans leur bulle intime qui les isolait du reste du monde.
Barbe Blanche les regarda approcher, sachant qu'ils monteraient bientôt à bord et iraient se reposer, que demain serait un nouveau jour de leur semaine précieuse, que le temps continuerait à s'écouler inexorablement vers la fin inévitable de cette parenthèse magique.
Mais pour l'instant — pour cette nuit — ils étaient heureux.
Pour l'instant, ils étaient ensemble.
Pour l'instant, la bulle tenait bon.
Et c'était tout ce qu'un vieil homme pouvait espérer pour ses enfants — des moments de bonheur pur, aussi brefs et éphémères soient-ils, aussi destinés à finir soient-ils.
Parce qu'au final, ce sont ces moments qui font que la vie vaut la peine d'être vécue.
Ces moments suspendus hors du temps où rien d'autre n'existe sauf l'amour et la joie et la connexion profonde avec quelqu'un qui comprend vraiment votre âme.
Marco et Sohalia montèrent la passerelle main dans la main, leurs visages illuminés par la lumière douce de la lune et le bonheur qui rayonnait de l'intérieur.
Ils passèrent devant Barbe Blanche sans le remarquer — trop absorbés l'un par l'autre pour faire attention à leur environnement immédiat — et disparurent sous le pont en direction de leurs cabines.
Barbe Blanche resta sur le pont encore longtemps après qu'ils furent partis, regardant les étoiles et l'île illuminée et pensant à toutes les choses que l'âge et la sagesse lui avaient apprises sur l'amour et le sacrifice et les choix impossibles que la vie forçait parfois les gens à faire.
Finalement, alors que la nuit commençait à céder progressivement place aux premières lueurs de l'aube à l'horizon oriental, il soupira doucement et se tourna pour rentrer dans ses propres quartiers.
Publié : 02/02/2026