The New Era : Échos du Passé

Chapitre 3 : HS-3 : Les mémoires interdites

6276 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/01/2026 00:46

Note de l'auteur :

Je vous invite à lire "The New Era" jusqu'au chapitre 12 avant de commencer ce hors-série.


HORS-SÉRIE 3 : LES MÉMOIRES INTERDITES

Backstory Jef Mentaru


L'INNOCENCE

(Jef : 14-17 ans)

Le silence régnait dans la bibliothèque royale.

Jef Mentaru, quatorze ans, tournait délicatement les pages d'un manuscrit ancien. Ses doigts effleuraient le papier jauni avec une révérence presque religieuse. Pour lui, chaque livre était un trésor, chaque mot une fenêtre sur un monde qu'il ne connaîtrait jamais.

Car Jef était né prisonnier.

Comme tous les habitants du Royaume — cette île sans nom, cachée quelque part dans le Nouveau Monde — il n'avait jamais vu au-delà de l'horizon. Les lois étaient claires, absolues : personne ne partait. Personne ne revenait. Le Royaume était un sanctuaire fermé, protégé par le secret et l'isolement.

Mais Jef voulait comprendre pourquoi.

« Encore plongé dans tes livres, garçon ? »

La voix du bibliothécaire, un vieil homme nommé Kaito, résonna dans le silence. Jef leva les yeux, souriant avec cette timidité qui le caractérisait.

« Pardon, Maître Kaito. Je voulais finir ce chapitre sur les courants marins. C'est fascinant. »

Le vieil homme s'approcha, observant le jeune Mentaru avec un mélange d'affection et d'inquiétude. Jef passait presque toutes ses journées ici, à dévorer livre après livre. À quatorze ans, il avait probablement lu plus que la plupart des adultes du Royaume.

« Tu es intelligent, Jef. Trop, peut-être. » Kaito posa une main sur son épaule. « Mais attention à ne pas chercher des réponses qui n'existent pas. »

« Des réponses existent toujours, » répondit Jef avec cette conviction naïve de l'adolescence. « Il suffit de chercher aux bons endroits. »

Kaito soupira.

« Certaines portes doivent rester fermées. »

Il désigna du menton une section de la bibliothèque que Jef connaissait bien — une porte massive, scellée, gardée. Les textes interdits. Ceux que seul le Roi et ses conseillers les plus proches pouvaient consulter.

« Pourquoi ? » demanda Jef, cette question qui revenait sans cesse. « Que contiennent ces livres qu'on ne doit pas savoir ? »

« L'Histoire, » dit simplement Kaito. « L'Histoire vraie. Et certaines vérités sont trop lourdes à porter, surtout pour un garçon de ton âge. »

Jef baissa les yeux sur son manuscrit.

Il ne comprenait pas. Si l'Histoire était vraie, pourquoi la cacher ? Si la vérité existait, pourquoi la craindre ?

Mais il ne dit rien.

Il était jeune, certes. Mais il avait déjà appris qu'insister ne menait nulle part.

Alors il sourit poliment, rangea son livre, et quitta la bibliothèque.

Mais en passant devant la porte scellée, il ralentit imperceptiblement.

Un jour, pensa-t-il. Un jour, je saurai.


Les mois passèrent.

Jef grandit — non seulement en taille, mais en compétence. Son pouvoir de Mentaru se développait rapidement, bien plus vite que la moyenne. À quinze ans, il maîtrisait déjà la télékinésie avec une aisance remarquable, soulevant des objets lourds d'un simple geste de la main.

Le Roi Taiyō l'avait remarqué.

« Tu as du potentiel, garçon, » lui dit-il un jour lors d'une audience. « Continue ainsi, et tu pourrais devenir l'un de mes conseillers. Peut-être même mon bras droit. »

Jef s'était incliné profondément, honoré.

Mais au fond de lui, une question brûlait : pourquoi le Roi avait-il besoin de conseillers si le Royaume était en paix ? Pourquoi toutes ces précautions, ces secrets, cette paranoïa ?

Il retourna à la bibliothèque.

Chercher. Toujours chercher.


Jef avait seize ans lorsque cela arriva.

C'était une nuit comme les autres. Kaito avait quitté la bibliothèque plus tôt, fatigué. Jef était resté, comme souvent, plongé dans ses lectures.

Il se leva pour aller chercher un autre livre.

Et c'est là qu'il le remarqua.

La porte.

La porte scellée de la section interdite.

Elle était entrouverte.

Jef se figea.

Son cœur battait fort dans sa poitrine. Kaito avait dû oublier de la verrouiller correctement. Une erreur. Une simple erreur humaine.

Mais une opportunité.

Jef regarda autour de lui. Personne. Le silence de la nuit enveloppait la bibliothèque comme un linceul.

Il ne devrait pas.

Il savait qu'il ne devrait pas.

Mais...

Il s'avança.

Poussa doucement la porte.

Entra.

La section interdite était étonnamment petite.

Quelques étagères seulement, couvertes de poussière. Des livres anciens, usés, certains à peine lisibles. Des parchemins enroulés. Des journaux personnels.

Jef en saisit un au hasard, les mains tremblantes.

Le titre, gravé sur la couverture de cuir craquelée : « Mémoires d'Akane Senrigan — Prisonnière du Gouvernement Mondial — An 1502 du Calendrier Marin. »

Senrigan.

Un membre de son peuple.

Jef ouvrit le livre.

Et commença à lire.

« Ils nous ont capturés alors que nous fuyions Laugh Tale. Mon mari, mes deux enfants, et moi. Nous pensions avoir atteint la liberté. Nous pensions que le monde extérieur serait meilleur que notre cage dorée.

Nous avions tort.

Ils nous ont emmenés dans une forteresse. Séparés. J'ai hurlé le nom de mes enfants jusqu'à ce que ma voix se brise.

Puis la torture a commencé.

Ils voulaient savoir où se trouvait Laugh Tale. Où se trouvaient les Fragments. Où se cachaient les autres membres de nos peuple.

Je n'ai rien dit.

Alors ils ont amené mon fils. Six ans. Six ans à peine.

Et ils l'ont torturé devant moi.

Ils l'ont tué.

Devant moi.

Mon petit garçon.

Puis ma fille.

Puis mon mari.

Et maintenant, je suis seule dans cette cellule. J'écris ces mots avec du sang. Mon sang.

Parce que je veux que quelqu'un sache.

Que quelqu'un se souvienne.

Que nous existions.

Que nous souffrions.

Que le Gouvernement Mondial n'est pas ce qu'il prétend être.

Demain, ils viendront me chercher.

Et je mourrai.

Mais ces mots survivront. »

Jef referma le livre.

Ses mains tremblaient violemment.

Il se précipita vers un coin de la pièce et vomit.

Encore. Encore. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien.

Puis il resta là, recroquevillé, pleurant silencieusement.

Des enfants.

Ils avaient torturé des enfants.

Tué des familles entières.

Et pour quoi ?

Des secrets. Du pouvoir. De la peur.

Jef sortit de la section interdite en titubant.

Referma la porte.

Rentra chez lui.

Cette nuit-là, il ne dormit pas.

Et quelque chose en lui — quelque chose d'innocent, de pur — mourut.

Remplacé par une graine sombre.

Une graine de haine.


Jef avait dix-sept ans lorsque Sohalia arriva.

Un bateau inconnu accosta l'île un matin brumeux. Les habitants se rassemblèrent au port, méfiants, terrifiés. Personne ne venait jamais au Royaume. Personne ne connaissait son emplacement.

Mais ce bateau était attendu par le roi et ses conseiller. A son bord, une seule passagère.

Une fille.

Quinze ans, cheveux blonds ébouriffés par le vent marin, yeux d'un vert émeraude saisissant. Elle portait des vêtements usés, déchirés par endroits. Son visage était sale, marqué par l'épuisement. Elle portait des bandages, certains étaient encore ensanglantés.

Elle était endormi.

Le silence qui suivit son arrivée fut assourdissant.

Quelqu'un venait de là-bas.

Quelqu'un venait du dehors.

La panique éclata.

Les enfants se mirent à hurler, terrifiés. Les adultes reculèrent, certains dégainant des armes. Le Roi Taiyō fut appelé d'urgence.

« EMPAREZ-VOUS D'ELLE ! » criait un homme. « Elle pourrait être une espionne ! Une menace ! »

Jef observait la scène de loin.

Il n'avait pas hurlé comme les autres enfants. Il n'avait pas reculé comme les adultes.

Il était fasciné.

Cette fille...

Elle venait de là-bas.

Du monde extérieur.

Du monde que Jef rêvait de connaître depuis toujours.

Et contrairement aux personnes des mémoires qu'il avait lus — ces âmes torturées, brisées — elle était en vie.

Elle avait survécu.

Libre.

Quelque chose en Jef se réveilla.

Pas la haine cette fois.

Mais l'espoir.


Les jours suivants furent chaotiques.

Sohalia fut interrogée par le Roi. Elle fut reconnue comme étant la fille d'Eri Shizen et accueillie finalement par sa famille de sang. Hachiro Shizen, un Mentaru comme Jef, avait accepté de la prendre sous son aile avec sa femme Emi et leur fille Maiya.

Mais l'île entière restait méfiante.

Les enfants fuyaient Sohalia comme si elle portait une maladie.

Les adultes chuchotaient dans son dos.

Seule sa famille adoptive lui témoignait de la gentillesse.

Et Jef.


Leur première rencontre eut lieu à la bibliothèque.

Sohalia était entrée timidement, regardant autour d'elle avec émerveillement. Elle n'avait probablement jamais vu autant de livres.

Jef, assis à sa table habituelle, leva les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Le souffle de Jef se coupa.

Elle était... différente. Pas juste physiquement. Il y avait quelque chose dans ses yeux. Quelque chose de sauvage. De libre. Quelque chose que Jef n'avait jamais vu chez personne au Royaume.

« Tu... tu n'es pas d'ici ? » demanda-t-il.

Question stupide. Tout le monde savait qui elle était.

Sohalia sourit tristement.

« Non. Je viens de là-bas. »

Là-bas.

Le dehors.

Le monde.

« Comment... comment c'est ? » Jef entendit sa propre voix, à peine un murmure.

Sohalia s'approcha, s'assit en face de lui sans y être invitée.

« Dangereux, » dit-elle simplement. « Magnifique. Immense. Terrifiant. Merveilleux. »

Elle marqua une pause.

« Libre. »

Jef sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

Libre.

Ce mot qu'il avait lu dans tant de livres. Ce mot qu'il comprenait intellectuellement mais n'avait jamais ressenti.

« Tu as de la chance, » murmura-t-il.

« De la chance ? » Sohalia rit amèrement. « J'ai été victime d'une embuscade, j'ai failli mourir et je me fais kidnapper par un peuple que je ne connais pas à cause de mon sang. Et maintenant que je suis ici, tout le monde me regarde comme si j'étais un monstre. »

« Je ne te regarde pas comme un monstre. »

Sohalia le fixa. Vraiment le fixa pour la première fois.

« Comment tu me regardes, alors ? »

Jef hésita.

« Comme... comme quelqu'un qui a vécu ce que je n'ai vécu que dans les livres. »

Un sourire — un vrai sourire cette fois — éclaira le visage de Sohalia.

« Tu aimes lire ? »

« J'adore lire. »

« Alors on a quelque chose en commun. »

Et c'est ainsi que commença leur amitié.


Les semaines devinrent mois.

Jef et Sohalia se retrouvaient régulièrement à la bibliothèque. Ils parlaient de tout. Des livres. De l'Histoire. Du monde extérieur que Sohalia avait vu et que Jef rêvait de découvrir.

Sohalia racontait ses aventures — les îles qu'elle avait visitées, les pirates qu'elle avait croisés, les dangers qu'elle avait affrontés, sa famille de pirate dont elle se languissait.

Jef écoutait, suspendu à ses lèvres, absorbant chaque mot comme un assoiffé buvant de l'eau.

Pour la première fois depuis qu'il avait lu les mémoires interdits, Jef ressentait autre chose que de la haine.

Il ressentait de l'émerveillement.

De l'admiration.

Et, graduellement, quelque chose de plus profond.

De l'amour.


Jef avait dix-sept ans, Sohalia quinze.

Ils étaient assis dans le jardin du palais, sous un cerisier en fleurs. Sohalia parlait de Barbe Blanche — un pirate légendaire qui l'avait recueilli à ses cinq ans et qui la considérait comme sa fille.

« C'est l'homme le plus fort du monde, » expliquait-elle, les yeux brillants. « Il protège des îles entières. Il considère son équipage comme sa famille. »

« Je pourrais le rencontrer ? » demanda Jef.

« Peut-être. Un jour. »

Un silence confortable s'installa.

Puis Jef, rassemblant son courage, demanda :

« Sohalia... tu aimerais t'enfuir ? »

Elle le regarda, surprise.

« Pourquoi cette question ? »

« Parce que tu as vu le monde. Tu as été libre. Et maintenant tu es ici, prisonnière comme nous tous. »

Sohalia réfléchit longuement.

« Bien sûr que j'aimerais retrouver ma famille de cœur, » dit-elle finalement. « Mais le prix à payer est trop grand. Le roi a été clair; Si je m'enfuie, je vous condamne, Tante Emi, oncle Hachiro, Maiya. Et toi. »

« Moi ? »

« Oui. Tu es mon ami, Jef. Mon meilleur ami. Comme... comme un grand frère. »

Grand frère.

Le mot résonna dans l'esprit de Jef.

Grand frère.

Pas amour. Pas romance.

Grand frère.

Il sourit. Un sourire qui ne reflétait pas ce qu'il ressentait vraiment.

« Oui, » dit-il doucement. « Comme un grand frère. »

Mais dans son cœur, une première fissure apparut.

Il l'aimait.

Mais elle ne le voyait que comme un ami. Un protecteur. Une figure fraternelle.

Pas comme un égal.

Pas comme un amant potentiel.

Jef enfouit cette douleur profondément.

Il sourit.

Rit avec elle.

Continua leur conversation comme si de rien n'était.

Mais cette nuit-là, seul dans sa chambre, il fixa le plafond.

Et se demanda combien de temps il pourrait continuer à faire semblant.


LA DÉCOUVERTE

(Jef : 17-20 ans / Sohalia : 15-18 ans)

Jef avait dix-sept ans lorsque son pouvoir évolua.

Cela arriva par accident, comme souvent avec les capacités Mentaru.

Il était dans sa chambre, frustré après une énième conversation avec Sohalia où elle avait mentionné un autre garçon du Royaume — un certain Takeshi qui l'avait aidée à porter des livres.

« Il est gentil, » avait-elle dit innocemment.

Gentil.

Jef n'était pas jaloux. Bien sûr que non.

Sauf qu'il l'était.

Terriblement.

Il serra le poing, et soudain, la chaise dans le coin de sa chambre se souleva.

Pas de geste. Pas de concentration consciente.

Juste la colère.

Et la chaise lévitait.

Jef cligna des yeux, surpris.

Puis la chaise retomba brutalement.

Son pouvoir télékinésique avait toujours nécessité un geste, une focalisation. Mais là...

Il avait juste pensé. Juste ressenti.

Et cela avait suffi.


Les semaines suivantes, Jef expérimenta.

Il découvrit qu'il pouvait faire plus que simplement soulever des objets.

Il pouvait... influencer.

Subtilement. Délicatement.

Un jour, Kaito s'endormit à sa table de travail. Jef n'avait rien fait consciemment, mais en y repensant, il avait pensé : « Il a l'air fatigué. Il devrait se reposer. »

Et Kaito s'était endormi.

Hypnose.

Jef pouvait hypnotiser les gens.

La réalisation le terrifia.

Mais aussi... l'intrigua.


C'était mal.

Il savait que c'était mal.

Manipuler l'esprit des gens, même subtilement, était une violation. Une intrusion. Quelque chose que seuls les Mentaru les plus sombres faisaient.

Mais...

Si cela lui permettait d'accéder à la vérité ?

Aux textes interdits ?

Aux réponses qu'il cherchait depuis des années ?

Jef se débattit avec sa conscience pendant des semaines.

Mais finalement, la curiosité l'emporta.

Une nuit, il retourna à la bibliothèque.

Kaito était là, rangeant les derniers livres avant de fermer.

Jef s'approcha.

« Bonsoir, Maître Kaito. »

Le vieil homme leva les yeux, souriant.

« Jef. Encore toi. Tu ne rentres jamais chez toi ? »

« Bientôt. Je voulais juste... »

Jef tendit la main.

Concentra son pouvoir.

Pensa : Dors. Juste quelques minutes. Tu es fatigué. Tu as besoin de repos.

Les yeux de Kaito devinrent vitreux.

Puis il s'assit lentement, posa sa tête sur la table.

Et s'endormit.

Jef resta immobile quelques secondes, horrifié de ce qu'il venait de faire.

Puis il se dirigea vers la section interdite et ouvrit la porte avec la clé qu'il avait prise dans la poche de Kaito.

Il entra.


Cette nuit-là, Jef lut trois mémoires.

Chacun plus atroce que le précédent.

Le premier racontait la capture d'une famille de la Lignée des Yuki. Les tortures infligées. Les expériences menées sur leurs pouvoirs. Les cris. Le sang.

Le deuxième décrivait une attaque sur une île de Grand Line il y a huit cents ans. Des Dragons Célestes impitoyables massacrant des innocents. Des enfants brûlés vifs.

Le troisième...

Le troisième était le journal d'un enfant.

Huit ans.

Capturé avec sa famille.

Torturé pour obtenir des informations qu'il ne possédait même pas.

Ses dernières entrées étaient à peine lisibles, tracées d'une main tremblante :

« Ça fait mal. Maman où es-tu. Ça fait mal. S'il vous plaît arrêtez. Maman je veux rentrer. Ça fait mal ça fait mal ça fait mal maman maman maman »

Puis plus rien.

Jef referma le journal.

Ses mains tremblaient si fort qu'il le laissa tomber.

Il s'effondra contre une étagère et pleura.

Pas doucement. Pas dignement.

Il sanglota comme il ne l'avait jamais fait, le corps secoué de spasmes, incapable de respirer correctement.

Des enfants.

Ils avaient torturé des enfants.

Tué des familles.

Massacré un peuple entier.

Et pour quoi ?

Des armes. Pour le pouvoir.

Jef resta là pendant des heures.

Quand il sortit finalement de la section interdite, le soleil se levait.

Kaito dormait toujours.

Jef le réveilla doucement avec son pouvoir.

Le vieil homme cligna des yeux, confus.

« Je... je me suis endormi ? »

« Oui, Maître. Vous étiez fatigué. »

« Oh. Merci de m'avoir réveillé, Jef. »

Jef sourit.

Un sourire vide.

« De rien. »

Il rentra chez lui.

Et quelque chose en lui — quelque chose qui avait déjà commencé à se fissurer — se brisa complètement.


Jef avait dix-huit ans lorsqu'il retourna dans la section interdite pour la quatrième fois.

Il y allait régulièrement maintenant. Une fois par semaine. Parfois plus.

Kaito ne se souvenait jamais de s'être endormi.

Jef devenait de plus en plus doué avec l'hypnose.

Et de plus en plus obsédé par ce qu'il lisait.

Ce soir-là, il trouva un mémoire différent.

Pas une victime de torture.

Mais un membre de la Lignée des Kaze qui avait essayé de fuir le Royaume.

Comme la mère de Sohalia.

« Je m'appelle Kenji. J'ai vingt-trois ans. Et je refuse de rester prisonnier toute ma vie.

Demain, je pars. Je prends un bateau. Je fuis vers le monde extérieur.

Mes parents me supplient de rester. Ils disent que c'est trop dangereux. Que le Gouvernement me trouvera. Me tuera.

Mais je préfère mourir libre que vivre en cage.

Si quelqu'un lit ceci... sachez que j'ai essayé. »

Jef tourna la page.

Une autre écriture. Officielle. Froide.

« Rapport de capture — Kenji Kaze.

Sujet appréhendé à trois jours de navigation du Royaume. Ramené pour exécution publique selon protocole.

Famille contrainte d'assister. Message clair envoyé : la fuite est impossible.

Exécution effectuée. Corps incinéré.

Affaire close. »

Jef fixa les mots.

Sohalia qui rêvait tous les jours à haute voix de quitter le Royaume. De retrouver ces pirates qu'elle considérait comme sa famille.

Si Sohalia de fuir, comme Kenji, ils la tueraient.

Comme Kenji.

Comme tous les autres.

La terreur submergea Jef.

Suivie immédiatement par une haine brûlante.

Ils n'avaient pas le droit.

Ils n'avaient pas le droit de traquer son peuple comme des animaux.

De tuer des innocents.

De détruire des familles.

Pour quoi ?

Pour du POUVOIR ?!

Jef serra le mémoire si fort que le papier se déchira.

Il devait protéger Sohalia.

Il devait empêcher que cela lui arrive.

Il devait...

Il devait faire quelque chose.


Les changements en Jef ne passèrent pas inaperçus.

Il dormait mal. Des cernes sombres apparurent sous ses yeux. Il était distrait, irritable.

Sohalia, maintenant seize ans, le remarqua.

« Jef, tu vas bien ? »

Ils étaient à la bibliothèque, comme souvent. Mais Jef n'avait pas tourné une seule page depuis vingt minutes.

« Oui. Pourquoi ? »

« Tu as l'air... fatigué. Tendu. »

« Je vais bien. »

« Jef... »

Elle posa sa main sur la sienne.

Un geste simple. Amical.

Mais Jef sentit son cœur bondir.

« Tu peux me parler, tu sais, » dit-elle doucement. « Je suis ton amie. »

Amie.

Toujours amie.

Jamais plus.

Jef retira sa main doucement.

« Je sais. Mais vraiment, tout va bien. »

Sohalia fronça les sourcils, peu convaincue.

« Si tu le dis... »

Mais Jef voyait l'inquiétude dans ses yeux.

Et cela le rendait à la fois heureux et furieux.

Heureux qu'elle se soucie.

Furieux qu'elle ne comprenne pas pourquoi il changeait.

Qu'elle ne voie pas ce qu'il lisait. Ce qu'il apprenait.

Ce qu'ils avaient fait à leur peuple.

Mais il ne pouvait pas lui dire.

Pas encore.

Elle était trop jeune. Trop innocente.

Elle venait juste de retrouver sa famille de sang, un foyer.

Il ne voulait pas briser cela.

Pas encore.


Jef avait dix-neuf ans lorsque tout bascula.

Sohalia avait dix-sept ans maintenant. Plus mature. Plus forte.

Ils marchaient ensemble dans le jardin du palais, sous le ciel étoilé.

Jef avait planifié ce moment pendant des semaines.

Il allait lui dire.

Tout.

Les mémoires. Les tortures. Les meurtres.

Et puis... il lui demanderait.

De partir avec lui.

De fuir le Royaume ensemble.

D'être libres.

Ensemble.

« Sohalia... »

« Oui ? »

« J'ai lu des choses. Des choses terribles. »

Elle s'arrêta, le regardant avec inquiétude.

« Quelles choses ? »

« Sur notre peuple. Sur ce qu'ils nous ont fait. Le Gouvernement Mondial. Les Dragons Célestes. Ils ont... » Jef déglutit péniblement. « Ils ont torturé nos ancêtres. Massacré des familles entières. Des enfants, Sohalia. Ils ont tué des enfants. »

Le visage de Sohalia pâlit.

« Comment... comment tu sais ça ? »

« J'ai lu les mémoires. Dans la section interdite de la bibliothèque. »

« Tu as... » Ses yeux s'écarquillèrent. « Jef, tu n'avais pas le droit ! »

« Je DEVAIS savoir ! » La voix de Jef monta malgré lui. « On nous ment depuis toujours ! On nous cache la vérité ! Et pourquoi ? Parce qu'elle est trop horrible ? Parce qu'elle pourrait nous pousser à agir ?! »

« Jef, calme-toi... »

« NON ! » Jef faisait les cent pas maintenant, agité. « Je ne me calmerai pas ! Ils ont détruit notre peuple ! Ils nous ont poussé à nous exiler ici comme des criminels alors que nous sommes les victimes ! Et nous, qu'est-ce qu'on fait ? On reste cachés. On accepte. On vit dans la peur ! »

Sohalia le regardait, effrayée.

« Jef... tu changes. Cette obsession... elle te fait du mal. »

« Elle me fait voir la VÉRITÉ ! »

« Mais à quel prix ?! » Sohalia s'approcha, posa ses mains sur les épaules de Jef. « Regarde-toi ! Tu ne dors plus ! Tu ne souris plus ! Tu... tu n'es plus le garçon que j'ai rencontré. »

Jef la fixa.

Dans ses yeux, il vit de l'inquiétude.

De la peur.

Mais pas de compréhension.

« Tu ne comprends pas, » murmura-t-il.

« Alors aide-moi à comprendre. »

Jef prit une profonde inspiration.

« Pars avec moi. »

« Quoi ? »

« Fuyons. Ensemble. Tu viens de l'extérieur. Tu sais que c'est possible. On peut quitter le Royaume. Voir le monde. Être libres. »

Sohalia recula, choquée.

« Jef... je ne peux pas. »

« Pourquoi ?! »

« Parce que j'ai une famille ici maintenant ! Tante Emi, oncle Hachiro, Maiya... je ne peux pas les abandonner ! Je ne peux pas les condamner ! »

« Alors tu me choisis pas. »

« Ce n'est pas ça ! »

« Si ! C'est exactement ça ! » Jef sentit quelque chose se briser en lui. « Je te demande de venir avec moi. De me faire confiance. De... »

Il s'arrêta.

Presque dit les mots.

De m'aimer.

Mais il ne le fit pas.

Parce qu'il connaissait déjà la réponse.

Sohalia le regardait avec tristesse.

« Jef... je t'aime. Vraiment. Mais je ne condamnerai pas ma famille. »

Là.

Elle l'avait dit.

Le silence qui suivit fut assourdissant.

Jef hocha lentement la tête.

« Je vois. »

« Jef... »

« Non. C'est bon. Je comprends. »

Il se détourna.

« Jef, attends ! »

« Bonne nuit, Sohalia. »

Il partit.

Elle l'appela.

Mais il ne se retourna pas.


Cette nuit-là, Jef retourna à la bibliothèque.

Hypnotisa Kaito.

Entra dans la section interdite.

Et chercha.

Chercha quoi ?

N'importe quoi.

Quelque chose qui donnerait un sens à cette douleur.

Qui justifierait cette rage.

Qui...

Ses mains se posèrent sur un vieux parchemin.

Poussiéreux. Presque oublié.

Le titre le fit frissonner :

« La Sphère Éternelle — Arme Ultime de la Lignée Yami. »

Jef déroula le parchemin.

Et commença à lire.

Ce qu'il lut changea tout.


LA CORRUPTION

(Jef : 20-23 ans / Sohalia : 18-21 ans)

« La Sphère Éternelle. Créée il y a mille ans par la Lignée Yami.

Pouvoir : Puissance illimitée.

Nécessite une source d'énergie immense et constante.

Kaelith Yami, horrifiée par les implications, a divisé la Sphère en quatre Fragments pour empêcher son utilisation.

Elle s'est sacrifiée dans le processus.

Les Fragments ont été dispersés aux quatre coins du monde.

Quatre Clés ont été créées pour les sceller.

AVERTISSEMENT : Ne JAMAIS réunir les quatre Fragments. Si reconstitués, la Sphère Éternelle pourrait détruire l'équilibre même du monde.

Mais celui qui posséderait la Sphère obtiendrait la puissance véritable.

Le pouvoir ultime.

La vengeance éternelle. »

Jef relut ces derniers mots.

Vengeance éternelle.

Son cœur battait fort.

Trop fort.

S'il obtenait la Sphère...

S'il réunissait les Fragments...

Il pourrait rendre justice.

Traquer chaque Dragon Céleste.

Chaque responsable.

Chaque tortionnaire.

Un par un.

Pendant des siècles.

Des millénaires.

Venger chaque membre de son peuple mort.

Chaque enfant torturé.

Chaque famille massacrée.

Ce ne serait pas juste une vengeance.

Ce serait LA vengeance.

Totale.

Absolue.

Jef sentit quelque chose de sombre s'épanouir en lui.

Quelque chose qui avait germé dans la douleur du rejet.

Qui avait grandi dans la haine des mémoires.

Et qui maintenant... fleurissait.

Une obsession.

Non.

Plus qu'une obsession.

Un but.

Une raison d'être.


Les semaines suivantes, Jef dévora tout ce qu'il put trouver sur la Sphère Éternelle.

Il y avait peu d'informations. Les textes étaient fragmentaires, anciens, parfois contradictoires.

Mais il apprit.

Les quatre Fragments avaient été dispersés :

- Fragment #1 : Last Camp (l'île où la Sphère a été détruite)

- Fragment #2 : Le Saint Urea (conservé dans un temple)

- Fragment #3 : Veilombre (une île sombre du Nouveau Monde)

- Fragment #4 : Localisation inconnue

Chaque Fragment nécessitait une Clé correspondante pour être "éveillé".

Ensemble, les quatre Fragments reconstitueraient la Sphère.

Et celui qui posséderait la Sphère...

Jef sourit dans l'obscurité de la bibliothèque.

Un sourire qui n'avait rien d'humain.


Jef avait vingt ans lorsqu'il élabora son plan.

Il était méthodique. Patient.

La haine froide était bien plus efficace que la rage aveugle.

Étape 1 : Obtenir un Fragment.

Il en avait besoin pour multiplier sa puissance et soumettre ceux qui faisaient appliquer la loi dans le monde extérieur. Les marines.

Pour cela, il devait quitter l'île. Le Roi le découvrirait immédiatement. Il condamnerait toutes personnes étant proche de lui.

Non.

Sohalia.

La pensée le frappa comme un coup de poing.

Sohalia.

Jef s'arrêta.

Hésita.

Une part de lui — une part minuscule, mourante — hurla que c'était de la folie.

Que Sohalia était son amie.

Qu'il l'aimait.

Qu'il ne pouvait pas lui faire ça.

Mais cette voix était faible.

Étouffée par la haine.

Par l'obsession.

Par le besoin de SAVOIR.

Sohalia l'avait rejeté.

Elle avait choisi sa famille plutôt que lui.

Elle méritait...

Non.

Elle ne méritait rien.

Mais elle serait utile. Elle lui fournirait sans le savoir les informations nécessaires pour évoluer dans le monde extérieur. Elle adorait tant raconter ses aventures. Leur relation s'était légèrement effrité à cause de sa demande.

Non de son rejet.

Sohalia luttait vaillamment pour garder cette relation qu'ils avaient. Cet amour fragile. Elle s'y accrochait férocement, tentant de détourner l'attention de Jef de son obsession.

Jef ferma les yeux.

Et fit un choix.

Le choix qui le transformerait définitivement en monstre.


Jef avait vingt-deux ans lorsqu'il approcha le Roi Taiyō.

Le vieil homme était assis sur son trône, bâillant d'ennui.

« Votre Majesté, » Jef s'inclina profondément. « J'ai découvert quelque chose d'important. »

« Encore toi, Mentaru. Qu'est-ce que c'est cette fois ? »

« Sohalia Shizen. Elle porte un secret dangereux. »

Le Roi se redressa légèrement, intéressé.

« Continue. »

« Dans mes recherches, j'ai découvert qu'elle possédait une prime. Sa tête a été mis à prix à deux cent millions de Berrys par le Gouvernement Mondial. »

« Ils savent qui elle est ? »

Jef garda son visage parfaitement neutre.

« J'en ai bien peur. Elle et sa famille sont une menace pour notre Royaume. »

Le Roi Taiyō éclata de rire.

« J'aime ta façon de penser, garçon ! »

Bien sûr qu'il aimait. L'idiot.

Il ne voyait pas le piège.

Ne comprenait pas qu'il signait son propre arrêt de mort.

Jef avait déjà prévu.

Dans deux ans, trois maximum, le Roi mourrait.

De la main de Jef.

Mais pour l'instant, il servait de couverture parfaite.

« Garde un œil sur elle, » ordonna le Roi.

Jef s'inclina.

« Comme vous l'ordonnez, Votre Majesté. »

Il sortit.

Et dans le couloir sombre, il sourit.

Un sourire vide.

Mort.

Le sourire d'un homme qui avait abandonné son humanité.


Il était de mettre son plan en action.

Jef avait vingt-trois ans. Sohalia vingt-et-un.

Il la salua après l'avoir raccompagné jusqu'aux appartement de la Lignée des Shizen.

Il attendit quelques secondes, puis retourna dans la bibliothèque. Il retrouva un groupe de soldats qu'il avait réussi à convaincre de se joindre à lui.

« Messieurs, c'est parti. Demain, nous serons libres. » clama-t-il.


Ils marchèrent dans les couloirs du palais.

Les soldats allumaient des feux ici et là. Une distraction, simple mais efficace. Le but était de réduire la garde du roi.

Cela fonctionna à merveille.

Devant la porte du trône, il n'en restait qu'une poignée. Jef n'eut aucun mal à s'en débarrasser. Il n'hésita pas une seconde à les tuer.

Jef leva la main et ouvrit les immenses portes menant à la salle du trône.

Le roi était bien présent, ordonnant d'avoir des explications.

Mais une action vaut mieux que milles mots.

Jef se rapprocha, monta les marches. Il entendit certains des soldats l'entourer. Ceux qui avaient accepté de se battre pour lui. Pour la liberté.

« JEF ! »

Sa voix résonna dans son esprit. Sohalia. Elle gravissait les marches quatre à quatre pour le rejoindre.

« QU'EST-CE QUE TU FAIS ?! »

Il se retourna, et l'bserva.

C'était bien elle. Encore vêtue de ses vêtements de nuit.

« Sohalia. Tu ne devrais pas être ici. »

« Bien sûr que si ! » Elle s'avança, plaçant son corps entre le roi et lui. « Qu'est-ce que tu fais ? Tu... tu ne peux pas faire ça ! »

« Je fais ce qui aurait dû être fait il y a des années. » Jef désigna le roi d'un geste méprisant. « Cet homme nous a emprisonnés. Nous a mentis. Nous a gardés ignorants du monde extérieur. »

« Pour nous protéger ! »

« POUR NOUS CONTRÔLER ! » La voix de Jef s'éleva pour la première fois, faisant sursauter Sohalia. « Il y a un monde entier là-dehors, Sohalia. Un monde que nous méritons de voir. De vivre. »

« Pas comme ça. » Sohalia secoua la tête violemment. « Pas en le tuant. »

« Pourquoi pas ? »

« Parce que c'est mal ! »

Jef la fixa un long moment.

Puis il leva son épée.

« Alors arrête-moi. »

Il la vit réagir au quart de tours.

Elle invoqua son pouvoir et créa une barrière de végétation entre le roi et lui.

L'épée de Jef rebondit sur la barrière, l'envoyant reculer de quelques pas.

Il la regarda. Elle le trahissait. Elle choisissait le mensonge, la captivité à la vérité et la liberté. Elle qui avait été pirate.

« Tu... tu choisis son camp ? »

« Je ne choisis personne ! » Les larmes coulaient sur les joues de Sohalia maintenant. « Mais je ne te laisserai pas devenir un meurtrier ! »

« Je suis déjà un meurtrier. » Jef désigna les corps dans les escaliers. « Ces hommes sont morts par ma main. Une vie de plus ne changera rien. »

« SI ! » Sohalia cria maintenant. « Ça changera TOUT ! »

Ils se fixèrent, immobiles.

Deux personnes qui s'étaient aimées.

Ou qui avaient cru s'aimer.

Maintenant séparées par un gouffre impossible à franchir.

« Très bien, » dit finalement Jef, abaissant son épée.

« Tu veux le garder en vie ? Garde-le. »

Il se retourna pour partir. Il avait encore le temps de fuir. Il pouvait quitter l'île, les laisser à leur sort et continuer son plan. Sa vengeance.

Soudaine une barrière enveloppa Jef comme une cage.

Il se figea, réalisant ce qu'elle avait fait.

Lentement, il se retourna vers elle.

Et dans ses yeux...

Dans ses yeux, elle ne vit plus rien qui ressemblait à de l'amour.

Juste du mépris.

« Tu me trahis. »

« Non. » La voix de Sohalia tremblait. « Je te sauve. »

« De moi-même ? » Jef rit — un son amer, cassé. « Comme c'est noble de ta part. »

« Jef, s'il te plaît... »

Mais il en avait assez de l'écouter.

Les gardes arrivèrent — ceux qui étaient restés loyaux au roi — et emmenèrent Jef.

Vers les cachots.

Vers la prison.

Vers la fin de sa vengeance.

Vers la fin de sa première relation amoureuse.

Il venait de tout perdre.


Sohalia venait régulièrement pour renforcer sa cage.

Pour le garder captif.

Elle était devenue sa cible favorite.

La torturant avec des confessions qu'elle lui avait faite.

Tentant de s'emparer de son esprit.

En vain.


Les mois suivants furent un brouillard.

Jef passa sept mois dans les cachots.

Il utilisa ce temps à bon escient.

À réfléchir.

À peaufiner sa vengeance.

À s'entrâiner.

Une nuit, le roi vint finalement le voir.

« Tu m'as déçu, Mentaru. »

« Notre marché tient toujours, » dit calmement Jef.

« Tu as essayé de me tuer !»

« Je ne faisais que jouer mon rôle. »

« Quel rôle ? »

« Celui du méchant. Il fallait les convaincre. Maintenant, vous allez me libérer. Je vais m'enfuir. Vous enverrez Sohalia à ma recherche. Après tout, son expérience du monde extérieur sera un atout. Une fois dans le monde extérieur, je pourrais la tuer aisément. Vous ne serez jamais soupçonné. »

Le Roi fronça les sourcils.

« Pourquoi ferais-je ça ? »

« Parce que sinon, je révèle notre marché. Et vous serez celui accusé de vouloir massacrer les Shizen. »

Le Roi grinça des dents. Mais il n'avait pas le choix. « Très bien. »


LES TÉNÈBRES

(Jef : 24 ans / Sohalia : 22 ans)

Jef avait vingt-quatre ans lorsqu'il tua le Roi Taiyō.

Les bras du Roi retombèrent.

Ses yeux fixes ne virent plus rien.

Jef vérifia le pouls.

Rien.

Mort.

Jef ne ressentit rien.

Ni satisfaction.

Ni regret.

Juste... du vide.

Il se détourna et quitta la pièce calmement.


Cette nuit-là, Jef se tint sur le toit du palais.

Seul.

Regardant les étoiles.

Dix ans.

Dix ans depuis qu'il avait ouvert la porte de la section interdite pour la première fois.

Le garçon de quatorze ans qui avait franchi ce seuil...

Que lui dirait-il maintenant ?

Que sa curiosité innocente deviendrait une obsession destructrice ?

Que son amour pur à dix-sept ans pour une fille de quinze ans ?

Que le rejet à vingt-et-un ans le briserait complètement ?

Qu'à vingt-quatre ans, il serait devenu un monstre ?

...

Non.

Il ne lui dirait rien.

Parce qu'il fallait cette douleur.

Fallait cette descente.

Pour voir la VÉRITÉ.

Pour comprendre que le monde était cruel.

Que l'amour était une illusion.

Que seul le pouvoir comptait.

Sohalia avait eu tort.

Savoir valait toute douleur.

Même si savoir détruisait.

Même si savoir corrompait.

Même si savoir tuait ce qu'on était.

Au moins... on savait.

Jef ferma les yeux.

Se demanda si Sohalia pensait encore à lui.

Si elle se souvenait du garçon de la bibliothèque.

Si elle regrettait.

...

Probablement pas.

Elle l'avait oublié.

Comme elle avait oublié leur peuple.

Comme elle avait oublié la vérité.

Tant mieux.

Ça rendrait la vengeance plus douce.

Quand elle verrait sa famille morte.

Quand elle comprendrait que c'était LUI.

Alors.

Peut-être.

Elle se souviendrait.

Du garçon qu'elle avait tué.

En disant « non ».

Jef rouvrit les yeux.

Les étoiles brillaient, indifférentes.

Il descendit du toit.

Retourna dans sa chambre.

Prépara ses affaires.

Demain, il partirait.

Destination : Veilombre.

La chasse continuait.


Le lendemain matin, la servante Ume découvrit le corps du Roi.

Ses hurlements alertèrent tout le palais.

Le chaos éclata.

Et il en profita pour s'enfuir, encore une fois.

Il monta sur un bateau qu'il avait préparé.

Leva l'ancre.

Et vogua vers l'horizon.

Vers Veilombre.

Vers les Fragments.

Vers l'immortalité.

Vers la vengeance.

Le garçon curieux de quatorze ans était mort.

L'ami idéaliste de dix-sept ans était mort.

L'amoureux brisé de vingt-et-un ans était mort.

Seul restait Jef Mentaru.

Vingt-quatre ans.

Monstre.

Obsédé.

Corrompu.

Et déterminé à détruire le monde qui l'avait détruit.

Même si cela signifiait tuer tout ce qu'il avait aimé.


ÉPILOGUE

Des années plus tard, quelqu'un trouverait le journal personnel de Jef.

Caché dans un coin de la bibliothèque royale.

Écrit dans les mois suivant le rejet de Sohalia.

Une seule entrée.

Datée de ses vingt-et-un ans.

« Je l'aimais.

Je l'aime encore, je crois.

Mais l'amour n'est pas suffisant.

L'amour ne change rien.

L'amour ne venge personne.

L'amour ne donne pas le pouvoir.

Alors j'ai choisi autre chose.

La haine.

L'obsession.

La vengeance.

Au moins, celles-ci ne me rejettent pas.

Au moins, celles-ci ne me trahissent pas.

Au moins, celles-ci donnent un sens à la douleur.

Sohalia me manque.

Le garçon que j'étais me manque.

Mais ils sont tous les deux morts.

Et je suis ce qui reste.

Un monstre fait de savoir interdit et d'amour non partagé.

Peut-être qu'un jour, elle comprendra.

Peut-être qu'un jour, elle regrettera.

Ou peut-être pas.

Peu importe.

Parce que j'ai trouvé quelque chose de plus grand que l'amour.

Un but.

Et je le poursuivrai jusqu'à ce que le monde brûle.

Ou jusqu'à ce que je meure.

L'un ou l'autre me convient. »


REECRIT : 31/12/2025

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