The New Era : Échos du Passé
Chapitre 6 : HS-6 : Catastrophe en Série
5259 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 11/01/2026 12:36
Note de l'auteur :
Je vous invite à lire le chapitre 26 de "The New Era" avant de commencer à lire ce hors-série.
Le soleil était à peine levé que Sohalia était réveillée, lavée et habillée. Du haut de ses sept ans, elle contemplait avec fierté son reflet dans le miroir. Aujourd'hui était un grand jour pour elle.
Elle avait dû argumenter, faire ses preuves, s'énerver pour enfin avoir le droit de commencer ce qu'elle appelait « sa formation de pirate », ce qui faisait toujours rire les pirates qui l'entouraient. Marco avait été le dernier à résister, mais il avait été obligé de céder quand Barbe Blanche avait stoppé leur énième dispute.
Elle s'était difficilement retenue de crier son bonheur devant le phénix, mais dès qu'il avait eu le dos tourné, elle s'en était donné à cœur joie.
Elle fixa les yeux verts de son reflet et inspira une grande goulée d'air. Si ses frères voyaient un seul signe de faiblesse, ils pourraient très bien changer d'avis. Elle expira et sourit.
Sans attendre une seconde supplémentaire, elle se précipita vers le pont avant du Moby Dick pour rencontrer Izo, qui devait lui apprendre à tirer.
Le commandant de la seizième division était déjà présent, et discutait tranquillement avec Marco. Elle remarqua Hogo en train de grimper aux filets pour rejoindre le nid de pie. Elle le salua bruyamment et sautilla joyeusement aux côtés de l'homme travesti.
Elle ignora volontairement le phénix, qui semblait prêt à l'emmener le plus loin possible.
Silencieusement, Izo tendit à la fillette un pistolet.
Elle regarda un long moment l'engin, voulant mémoriser chaque détail. Délicatement, elle le prit et le retourna lentement. Le commandant de la seizième s'assit sur le sol et sortit l'une de ses armes, qu'il posa au sol face à lui.
Sohalia prit place à côté de lui et écouta attentivement son professeur du jour.
« Bon, » commença Izo d'une voix douce. « Avant de tirer, il faut comprendre comment fonctionne ton arme. Sinon, tu risques de te blesser. Ou de blesser quelqu'un d'autre. »
Il démonta son pistolet avec des gestes précis et méthodiques.
« Regarde bien. Chaque pièce a son importance. »
Sohalia observait, fascinée, les mains habiles d'Izo manipuler les différentes parties de l'arme. Le canon. Le chargeur. Le percuteur. Chaque élément était expliqué avec patience.
« À toi maintenant. »
Lorsque l'homme travesti fut sûr qu'elle avait bien retenu ses explications, il lui fit vider et remplir son chargeur, démonter l'arme, nettoyer les pièces, et la remonter.
Les petites mains de Sohalia s'activèrent avec concentration. Ses sourcils froncés, sa langue qui dépassait légèrement entre ses lèvres — tous les signes de son application intense.
« Bien, » approuva Izo après plusieurs répétitions. « Maintenant, passons à la pratique. »
Satisfait de son travail, Izo se leva et l'entraîna vers des tables alignées. Les rayons du soleil faisaient briller les bouteilles en verre — cadavres des soirées alcoolisées de ses frères.
Comprenant sans mal l'exercice qu'elle devait faire, elle chargea à nouveau son pistolet et dirigea le canon vers l'une des nombreuses bouteilles vides.
Elle inspira profondément pour faire taire la peur et l'excitation qui la tiraillaient et qui faisaient légèrement trembler sa main.
« Les deux yeux ouverts, Lia-chan, » lui rappela Izo. « Toujours les deux yeux. »
« Mais c'est difficile ! »
« Je sais. Mais c'est important. »
Elle écouta attentivement les conseils que lui prodiguait le commandant de la seizième division. Sous la concentration, elle fronça des sourcils et mordilla sa lèvre inférieure.
Par instinct, elle voulait fermer un œil pour mieux viser, mais Izo lui avait interdit. Elle grogna légèrement contre cette pulsion.
« Respire calmement. Vise. Et au moment de tirer, retiens ta respiration. »
Sohalia obéit. Elle fixa la bouteille de toutes ses forces. Son doigt se posa sur la détente.
Au moment de tirer, elle retint sa respiration, puis elle pressa la détente.
Elle ferma les yeux en entendant la détonation, grimaça en sentant son bras reculer violemment, et elle rouvrit immédiatement les yeux.
Une moue déçue prit place sur son visage en voyant les bouteilles vides intactes.
« Putain ! » beugla Marco en sautant sur un pied.
La fillette sursauta violemment en entendant le juron de son aîné. Elle le fixa sautiller et se tenir le pied, perplexe.
Plus il bondissait, plus il s'approchait du bastingage.
Sohalia voulut le prévenir, mais elle fut stoppée dans son élan en apercevant du sang se répandre sur le sol.
Elle se figea dans une expression d'horreur, en comprenant que c'était la balle qu'elle avait tirée qui était dans le pied du phénix.
Izo s'avança vers elle, ignorant totalement les cris de douleur de son frère, et lui expliqua que le projectile avait ricoché, car elle avait mal visé.
Interdite, la fillette observa tour à tour l'homme travesti et le commandant de la première division qui continuait de sautiller dangereusement près du bord.
« Marco, attention au— »
Trop tard.
Son professeur recommença son exposé et Sohalia se désintéressa totalement du phénix jusqu'à ce qu'elle entende Izo pousser un soupir exaspéré.
« Il ne sait vraiment pas nager, yoi ou pas yoi. »
Ce n'est qu'en entendant le bruit d'un homme percutant la surface de l'eau qu'elle se concentra de nouveau sur le second de Barbe Blanche. L'enfant et l'homme se consultèrent du regard, puis le dernier se précipita vers le bastingage et sauta dans l'eau. La fillette courut attraper une corde, qu'elle noua solidement au garde-fou avant de lancer l'autre extrémité à la mer.
Izo et Marco réapparurent rapidement, trempés et crachant de l'eau salée.
La blonde se répandit en excuses et observa son frère partir vers l'infirmerie en boitant, mortifiée.
« Marco, je suis vraiment désolée ! C'était un accident ! »
« Yoi... »
C'était tout ce qu'il avait réussi à grogner avant de disparaître dans les couloirs du navire.
« Ne t'inquiète pas ! » s'exclama le travesti une fois qu'ils furent de nouveau seuls.
Sohalia le regarda, les larmes aux yeux.
« La première fois que j'ai tiré, j'ai mis le feu à une maison ! » confia-t-il, un immense sourire étirant ses lèvres.
« Vraiment ? »
« Oh oui. Une belle maison en bois. Entièrement carbonisée. » Il rit au souvenir. « Mais au moins, personne n'était dedans. »
Rassurée par cette confession catastrophique, elle se repositionna comme lui indiqua le commandant de la seizième division.
« Allez. Deuxième tentative. Concentre-toi sur ta cible. »
Elle visa soigneusement. Respira. Retint son souffle.
Et tira, persuadée de réussir cette fois.
C'est avec stupeur et agacement qu'elle vit la balle de plomb ricocher sur un pied de la table et se diriger dangereusement vers Hogo qui redescendait du nid de pie.
« Bordel ! » hurla-t-il en se tenant l'épaule.
Le pirate bascula en arrière, manquant de tomber du filet.
Sohalia lâcha son arme et courut vers lui tandis qu'il descendait tant bien que mal, une main pressée sur son épaule ensanglantée.
« Hogo ! Je suis tellement désolée ! »
Elle s'agenouilla à ses côtés et s'excusa à nouveau, sous le regard amusé d'Izo.
« Lia-chan, » siffla de douleur l'homme de la quatrième division. « C'est les bouteilles qu'il faut toucher, pas nous. »
« Je sais ! Je sais ! Mais elles bougent pas et vous oui ! »
« Les bouteilles ne bougent pas, justement. C'est pour ça que ce sont de bonnes cibles. »
« Oui mais la balle, elle, elle bouge bizarrement ! »
Hogo ne put s'empêcher de rire malgré sa douleur.
La fillette acquiesça, penaude, et laissa Ikaku entraîner son frère à l'infirmerie.
Izo lui tapota l'épaule et sourit, confiant, lui assurant que le troisième essai était toujours le bon.
« Tu es sûr ? »
« Absolument certain. »
Elle lui offrit un sourire timide et se plaça de nouveau face aux bouteilles.
Allez. Cette fois, c'est la bonne. Je vais y arriver.
Elle chargea son arme avec des gestes plus assurés maintenant, se concentra sur la bouteille la plus proche, visa longuement, respira calmement.
Et fit feu.
Avec joie, elle aperçut la trajectoire parfaite de la balle, qui filait droit vers les bouteilles.
Oui ! Enfin !
Elle ne sut comment c'était arrivé, mais le projectile changea brusquement de course — comme s'il avait heurté quelque chose d'invisible — et se logea dans le mollet du travesti.
« Merde ! » s'époumona le commandant de la seizième division.
Il s'effondra sur le pont, les deux mains serrées autour de sa jambe.
Épouvantée par sa maladresse, la fillette lâcha le pistolet, qui s'écrasa au sol avec un bruit métallique, et s'empressa d'aller voir son frère blessé.
Les cris d'Izo rameutèrent rapidement les pirates qui étaient en train de déjeuner.
Thatch fut le premier à arriver, suivi de près par Vista, Haruta et plusieurs autres.
« Qu'est-ce qui... » Thatch s'interrompit en voyant Izo à terre, le mollet ensanglanté. « Encore ? »
« Elle... elle m'a tiré dessus, » gémit Izo.
« Je voulais pas ! » s'écria Sohalia, au bord des larmes.
Elle se mordit la lèvre inférieure et se précipita dans les bras de Thatch, qui souriait, visiblement amusé par les déboires de ses amis.
Il la serra contre lui tandis que Vista et Haruta aidaient Izo à se relever.
« Bon, » dit Thatch en caressant les cheveux de la petite blonde. « On va oublier les armes à feu... Ou tu serais bien capable de décimer notre équipage en l'espace de quelques heures. »
« Mais je veux apprendre ! »
« Et tu apprendras. Juste... pas avec des pistolets. »
Sohalia renifla contre son torse.
« Je suis nulle... »
« Mais non. Tu n'es juste pas faite pour les armes à feu. Certains pirates n'en utilisent jamais. Regarde Père. Regarde Jozu. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. On va trouver ce qui te convient le mieux. »
Elle hocha la tête, un peu rassurée, et regarda Izo partir en boitillant vers l'infirmerie, soutenu par Vista.
Plus tard dans la journée, alors que Sohalia était assise sur le pont, balançant ses jambes dans le vide, Marco vint s'asseoir à côté d'elle.
Il boitait toujours légèrement.
« Ça va, yoi ? »
« Je suis désolée pour ton pied. »
« Ce n'est rien. Ça va guérir. »
Elle le regarda, les yeux brillants de larmes retenues.
« Tu avais raison. Je suis trop jeune. Je suis pas douée. »
Marco fronça les sourcils et passa un bras autour de ses épaules.
« Tu n'es pas trop jeune. Et tu n'es pas nulle. Les armes à feu ne sont juste pas faites pour toi, yoi. »
« Alors pourquoi j'arrive pas ? »
« Parce que tout le monde n'est pas doué pour tout. Moi, par exemple, je ne sais pas cuisiner. Si je devais préparer un repas, je mettrais probablement le feu à la cuisine. »
Sohalia rit malgré elle.
« C'est vrai ? »
« Demande à Thatch. Il m'a interdit à vie d'approcher de ses fourneaux, yoi. »
Elle sourit, un peu réconfortée.
« On va trouver ce que tu sais faire, yoi. Ne t'inquiète pas. »
« Promis ? »
« Promis. »
Quelques jours après la catastrophe des pistolets — nommée ainsi par les pirates du Moby Dick — Sohalia se rendit sur le pont avant du navire, tiraillée par l'appréhension.
En effet, Vista, commandant de la cinquième division, lui avait donné rendez-vous pour une leçon d'escrime.
Elle avait d'abord pensé à refuser. L'épisode des armes à feu était encore bien trop présent dans son esprit. Mais Thatch avait su la convaincre et la rassurer un minimum.
« Tu finiras bien par t'améliorer dans un domaine ! » avait-il dit avec son sourire habituel.
Pourtant, la fillette ne pouvait s'empêcher d'imaginer les pires scénarios possibles pour ce nouveau cours.
Elle commençait sérieusement à douter de ses capacités de combattante.
Peut-être que je ne suis pas faite pour ça...
Elle soupira et traîna ses pieds en direction de Vista, qui l'attendait en compagnie d'Haruta. Elle se statufia en apercevant Barbe Blanche assis sur son immense siège.
Il ne compte tout de même pas observer mon entraînement ?!
Terrifiée à l'idée de l'humiliation qui la guettait, elle fit un pas en arrière et se cogna dans les jambes de quelqu'un.
Elle se retourna vivement et soupira de soulagement en voyant Lady, qui lui souriait affectueusement.
« En avant jeune fille ! » s'écria l'infirmière en chef, attirant ainsi l'attention des hommes sur elles. « Va leur montrer que tu es une future grande pirate et la fille de Barbe Blanche ! »
Sur ces mots, Lady la poussa vers Vista, lui offrant un sourire éblouissant.
Il était trop tard pour fuir maintenant.
Elle déglutit et leva un regard incertain vers son professeur du jour.
« Tu es prête ? » demanda Vista en la sondant d'un regard impassible.
Si je réponds "non", est-ce qu'il me laissera tranquille ?
Elle soupira discrètement. Il y avait peu de chance.
Elle ferma les yeux, tentant de calmer la panique qui commençait à s'installer en elle.
Cela faisait deux ans qu'elle vivait avec des pirates. Elle les avait vus combattre plus d'une fois. Elle avait observé leurs stratégies, leurs ruses, leurs forces, leurs faiblesses.
Pourquoi je ne pourrais pas réussir ?
Les pistolets n'étaient pas faits pour elle. Tant pis. Elle était déçue de ne pas pouvoir en utiliser, mais elle trouverait bien son domaine de prédilection.
« Oui, » répondit-elle avec aplomb.
Cette détermination étonna quelque peu Marco, qui, pour l'occasion, s'était placé à l'écart de la zone d'entraînement — loin, très loin du périmètre de danger.
Il était certes un phénix. Il n'était pas pour autant masochiste.
Il grimaça largement en voyant Vista tendre une épée plus grande que la fillette.
Il ne va quand même pas lui donner une vraie épée ?
Il ne cherchait pas à cacher son désaccord face à l'entraînement de celle qu'il considérait comme sa protégée.
Il la trouvait trop jeune, trop fragile mentalement, trop frêle physiquement. Il avait peur qu'elle perde cette innocence qui la caractérisait.
Son avis avait été jusque-là respecté par ses frères et son père, mais depuis que Lady et Sohalia avaient sauvé la vie d'une des infirmières lors d'une attaque surprise, les opinions de la plupart des pirates avaient évolué.
Face à une énième dispute avec Barbe Blanche, le vieil homme avait tranché en faveur de la jeune fille.
Alors Marco observait en silence Sohalia écouter avec attention le commandant de la cinquième division, qui lui expliquait la manière de procéder et lui donnait de précieux conseils.
Il retint sa respiration lorsque Vista lui demanda de l'attaquer.
« Attaque-moi, » ordonna Vista calmement.
Sohalia regarda l'épée dans ses mains. Elle était lourde. Beaucoup trop lourde pour elle.
Mais elle refusait d'abandonner.
Elle prit une grande inspiration et se lança en avant, brandissant maladroitement l'arme.
Vista l'esquiva sans effort et, d'un simple mouvement de jambe, la fit trébucher.
Sohalia s'écrasa sur le pont avec un « Ouf ! » sonore.
Marco se mordit violemment la lèvre pour ne pas se précipiter vers elle.
Vista pourrait tout de même être plus doux...
Il soupira et se pinça l'arête du nez, tandis que la fillette se relevait sous l'ordre de son professeur.
Au moins, c'est déjà mieux que les pistolets : personne n'est blessé. Excepté elle.
Il grimaça.
Finalement, c'est pire.
Sohalia grimaça et essaya de faire fi de la douleur qui commençait doucement à s'insinuer dans sa jambe après sa chute.
Elle n'avait qu'un seul objectif : atteindre et blesser Vista.
La première tentative était loin d'être une réussite. Courir droit devant n'était pas la meilleure des stratégies.
Elle était plus lente, plus faible, moins endurante que le commandant.
Il faut que je trouve une autre façon...
Elle sursauta en entendant Thatch hurler son prénom depuis le pont arrière et le détailla un moment, se demandant ce qui lui arrivait.
Elle croisa brièvement le regard impassible du phénix installé à bonne distance et se concentra de nouveau sur sa cible.
S'il n'aime pas que je m'entraîne, il n'a qu'à pas regarder.
Elle gonfla ses joues, signe qu'elle boudait, et fronça des sourcils.
Je ne comprends vraiment pas son comportement.
Surpris par ce changement d'humeur soudain, Vista baissa sa garde et fit un pas en direction de la petite fille, pensant que son coup précédent l'avait vexée ou blessée plus qu'il ne le pensait.
« Lia-chan, ça va ? Tu... »
Ravie de cette ouverture, Sohalia fonça de nouveau vers son professeur du jour, en poussant un cri de guerre assez révélateur sur ses pensées antérieures.
« Crève, ananas ! »
« Yoi ! » s'indigna Marco au loin.
La petite blonde avait oublié que le commandant de la cinquième division avait de très bons réflexes.
D'un coup de pied, il la renvoya à sa place initiale. Elle traversa donc la distance qu'elle avait parcourue sur les fesses, lavant ainsi le pont à l'aide de ses vêtements.
Elle perçut parfaitement le « Yoi ! » énervé du phénix, suite à son exclamation.
Tant pis pour lui.
Elle ignora Marco, se releva rapidement — quoique un peu chancelante — et se précipita à nouveau vers Vista.
Alors qu'il allait encore lui donner un coup de pied, la fillette fit un léger écart, qui fut suffisant pour lui permettre d'esquiver.
Les pirates retinrent leur souffle.
Et elle abattit fortement la lame de son épée contre un cordage.
Les pirates se firent silencieux, essayant de comprendre la manœuvre de la jeune fille.
Sohalia se retourna vers Vista et lui fit un grand sourire.
Ce n'était pas le commandant de la cinquième division qu'elle visait.
C'était le cap de mouton.
Ce petit objet en bois servait à fixer et raidir les cordages des voiles du navire. Celui qu'elle avait pris pour cible se trouvait en hauteur.
La force que l'objet aurait en tombant sur Vista serait bien suffisante pour le blesser — ou au moins le déstabiliser.
Elle vit avec satisfaction le cap de mouton chuter.
Oui ! J'ai réussi !
Mais son sourire se transforma bien vite en une mine horrifiée quand elle vit l'objet changer de trajectoire à cause du vent.
« Attention ! » hurla Haruta.
Les pirates qui se trouvaient sur le chemin du cap de mouton se jetèrent au sol, évitant ainsi un bleu magnifique.
Tous, sauf un.
Marco, qui ne supportait plus de voir sa protégée se prendre des coups gratuitement, avait décidé de retourner dans sa cabine.
Il ne fit pas attention aux mises en garde de ses frères, trop occupé à marmonner dans sa barbe sur l'incompétence de Vista en tant que professeur.
« ... pourrait faire attention, yoi. Elle a sept ans. SEPT. Ce n'est pas... »
Le cap de mouton le percuta en pleine tête. Sonné, Marco tituba dangereusement.
« Marco ! Attention ! » cria Thatch.
Trop tard.
Emporté par la force de l'objet et complètement désorienté, il bascula par-dessus le bastingage.
Un grand silence suivit.
Puis Sohalia, horrifiée, lâcha son épée et courut vers le bord.
« MARCO ! »
Haruta et Vista se précipitèrent également, suivis de Thatch qui plongeait déjà pour repêcher le phénix.
Quelques secondes plus tard, ils remontèrent tous les deux, Marco crachant de l'eau et tenant sa tête à deux mains.
« Bordel... » gémit-il une fois hissé sur le pont. « Elle m'en veut, c'est sûr. Elle m'en veut, yoi. »
« Mais non, » tenta de le rassurer Thatch en riant. « C'était juste un accident. »
« DEUX FOIS, yoi ! Deux fois en quelques jours ! »
« Techniquement quatre si on compte Izo et Hogo, » fit remarquer Haruta.
Marco lui lança un regard noir. Sohalia se jeta sur lui, en larmes.
« Je suis désolée ! Je voulais pas ! C'est le vent ! »
Le phénix soupira et la serra contre lui malgré ses vêtements trempés.
« Je sais, yoi. Je sais. »
« Tu me détestes maintenant ? »
« Quoi ? Non ! Bien sûr que non. »
« Mais je t'ai fait mal ! Deux fois ! »
« Et les deux autres blessés ? » marmonna Haruta, ce qui lui valut un coup de coude de Vista.
« Ce ne sont que des accidents, yoi. Tu ne l'as pas fait exprès. »
Sohalia renifla contre son torse.
« Je suis nulle en combat... »
« Mais non. » Marco caressa ses cheveux doucement. « On va trouver ce qui te convient. »
Barbe Blanche, qui avait observé toute la scène depuis son trône, laissa échapper un rire tonitruant.
« Je crois que Marco a raison, » dit-il avec amusement. « Peut-être que les armes ne sont pas faites pour toi, ma fille. »
Sohalia leva vers lui un regard désolé.
« Je voulais juste être utile... »
« Et tu l'es. Mais pas de cette manière. »
Le vieil homme lui sourit avec tendresse.
« Laisse-nous encore un peu de temps. On trouvera ce dans quoi tu excelles. »
Il ne savait pas pourquoi il avait accepté, mais il ne pouvait plus faire marche arrière.
Pourtant, Marco avait encore du mal à croire qu'il se trouvait sur le pont avant du Moby Dick, attendant Sohalia afin qu'il lui donne des cours de self-défense.
Lui qui était totalement contre la formation de pirate de la fillette se retrouvait à faire partie de ses professeurs...
Il soupira et jeta un regard autour de lui. Personne en vue. Ça n'avait rien d'étonnant quand on était dehors et qu'on faisait face à cette météo. Il pleuvait des cordes. Le vent ne semblait jamais se fatiguer de souffler et il pouvait entendre le grondement du tonnerre au loin. Le seul pirate qui se trouvait dans les parages était Thatch, dans le nid de pie, à surveiller l'horizon.
Même avec ce temps...
Un petit éternuement le sortit de ses pensées et son regard tomba sur Sohalia. Ses cheveux trempés dégoulinaient devant ses yeux, et elle tentait vainement de l'apercevoir à travers sa chevelure. Attendri, Marco écarta les mèches gênantes et l'attira contre lui, tout en l'entraînant vers sa cabine.
Je ne peux pas faire un cours dans de telles conditions. Elle va attraper froid.
Il l'assit sur son lit, attrapa une serviette et un de ses pulls, avant de les lui tendre.
La fillette entreprit alors la dure tâche de sécher ses longs cheveux. Lassée après quelques minutes, elle finit par les enrouler en un chignon approximatif, abandonnant l'idée de les remettre en ordre.
Elle commença à enlever ses vêtements mouillés et les remplaça par le pull chaud du phénix, qui lui arrivait aux genoux.
Marco détourna le regard pendant qu'elle se changeait, puis revint vers elle une fois qu'elle fut installée confortablement sur son lit, emmitouflée dans son pull bien trop grand.
Elle ressemblait à une petite boule blonde. Il soupira et attendit qu'elle parle.
Cela faisait plusieurs jours qu'elle ne lui avait pas adressé la parole — enfin, si, pour s'excuser d'avoir failli le tuer avec un cap de mouton, mais pas de vraie conversation.
Le second de l'équipage savait pertinemment que ça ne servirait à rien de commencer une discussion avec elle si elle n'était pas disposée à l'écouter.
Elle est têtue...
Il se préparait mentalement à de longues heures de silence et de tension lorsque Sohalia entama la conversation.
« Je ne t'ai jamais vu te battre avec ton épée... » commença-t-elle, l'air de rien.
Marco baissa les yeux vers l'arme accrochée à sa ceinture.
« Je ne l'utilise que rarement. À vrai dire, cela fait un moment que je ne l'ai pas dégainée, » avoua-t-il.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle, toujours aussi curieuse.
« Eh bien, parce que j'utilise surtout mon fruit du démon, yoi. »
Cela tombait sous le sens, mais Sohalia pencha la tête sur le côté, intriguée.
« Alors pourquoi tu la gardes toujours sur toi ? »
Marco réfléchit un moment.
« Je ne sais pas... Je n'aime pas ne pas l'avoir sur moi. Je me suis habitué à toujours la porter. Et puis, on ne sait jamais. Peut-être qu'un jour, je vais tomber sur un adversaire assez puissant pour qu'il me force à utiliser mon fruit et mon épée en même temps, yoi. »
Sohalia hocha la tête, lui signifiant qu'elle avait compris, et retourna à la contemplation des livres qui reposaient sur l'étagère.
Marco attendit patiemment qu'elle pose la question qui désamorcerait leur dispute et qui calmerait la tension qui régnait entre eux.
Elle vint plus tôt que ce qu'il n'avait imaginé.
« Pourquoi tu ne veux pas que j'apprenne à me battre ? » interrogea-t-elle d'une voix faible.
Le phénix comprit rapidement qu'elle craignait qu'il ne la pense pas à la hauteur de l'équipage — et ce que ça engendrerait : son départ.
« Je pense que tu es encore trop jeune pour ça, » dit-il doucement.
Sohalia baissa les yeux.
« Tu as le temps, Sohalia. Ici, nous sommes nombreux à pouvoir te protéger. Tu n'as pas à le faire, yoi. »
« Mais... »
« À chaque fois que tu as dû affronter un ennemi ou une situation compliquée, c'est parce que tu n'as pas respecté nos ordres. »
Il lui lança un regard réprobateur mais doux.
Sohalia grimaça.
« Je peux comprendre que tu en as marre d'être exclue à chaque fois et que tu te sentes inutile. Mais tu es encore une enfant, yoi. Et je ne suis pas le seul à te voir encore ainsi. »
« Alors pourquoi ils me laissent m'entraîner ? »
« Parce qu'ils ne disent rien. Parce qu'ils ont peur. »
« Peur ? » répéta-t-elle, incrédule. « De moi ? »
Marco ne put s'empêcher de sourire.
« Non, yoi. Pour toi. Ils ont peur qu'un jour, ils n'arrivent pas à temps pour te protéger et qu'il t'arrive quelque chose. Ils s'en voudraient énormément. Moi aussi, je ne le supporterais pas. »
Sohalia croisa les bras sur son torse.
« C'est stupide. Et illogique. »
Marco s'esclaffa et la serra dans ses bras.
« On devient vraiment con quand les gens qu'on aime entrent dans les choix que nous devons faire, ce qui nous rend illogiques, yoi. »
Il marqua une pause.
« C'est vrai que si on raisonne de manière censée, savoir se battre, c'est aussi, quelque part, savoir se protéger... »
« Alors, pourquoi... »
« C'est simple, yoi. C'est parce qu'on ressent encore ce sentiment de devoir te protéger. Tu es peut-être prête à voler de tes propres ailes, mais nous, nous ne sommes pas prêts à te voir grandir. »
Il la garda contre lui.
« On te voit encore comme la petite fille apeurée que tu étais quand tu es arrivée. »
Sohalia resta silencieuse un long moment, digérant ses paroles.
Puis elle résuma :
« En gros, vous voulez encore me chouchouter quelque temps, avant de me torturer comme les autres. »
Marco rit.
« Oui, c'est ça, yoi. Mais si tu ne veux pas, alors nous allons arrêter de te câliner, de te faire des mousses au chocolat et autres friandises, de te laisser dormir dans une cabine rien qu'à toi... »
« C'est bon ! Si tu me prends par les sentiments... » grommela-t-elle en se glissant sous les draps du phénix.
Marco sourit, mais n'ajouta rien.
Il l'observa sombrer dans l'inconscience, rassurée d'avoir eu cette conversation.
Rassuré aussi d'avoir réussi à repousser cette échéance.
Il soupira et s'approcha doucement d'elle.
Il déposa un tendre baiser sur son front et se recula quelque peu.
« Désolé, je ne suis pas encore prêt à te voir grandir de la sorte, yoi. Thatch a raison, je suis pire qu'un papa poule. »
Il posa délicatement sa main sur sa joue et sourit en voyant son visage paisible.
Elle est si petite encore...
Sohalia ouvrit d'un coup les yeux.
D'un mouvement vif, elle arracha une touffe de cheveux et asséna un puissant coup de coude dans le nez de son agresseur supposé.
Marco jura violemment et tomba au sol, les mains sur son nez qui saignait abondamment.
« Bordel ! Je suis maudit ou quoi, yoi ?! »
« MARCO ! » s'écria Sohalia en se précipitant hors du lit. « Je suis désolée ! J'ai cru que tu étais un ennemi ! Ça va ? Je suis vraiment désolée ! »
Le phénix grogna, du sang coulant entre ses doigts.
« Mon nez... Tu m'as cassé le nez, yoi... »
« C'était un réflexe ! Tu m'as surprise ! »
« J'allais juste... arranger ta couverture, yoi ! »
« Oh. »
Un silence.
« Désolée ? »
« Yoi... »
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent à l'infirmerie.
Itsuki nettoyait le visage ensanglanté de Marco tout en riant doucement.
« Alors comme ça, notre petite Lia-chan t'a mis K.O. »
« Ce n'est pas drôle, yoi. »
« Si, un peu quand même. »
Sohalia était assise sur le lit voisin, balançant ses jambes dans le vide, l'air coupable.
« Je suis vraiment désolée, Marco... »
« C'est bon, yoi. Au moins, on sait que tu sais te défendre. »
Itsuki pouffa.
« Elle n'a définitivement pas besoin de cours de self-défense ! »
Barbe Blanche passa la tête par la porte, un sourire amusé sur le visage.
« Alors, cette formation ? »
Marco soupira bruyamment.
« Elle n'a pas besoin de moi, yoi. Elle est déjà trop douée pour m'assommer. »
Des rires s'élevèrent dans le couloir — visiblement, plusieurs pirates écoutaient aux portes.
Thatch entra, un immense sourire aux lèvres.
« Bon, récapitulons. Armes à feu : trois blessés. Escrime : Marco à l'eau. Self-défense : nez cassé. »
Il compta sur ses doigts.
« Je crois qu'on peut officialiser : Sohalia Shizen est une catastrophe ambulante en entraînement. »
« Hé ! » protesta la fillette.
Mais elle ne put s'empêcher de sourire en voyant tous ses frères rire.
Lady s'approcha avec sourire.
« Je pense plutôt qu'elle est sacrément douée. Après tout, elle a battu trois fois le second de l'équipage. »
Marco, malgré son nez douloureux, passa un bras autour de ses épaules, ignorant l'infirmière en chef.
« On trouvera ce que tu sais faire, yoi. Même si pour l'instant, la seule chose que tu maîtrises c'est de me blesser. »
« Je vais m'améliorer, promis ! »
« J'espère bien. Sinon je ne survivrai pas jusqu'à tes dix ans, yoi. »
Treize ans plus tard...
Sohalia souriait en repensant à ces journées catastrophiques.
Assise sur le pont du Moby Dick, elle regardait les nouvelles recrues s'entraîner au tir.
Marco vint s'asseoir à côté d'elle.
« À quoi tu penses, yoi ? »
« À mes débuts en formation. »
Il grimaça.
« Ne m'en parle pas. J'ai encore des cauchemars. »
Elle rit.
« Tu exagères. »
« Mon pied et mon nez s'en souviennent encore, yoi. »
« Mais tu as eu raison sur un point, » dit-elle en souriant. « Les armes à feu n'étaient pas faites pour moi. »
« Non. Mais le combat au corps à corps, ton pouvoir... » Il lui sourit. « Tu as trouvé ta voie. »
« Grâce à vous. Parce que vous ne m'avez pas laissée abandonner. »
« Même si tu nous blessais à chaque tentative, yoi. »
« Je ne t'ai plus jamais blessé après ça ! »
Marco la regarda avec un sourire en coin.
« Vraiment ? »
« Enfin... » Elle rougit légèrement. « C'était des accidents. »
Il éclata de rire et l'attira contre lui.
« Papa poule. »
« Catastrophe ambulante, yoi. »
Ils rirent ensemble, regardant le soleil se coucher sur l'océan.
REECRIT : 11/01/2026