The New Era : Échos du Passé

Chapitre 7 : HS-7 : Souvenirs du Moby Dick

5723 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/01/2026 22:09

Hors-Série 7 :

Souvenirs du Moby Dick


Note de l'auteur : Je vous invite à lire le chapitre "Chapitre 36 : Corps et Âme" de The New Era avant de commencer ce Hors-Série.


Petit rappel : Sohalia est née en 1500. Elle est arrivée sur le Moby Dick en 1505, elle avait donc cinq ans. Le HS commence par cette année.

Bonne lecture ! ️


Année 1505, Moby Dick.


La tempête hurlait.

Les vagues déferlaient sur le pont du Moby Dick, balayant tout sur leur passage. Le navire gémissait sous l'assaut des éléments. Les voiles déchirées pendaient lamentablement. Des pirates s'accrochaient au bastingage, luttant pour ne pas être emportés par les eaux déchaînées. Le tonnerre grondait. Les éclairs zébraient le ciel noir.

Dans les entrailles du navire, recroquevillée sous sa couette, Sohalia tremblait. Pas à cause de la tempête. À cause du cauchemar.

Barbe Blanche, assis dans sa cabine, perçut son hurlement de terreur malgré le vacarme. Son haki de l'observation la localisa immédiatement : cachée sous ses couvertures, le cœur battant la chamade.

Il se leva et se dirigea vers la chambre du commandant de la seconde division. La chambre qui n'appartenait plus à personne depuis son départ.

La chambre de Sohalia, maintenant.

La porte s'ouvrit. La petite tête blonde émergea des couvertures.

Elle s'attendait à voir Thatch ou Marco. Pas le capitaine en personne.

Surprise, elle pinça les lèvres et retourna dans sa forteresse de tissu.

Barbe Blanche s'assit sur le bord du lit, qui protesta et se plia légèrement sous son poids.

« Tes frères se battent vaillamment contre une puissante tempête », dit-il calmement. « Ils manœuvrent le navire pour qu'on sorte rapidement de cette zone dangereuse. »

Silence.

« Tu as fait un cauchemar ? Tu veux en parler ? »

Sous la couette, elle secoua vivement la tête.

Barbe Blanche comprit qu'il ne servirait à rien de forcer. Il se leva, s'apprêta à partir.

Une petite main agrippa sa cape.

Il s'arrêta et attendit.

Sohalia sortit de sa cachette, les cheveux en bataille, électriques. Elle roula vers sa table de nuit, attrapa un livre et le lui tendit sans le regarder, la main tremblante.

« S'il vous plaît. »

Sa voix était à peine un murmure.

L'homme le plus fort du monde, surpris, prit le livre et s'installa sur le lit minuscule — si petit comparé à lui.

La fillette hésita. Puis se rapprocha. Timidement.

Il commença à lire. Sa voix grave et rassurante couvrait les rugissements de la tempête.

Sohalia l'écoutait, captivée. Ses paupières devinrent lourdes. Elle luttait pour rester éveillée, mais la fatigue l'emporta.

Elle s'endormit, rassurée par la présence du vieil homme.

Barbe Blanche continua de lire encore un moment, doucement. Puis referma le livre et caressa les cheveux blonds de l'enfant.

« Dors bien, petite. Tu es en sécurité ici. »


Quelques jours plus tard, sur le Moby Dick.


Le beau temps était revenu.

L'équipage profitait de la tranquillité retrouvée. Barbe Blanche était assis sur son immense siège, un verre de saké à la main, admirant sa famille.

Sohalia était assise entre Marco et Thatch. Ils essayaient de lui apprendre à jouer aux cartes.

« Non, Lia, pas comme ça ! » Thatch riait. « Faut pas montrer tes cartes ! »

« Mais pourquoi ? »

« Parce que sinon on voit ce que t'as ! »

« Et alors ? »

Marco soupira, un sourire aux lèvres. Cette gamine était désespérante.

Soudain, une toux violente brisa la quiétude.

Barbe Blanche se plia en deux, la main sur sa poitrine. Des gouttes de sang perlèrent de ses lèvres. La panique s'installa.

« PÈRE ! »

Les infirmières se précipitèrent. Marco bondit, déjà en mode médecin.

« Thatch, emmène-la », ordonna-t-il en désignant Sohalia.

Le commandant de la quatrième division attrapa la fillette et l'emmena dans sa cabine. Elle ne protesta pas, mais ses yeux ne quittaient pas le vieil homme.

Inquiète. Terrifiée.

Quelques minutes plus tard, Marco frappa à la porte.

« La voie est libre. »

Thatch ressortit avec Sohalia et lança une conversation avec le phénix pour la distraire. Mais elle ne les écoutait pas. Ses yeux cherchaient Barbe Blanche.

Elle le vit. Assis à la même place. Buvant. Riant avec Fossa et Blenheim.

Comme si de rien n'était.

Sohalia se débattit soudainement dans les bras de Thatch.

« Hé ! Qu'est-ce que— »

Elle se libéra et courut. Elle grimpa sur Barbe Blanche à toute vitesse.

« PAPA ! »

Le mot résonna comme une explosion.

Le silence tomba sur le pont. Tous les pirates se figèrent.

Barbe Blanche la dévisagea, stupéfait. Puis un sourire immense, tendre, étira ses lèvres.

« Ma fille. »

Il la serra contre lui. Elle se cala dans le creux de ses bras, apaisée.

Marco et Thatch échangèrent un regard ravi. Puis se mirent à sourire comme des idiots.

Bientôt, tous les pirates affichaient la même expression.

Leur petite fleur venait de les accepter.

Elle était vraiment des leurs.


Année 1505, Moby Dick.

Quelques semaines plus tard.


La fièvre brûlait.

Sohalia grelottait malgré les trois couvertures qui l'enveloppaient. Son front était en feu. Ses joues, cramoisies.

Marco et Thatch avaient veillé sur elle toute la nuit, mais le phénix avait dû partir régler un problème sur un territoire. Et Thatch était submergé en cuisine — c'était l'heure du rush.

Voilà pourquoi Blenheim se retrouvait là, un plateau en main.

Soupe fumante. Quelques morceaux de pain. L'estomac de la fillette ne supportait que ça.

Il entra doucement et déposa le plateau sur la table de nuit.

Sohalia était recroquevillée, le souffle court, le visage rouge.

« Allez, petite. Faut manger. »

Il la redressa avec précaution. Elle grimaça mais ne protesta pas. Blenheim prit la cuillère. La porta à ses lèvres.

« C'est bon ? »

Elle hocha faiblement la tête.

Il continua, patient. Une cuillère. Puis une autre. Quand elle refusa la suivante en détournant la tête, il n'insista pas.

La dernière chose qu'il voulait, c'était de nettoyer du vomi avant d'aller déjeuner.

Il reposa le bol et attrapa une serviette qu'il trempa dans une bassine d'eau fraîche. Ses sourcils se froncèrent. Ses lèvres se pincèrent. Il se concentra intensément et tapota doucement le visage de Sohalia pour la débarrasser de la sueur et la rafraîchir.

Elle soupira de bien-être.

Un petit sourire apparut sur ses lèvres en voyant l'expression d'immense concentration du pirate. Il n'était vraiment pas habitué aux enfants. Et ça se voyait. Sohalia le dévisagea longuement. Puis un rire faible s'échappa de ses lèvres.

Blenheim sursauta, surpris.

Puis décida d'amuser l'enfant. Il fit des grimaces. Des expressions exagérées. Elle ne trouvait pas ça spécialement drôle — honnêtement, il était un peu ridicule — mais elle appréciait l'effort.

Épuisée, elle finit par s'endormir en serrant sa grande main calleuse. Blenheim resta là, immobile, jusqu'à ce que Thatch vienne le relever.

« Elle va bien ? » chuchota le cuisinier.

« Oui. Elle est costaud, la petite. »

Ils échangèrent un sourire.

Leur petite sœur était entre de bonnes mains.


Année 1506, Moby Dick.


La matinée était calme.

Comme à son habitude, Jozu méditait sur la proue.

La matinée débutait à peine. Le calme régnait encore. Parfait pour améliorer son haki de l'observation.

Il sentit Sohalia s'approcher et le détailler. Puis s'installer à ses côtés et l'imiter. Il ne bougea pas et continua sa méditation.

Son haki s'éloignait du Moby Dick, repoussant ses limites.

« Joz... » chantonna Sohalia.

Sa concentration se brisa net. Le diamant grogna, fronça les sourcils et tenta de reprendre là où il en était.

« Dis, Joz, pourquoi tu médites ? »

Silence obstiné.

« Marco dit que c'est pour améliorer ton haki de l'observation... »

Jozu inspira profondément. Calme. Rester calme.

« Mais Thatch dit que c'est pour régler ton problème de précocité. »

Un tic nerveux agita le coin de ses lèvres.

Il se vengerait. Plus tard.

« D'ailleurs, ça veut dire quoi, précocité ? »

Jozu ouvrit les yeux, la fixa. Elle lui sourit, ravie qu'il se concentre enfin sur elle.

Sans un mot, il se leva et fila dans sa cabine. Il revint avec sa couette.

« Joz ? Qu'est-ce que tu— »

Il l'enroula dedans.

« HÉ ! »

Il la saucissonna méthodiquement.

« JOZ ! TU M'AVAIS PROMIS DE PAS ME ROULER ! »

« J'ai rien promis. »

Il l'envoya rouler jusqu'aux pieds de Barbe Blanche.

Le vieil homme éclata de rire en voyant le burrito-Sohalia se débattre furieusement.

« JOZ ! MENTEUR ! »

« ... »

Barbe Blanche la libéra, toujours riant.

« Laisse ton frère tranquille. »

« Mais— »

« Va embêter Thatch. »

Sohalia fila, ravie de cette excellente idée.

Au loin, Thatch hurla.

Jozu sourit.

Mission accomplie.


Année 1507, Moby Dick.


Le Moby Dick était en fête. Il y avait partout des guirlandes colorées, des bannières flottant au vent, de la musique entraînante et de l'alcool coulait à flots.

« Deux ans ! » hurla Thatch en levant son verre. « Deux ans que notre petite fleur est avec nous ! »

Acclamations explosives.

Sohalia rayonnait, assise sur les genoux de Barbe Blanche. Sept ans. Deux ans sur le Moby Dick.

Sa famille.

« Bon ! » Thatch claqua des mains. « On a une surprise pour toi ! »

Il donna un bâton à Sohalia. Marco lui banda les yeux pendant que Jozu accrochait la piñata.

« Tu sais ce que c'est ? » demanda Thatch.

« Non ! »

« Tu vas taper dedans jusqu'à ce que ça casse ! »

« D'accord ! »

Thatch la fit tourner sur elle-même. Plusieurs fois. Beaucoup trop.

« Vas-y ! »

Sohalia se lança et frappa dans le vide.

Encore.

Et encore.

Les pirates éclatèrent de rire en la voyant tourner en rond, donnant des coups de bâton partout sauf sur la piñata.

« À GAUCHE ! »

« NON, À DROITE ! »

« RECULE ! »

« NON, AVANCE ! »

Sohalia croisa les bras, arracha son bandeau, et gonfla ses joues.

Boudeuse. Adorable.

Blamenco sourit et s'approcha.

« Allez, petite sœur. Je vais t'aider. »

Il sortit de sa poche une grosse masse.

« Tiens ! »

Sohalia tenta de la soulever.

La masse ne bougea pas d'un millimètre.

Elle la fixa, incrédule, puis regarda Blamenco.

« C'est une blague ? »

Il rit, l'attrapa et la déposa sur son épaule.

« Accroche-toi ! »

Il prit sa masse et visa.

La piñata explosa. Une pluie de bonbons se déversa sur eux.

Sohalia s'esclaffa et tendit ses petites mains pour les attraper au vol. Elle en ramassa une grosse poignée et les donna à Blamenco.

Il caressa ses cheveux blonds.

« C'est pour toi, petite sœur. Joyeux anniversaire. »

« Merci, grand frère ! »

Elle lui sauta au cou. Il la serra fort.

Deux ans. Elle était vraiment des leurs maintenant.


Année 1508, île du Nouveau Monde.


Rakuyou et Sohalia se baladaient dans les rues animées de la ville. Une rare journée sur la terre ferme. Parfaite pour faire quelques emplettes.

Ils retournaient vers le Moby Dick quand Sohalia lâcha soudainement la main du commandant.

« Lia ? »

Elle avait filé vers une vitrine. Rakuyou la rejoignit, amusé.

Un magasin d'instruments de musique. Ses yeux brillaient devant chaque instrument.

« On peut entrer ? »

« Bien sûr. »

Ils pénétrèrent dans le magasin. Sohalia sautillait littéralement de joie.

« Et ça, ça fait quoi ? »

« Ça, c'est un violon. Écoute. »

Rakuyou prit l'instrument et joua quelques notes.

Sohalia resta bouche bée.

« C'est... magnifique. »

« Et ça ? »

« Une guitare. »

Il en joua quelques accords.

« Et ça ? »

« Un saxophone. »

Mélodie jazzy.

Sohalia était fascinée. Rakuyou sourit. Cette gamine avait l'âme d'une artiste.

Plusieurs heures passèrent. Le vendeur commençait à les regarder bizarrement.

Finalement, ils retournèrent sur le navire.

Sohalia fila prendre un bain. Rakuyou se dirigea vers sa cabine et sortit sa vieille guitare sèche de son étui. Il changea les cordes et l'accorda.

Puis rejoignit sa famille dans le réfectoire. Il commença à jouer.

D'autres frères se joignirent à lui. Piano. Violon. Harmonica.

Sohalia arriva et s'assit devant Rakuyou et resta là toute la soirée, captivée.

Barbe Blanche observait la scène, le cœur gonflé de tendresse.

Un nouveau lien venait de se tisser entre Rakuyou et Sohalia.

La musique les unissait.


Année 1509, Moby Dick.


Le réfectoire était vide, à cette heure calme.

Vista avait reçu une mission.

Une mission périlleuse. Dangereuse. Terrifiante.

Apprendre les bonnes manières à Sohalia.

La fillette commençait à prendre les mauvaises habitudes des pirates. Barbe Blanche voulait qu'elle soit élevée comme une jeune fille, pas comme un pirate.

Et comme Vista était le seul à garder ses bonnes manières en toutes circonstances...

« Bien ! » Il se redressa, impeccable. « Commençons. Leçon numéro un : ne pas mettre les coudes sur la table. »

Sohalia le fixa, puis posa délibérément ses deux coudes sur la table.

Le tic nerveux de Vista se manifesta.

« Leçon numéro deux : ne pas parler la bouche pleine. »

Elle se fourra un biscuit entier dans la bouche.

« CHMMM CHMMM ! »

« Leçon numéro trois : ne pas— »

Elle monta sur la table et se mit à danser.

« SOHALIA ! Descends IMMÉDIATEMENT ! »

« Pourquoi ? C'est confortable ici ! »

Elle lui tira la langue.

Le tic s'intensifia.

Dix minutes plus tard, Vista était à bout.

Sohalia faisait tout — TOUT — pour l'énerver. Grimaces. Mots grossiers. Gestes insultants. Elle lui coupait la parole. Montait sur les chaises.

Toujours avec ce petit sourire arrogant.

« Maintenant, ça SUFFIT ! »

Il l'attrapa par le col de son t-shirt et la força à se rasseoir.

« Tu vas te la FERMER, ÉCOUTER, et ne plus bouger ton CUL de cette FOUTUE chaise, MERDE ! »

Silence de plomb.

Plus aucun bruit dans les cuisines.

Sohalia le regardait avec de grands yeux. Puis un sourire IMMENSE étira ses lèvres.

« THATCH ! » hurla-t-elle vers les cuisines. « J'AI RÉUSSI À LUI FAIRE DIRE DES GROS MOTS ! TU ME DOIS MILLE BERRYS ! »

Rires explosifs de Thatch. Vista resta figé, choqué de s'être fait avoir. Puis attrapa la fillette et l'entraîna dans l'infirmerie et bloqua la porte.

« NOOOON ! PAS LES INFIRMIÈRES ! »

« Si. Tu vas apprendre les bonnes manières. Avec elles. »

« VISTA, JE TE DÉTESTE ! »

« Je t'aime aussi, petite peste. »


Année 1509, île du Nouveau Monde.


Fossa s'infiltra par l'arrière du bâtiment.

Pas de gardes. Étrange.

Sa mission était simple : récupérer Sohalia.

Durant une attaque du Moby Dick, des petites frappes qui se prenaient pour de grands pirates l'avaient enlevée.

Il inspira profondément et chassa de son esprit les regards lourds de ses frères. Ils attendaient le retour de leur petite sœur avec impatience et inquiétude. Ils lui avaient confié sa vie. Il carra les épaules et chargea la porte.

La porte explosa.

Fossa dégaina son sabre, prêt à—

Il resta bouche bée.

Son cigare tomba.

Le repère était un champ de bataille.

Meubles renversés. Pirates assommés partout. Verre brisé. Sang.

Et au milieu du carnage...

Sohalia, neuf ans, poêle à frire en main, sur le dos d'un pirate qu'elle frappait méthodiquement.

« ET ÇA C'EST POUR M'AVOIR KIDNAPPÉE ! »

CLANG !

« ET ÇA POUR AVOIR TOUCHÉ AU MOBY DICK ! »

CLANG !

« ET ÇA POUR— »

« Sohalia ? »

Elle se figea et se retourna. Son visage s'illumina.

« FOSSA ! » Elle lâcha sa poêle. « T'en as mis du temps ! »

Il cligna des yeux et regarda autour de lui.

« Tu... tu as fait ça toute seule ? »

« Ben oui ! Ils étaient nuls ! »

« ... »

Sur le chemin du retour, Fossa éclata de rire.

Impossible de se retenir.

« Attends que je raconte ça aux autres ! »

« Non ! C'est embarrassant ! »

« Embarrassant ?! Tu as défoncé DIX types avec une POÊLE ! »

« Ils. Étaient. Nuls. »

Fossa rit de plus belle.

Leur petite sœur était une vraie pirate.


Année 1510, Moby Dick.


Marco se tenait devant un tableau blanc, un marqueur à la main. Sohalia était assise devant lui, cahier ouvert, l'air attentive.

« La route, c'est la direction que suit le bateau. En langage marin, on parle aussi de cap. C'est l'angle entre le Nord et la direction du bateau. »

Il dessina un schéma.

« Le point relevé, c'est un amer que l'on utilise pour se repérer dans sa navigation à l'aide d'un compas de relèvement. Ce qui nous intéresse, c'est l'angle entre... »

Il se retourna. Sohalia prenait des notes avec application. Marco sourit, fier. Sa petite sœur était travailleuse.

« ... et le Nord. »

Il finit son schéma.

Elle continuait d'écrire. Frénétiquement.

Mais il ne parlait plus.

Sourcils froncés, Marco s'approcha et prit sa feuille.

« HÉ ! »

Il regarda.

Des dessins. Partout.

Lui en mouette. Lui en albatros. Lui en pigeon. Lui en poulet.

Des comparaisons.

"Marco = pigeon parce qu'il roucoule en dormant."

Un tic nerveux agita sa paupière.

« Sohalia. »

« Oui ? » répondit-elle, innocemment.

« Pourquoi y a-t-il un PIGEON avec MA tête ? »

« Parce que tu roucoules quand tu dors ! »

Rires explosifs de Thatch depuis la cuisine. Marco prit une inspiration. Expiration.

« Tu as révisé combien de temps ? »

« Euh... »

« Sohalia. »

« Cinq minutes ? »

« ... »

Le lendemain, Marco décida de donner un cours PRATIQUE.

Il laissa Sohalia gérer le Moby Dick. Sous sa surveillance étroite.

Cinq minutes plus tard :

« SOHALIA ! ROCHERS ! »

« QUOI ?! »

Marco prit les commandes en urgence et évita les rochers de justesse.

« QU'AS-TU FAIT au lieu de RÉVISER ?! »

« J'ai une TRÈS bonne excuse ! »

« Je demande à voir. »

« Attends ! »

Elle fila dans sa cabine et revint avec son cahier.

Le rouge aux joues. Fière.

Marco l'ouvrit.

Plus de dessins. Des comparaisons détaillées entre lui et divers oiseaux. Avec annotations scientifiques.

« ... »

« C'est bien, non ? »

« ... »

Il alla dans sa cabine, prit un Tone Dial et enregistra tout son cours. Il retourna sur le pont, l'attrapa Sohalia et l'attacha au mât principal.

« HÉ ! »

Il lança le Tone Dial.

« Tu pourras partir UNIQUEMENT quand tu connaîtras par CŒUR ta leçon ! »

« MARCO ! »

« Bonne chance, yoi. »

Il l'abandonna là, sous les rires de Thatch, Fossa, et le regard amusé de Barbe Blanche.


Année 1510, Moby Dick.


Dans les cuisines du navire.

« Chef ! Les oignons sont prêts ! »

« Parfait ! Préparez les légumes pour la soupe ! »

« Oui, Chef ! »

Thatch donnait des ordres à ses cuistots avec efficacité. Le rush du midi approchait. Il se tourna vers Sohalia qui le regardait avec de grands yeux admiratifs.

Son cœur fondit.

« Tu veux apprendre à cuisiner ? »

« OUI ! »

Il l'entraîna un peu à l'écart et lui expliqua une recette simple.

« Tu penses pouvoir le faire ? »

« Oui ! »

« Alors vas-y ! Je suis là si tu as besoin. »

Thatch retourna à sa propre préparation, souriant. Partager sa passion avec sa petite sœur, c'était un bonheur.

Il allait se pencher vers elle pour lui raconter une blague quand—

BOOOOOM !

L'explosion secoua la cuisine.

Fumée noire. Visages noircis.

Thatch cligna des yeux, abasourdi. Ses cheveux partaient dans tous les sens. Son visage était noir de suie.

« Comment... »

Il se tourna vers Sohalia. Elle fixait le saladier carbonisé, aussi choquée que lui.

« COMMENT as-tu fait EXPLOSER une SALADE ?! »

« Je... je sais pas ! »

« C'EST IMPOSSIBLE DE FAIRE EXPLOSER UNE SALADE ! »

« Apparemment non... » marmonna un cuistot.

Thatch regarda autour de lui.

Sa cuisine. Sa BELLE cuisine. Noircie. Fumante.

« MA CUISINE ! »

Son cri résonna dans tout le navire.

Dans la salle de réunion, Marco soupira.

« Je lui avais dit que c'était une mauvaise idée... »

Barbe Blanche le regarda, perplexe.

« De quoi tu parles, mon fils ? »

« Rien, Père. »


Année 1511, Moby Dick.


L'après-midi était calme quand Namur s'assit sur le bastingage. Sohalia l'imita immédiatement.

L'homme-poisson attrapa un asticot et l'embrocha sur son hameçon.

Sohalia grimaça mais l'imita quand même.

Il lança sa ligne.

« Fais pareil. »

Elle obéit.

« Le son fait fuir les poissons. Donc il faut rester calme et patienter. »

« D'accord. »

Quelques minutes passèrent dans le silence.

Paisible. Agréable.

Puis Sohalia se retourna vers lui.

« Mais Namur... »

« Chut. »

« Oui mais— »

« Silence. »

« C'est juste que— »

« Sohalia. »

Elle soupira et attendit trente secondes.

« Mais c'est pas du cannibalisme si tu manges du pois— »

SPLASH !

La canne de Sohalia tira violemment.

Elle bascula vers la mer, emportée par la force du monstre marin qui venait de mordre.

« SOHALIAAAA ! » hurla Thatch qui venait apporter des rafraîchissements.

Il lâcha son plateau et plongea. Namur sortit de sa stupeur et plongea à son tour.

Ils la remontèrent quelques secondes plus tard, trempée.

Mais tenant toujours sa canne.

Au bout de laquelle pendait un requin géant.

« J'ai... j'ai attrapé quelque chose ! » Elle souriait, toute fière.

« ... » Namur.

« ... » Thatch.

« Quoi ? »

Ce jour-là, Namur décida de ne plus jamais manger de poisson.


Année 1511, Moby Dick.


L'ambiance sur le Moby Dick était à l'image de la météo : pluvieuse.

Sombre. Lourde. Oppressante.

Les pirates de Barbe Blanche venaient d'essuyer une attaque de rookies. Des idiots qui pensaient pouvoir se faire un nom en attaquant le navire du pirate le plus fort du monde.

Ils avaient échoué. Évidemment.

Mais il y avait eu des blessés. Graves.

Et Sohalia...

Personne ne savait comment elle avait échappé à la surveillance de Rakuyou. Mais elle s'était retrouvée au milieu de la bataille.

Deux de ses frères, blessés, acculés par un rookie particulièrement vicieux.

Elle n'avait pas réfléchi et avait attrapé un couteau. Elle s'était jetée sur lui.

Pour protéger ses frères.

Le corps s'était effondré. Le sang avait éclaboussé son visage.

Sohalia était restée figée, le couteau dans sa main tremblante.

Elle venait de...

Elle venait de tuer quelqu'un.

Les combats continuaient autour d'elle. Mais elle ne les entendait plus.

Juste les battements de son cœur. Frénétiques. Assourdissants.

« Sohalia ! » Un de ses frères. « Ça va ?! »

Elle hocha la tête mécaniquement.

Mentit.

Quand la bataille fut terminée, elle fila dans sa cabine. Elle se lava. Encore. Encore. Encore.

Le sang ne partait pas. Même quand sa peau était à vif, elle le voyait encore.

Depuis, elle s'était enfermée et cachée sous son bureau, couverte de sang séché qu'elle n'avait pas eu la force de finir de nettoyer.

Les genoux repliés sur son torse. Sanglotant.

Je suis un monstre, pensait-elle. Un monstre. Un monstre.

Thatch et Marco se battaient pour savoir qui devait aller lui parler.

« C'est moi qui— »

« Non, c'est— »

« Atmos. »

Barbe Blanche venait de trancher.

« Vas-y, mon fils. »

Atmos cligna des yeux, surpris, mais obéit.

Il pénétra dans la chambre et la découvrit cachée sous son bureau, toujours couverte de sang.

Son cœur se serra.

« Sohalia... Sors de là... J'ai mal au dos. »

Il grimaça en s'asseyant sur le lit.

Inquiète pour son frère, elle sortit. Mais continua de fixer le sol.

Silence.

« Tu sais... » commença-t-il doucement. « La première fois que j'ai tué quelqu'un, j'ai vomi. »

Sohalia releva légèrement les yeux.

« Vraiment ? »

« Vraiment. Pendant trois jours, j'ai pas pu manger. Je regardais mes mains et je voyais du sang partout. »

Il marqua une pause.

« Je me disais que j'étais un monstre. Que Père me chasserait. Que mes frères me détesteraient. »

« Et... ? » Sa voix était à peine audible.

« Père m'a serré dans ses bras et m'a dit que tant que je protégeais ma famille, je ne serai jamais un monstre. »

Sohalia serra ses genoux plus fort.

« Mais... j'ai tué quelqu'un. »

« Pour sauver tes frères. »

« C'est pareil ! »

« Non. »

Atmos se pencha vers elle.

« Tu ne l'as pas tué par cruauté. Ni par plaisir. Tu l'as fait pour protéger tes frères. Pour te protéger toi-même. Tu n'avais pas le choix. C'était eux et toi... ou lui. »

Il posa une main sur son épaule.

« En tant que pirate, ce n'est pas la dernière fois que tu seras confrontée à la mort. Mais tu ne seras jamais un monstre. Pas aux yeux de Père. Pas aux nôtres. Tant que tu protèges ceux que tu aimes. »

Les larmes coulèrent plus fort.

« J'ai eu si peur... »

« Je sais. »

« Je voyais le sang partout... »

« Je sais. »

« Je pensais que vous me détesteriez... »

« Jamais. »

Elle se jeta dans ses bras, sanglotant.

Atmos la serra maladroitement et tapota son dos.

« Là, là... tout va bien... »

« Tu comprends la différence ? » demanda-t-il après un moment. « Entre tuer par cruauté... et tuer pour protéger ? »

Elle hocha la tête contre son torse.

« Je... je crois. »

« C'est tout ce qui compte. »

Ils restèrent ainsi longtemps. Jusqu'à ce que ses sanglots se calment.

« Même Papa a tué quelqu'un ? »

« Surtout Papa. »

« Et il a eu peur ? »

« Oui. Mais il a continué. Pour protéger ceux qu'il aimait. Comme toi. »

Sohalia s'accrocha à lui.

« Merci. »

« De rien. »

« T'es pas seule. On est tous passés par là. »

« Tous ? »

« Tous. »

Pour la première fois depuis la bataille, elle sourit faiblement.

Elle n'était pas un monstre. Elle était juste une pirate qui protégeait sa famille.


Année 1512, Moby Dick.


La chaleur était insupportable. Le Moby Dick approchait d'une île estivale et le soleil tapait sans pitié.

« BATAILLE D'EAU ! » hurla quelqu'un.

Aussitôt, des pistolets à eau apparurent. Des bazookas. Des seaux.

Curiel et Sohalia se lancèrent dans une bataille acharnée.

« PRENDS ÇA ! »

« HA ! RATÉ ! »

Pris dans le jeu, Curiel se laissa emporter. Il attrapa un ÉNORME bazooka à eau et visa Sohalia.

« ATTENTION ! »

Le jet puissant la frappa en pleine face. Elle bascula par-dessus le bastingage.

« SOHALIA ! »

Namur plongea immédiatement.

Pendant ce temps, Thatch avait attrapé l'arme de Sohalia.

« Vengeance. »

« Thatch, non— »

Ils remontèrent sur le pont, trempés. Sohalia riait aux éclats.

« C'ÉTAIT GÉNIAL ! On recommence ?! »

Une IMMENSE bataille d'eau éclata.

Division contre division. Commandants contre subordonnés. Chaos total.

Barbe Blanche, assis sur son trône, comptait les points en riant.


Année 1513, Moby Dick.


Sohalia en avait marre. Marre des moqueries du nouveau commandant de la onzième division.

« Petite Lia ! » « Mini-pirate ! » « T'as besoin d'un coussin pour t'asseoir ? »

Vengeance.

Elle se faufila dans sa cabine en pleine nuit. Armée de ciseaux. Elle s'approcha à pas de loup du lit de Kingdew.

Il dormait profondément. Parfait.

Elle commença à couper. Avec application. Un carré. Avec une frange.

Elle passa du temps pour que ce soit parfait. Égalisé.

Une fois son œuvre terminée, elle ne put s'empêcher de glousser.

Kingdew se réveilla en sursaut.

« Quoi ?! Qui— »

« BYE ! »

Sohalia fila et prit ses jambes à son cou. Kingdew la poursuivit dans les cales.

Las de ce jeu, il explosa un mur à l'aide de ses poings et attrapa la jeune fille par le col de sa chemise.

« Gotcha ! »

Elle couina.

Heureusement, Marco approchait, cherchant d'où provenait ce bruit.

En voyant Kingdew — et sa nouvelle coiffure — il se figea.

Puis explosa.

« KINGDEW ! TU AS DÉTRUIT LE NAVIRE ?! »

« Mais elle a— »

« JE M'EN FOUS ! RÉPARE ÇA IMMÉDIATEMENT ! »

Sohalia en profita pour s'enfuir.

Le lendemain matin.

Sohalia poussa un cri strident en apercevant des cheveux ROSES dans le reflet de son miroir.

« KINGDEEEEW ! »

Des rires éclatèrent sur tout le navire.


Année 1514, Moby Dick.


Sohalia soupirait. Encore.

« Reste tranquille ! »

« Mais Izo, c'est long... »

« La beauté demande des sacrifices. »

Izo lui inculquait les rudiments de la coiffure, du maquillage, de la mode.

Etait-ce ennuyeux ? Oui.

Mais elle adorait passer du temps avec lui. Il n'avait aucun tabou et laissait son côté féminin s'exprimer librement. Il la conseillait, l'écoutait et comprenait ses soucis.

Il ne la jugeait pas sur son sexe, mais sur sa personnalité.

« Voilà ! » Izo recula. « Parfait ! »

Il prit plusieurs photos.

« Izo ! Pas de photos ! »

« Si ! Pour l'album ! »

Il l'attrapa par la main.

« Viens. C'est l'anniversaire de Père. Il faut te montrer. »

« Mais... »

« Pas de mais. Allez ! »

Il l'entraîna vers la proue. Sohalia était peu rassurée de se montrer ainsi.

Un silence l'accueillit.

Tous les pirates la fixaient.

Izo ne lâcha pas sa main et l'emmena jusqu'à Barbe Blanche.

Le vieil homme sourit. Nostalgique.

Elle n'était plus une petite fille. Elle devenait peu à peu une femme.

Il remercia Izo d'un hochement de tête, attrapa sa fille et la déposa sur ses genoux.

Elle rit, rassurée.

« Tu es magnifique, ma fille. »

« Merci, Père. »


Année 1515, Moby Dick.


Haruta et Sohalia en avaient marre.

Marre des moqueries sur leur petite taille.

« Besoin d'un escabeau ? » « Vous voyez quelque chose de là-bas ? » « Attention de pas vous perdre ! »

Vengeance.

En plein milieu de la nuit, ils se faufilèrent dans les dortoirs de leurs divisions respectives et attachèrent des fils transparents partout. Croisés. Entrecroisés. Tendus.

Puis se retrouvèrent dans le couloir et ochèrent la tête.

Prêts.

« SECONDE DIVISION ! » hurla Sohalia.

« DOUZIÈME DIVISION ! » hurla Haruta.

« TOUT LE MONDE SUR LE PONT ! »

« BORDEZ LES VOILES ! »

« ALLEZ ! PLUS VITE ! »

« JE VEUX DU MOUVEMENT ! »

Les hommes se levèrent d'un bond. Certains tombèrent. Ils s'habillèrent à la hâte et coururent vers le pont.

Cris. Chutes. Chaos.

Les portes des autres divisions s'ouvrirent.

« Bah alors, les gars ! » lança Haruta, sourire sadique. « On tient pas debout ?! »

« Magnez-vous le cul ! » ajouta Sohalia. « Exercice d'urgence ! On va vous faire cracher vos poumons ! »

Les autres divisions refermèrent RAPIDEMENT leurs portes, priant pour que leur commandant n'ait pas la même idée.


Année 1522.


Sohalia essayait de dormir.

Ils avaient marché toute la soirée et le début de la nuit. Son dos la faisait souffrir.

Ace gigota à ses côtés et grogna quand il réveilla la douleur dans son épaule.

« Sohalia ? »

« Hum ? »

« Faut que j'aille pisser. »

Silence.

« Et ? Tu veux que je te la tienne ? » grogna-t-elle.

« Fais pas chier et aide-moi à me lever ! »

« T'es chiant ! »

Elle se redressa difficilement et l'aida à se lever.

« C'est pas ma faute si je suis blessé ! »

« C'est pas la mienne non plus ! »

Elle l'aida à aller un peu plus loin et le laissa se débrouiller.

Il commença à se retourner vers le tronc.

« Sohalia ? »

« QUOI, ENCORE ?! »

« J'arrive pas à déboutonner mon pantalon. »

« JE VAIS PAS TE DÉFROQUER ! »

« Je peux pas me tenir à l'arbre, enlever mon futal ET me la tenir ! »

« Oh bordel de putain de merde ! » Elle retourna vers lui. « Je t'aide à QUOI ? »

« Tiens-moi. Que je me casse pas la tronche. »

« C'est vrai que ça serait pas drôle de te retrouver le nez dans ta pisse. »

« Ta gueule. Tu me déconcentres. »

« Jamais entendu qu'il fallait se concentrer pour pisser. »

Elle leva la tête vers le ciel pendant qu'il faisait son affaire. Quand il eut fini, ils retournèrent contre leur tronc.

« Sohalia ? »

« Putain, je vais te tuer ! »

« Cette histoire... Elle n'a jamais existé. Je suis allé pisser comme un grand, tout seul. »

« Pas envie qu'on se foute de ta gueule, hein ? »

« Sohalia... »

« Bien, bien. Je vois même pas de quoi tu parles ! »

« Merci. »

« De rien. J'ai pas envie que mon chauffage se mette en grève. »

Ace sourit.

« T'es chiante. »

« Toi aussi. »


Année 1522, Moby Dick.



Une bataille de nourriture régnait dans le réfectoire. Personne ne savait comment ça avait commencé. Division contre division.

Mais quelque chose manquait.

Quelqu'un manquait.

« DIVISION 4 ! FORMATION TORTUE ! » hurla Fossa, remplaçant temporaire.

« DIVISION 1 ! ATTAQUE AÉRIENNE ! » contra Marco.

Sohalia lança une boule de purée sur Ace.

Il esquiva, riant.

Elle pensa à Thatch.

Il aurait été au centre de cette bataille. Le premier à lancer. Le dernier à arrêter. Son rire aurait résonné plus fort que tous les autres.

Son cœur se serra.

« Lia ! » Ace la sortit de ses pensées. « Ça va ? »

Elle secoua la tête. Sourit.

« Ouais. Continue ! »

Ace s'endormit soudainement. Saladier de purée sur la tête.

« ACE EST OUT ! » cria Ritsu.

« C'EST PAS JUSTE ! IL A DE LA NARCOLEPSIE ! » protesta la 2ème division.

Barbe Blanche entra.

Tout le monde se figea.

« Bien... Je veux pas savoir d'où ça vient. Sohalia, Blenheim, Atmos, Curiel, Kingdew ! Corvée de cuisine ! »

Il quitta la pièce. Marco soupira.

« Les gars ! Préparez les médicaments ! »

« Oï ! Je me suis améliorée ! » protesta Sohalia.

« Vraiment ? » railla Fossa.

La bataille reprit à grand renfort de cris et de rire.

Personne ne remarqua le petit papillon doré posé sur le hublot.

L'esprit de Thatch observait.

Ace qui s'endormait dans sa purée. Marco qui soupirait, exaspéré mais souriant. Sohalia qui riait aux éclats — mais son rire n'atteignait pas ses yeux. Jozu impassible sous les projectiles. Vista qui essuyait dignement la sauce sur sa moustache. Barbe Blanche qui les regardait, attendri mais triste.

Sa famille.

Son cœur spectral se serra. Il voulait être là. Avec eux. Rire avec eux. Se battre avec eux.

Lancer de la purée sur Marco. Taquiner Sohalia. Voler un baiser à Ritsu.

Mais il ne pouvait pas.

Pas après ce qui s'était passé. Pas tant qu'il ne savait pas ce qu'il était devenu.

Son corps était mort. Mais son esprit demeurait. Pourquoi ? Comment ?

Il ne comprenait pas.

« Désolé, les gars », murmura-t-il, sa voix portée par le vent.

Sohalia se retourna soudainement. Comme si elle l'avait entendu.

Ses yeux balayèrent la pièce. Puis s'arrêtèrent sur le hublot.

Sur le papillon doré.

Leurs regards se croisèrent. Une seconde. Deux.

Elle fronça les sourcils et pencha la tête.

« Thatch... ? » murmura-t-elle.

Non. Impossible. Il était mort. Tout le monde le savait.

Mais pourquoi son cœur lui disait le contraire ?

Le papillon battit des ailes. Puis s'envola dans la nuit.

Si seulement..., pensa Thatch en s'éloignant.

Si seulement il n'avait pas trouvé ce maudit fruit. Le Yami Yami no Mi.

Si seulement Teach n'avait pas été là cette nuit-là.

Si seulement...

Mais il n'y avait pas de « si seulement ». Juste la réalité.

Il était mort. Eux vivaient.

Et c'était ainsi.

Mais même dans la mort, il continuerait de veiller sur eux.

Toujours.

Pour toujours.

Cette famille n'avait rien d'ordinaire. Ils venaient des quatre coins du monde. Ils n'agissaient pas comme les gens le voulaient. Ils vivaient librement. Peu importait ce que les gens disaient sur eux : cette famille était parfaite pour eux.

Et quelque part, un papillon doré veillait sur eux.

Toujours.


REECRIT : 16/01/2026

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